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phrase profondément respectueuse à Jésus dans une telle leçon n'était pas sortir du sujet. Niera-t^on que Jésus n*ût eu dans l'histoire des peuples sémitiques assez d'importance pour mériter une brève oiention? Si un professeur d'arabe « dans sa leçon d'ouverture, consacrait ujne phrase à Mahomet, l'accuserait-on de sortir de son sujet? Qu'on dise que j'ai manqué d'habileté, à la bonne heure. La science, selon moi, ne doit pas être habile, elle doit être sincère. En tout cas, si, dans cette circonstance, j'ai fait preuve de peu de politique, j'ai montré un véritable amour de mon pays, un vrai dévouement à la solide culture de l'esprit, un vrai désir de tirer la Jeunesse de l'état mauvais où elle est, un sentiment juste de la dignité du Collège de France.
Puisse-t-on comprendre, enfin, la nature du rôle que l'État doit jouer dans l'enseignement supérieur! Quand l'État a choisi le sujet que les corps compétents lui désignent comme un homme de mérite, sa responsabilité est à couvert. Ce que le professeur dit ensuite ne regarde que le professeur. Les protestants, les Israélites, les libres penseurs se sont-ils plaints qu'Ozanam prôchftt à la Faculté des lettres de Paris
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le plus pur caibûUcisme? Non certes; car le mérite d'Ozaoam était reconnu. On avait eu raison de le nommer ; une foia nommé, il était parfaitement libre de traiter son sujet comme il l'entendait. Mais, quand ^ un protestant» un Israélite, un libre penseur arrivet par le eboix des corps compétents, à une diûre, U doit être libre aussi de professer ses opinions. Prenei garde I vous mettez le non-catholique en dehors du droit commun, tous arrivez à classer les personnes par religion en ce qui concerne l'admissibilité aux fonctions publiques* Quand le prédicateur catholique nous outrage, noua ne nous plaignons nullement de n'avoir pas le droit de lui répondre; nous ne tenons pas & la liberté de l'injure : aurions-nous ce droit (comme l'égalité le voudrait), nous n'en userions pas. Mais que le catholique puisse enseigner hautement son opinion dans les chaires laïques de l'État et que nous ne puissions enseigner la nôtre dans ces mêmes chaires, cela n'est pas juste. La loi n'a pas dit que, pour être membre de ^ l'enseignement supérieur, il faut être catholique. Ceux qui ne le sont pas seront donc réduits ou à dissimuler leur sentiment ou à se voir exclus d'une
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profession ouverte à tous? Voilà les conséquences où Ton est amené , si Ton admet que l'Ëtat est responsable directement de tout ce qui s'enseigne dans les chaires qu'il subventionne. Ne voit-on pas que faire peser sur l'État une telle responsabilité, c'est frapper de nullité tous les établissements publics? On trouvera peu d'hommes supérieurs qui s'engageront ainsi à ne déplaire à personne. Un tel miracle ne pourrait être accompli 'que si le professeur consentait à garder un silence prudent sur tout ce qui est délicat, c'est-à-dire justement sur ce qui vaut la peine qu'on s'en occupe. La médiocrité seule accepterait un tel programme. Si l'enseignement supérieur devait être réduit de la sorte à l'art de tout émousser, de tout fausser, mieux vaudrait l'abolir.
On invoque, pour justifier ces exigences, les égards qui sont dus à la religion de la majorité. Que ce mot est trompeur ! quelles déceptions il prépare, et qu'on sera surpris un jour de voir que cette majorité n'était qu'une apparence I Mais supposons qu'elle soit réelle; admettons que, si l'ange du Seigneur sonddt la foi de tous les Français, il trouvât ia plus grande moitié de nos concitoyens composée de ca-
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tboliqaes croyants et orthodoxes ; est-ce une raison pour que la minorité soit mise hors la loi? Ne seraitil pas à craindre que cet esprit d'exclusion ne portât ses fruits ordinaires, qui sont une incurable igno* rance, des superstitions énervantes, un dédain funeste de l'étranger, une certaine débilité d'esprit? En réalité, sous le nom de ce religion de la majorité » , on reconstitue une religion d*État ou du . moins une religion particulièrement privilégiée. Dans l'article intitulé De Vavenir religieux des sociétés modernes y j'sû cherché à montrer les conséquences d'un tel système et à prouver qu'une l religion protégée par l'État est aussi peu libre I qu'une religion gênée par l'État. Cet article parut \ en 1860. La singulière situation où s'est placé le catholicisme venait d'être mise en relief par la constitution du royaume d'Italie. Je hasardai dès lors sous toutes réserves une supposition, savoir que le catholicisme pouvait être à la veille d'un grand schisme, dont le signal serait l'élection simultanée et indécise de deux papes. Je ne veux pas insister sur cette prédiction plus qu'il ne convient. Ce qui s'est passé depuis m'a cependant bien des fois suggéré la
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même pensée. La papauté a suivi les errements de la royauté française : elle a posé la pyramide sur son sommet^ au lieu de la laisser sur sa base ; elle sera punie comme la royauté par un subit écroulement. Les deux fonctions contradictoires de prince électif d*un petit territoire italien et de chef spirituel universel pourront bien amener, à Tun des prochains . conclaves, ce qu'ils amenèrent au xiv* siècle, je veux dire une double élection, Tune répondant aux intérêts romains et italiens , l'autre aux intérêts catholiques. Les deux partis , naturellement , prétendront être dans le droit canonique, et les règles d'un conclave sont chose n compliquée, que l'on trouvera de part et d'autre de bonnes raisons à fak^ valoir. Or, les deux papes étant nommés, le schisme sera incurable. Il aura commencé par être une simple question de personnes et de politique, il deviendra très-vite une scission sur les principes. Les deux papes agiront à la manière des deux pôles d'une pile électrique, attirant à eux les éléments qui leur seront anah)gues% Le catholicisme peut être comparé à l'eau. C'est un corps très-homogène, non un corps simple. Mettez-y an agent de séparation, l'oxy-