‹ Questions d'aujourd'hui et de demain (volume 2)Chapitre 2 sur 23 · AVIS AU PUBLIC · texte numérisé non relu

AVIS AU PUBLIC

Au moment où rattention publique est tenue vivement en éveil par l'examen des questions qui se rapportent à la régénération de notre pays, nous avons jugé utile de rassembler et de coordonner les travaux ^épars auxquels ces questions ont donné lieu de la part d'un homme qui a passé son existence à les étudier, — le même à qui M. Sainte-Beuve écrivait, quelque temps avant sa mort : « Qui donc s'entend mieux que vous à la confession des vérités^ au courage, à la constance? Et cela, non par quelques paroles, ni par des écrits seuls, mais par la suite et la teneur de toute une vie. »

Le présent volume n'est que le premier d'une collection qui embrassera tout ce que M". Louis Blanc, depuis son entrée dans la vie publique, a écrit sur la politique, l'économie sociale, la métaphysique et la littérature.

f Mars 1873.

L'Editeur.

LE roUVOIll - CE QU'IL DOIT ETRE

Publié en 1841

Un jour, un livre me tomba sous la main. Il avait pour titre : Fragments historiques, et pour auteur Louis Èonaparte, devenu, depuis, président de la République.

J'ouvris, je lus : l'ouvrage n'était que le développement de cette idée qui emprunte de la situation du moment et des bruits de coup d'État impérial un si étrange à-propos:

Quand on est au pouvoir, la grande affaire est de s'y maintenir.

Examinons le livre, pour en mieux peser les conclusions.

Pourquoi les Stuarts ont-ils été renversés du trône?

2 Li: POUVOIR

Pourquoi, au contraire, Guillaume III s*y est-il maintenu? Louis Bonaparte répond sans hésitation : Parce que lesStuart ont combattu les intérêts nationaux, et que Guillaume, au contraire, les a fait triompher.

Ainsi, l'auteur montre les Stuart opposant la religion romaine au protestantisme anglais, Tabsolutisme à la liberté, la France à l'Angleterre. Mais autant il abaisse Charles II, autant il élève Guillaume III. Guillaume, selon lui, a été un grand cœur et une haute intelligence. Le protestantisme que les Stuart avaient ' voulu abattre, il l'a soutenu d'une main puissante. Il a respecté les principes de tolérance et de liberté, sans rien perdre de l'autorité nécessaire pour les vastes entreprises. Enfin, il a noblement servi la nation qui l'avait choisi pour souverain, en se faisant l'implacable ennemi de cet orgueilleux Louis XIV, dont les Stuart n'avaient ^té que les pensionnaires.

Voilà en quelques mots le livre de Louis Bonaparte.

Avant d'en examiner la conclusion, jetons un coup d'oeil sur l'époque dont l'auteur a fait le sujet de ses études.

Quelle grande et terrible époque I Une guerre civile après une tyrannie implacable et mille résistances ; les plus hauts personnages du royaume livrés au bourreau, comme Strafford et Laud, ou cherchant la mort dans les combats, comme Falkland à Naseby ; un roi vaincu, fait prisonnier, découronné, raillé, décapité ; une confusion sans exemple, à cause de la nation divi-

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sée en partis, et des partis décomposés en sectes; des législateurs chassés de leurs sièges par des soldats ; les mots maison à louer non meublée gravés injurieusemeût sur la porte d'une assemblée de régicides, que dominent les pertuisanes de quelques dévots ftictieux; pour tout gouvernement, après la mort de Charles P' et la dispersion du Parlement, une démagogie militaire aux ordres d'un mystique ; l'Angleterre dans toutes les orgies de la licence, jusqu'au jour où elle va tomber de lassitude et n'en pouvant mais aux pieds d'un homme étrange, ayant outré tout de la nature humaine, sa grandeur et ses misères, espèce de héros bouffon, moitié moine, moitié soldat, devenu toutpuissant à force de victoires, d'hypocrisie et de génie, despote habile à relever la grossièreté de ses mœurs par l'illuminisme, son libertinage parla profondeur de ses conceptions, ses farces par la cruauté; puis, Cromwell mort, une restauration, assaut de bassesses succédant à un assaut de folies; le règne de Charles II, immense débauche; et, après Charles II, son frère, papiste, dont ne veut pas l'Angleterre protestante, qu'elle chasse parce qu'il ne mérite même pas qu'on le tue, et auquel succède un Hollandais, qui cherche le repos de la nation anglaise dans l'embrasement du monde : tel est le tableau que Louis Bonaparte a dû avoir devant les yeux lorsqu'il a écrit son livre.

Mais ce n'est ni le côté dramatique, ni le côté philosophique de cette histoire que Louig Bonaparte a

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voulu mettre en relief. Poursuivi dans ses lectures par la préoccupation des événements contemporains, il n'a évidemment étudié ce qui a précédé et suivi la révolution de 1688 qu'en vue de la révolution de 1830 et de ses résultats. De là, dans son ouvrage, quelque chose de systématique, de forcé, et des appréciations qui, selon nous, ne sont pas exactes.

Ainsi, l'auteur dit, en parlant des Stuart : « Ils se « trouvaient dans une position fausse. Représentants « officiels du protestantisme, ils étaient catholiques « au fond du cœur. Représentants obligés d'un sys- « tème de liberté et de tolérance, ils étaient absolus • par instinct. Représentants des intérêts anglais, ils « étaient dévoués ou vendus à la France. »

Il y a certainement du vrai dans cet exposé. Mais tout ceci veut être expliqué, et l'auteur, ce me semble, a trop sacrifié au désir de simplifier les événements et de généraliser les enseignements qui en découlent.

En eflfet, si nous remontons aux premières scènes du drame dont 1688 n'a été queledénoûment, nous voyonç que oe n'est pas le catholicisme qu'on attaque dans le second Stuart. mais bien l'épiscopat; et l'on peut dire que si la royauté se perdit en Angleterre, ce fat précisément pour s'être trop identifiée au protestantisme.

Henri VIII, lorsqu'il se dééîarait contre le pape et se faisait le chef d'une religion nouvelle, ne prévoyait pas qu'il préparait de la sort^réchafaud sur lequel devait

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périr un de ses successeurs. Cela devait être, cependant, et par une raison bien simple. L'autorité du pape foulée aux pieds, que pouvait devenir l'inviolabilité des couronnes? Pourquoi, après avoir porté la main sur la plus haute de toutes les puissances du moyen âge, se serait-on arrêté devant des pouvoirs subalternes? Pourquoi n'aurait -on pas osé, dans Tordre des intérêts terrestres, ce qui avait été osé dans Tordre des idées religieuses? L'esprit d'examen, à la voix de Luther, avait ouvert un abîme : le pape, en y tombant, y appelait les rois.

Eh bien, ce résultat, Henri VIII, en Angleterre, le rendit tout à fait inévitable, lorsqu'il montra, confondues dans sa personne, la religion et la politique. Car voici ce qui arriva. Sorti de la liberté, Tanglicanisme devint tyrannique à son tour et prétendit au gouvernement absolu des consciences. Mais en présence des anglicans s'élevaient les presbytériens, concluant de la suppression du pape à celle des évêques et demandant Tégalité dans le sacerdoce; Les presbytériens attaquèrent Tépiscopat au nom des mêihes principes sur lesquels on s'était appuyé pour abattre la papauté. Et, comme ils trouvaient la royauté et Tépiscopat indissolublement unis, pour atteindre celui-ci, ils comprirent qu'il fallait se résoudre à frapper celle-là. D'une révolte religieuse naquit ainsi une révolte politique. La tyrannie reprochée aux évêques ne fut pas plus tôt combattue, que la tyrannie exercée par le roi

devint matière à discussion. La révolution commença contre la première et finit contre la seconde.

Je sais bien que Charles I®' fut accusé de papisme ; je sais que ses ennemis tirèrent parti, pour le renverser, de son mariage avec Henriette-Marie de France, princesse élevée dans le catholicisme. Mais les accusations dont on s'arma contre Charles I" eussent-elles été aussi sincères qu'elles Tétaient peu, suffiraientelles pour prouver qu'il périt victime de ses tendances catholiques? Non; attaqué d'abord par les presbytériens, il succomba sous les coups d'hommes à qui répiscopat n'était guère moins odieux que le papisme.

Quant à Téloignement des Stuart pour tout ce qui était tolérance et liberté, il fut dans Charles P"^ aussi incurable que profond. Rien ne saurait se comparer aux violences dont l'archevêque Laud et Strafford se rendirent coupables. Remplis tous les deux, le premier d'un fanatisme sombre, le second d'un orgueil sans bornes, ils formèrent de leurs passions, de leurs vices et même de leurs vertus réunis, le plus affreux despotisme qui fut jamais. Or, derrière eux était le monarque qui encourageait leur zèle et applaudissait à leurs fureurs, sauf ù. les abandonner lâchement quand la mesure des persécutions aurait été comblée. On se rappelle ces amères paroles de Strafford lorsque, condamné à mort par le Parlement, il apprit que Charles le laissait livré aux vengeances de leurs communs ennemis : Nolite confidere principibus, quia salus non

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est in illisf kxx reste, le serviteur ne paya point ici pour le maître, comme Charles P' l'avait espéré sans doute. Et, plus tard, le bourreau put dire avec vérité, en montrant au peuple la tête de ce roi, ami perfide : « Voici la tête d'un traître ! » Oui, Charles I" fut intolérant, il fut despote ; mais les peuples seraient vraiment trop heureux s'il suffisait du despotisme des souverains pour expliquer la chute des trônes. Oromwell, devenu protecteur, se montra- t-il plus respectueux observateur des droits du peuple que Charles I" lui-même ? Après s'être mis à la tête du parti des indépendants^ après s'être servi de la république pour renverser dans le sang la monarchie anglaise, après avoir touché aux niveleurs par l'audace de ses opinions, bruyamment affichées, ne le vit-on pas se disposer à coindre la couronne, et s'emparer, à l'abri du titre modeste de protecteur, d'une autorité qui défia tout contrôle et brisa toute résistance ? Encore eût-il accepté volontiers lé nom de roi, si, prenant au mot l'humilité dont il se parait avec son astuce ordinaire, le Parlement eût poussé la flatterie jusqu'à lui faire violence. Le fond de sa -pensée se révéla bien clairement dans ces paroles qu'il adressa aux officiers qui venaient le complimenter : ce Mon épée m'a élevé ; et « si je veux monter plus haut, elle me maintiendra « au rang qu'il me plaira d'occuper. » Mais ayant le pouvoir, qu'avait-il besoin du nom ? Seules, les faibles âraeâ se complaisent dans l'orgueil de la puissance :

les âmes fortes n'en recherchent que rexercice. Gromwell exerça donc la dictature, lentement, & son aise, sans avoir même eu besoin, comme son prédécesseur, de la rendre sanglante. Et quand il en eut épuisé les bénéfices et Tinsolence, qu'arriva-t-il ? Qu'il mourut dans son lit.

Où donc avait été placé le châtiment de cet homme ? Dans sa conscience, mais pas ailleurs. Et vainement dirait-on qu'il fut puni par la chute de son flls et la disparition de sa dynastie. Richard Croinwell ne fut pas dépouillé du pouvoir ; il s'en dépouilla de ses propres mains, et en souriant, parce que la puissance lui paraissait chose plaisante, fatigante surtout, et qu'il n'était qu'un vaurien philosophe. Le lendemain, il raillait, à table, avec ses amis, sa majesté passagère, non sans quelque pitié pour son père, qui avait pris l'Angleterre au sérieux.

Louis Bonaparte reproche avec raison aux Stuart d'avoir vendu à l'étranger les intérêts britanniques. Mais ce fut moins le crime de Charles I" que celui de Charles II. Or, on sait combien le règne de celui-là fut orageux et sa fin terrible.. Celui-ci, au contraire, vécut dans les plaisirs et mourut roi.

Et à propos de Charles II, il ne me semble pas que le portrait qu'en trace Louis Bonaparte soit ressemblant. Il est des princes qui, pour conserver une couronne flottante, et par un bas amour du pouvoir, se font un système de la fourberie. Inaccessibles aux

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grandes pensées et incapables de comprendre que la possession du commandement rapetisse ceux qu'elle ne grandit pas, ils s'attachent à l'autorité pour ellemême, non pour son usage, comme l'avare s'attache à Tor. Si des divisions n'existent pas dans la société, ils ont soin d'en faire naître, et ils les entretiennent si elles existent. Prompts à faire appel aux intérêts sordides ou aux passions viles, ils consolident par là leur empire, fondé sur l'abaissement des caractères. Ils augmentent leur puissance en diminuant celle de la nation, ils agrandissent leur autorité en rétrécissant ce qui en est Tobjet, semblables en cela au propriétaire qui, pour parcourir plus aisément ses domaines, en réduirait à plaisir l'étendue. C'est ainsi qu'ils dégradent par calcul les ministres qu'ils emploient, et mettent une funeste habileté à user les talents les plus célèbres, à compromettre les citoyens les plus populaires, à faire descendre enfin les hommes les plus vertueux à des rôles sans rapport avec leurs vertus. C'est ainsi, encore, que, pour rendre la royauté plus forte au dedans, ils souffrent que le royaume soit moins respecté au dehors, absorbant ^ut en eux, et disposés pour ainsi dire à créer le néant, afin de le gouverner sans obstacle.

Tel ne fut pas Charles II.

Il commit, à la vérité, beaucoup d'actions honteuses» mais sans système arrêté, sans parti pris, souvent par hasard. Si nous voulions peindre Charles II

en deux mots, nous dirions que ce fut un mauvais sujet sur un trône. C'est ainsi, du reste, que le représentent les Mémoires de Grammont, charmant pamphlet qui vaut bien l'histoire. Charles II avait eu une jeunesse orageuse. L'exil lui avait donné ces graves enseignements qui ne sont utiles qu'aux hommes bien doués, et qui précipitent les esprits vulgaires dans le scepticisme. Battu à Worcester par l'invincible et inévitable Cromwell, il avait mené longtemps une vie d'aventures, tantôt forcé de se réfugier au haut d'un chêne, tantôt abrité par l'hospitalité de quelque bon gentilhomme, dont il récompensait la loyauté en 'Séduisant sa fille. Lorsqu'il monta sur le trône, Charles II ne croyait à rien. Seulement, poussé durant les vives années à chercher dans les plaisirs un refuge contre les coups du destin et les déceptions de la grandeur, il ne vit dans la royauté qu'un moyen de satisfaire toutes les fantaisies de son cœur ou de ses sens. Il se livra aux femmes^ sans pudeur comme sans scrupule ; il donna le ton au scandale j il rapprocha par ses amours les actrices des duchesses :41 fut le roi des libertins. De là ses fautes, ses bassesses, et^ si l'on veut, ses crimes. S'il abandonne le vertueux Olarendon, c'est pour se délivrer d'un surveillant incommode qui censure ses plaisirs. S'il vend Dunkerque à la France, c'est parce que la Castelmaine et ses autres^ maîtresses ont dévoré le dernier subside, Ja dot de la nouvelle reine, Catherine de Portugal, et qu'il ne lui

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reste plus rien poar jouir, ce qui est la même chose pour lui que régner. S'il se fait peusionner ignominieusement par Louis XIV, c'est parce que ses amours , sont un gouffre que le Parlement anglais refuse de combler. Si, après avoir fait conclure à La Haye, par le chevalier Temple, le traité de la triple alliance, traité dirigé contre la France, il change tout à coup de politique, se joue du chevalier Temple et se ligue contre la Hollande avec Louis XIV, c'est parce que la duchesse d'Orléans est venue le visiter à Londres, et lui a donné pour maîtresse mademoiselle de Kerouet, dont les beaux yeux expliquent ce grand changement.

Voilà Charles II tout entier. Dans son abominable égoïsme de débauché, il aurait sacrifié le présent et l'avenir de l'Angleterre aux voluptés qui faisaient sa vie. Si donc il vendit à l'étranger les intérêts de son pays, ce ne fut point par politique, comme paraît le croire Louis Bonaparte, ce fut tout simplement par sensualisme et scepticisme.

Mais ces mêmes vices le poussaient naturellement à Tadoption d'un système de tolérance à l'égard des sectes religieuses qui déchiraient l'Angleterre. Au fond du cœur, il se moquait trop de Dieu et des hommes pour préférer la religion catholique à celle dans laquelle on l'avait élevé et qu'il professait. Aussi chercha-t-il continuellement à réconcilier les divers partis, ce qui le fit accuser de papisme par les anglicans^

furieux qu'on voulût mettre des bornes à leur tyrannie.

Louis Bonaparte n'ignore certainement pas que le fameux hill d'uniformité fut l'œuvre du Parlement, et que Charles II ne le sanctionna que parce qu'il y fut contraint. Qu'était-ce que ce bill, sinon un attentat à la liberté de conscience, sinon une violente déclaration dô guerre au parti presbytérien, qui avait fait la révolution de 1640 ? Qu'on dise que sous le règne de Charles II le système de liberté et de tolérance reçut de nombreuses atteintes, rien de plus vrai ; mais il n'en faut pas faire un crime à Charles II : la tyrannie vint du Parlement, et le monarque fit, pour la rendre moins ardente, de continuels et incontestables efforts. En 1662, par exemple, de quelles mains sortit la Déclaration de tolérance ? Des mains du roi. Et par qui fut-elle repoussée ? Par le Parlement, a Le roi est papiste, s'écria-t-on aussitôt. » Sous prétexte de protéger les non-conformistes, il veut protéger les catholiques. » Euses ordinaires des partis 1 Vieille tactique î

Aussi bien, ce clergé anglican qui semblait ainsi confondre avec le retour du catholicisme la perte de toutes les libertés du peuple anglais, ce clergé anglican, qu'avait-il donc à envier au clergé catholique, en fait de violences, d'intolérance, de tyrannie? Quoi I il respectait la liberté, lorsqu'en vertu du bill d'uniformité il forçait deux mille ministres près-

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bytériens à renoncer à leurs bénéfices ! Quoi ! il représentait les conquêtes et Tespritde la dernière révolution, lorsqu'il frappait à coups redoublés sur le parti par qui cette révolution avait été accomplie l Quoi I il défendait des principes de justice et de tolérance,lorsqu'il suscitait contre les catholiques, pour les perdre, un misérable imposteur, Titus Oates, et que, sur la foi de ses mensonges invraisemblables, il faisait traîner à Téchafaud l'infortuné Stafibrd I

L'auteur des Fragments historiques, en reprochant à Charles II de n'avoir pas fondé son pouvoir sur Tunion des anglicans et des presbytériens, a donc mis sur le compte de ce monarque une faute qui, en réalité, fut celle du Parlement.

Quoi qu'il en soit, Charles II, malgré les scandales et les turpitudes de sa vie, Charles II mourut la couronne sur sa tête.

Quant à Jacques II, il ne fit que traverser la royauté, qu'il déshonora de plus belle ; et c'est à lui que s'applique de point en point ce que Louis Bonaparte a cru devoir étendre à tous les Stuart.

Au reste, pour ÊEdre choir Jacques II de son trône, on n'eut pas même besoin de le pousser. Guillaume, débarqué à Torbay, allait trouver la place vide. Il envoya dire à son beau-père qu'il lui ordonnait de se rendre dans je ne sais quel château. Celui-ci eut peur et prit la fuite. Il s'en alla auprès de Louis XIV, à Saint-Germain. Il y trouva un confessionnal : il ne

lui fallait que cela. Simple duc d'York, il avait bravement commandé des flottes et s'était distingué par son courage. Devenu roi, 1) devint lâche. Il est des hommes dont la puissance ne peut s'élever sans que leur âme s'abaisse.

Nous venons de parler de Guillaume, prince* d'Orange et gendre de Jacques II. Ce Guillaume méritet-il l'admiration sans réserve que professe pour lui Tauteur des Fragments historiques ?

Chateaubriand a dit du héros de 1688 : • Ccst un prince qui n* excite aucune admiration et qui a fait des choses admirables, »

La vérité est qu'il y eut deux hommes en Guillaume III : l'ennemi de la France et le roi d'Angleterre.

Comme ennemi de la France, Guillaume III a déployé un rare génie. Comme roi d'Angleterre, il a été au-dessous du médiocre.

L'excès de la haine, voilà de quoi Guillaume III a vécu, voilà ce qui lui a créé *un rôle dans l'histoire. Tant il est vrai que le génie, souvent, n'est qu'une passion forte l Avant d'être stathouder de Hollande, le prince d'Orange avait vu son pays envahi par les Français, et dès ce moment il avait prononcé contre eux le serment d'Annibal. Et, en effet, roi d'Angleterre, il usa tout son règne à accomplir ce serment funeste. Promoteur de toutes les ligues dirigées contre l'ascendant de Louis XIV, âme de toutes les coa-

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litions formées contre la France, il ne cessa de poursuivre le triomphe de ses ressentiments : toujours battu, mais réparant toujours ses défaites ; malheu • reux souvent, mais jamais lassé. Gomme tous les hommes qui emploient une grande puissance à une seule chose, il devait réussir et il réussit. La paix de Riswick fut le monument immortel de sa haine heureuse.

Mais si son rôle fut éclatant au dehors, combien ne fut-il pas au dedans méprisable et stérile! L'auteur des Fragments historiques le représente, à son avènement, environné de difficultés et d'obstacles. Ces obstacles n'étaient qu'apparents ; ils devaient faire sa force, loin de contrarier sa marche. Il trouvait l'Angleterre divisée en partis rivaux, circonstance éminemment favorable pour un roi qui ne veut que se maintenir, parce qu'il est facile alors de se rendre nécessaire! Qu'advint-il cependant? Qu'il se laissa complètement dominer par les Communes, et ne sut faire prévaloir dans les aflkires intérieures aucun des desseins qu'il avait conçus. Il avait apporté en Angleterre des idées de tolérance, et on le vit céder sans résistance aux mauvaises passions du clergé anglican. Il désirait, pour les entreprises qu'il méditait, un revenu assis sur les mêmes bases que celui qu'on avait accordé â ses prédécesseurs, et il ne put obtenir qu'un revenu précaire, soumis à toutes les sévérités d'un Jaloux contrôle. Il était ennemi des persécutions, et

il souffrit que, dans la vallée de Glencoi^ les anglicans signalassent leur vengeance contre les presbytériens, en ravageant les campagnes, en brûlant les habitations^ en dispersant les familles après les avoir décimées. 11 était opposé aux parlements triennaux, et il consentit à les subir pour obtenir des subsides. Il voulait, comme Louis XIV, avoir une armée subsistante, et il dut non-seulement réduire ses troupes à sept mille hommes, mais encore renvoyer sa garde hollandaise. Il voulait conserver son chancelier lord Somers, homme d'un grand savoir uni à une grande vertu, et il le sacrifia aux iiijustes rancunes des tories. Enfin, la domination que le Parlement fit peser sur lui fut complète. On lui pardonnerait de l'avoir acceptée dans les choses justes et raisonnables; mais non : il la subit telle qu'elle était, c'est-à-dire arrogante, passionnée, follement tracassière, et variant au gré de deux factions également égoïstes : les tories et les whigs. Ajoutez à cela que, n'osant combattre de haute lutte cette souveraineté, il n'épargna rien pour la pervertir. C'est de son règne que date le système de la corruption parlementaire. Sous Charles II, la corruption s'exerçait dans le Parlement avec de l'argent tiré des coffres de Louis XIV; sous Guillaume III, ce fut de For anglais qui servit à cette vile besogne. On peut voir dans Hume les progrès que fit en Angleterre, sous Guillaume III, le génie du mercantilisme. Lui-même, quoique guerrier, il donna à

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Tamour du gain une impulsion déplorable, et pour se rendre populaire, il se fit nommer premier maître de la communauté des. épiciers.

Au point de vue du régime constitutionnel, il est possible que Guillaume III ait ét-é un roi fort recommandable. le régime constitutionnel, par sa nature même, créant aux monarques une position tellement subalterne qu'elle en devient honteuse : mais, à coup sûr, là doit se borner le panégyrique de Guillaume, considéré comme roi d'Angleterre.

Comme individu, il était sec, taciturne, plein de dissimulation^ et froidement passionné. On n'a pu affirmer quelle part il prit au soulèvement qui aboutit, lors de l'invasion des Français en Hollande, à l'assassinat de l'héroïque Jean de Witt et de Corneille, son noble frère. Toutefois, il est certain que ce fut aux cris de vive le prince d'Orange que fut commis cet exécrable forfait; il est certain aussi que Guillaume se hâta de recueillir la succession d'un pouvoir ensanglanté. Il s'en servit, à la vérité, pour affranchir la Hollande, mais après avoir changé la république en stathoudérat.

Ici s'arrêtent les remarques que nous avions à faire sur la partie historique du livre de Louis Bonaparte. Pour ce qui est de la partie littéraire de cet ouvrage, elle ne mérite, à notre sens, que des éloges. Le style de l'auteur est à la fois clair et précis, élégant et noble. Dans le tableau que Louis Bonaparte trace du

règDô de Charlos II et de Guillaume, il y a des aperçus très vifs, des rapprochements inprénieux. Mais que de choses à dire sur les conclusions !

Louis Bonaparte semble avoir été dominé, dans ses études historiques et politiques, par cette pensée : pour

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