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LES POETES POPULAIRES

Le public n'en est plus, nous le croyons, à s'étonner qu'un ouvrier maçon puisse faire d'assez beaux vers; ce serait s'étonner qu'un homme puisse joindre à des sentiments vifs, à des pensées profondes, la faculté d'expression. Sans parler d'exemples anciens, Hégésippe Moreau, qui, tout dernièrement, a laissé, en mourant si jeune, un volume de chefs-d'œuvre d'une admirable perfection, et bien d'autres encore nous ont appris qu'il y a dans le peuple, dans les prolétaires, tous les talents, toutes les sortes de génie. Heureuse la patrie, si elle savait tirer de tous ses enfants le plus grand effet possible, suivant les dons que la nature a départis à'chacun ! La pièce de Poney, intitulée : A la mer^ est assurément empreinte d'un grand sentiment du'rhythme. Les dernières strophes sont fort belles. Laissons de côté les imperfections

nombreuses. Au plaisir naïf que l'auteur prend à dé-

crire de pures sensations, on reconnaîtrait qu'il est très-jeune, et qu'il a le bonheur de vivre sous un beau ciel. Les ouvriers des villes industrielles n'ont pas le ciel de Toulon, ses horizon^, le contraste de ses montagnes et de sa mer, pour les soutenir dans leurs labeurs. Aussi leurs accents, quand la poésie les inspire, sontils bien différents. La société, le malheur de leur condition, voilà leurs sujets ordinaires.

Les vers de Poney, le maçon de Toulon, que la Revue Indépendante vient de publier, nous ont remis en mémoire et- les poètes prolétaires que cite M. Arago dans la lettre qui les accompagne, et bien d'autres encore dont les noms méritent d'être ajoutés à la liste. Nous avons sous les yeux un volume de beaux vers pleins de charme, de grâce, et de mélancolie. L'auteur est une jeune ouvrière. Une poétesse (si nous pouvons ^oaployer ce mot qui mériterait d'être dans le Dietioiinaire, et qui nous paraît aussi nécessaire maintena»! que celui de poëte), une poétesse justement oélèlu^i madame Tastu, a bien voulu servir d'introductrice à sa compagne. Dans des pages touchantes, elle remarque que la poésie, l'instrument poétique, est inaitite<* naat aux mains du peuple, des classes auvrières, des prolétaires. Les poëtes du xvi« siècle, en effet, et ceux du conunencement du xvn® siècle, étaient presque tous sortis de la noblesse : Pierre de Ronsard, Jean eA Joachim Du Bellay, le sire de Malherbe, le marquis de Racan, le sieur de Segrais, madame des Houlières, et tant d'autres. Plus tard, leâ poëtes sortirent de la bourgeoisie : La Fontaine, Corneille, Racine, Boileau, Voltaire, naissent en pleine bourgeoisie, dans la boupgeoisie riche. Les poëtes prolétaires de ces deux siè^ clés, comme le menuisier de Nevers, par ei^esapto^

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