PRÉFACE DES POÉSIES DE MAGU
oeur pleines de grâces touchantes et fines. Nous aurions donc mauvaise grâce nous-mème à secouer sur son chemin paisible la poussière et les cailloux, et à donner pour frontispice à son œuvre une discussion où sa personnalité humble et souriante serait comme déflgu^'ée par nos tristes pensées et nos pénibles ré-flexions.
Gela serait d'autant plus hors de saison que personne n'a pu adresser à Magu les reproches dont nous voudrions excuser comme il convient ses confrères, les nobles poètes ouvriers. Tout le monde a remarqué, au contraire, que Magu était, dans ses vers comme dans sa vie, un véritable ouvrier; qu'il ne faisait aucun effort pour parler la langue des hommes savants et que celle des muses naïves lui arrivait toute naturelle, tout appropriée à sa condition, à ses habitudes, à son mode d'existence. La poésie s'est révélée à lui sous la véritable forme qu'elle devait prendre au village, au foyer rustique^ au métier dtt tisserand. ' Cette muse aimable ne 6*est point trop parée, et, comme il est homme de grand sens et de tact parfait, il l'a trouvée belle dans sa simplicité ; il l'a reconnue pour sa véritable lumière; il l'a accueillie et fêtée d'un cœur hospitalier et reconnaissant. Aussi ne l'a-t-elle pas égaré, et lui a-t-elle dicté des chants si purs et si vrais, que le plus simple paysan de son hameau peut les comprendre aussi bien que les lettrés de la ville« La mère Magu, cette digne femme qui, lorsqu'elle n'était que la cousine et la fiancée dix poëte,
« . . . . DistinguaitÂbien un œillet d'one rose. Malt ne démêlait point les vers d'avec la prose,
est aujourd'hui un fort bon juge que son mari aime A
consulter. C'est un grand mérite et un grand art que d'obéir à ce genre d'inspiration qui porte avec soi le don d'initier toutes les intelligences aux grâces bienfaisantes de la poésie.
La vie de Magu a été racontée dans diverses notices biographiques qui ont orné les précédentes éditions de ses œuvres. On peut la résumer en peu de mots. Pendant trois hivers, cet enfant du pauvre reçut au village de Tancrou (canton de Lizy) , l'instruction primaire , beaucoup plus humble alors qu'aujourd'hui. L'été il travaillait à ôter des champs les cailloux et les chardons. Dès l'âge de vingt ans, atteint d'une ophthalmie cruelle et devenu peu à peu presque aveugle, il n'en continua pas moins son état de tisserand et sa lecture favorite, de la Fontaine dans ses intervalles de santé. Il aima tendrement sa compagne, il éleva une nombreuse famille, et supporta beaucoup de misère. Depuis quelques années seulement il est devenu célèbre sans savoir comment, et en s'étonnant beaucoup que ses pauvres rimes, comme il les appelait, eussent trouvé de nombreux admirateurs et conquis un public. Fêté et choyé dans plusieurs salons de Paris, visité dans sa maisonnette par de beaux esprits et de belles dames, il n'en fut pas plus âer. Plein de goût, de gaieté, de naturel et de droiture, le bonhomme frappa tout le monde par l'entrain spirituel de sa conversation, et par le charme de ses lettres affectueuses et remplies de la divination des véritables convenances. Il ne faut pas voir plus de dix minutes le tisserand de Lizy, pour être convaincu de la supériorité de son intelligence, non-seulement comme poète, mais comme homme de vie pratique. Il n'a dépouillé ni les habits, ni les manières de Tartisan ; mais