‹ Questions d'aujourd'hui et de demainChapitre 3 sur 70 · DE L'UNITÉ SOUS SES TROIS ASPECTS · texte numérisé non relu

DE L'UNITÉ SOUS SES TROIS ASPECTS

PubUé en 1839

Je suppose deux hommes prêts à se mettre en route : l'un bien portant, alerte, vigoureux ; l'autre malade et blessé. Avant la grande Révolution de 1789, le pouvoir, au lieu de tendre la main au second, ne songeait qu'à faire marcher le premier plus à Taise encore ei plus vite; iniquité à jamais exécrable! En 1789, ce fut autre chose : le pouvoir fut enchaîné, et Ton dit aux deux hommes : « La route est libre ; vous êtes égaux; marchez! » Et cependant, le faible pouvait répondre : « Mais qu'importe que la route soit déblayée ? Ne voyez-vous pas que je suis malade ; que le sang coule de mes blessures ; que le poids de mon propre corps m'épuise, et que mes pieds nus se meurtrissent sur les cailloux du chemin ? Mon voisin

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est ingambe et fort; mais moi?... Que me parlez -vous d'égalité ? C'est une raillerie cruelle. »

L'homme qui a le droit de tenir ce langage, c'est le prolétaire : la liberté pour lui n'a été, depuis 1789, qu'un mensonge.

Eh bien, à ce que ce mensonge cesse, la bourgeoisie elle-même a un intérêt immense.

Ce qu'on trouve aujourd'hui au fond de toutes les relations sociales, n'est-ce pas la guerre, oui, la guerre ! et pour armes de combat : la ruse, le dénigrement, l'hypocrisie, la calomnie, tout ce qu'il y a d'impur dans les abîmes du cœur. Une corruption universelle naissant d'un antagonisme universel, un immense désordre moral couvé par un désordre matériel immense : tel est le résumé de l'histoire contemporaine. Si les malheureux prolétaires se combattent pour s'arracher un peu de pain, ne trouvons-nous pas audessus d'eux les bourgeois qui se combattent pour s'arracher un peu d'or ? Qui donc tire parti de cet état de choses? Est-ce vous, hommes de lettres, avocats et médecins distingués, dont mille voix déchirent en ce moment la réputation? Est-ce vous, négociants intègres, dont un mensonge adroitement répandu ébranlera demain le crédit et sapera la fortune ? Estce nous tous qui soldons le compte des dilapidations administratives et payons les mémoires des maîtresses ?... Je m'arrête. On ne porte pas impunément la corruption dans son sang : un jour vient où elle

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TOUS monte à la gorge et vous étouffe. Que^ de ban queroutiers morts sous le coup de la faillite du voisin I Le mal est comme les flèches de Phlloctète : c'est une arme qui finit par blesser ceux qui la manient.

Non, il n'y a profit pour personne dans la situation où nous voici tous accroupis, et, par conséquent, tout le monde a intérêt & rechercher les causes de cette situation. Elles sont graves et profondes, mais elles remontent à une date lointaine. Pour les bien constater, il importe d'interroger un peu le passé.

Il est dans T.histoire certains faits dont le caractère semble fortuit : sans liaison apparente avec le passé, sans relation appréciable avec l'avenir, ils éclatent comme la foudre et passent comme elle. Il en est d'autres, au contraire, dont il est facile de suivre, à travers les âges, le développement logique et l'inaltérable filiation^

Les premiers sont l'œuvre des passions de l'homme, abandonnés à toute la spontanéité de leurs mouvements. Les seconds révèlent l'action d'une force latente qui plane sur les efibrts ou les égarements de la liberté humaine.

Aussi, ce ne sont pas les hommes qui pensent, ce sont les siècles.

Voyez s'il ne s'opère pas, au fond des sociétés, un travail lent, mystérieux, continu, qui prépare les grandes phases par lesquelles la civilisation doit passer. Oe sont d'abord des instincts vagues, puis

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des sentipients incomplets et mal définis. Vient un homme qui trouve une formule à ces sentiments et les transforme en idées, c'est un grand homme. Que les tyrannies qu'il attaque le tuent ; demain, l'humanité qu'il a servie l'appellera son sauveur.

Lorsque le Christ vint apporter dans le monde la grande loi de l'unité morale, déjà, au nom de cette unité non encore formulée, tout un monde d'esclaves s'était levé en armes , et Spartacus avait tenu en échec la fortune de Pompée. C'était l'explosion d'un instinct précédant la manifestation religieuse de l'idée. Les historiens nous apprennent que les dernières années de l'ère à laquelle succéda l'ère chrétienne furent remplies d'une sorte de tressaillement universel ; on était dans l'attente de quelque grand homme ou de quelque grand événement, et cela non-seulement dans la Judée, mais dans toutes les parties de Tunivers romain. Le Christ vint, et peu de temps s'était écoulé depuis l'entier accomplissement de son suprême sacrifice, que déjà le monde, converti à sa parole, s'agenouillait devant son gibet. Plus tard, Luther paraît. Et c'est ici surtout que se manifeste avec éclat ce mouvement intérieur des esprits dont nous parlons.

On aurait pu, jusqu'à un certain point, attribuer à la puissance personnelle du Christ la trace lumineuse qu'il avait laissée après lui. Venu pour soutenir les faibles, il avait en lui tout ce qui peut commander le

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respect et Tamour. Il était si élevé au-dessus des autres hommes par sa science, et se tenait si près d'eux par sa bonté ! Il y avait tant de sérénité sur son front et de séduction dans sa parole, lorsqu'il s'en allait, à travers la foule émerveillée, semant sur elle des pensées sublimes et d'héroïques exemples l Mélange admirable de grandeur et de tendresse, d'austérité et de tolérance, il chassait les vendeurs du Temple et pardonnait à la femme adultère ; car il avait bien pénétré le secret de toutes les contradictions douloureuses de la nature humaine ; il la savait à la fois orgueilleuse et frêle, rétive et pourtant digne d'être encouragée.

Auprès du Christ , qu'était-ce que Luther ? un moine, homme de génie sans doute et d'un étonnant courage, mais brûlé de passions ardentes et parlant un grossier langage ; un réformateur attaquant avec de fanatiques paroles le fanatisme de ses ennemis ^ un révolutionnaire, ami des grands de la terre et flatteur des princes ; une âme enfin que l'orgueil avait envahie et que la colère troublait.

Cependant, il fut écouté, cet homme ; il fut applaudi ; il se montra plus fort que la persécution. Assez puissant pour s'attaquer à la plus formidable de toutes les puissances, il justifia sa hardiesse par ses succès. Pourquoi? Parce que Luther ne fut que l'écho de son siècle. Ce qu'il pensa, chacun l'avait senti. Ce qu'il osa dire, chacun était sur le point de le penser.

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Henri VIII prit en vain la plume pour accabler de sa royale controverse le moine intrépide. Après avoir combattu un réformateur, Henri VIII se fit lui-même chef d'une religion réformée, tant était irrésistible la forcé qui venait de s'introduire dans le monde !

Ainsi s'accomplissent les grandes révolutions. Pour les bien comprendre, il faut chercher comment s'enchaînent l'un à l'autre les faits généraux dont elles se composent. Qu'on nous permette donc d'expliquer en quelques mots de quelle manière la société a été amenée à la situation où nous la voyons, situation étrange et douloureuse qui nous présente le spectacle de Tunité bannie tout à la fois, et de Tordre moral, et de l'ordre social, et de l'ordre politique (1).

Ce que nous trouvons dans Fhistoire de tous les peuples, c'est le principe d'association, appliqué non d'une manière générale, mais d'une manière res* treinte ; non en vue du bien-être et de la force de tous, mais en vue de la domination de quelques-uns

(1) Là où sur un certain nombre de points il y a des croyances communes, Tunité morale existe . Là où les rapports des gouvernés entre eux sont organisés de telle sorte qu'il y ait répartition régulière des fruits du travail commun entre ceux qui y ont concouru^ et suivant la part que chacun y a prise, l'unité sociale existe. Là où les relations des gouvernants aux gouvernés sont établies de telle sorte que Taction des premiers sur les seconds soit régulière et effective, l'unité politique existe. D'après cette déûnitiou, l'unité politique peut consister tout aussi bien dans la domination d'une assemblée que dans celle d'un individu. La Convention a gouverné avec autant d'unité que Louis XIV. ^

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Ceux qui savent s'entendre sont les oppresseurs ; les autres sont les opprimés. La force n'est point où est le nombre, mais où est l'association. Ceci explique bien le règne insolent de quelques-uns sur tous. L'association qui, appliquée d'une manière générale, aurait abouti à la justice, n'a donc Jamais produit que l'oppression.

Le Christianisme, comme nous l'avons dit, apporta dans le monde l'unité morale ; il enseigna que tous les hommes sont frères, et que devant Dieu ils sont tous égaux. Le triomphe de cette doctrine aurait dû conduire, ce semble, à l'abolition de l'esclavage, et oe résultat fut atteint en partie. Mais le Christianisme ne donnait aucune formule d'organisation d'où pût sortir l'unité sociale; il n'apprenait point aux hommes par quel lien les conditions diverses devaient tenir l'une à l'autre, et comment chacun, après avoir concouru au travail commun, devait en vivre.

Qu'advint-il de là ? Que, même après l'établissement de cette unité morale dont l'unité sociale semblait devoir être le corollaire, les esclaves restèrent esclaves sotrs un autre nom et une autre forme. La première relation qui avait prévalu dans le monde avait été celle du fort au faible. BiQntôt, à la tyrannie fondée sur la faiblesse physique de l'homme avait succédé la tyrannie fondée sur ses infirmités intellectuelles. La relation du fort au faible avait été remplacée par celle| du maître à l'esclave. Le Christianisme vint :

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mais, comme il ne fournissait aucun mode d'association générale, la société ne cessa pas d'admettre des associations oppressives, et toutes-puissantes par cela seul qu'elles agissaient sur une foule d'individus sans relation entre eux, et pour ainsi dire juxtaposés. Les maîtres alors, ce furent les seigneurs; les esclaves, ce furent les serfs.

D'un autre côté, le Christianisme s'était étendu au moyen d'une hiérarchie sacerdotale savamment combinée.

Or, si le Catholicisme ne fit rien pour l'établissement de l'unité sociale, il travailla sans relâche à établir, pour le compte de ses chefs, l'unité politique.

Lorsqu'au quatorzième siècle on vint sommer Marco Visconti, archevêque de Milan, de se décider entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel, quelle fut sa réponse ? Il agita son épée d'une main, sa crosse de l'autre, et s'écria d'une voix plus guerrière qu'apostolique : « Ceci est mon temporel ; ceci est mon spirituel : avec l'un je défendrai l'autre. » Eh bien ! ces mots résument parfaitement l'histoire du Catholicisme. Elle est tout entière dans cette fameuse lutte des papes et des empereurs, lutte acharnée qui ouvrit carrière aux passions les plus brutales ; lutte qui remplit le monde de bruit et l'Italie de sang ; lutte qui couronna l'orgueil de la cour de Rome, mais jeta dans l'Allemagne vaincue le /germe des résistances contre lesquelles devaient venir échouer, au com-

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menceraent du seizième siècle, le génie du Catholicisme et la puissance de la Papauté. Car, chose remarquable, ce fut par les efforts mêmes qu'il fit pour attirer à lui toutes les ressources de l'unité politique, que le Catholicisme prépara la ruine de cette unité morale dont le Christ avait enseigné les lois. Le Catholicisme, en s'alliant aux royautés absolues, disons mieux : en se les assujétissant, se rendit leur complice et se dévoua témérairement à leurs destinées. Il fit si bien que, le jour où on lui arracha Tépée, la crosse échappa d'elle-même à ses mains. Qu'on médite cette grande révolution anglaise par laquelle s'ouvrit en quelque sorte le dix-septième siècle ! En se faisant le chef d'une religion nouvelle, en s'emparant de ce double pouvoir que les papes avaient si ardemment convoité, Henri VIII n'avait pas su qu'il préparait Téchafaud de Charles P^ Quand le moment fut venu, les presbytériens attaquèrent dans l'Église anglicane une transformation du papisme. Mais, trouvant l'épiscopat indissolublement uni à la royauté, ils se mirent à discuter les titres de la royauté ellemême ; ils se persuadèrent qu'elle n'était pas inviolable ; et, lorsqu'ils furent assez forts, ils la tuèrent dans la personne du second Stuart.

Ainsi, par une conséquence naturelle de la confusion des deux pouvoirs, il arriva qu'on ne put frapper Tun sans atteindre l'autre, et discréditer l'unité morale sans ébranler violemment l'unité politique.

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Unité morale, fondée sur des dogmes sublimes et des pratiques puéi*iles ; unité sociale profondément méconnue ; unité politique établie au profit des fantaisies du despotisme individuel ; voilà dono quelle fut Tœuvre du Catholicisme. Elle fut à la fois héroïque et désastreuse, féconde et funeste. Quand vous voyez Galilée tomber à genoux devant le souverain pontife et se déclarer impie pour avoir démontré une grande vérité, votre cœur se soulève d'indignation, et je vous approuve. Regardez cependant les choses d'un peu plus haut et d'un peu plus loin. Sans cette unité catholique par qui les peuples furent si fort rapprochés Tun de l'autre, la démonstration de Galilée n'aurait de longtemps franchi les frontières de l'Italie; tandis que, grâce à cette même unité, le jour où l'Italie crut que la tarre tournait autour du soleil, la moitié du monde le crut avec l'Italie. Que faisait donc en réalité le Catholicisme lorsqu'il sacrifiait Galilée à Tinflexi* bilité d'une même doctrine ? Il retardait le triomphe du grand homme, mais en le rendant plus vaste ; il disputait le temps au génie, mais il lui donnait l'étendue. Oui, là fut toute rimportance du génie catholique. Par le cosmopolitisme des erreurs, il prépara celui de la vérité. Vous demandez quels services il a rendus ? Il a forcé les peuples à se tromper en commun.

Nous touchons à la philosophie du dix-huitième siècle, qui ne fit que reprendre et continuer, sous des

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formes différentes et avec de» effets différeûtâ, l'oeuvre de protestation universelle commencée par là révolution anglaise de 1640.

Pour bien apprécier la philosophie du dix-huitième siècle, il faut se rendre un compte eiact de l'état où elle trouvait les choses et les esprits.

Dans l'ordre moral, tout tendait à une dissolution complète. Le Catholicisme avait poussé l'Unité morale jusqu'au refoulement le plus tyraunique du sentiment individuel. Le dogme était devenu, entre ses mains, un niveau de fer sous lequel toutes les intelligences avaient dû se courber. Les libres élans de la pensée s'étaient brisés contre la raideur de certaines prescriptions religieuses ; les vérités découvertes par la science avalent été fougueusement excommuniées et étouffées sans remords^ toutes les fois qu'elle)»

n'avaient pu trouver place dans le cadre d'une reli*gion qui repoussait toute espèce d'examen. La grande révolte de Luther contre la papauté fut ^explosion du sentiment individuel trop violemment comprimé, comme le Christianisme prêché par Jésus avait été celle du sentiment moral indignement outragé.

Dans l'ordre social, la féodalité n'existait presque plus qup de nom. Qu'avait-elle été?

Un publiciste nous paraît l'avoir bien caractérisée en la définissant : « Une confédération de petits des- « potes inégaux entre eux, et ayant les uns envers les « autres des devoirs et des droits, mais investis dans

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« leurs propres domaines, sur leurs sujets personnels « et directs, d'un pouvoir arbitraire et absolu. » Un semblable régime avait deux vices principaux par où il devait tôt ou tard périr. Il mettait trop souvent face à face ceux qui exerçaient le despotisme et ceux qui le subissaient, pour que les premiers ne perdissent pas bientôt toute autorité, tout éclat, tout prestige, et pour que les seconds ne fussent pas énergiquement provoqués à la résistance. D'un autre côté, cette hiérarchie de seigneurs qui remontait jusqu'à la royauté, premier anneau de la longue chaîne des fiefs, cette hiérarchie devait tendre par sa nature même à s'absorber dans le pouvoir royal. Aussi la royauté n'avait-elle cessé d'attaquer la féodalité par en haut, tandis que le peuple la minait par en bas. Elle avait dû succomber sous cette double action du principe communal et du principe monarchique.

Mais, durant cette lutte, une classe s'était formée d'hommes qui n'étaient, à proprement parler, ni seigneurs, ni serfs. Voyant que la noblesse se faisait gloire de son ignorance et méprisait le travail, ces hommes s'emparèrent des moyens d'avancement négligés par les seigneurs ; ils acquirent de Tinstruction et des richesses ; ils devinrent gens de loi et capitalistes. L'affranchissement des communes fut pour eux un premier pas fait de la puissance de l'argent à la puissance politique, et la bourgeoisie commença à se constituer. C'est au développement de sa puissance

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que travaillaient, à leur insu, Louis XI, lorsqu'il frappait Charles le Téméraire ; Richelieu, lorsqu'il livrait au bourreau de Toulouse la tête du maréchal de Montmorency; Louis XIV, lorsque, attirant autour du trône, par l'éclat des fêtes, les seigneurs appelés du fond de leurs châtellenies, il engloutissait pour ainsi dire la noblesse féodale dans la royauté.

Que fallait-il à la bourgeoisie pour dominer souverainement ? Elle avait réduit le prolétaire à l'impuissance par la création des cot^ps de métiers et commu' nautés. Dans ce régime de corporations où l'on ne pouvait entrer qu'avec de Targent, où Ton ne pouvait devenir apprenti, puis compagnon, puis maître, qu'avec de l'argent, quelle ressource restait à ceux qui, n'ayant que l'usage de leurs bras, ne pouvaient acheter le droit de travailler? Le prolétaire ainsi enchaîné, et le régime féodal presque entièrement démantibulé, il est clair que la bourgeoisie se trouvait en possession de toutes les forces de l'ordre social.

Dans Tordre politique, au contraire, toutes les forces semblaient concentrées aux mains de la royauté. En signant les chartes communales, Louis le Gros n'avait eu probablement d'autre but que d'opposer le fédéralisme des villes à celui des campagnes, afin de faire périr l'un par l'autre deux ennemis également dangereux pour la couronne. La lutte n'avait pas tardé à s'engager, et lorsque la royauté courut mettre le pied sur la féodalité expirante, les communes au-

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