ROUANS ET NOUVELLES
L'espérance, ardente et dévouée en présence même de la Réalité qui la raille et la déiie, est une chose grande et digne d'admiration; mais ce n*est que l'Espérance, et, si la Sagesse n'est pas un vain mot, elle a droit d'estimer l'Espéraiice pour ce qu'elle vaut, c'est-à-dire comme un rêve.
Le bonheur des sens, le Plaisir insoucieux de la veille et du lendemain, le triomphe du corps sur l'âme peut sembler à l'Ironie elle-même, si hautaine et si fière qu'elle soit, un sujet de regrets plutôt que de compassion. L'isolement silencieux et désert de la pensée repliée sur elle-même peut donner la sérénité, mais non pas le bonheur. En présence des. joies auxquelles elle ne saurait descendre, il est permis à la Raison de s'attrister sur l'atmosphère inhabitée où elle s'est réfugiée. Il n'y a dans cette tristesse résignée rien qui ressemble à l'apologie du libertinage. Le sage peut envier la courtisane sans cesser d'être sage. Platon peut être jaloux d'Aspasie sans estimer moins haut les enseignements de Socrate.
Que le Doute né du désabusement admire sans réserve la Passion sanctifiée par l'Epreuve et par la douleur, qui s'agenouille devant l'homme qui a traversé le vice et les tortures qu'il entraîne pour s'élever laborieusement à la sérénité du courage et de4a clairvoyance, est-ce là un sujet de scandale? Il semble que toutes ces idées, ramenées à leur expression la plus simple et la plus nue, se défendent d'ellesmêmes et n'ont pas besoin d'apologie.
Que la foi rehgieuse qui suffit à consoler les âmes énergiques attise les feux d'un cœur faible au lieu de les éteindre, et pousse au meurtre un prêtre égaré par le jeûne et la veille, est-ce donc un si grand éton-
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nement pour la piété de ce temps-ci? Si toutes ces explications vont au fond des choses, comme l'auteur incline à le penser, il a peine à deviner quelle lu* mière inattendue son dernier livre a pu jeter sur Indiana et sur Valentine. Si ces trois récits sont pour tous les esprits sérieux ce qu'ils sont pour lui, il ne devine pas comment la peinture des mœurs domestiques, qui avait semblé juste, comment le détail des combats intérieurs d'une femme hésitant longtemps entre le devoir et la passion, qui avait semblé fidèle, peut cesser tout à coup d'avoir les mérites qu'on lui attribuait d'abord, lorsqu'il prend fantaisie à la Pensée d'attaquer l'Enthousiasme après avoir attaqué l'Ëgoïsme et la Brutalité.
L'auteur voit aujourd'hui sans découragement et sans colère les récriminations de la critique. Quoiqu'il n'ait pas la prétention de moraliser son siècle, il comprend très-bien qu'on ne peut impunément effleurer même par la poésie les questions qui intéressent l'humanité tout entière. Il a vécu, il ne s'étonne pas de rencontrer sur sa route les vanités furieuses qui se croient insultées, les vices prudents et hypocrites qui se croient démasqués, les douleurs silencieuses et lâches qui n'osent s'avouer. Il sait trèsbien qu'on ne peut toucher au feu sans se brûler les doigts.
Il n'ignore pas qu'il y a dans la littérature purement humaine, qui prend le cœur avec ses extases et ses tortures pour sujet permanent de sas études et de ses inspirations, quelque chose d'austère et d'impitoyable qui doit blesser au vif les âmes vulgaires drapées dans le mensonge et la pruderie. Ces âmes«là sont volontiers indulgentes pour le poète qui, dans son