LE JURY AUX COWNIES
De tristes préjqgés ont survécu à Tesclayage : il s'agit de leur porter le dernier coup.
Des appels sont faits, aujourd'hui encore, aux hai« nés nées de la longue domination des hommes à peau blanche sur les hommes à peau noire : il s'agit d'y répondre par la propagande d'une politique d'apaisé^ ment.
Les déshérités d'une autre époque sont injustement désignés aux soupçons et dénoncés à la peur : il s'agit, en ce qui les concerne, eux aussi, d'être vrai et d'être juste.
Et d'abord, il ne faut pas croire qu'il y ait aux colonies une distinction absolument tranchée entre deux races impénétrables l'une à l'autre. On y trouve plus que des blancs et des noirs : on y trouve des hommes de couleur issus du mélange des deux races. Les termes extrêmes de la série y sont rapprochés Tun de l'autre par mainte nuance intermédiaire. Le sang européen s'y est mêlé depuis longtemps et s'y mêle de plus en plus au sang africain. Où commence, dès lors, et où finit l'élément d'origine européenne?
La classe à laquelle les aristocrates de la peau — il en est encore de tels — s'efforcent de disputer les sympathies de l'Europe, a des représentants, et de fort distingués, dans la magistrature, dans l'université, dans le barreau, dans le haut commerce, dans le clergé, dans les lettres. La voilà entrée dans la civilisation par toutes les avenues qui y conduisent ;
LE JÙKT AUt COLONIES 290
il est trop tard pour en refermer sur elle les portes.
Et elle est laborieuse, cette classe, quoi qu'en puissent dire ses détracteurs.
Si la paresse était la divinité qu'on adore à la Guadeloupe> les petits planteurs de cette colonie n'y auraient pas porté, en 1871, aux diverses usines centrales, 34,610,631 kil. de cannes qui ont produit 3,123^936 kil. de sucre.
Si le travail n'était pas en honneur à la Martinique, Tamiral Cloué n'aurait pas, en sa qualité de gouverneur et preuves en main» affirmé le fait.
Si, à la Réunion, lespetits créoles et les noirs créoles n'étaient pas aussi actifs qu'intelligents, on n'aurait pas vu cette colonie atteindre, après l'émancipation» un haut degré de prospérité.
En tout cas, l'esclavage a laissé derrière lui le concubinage. On comprend que, sous le régime de la propriété de l^homme par l'homme, les maîtres n'aient pas encouragé le mariage dans leurs domaines. Us y auraient perdu de pouvoir donner libre carrière à leurs caprices amoureux, d'une part, et, d'autre partj dto se voir gênés dans le plein exercice de leur droit de projpriét^y € le mariage de Tesclave ne permettant ff pas de vendre séparément sans scandale le mari, la « femme et les enfants. » C'est ce dont M. Lareinty aurait bien dû se souvenir» lorsqu'après avoir dit qu'à la Martinique il y a plus de 3»000 naissances illégititiimes sur moins de 5,000, il s'écrie : C'est épouvanta*^