J^§S POSTES POPULAIRES
sont des anomalies, des exceptions qui paraissent tenir du prodige. Au xviii* siècle, au contraire, les grands seigneurs, les nobles, cette classe qui avait donné autrefois la fameuse pléiade, se tarit : c'est le temps où M. de Saint-Aulaire entre à T Académie et devient immortel pour un quatrain. Béranger, de notre iemps^est le premier exemple d'un grand poëte sorti des classes populaires. Les autres illustrations poétiques contemporaines appartiennent encore à la bourgeoisie. Uparaîtraitj suivant madame Tastu, dont nous avons voulu appuyer les prévisions par cette remarque hi&tarique, que, le temps aidant, Vinspiration pourrait bien passer dans les classes pauvres, dans les classes inférieures, comme on dit- encore par un mauvais langage. Écoutons madame Tastu :
a La poésie se meurt, dit<on, comme si rien mourait en ce monde ! — la poésie surtout; la poésie, qui répond à Tun des plus irrésistibles besoins de Thuinanité; car, ainsi que Ta dit la Parole divine : L'homme ne vit pas seulement de pain. Fidèle à sa double nature, à peine a4-il euie tem,ps de pourvoir aux nécessités de son corps, que celles de son âme commencent à se manifester.
» Nos intrépides navigateurs, en e3q)lorant la Polynésie, ont trouvé dans quelques-unes de ses îles des peuplades barbares qui habitent, comme les animaux sauvages, des tanières enfumées, qui n'ont pour vêtevmX qu'une peau de bête, pour aliment que les produits de la pêche ou de la chasse, prUuits si précaires, à cause de l'imperfection des outils et des instruments qu'ils emploient, que souvent ils demeurent plusieurs JQUrs sans nourriture. Eh bien ! ces êtres si peu développés ejncore ont déjà senti le besoin de joindre des
chants à tous les actes de leur misérable vie : ils ont des chants pour la prière, pour les combats, pour la chasse ou pour la pêche, des chants rimes et rhythmés; ainsi, en apparence si près de la brute, ils portent cependant la marque indélébile de leur haute origine, et se font reconnaître de leurs frères en se joignant à rhymne universel qui de la terre s'élève incessamment vers le ciel .
» Non,, aucun des dons que le Créateur a faits à Thomme n'est destiné à périr; non, la poésie ne meurt pas; elle se transfigure ou se déplace, mais elle existe toujours. A Torigine des sociétés, elle préside à tous les actes faits en commun, elle n'est alors qu'un chœur général. Plus tard, quand d'un consentement unanime les hommes ont remis le pouvoir aux mains d'un seul, il arrive qu'à l'entrée d'un siècle apparaît quelque grande figure qui résume en soi, aux applaudissements de ses contemporains, toute la poésie d'un peuple ou d'une époque. Puis, bientôt l'esprit humain se lasse de cette sublime synthèse : l'individualité commence à se faire jour : chacun veut dire son mot, expliquer sa souiOfrance, formuler son désirj Les classes diverses de la société viennent l'une après l'autre figurer sur la scène; les classes élevées, la bourgeoisie, le peuple, les femmes enfin, d'abord rares et timides, puis plus nombreuses et plus hardies. Comme dans une œuvre savante de Beethoven, la phrase harmonieuse parcourt l'orchestre, répétée tour à tour par chaque instrument. Quand le silence se fait d'un côté, tournez-vous de l'autre et écoutez ! vous retrouverez la sublime mélodie. Vous vous plaignez qu'autour de vous tout est aride, stérile et desséché; faites un pas hors de l'enclos qui borne vos