‹ Questions d'aujourd'hui et de demainChapitre 39 sur 70 · LA GUERRE AVEC LA PRUSSE · texte numérisé non relu

LA GUERRE AVEC LA PRUSSE

veut la guerre, il brûle de ravoir, il est intéressé à ravoir. La preuve? Vous demandez la preuve? Et quelle preuve plus péremptoire que la violence, si peu diplomatiqfue, des menaces de M. de Gramont, que Tarrogance étudiée du langage de M. Emile OUivier? Admettons un instant qu'il y ait eu de leur part résolution arrêtée d'attiser le feu en France, et en Prusse, et en Espagne, et partout ; que pouvaientils dire de plus, que pouvaient-ils dire de mieux? Estce le souvenir de Sadowa qui les poursuivait ? Craignaient-ils que, ayant affaire à une Prusse allemande, la France n'eût affaire, en outre, à une Prusse espagnole ? Si tel avait été leur souci, ils ne se seraient pas si fort hâtés de sonner du clairon. Car ils allaient de la sorte contre leur propre but ; et, quelque idée qu'on se forme de leur incapacité, il est des bêtises trop énormes pour qu'on fasse à ces bêtises l'honneur de les croire naïves. Quoi l il serait échappé aux hommes d'Etat de l'Empire que le plus sûr moyen de recommander aux Cortès la candidature du prince prussien était précisément de la proscrire I Quoi ! ils auraient ignoré, absolument ignoré, que, dans la patrie du Cii, la fierté est la passion caractéristique du peuple I Quoi ! ils n'auraient pas senti que, s'attaquer à l'indépendante souveraineté de la nation espagnole, tf était réunir en faveur du candidat qu'ils repoussaient des votes qui, sans cela, lui eussent été contraires : votes des montpensiéristes, votes des carlistes, votes

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des cléricaux, votes des républicains ! Un semblable degré dlmbécillité ne se suppose point.

L*Bmpire appelle la guerre à son secours, voilà la vérité. Son prestige évanoui lui fait de la guerre un besoin. Il a peur de languir sous le coup de Sadowa ; il a peur de mourir sous le coup de l'expédition mexicaine. Il sait qu'il n'y a rien de tel que le bruit du canon pour étouffer les cris de la liberté blessée. Il sait ce qui donne leur pourpre aux manteaux des despotes militaires. Si la France en est venue au point de se figurer que son intérêt, ici, est identique à celui de la dynastie impériale, il n'y eut jamais folie comparable à la sienne : qu'on élargisse les Petites^ Maisons.

Sans doute, il vaudrait mieux pour nous qu'un prince fourni par la Prusse n'occupât point le trône d'Espagne. Mais tirer Tépée à cause de cela, quand on l'a laissée dans le fourreau à la vue de la Prusse conquérant l'Allemagne, c'est tout simplement risible. L'Espagne ne deviendrait pas nécessairement prussienne, le jour où elle aurait un monarque prussien. Mais qu'on jette un regard sur les divers trônes de l'Europe, on verra qu'il en est peu qui ne soient pas occupés par des princes étrangers à la nation sur laquelle ils régnent. En Angleterre, la dynastie est originaire du Hanovre ; en Prusse, elle est originaire de la Souabe; en Autriche, elle est originaire de la Suisse ; en Italie, elle est originaire de la Savoie ; en

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Danemark^ elle est originaire du Holstein ; en Suède, elle est originaire de la France; en Grèce, elle est originaire du Danemark ; en France:, elle est originaire de ritalie. Si Napoléon III tient à savoir comment il arrive qu*un roi étranger au pays qu'il gouverne cesse d'être rhomme de son propre pays, il n*a qu'à lire riiistoire de son père^ devenu Hollandais de cœur et d'âme dès qu'on Peut fait roi de Hollande.

n y a donc une exagération calculée dans les alarmes qui t^uvent tant d'organes complaisants. On s'étudie à grossir le péril, pour enflammer les colères ; et l'on enflamme les colères pour se servir encore des cbassepots.

Est-ce nécessaire ? La première question à poser, la voici: est-ce juste? De quel droit, s'il vous plaît, empêcherions-nous l'Espagne d'être maîtresse chez elle? A son égard, nous sommes, nous aussi^ des étrangers dont elle est fondée à regarder l'intervention impérieuse comme une usurpation et un outrage. Des guerres de ce genre ne sont pas celles qui conviennent au génie de la France. La France est glorieusement condamnée, pour vaincre^ à avoir liaison. Armée en faveur d'une cause Juste, elle est invincible. Egarée par les passions persoinnelles de ses Chefe à la poursuite d'un but inique, elle est vouée, «n fin de compte, aux reverset aux désastres. C'est Ce qui explique l'irrésistible puissance militaire et les triomphes prodigieux de la République fi'ançaise ;

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c'est ce qui explique, par contre, Técrasement final du premier empire. Et nous n'avons pas besoin de remonter jusque-là. A Solferino, nous combattions pour la justice : nous fûmes vainqueurs. Au Mexique, nous combattions contre elle..... on connaît la suite. Souvenons-nous !

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