POURQUOI LES FEMMES A L'AGÂDÉMIE
de la philosophie pratique. Dès qu'elles l'auront compris, elles verront clairement que les lettres sont une véritable république et que les sénats littéraires sont condamnés à disparaître dans un temps donné. Quand la poésie languit, c'est qu'elle est étouffée par des influences prosaïques et qu'elle a la poitrine oppressée par quelque ambition étrangère à sa nature. Quand elle s'épanouit, c'est qu'elle a entendu sonner Theure de l'indépendance et qu'elle a senti dans le public, son seul juge, le frémissement de la liberté rénovatrice. Jamais le désir d'arriver à l'Académie ne fera surgir un talent nouveau. Les dons de l'intelligence sont le produit plus ou moins spontané d'une culture sui generis que personne ne peut réglementer, et les traditions se brisent comme le verre là où le génie commence. Aucune récompense, aucun encouragement ne sert là oîi le feu sacré ne brûle pas. Le privilège d'appartenir à une assemblée d'élite n'est qu'un stimulant très- secondaire pour celui que stimule avant tout le besoin d'éclairer ou de charmer la multitude. Les lauriers du Parnasse sont passés de mode et l'homme n'a plus affaire aux dieux de l'Olympe, mais bien aux hommes de son temps, car les gloires consacrées par décret ne relèvent en somme que du public et de l'histoire.
L'horizon des gens de lettres s'est donc élargi, depuis le grand siècle^ dans une proportion que l'Académie a dû suivre sans être enchaînée par l'esprit de corps. Recrutée précisément parmi ceux que le succès lui impose, elle a dû renoncer à tout privilège de maîtrise intellectuelle, et c'est bien en vain qu'elle prétendrait assurer le règne de la tradition, conserver les lois du langage et régler les formes de l'art. Elle
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n'y peut vraiment plus fiep. L'école romantique )ui ayant fait violence, elle s'est J6(ép dès lors ^n pleine révolution, et;, comme la liberté est une mèrq féconde qui epgendre tputes les formes 4^ Tayenir, il qst ^^ipn évident que, si Téléippiat rpm^ptiquq avait cop^ervé la m^'orité dans cette illustre assemblée, il lui faudrait déjà lutter aujourd'hui contrq up él^mept nouveau, ou lui ouvrir les bras f|*Ê>nchement. — ? Et cet élément nouveau, en supposant qu'il produisit ^ncpi^e une forte pléiade, compie celle dont Victor Hugo f^t le chef géant, ne serait-il p^s bientôt contesté dans ses arrêts et dans ses tendances p^r une école plus nouvelle encore ? Le vrai beau, le moins beau, le plus, le moins, le peu pt le beaucoup dans Téchelle de piérite des persoppalités, toutes ces distinctions n'ont rien à voir devant }a condition vitale et absolue, le droit de vivre et la liberté de marcher. ]>fpn, nop ! le temps n'est plus où quarante hommes célèbres, si imposants qu'on les supposât, pourraiept dimipuer la valeur d'up seul homme de talent secpnd^pre, s'il plaisait à Dieu que cet homme émît, tant bipn que mal, une idée neuve et gépéreuse.
Concluons de tout cepi que comme bien d'autres grandeurs dp passé, TÂcadépiie française est upe grandeur inutile et dès lors placée devant pous comp^p une lampe qui achève de brûler. Nous no sopomes point tpnté de porter sur elle une main impie. Elle Q§t un mopument jadis dédié à la civilisation et qui la représente encore à certains égardSi puisqu'elle abrite encore de nobles et grands esprits ; mais elle n'a plus sa raison d'être dans Tavenir^ car elle est Pu restée de féodalité littérairo, et il ne lui suffirait plus de ^ l^oiv ner à un rôle puremept littéraire popr faire accepter
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son autorité. Le moindre écrivain a le droit de protester contre elle et de proposer au public une manière d'émettre sa pensée que le public est seul compétent pour admettre ou pour rejeter. On a dit, dans les hautes régions de la philosophie nouvelle, qu'un jour viendrait où chaque homme serait son propre Pape et son propre César. On peuft dire dès aujourd'hui que chaque esprit un peu sérieux porte en soi sa propre Académie.
Et pourtant la fiction d'un de ces vénérables fauteuils est encore un objet d'envie, un sujet de dépit et d'amertume pour quelques hommes qui désirent cette faveur sans Tespérer, et qui crient que ces raisins-là sont trop verts. Pour tous ceux qui voient le progrès sous son véritable aspect, et pour les femmes, qu'il s'agit d'initier à la notion saine de ce progrès en voie ' de formation, il y a une formule plus respectueuse : c'est que ces raisins-là sont trop mûrs.
Nohant, 20 mai 1863.