‹ Questions d'aujourd'hui et de demainChapitre 57 sur 70 · DU CÉSARISME ALLEMAND · texte numérisé non relu

DU CÉSARISME ALLEMAND

ils venus à croire que, de sa part» la tranquillité du monde n'avait à redouter aucune atteinte? De quel nom s'appelait-elle- donc, l'oppression qui, pendant plusieurs siècles, avait pesé sur l'Italie ? N'était-ce pas sous un joug allemand qu'avaient si longtemps gémi les Magyars, et n'est-ce pas un joug allemand que les czechs de Bohème s'efforcent aujourd'hui de secouer? Est-ce que l'Allemagne n'eut pas la main dans le crime fameux du partage de la Pologne ? Et le sort de la province de Posen n'est-il pas là pour attester à jamais ce dont la rapacité de la Prusse est capable ? S'il est permis de soutenir que l'Allemagne était fondée à disputer au Danemark le Holstein et une partie du Schleswig, peut-on nier qu'en s'emparant de la partie septentrionale du Schleswig , si incontestablement danoise, la Prusse n'ait commis un acte flagrant de spoliation ?

La vérité est qu'il n'est pas de race plus ardente à agrandir son domaine que la race allemande. De là cette théorie, que les Allemands ont droit sur toutes les contrées de la terre où leur langue est parlée. De là ce principe, proclamé en Prusse officiellement et sans pudeur, que la conquête constitue pour les peuples un titre de possession parfaitement légitime, fondé qu'il est sur la force. On s'est ému des prétentions de la race slave : je connais quelque chose de plus menaçant que ce Panslavisme dont on a fait tant de bruit : c'est le Pangermanisme.

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Mais, grâce au ciel, voilà ce que Ton commence à comprendre en Angleterre et ailleurs,, depuis que les Prussiens ont adopté la maxime : « La force prime le droit ; » et depuis que, en vertu de cette maxime exécrable, ils ont demandé TAlsace et une partie de la Lorraine pour prix de leur supériorité dans la science du carnage. Ce jour-là, ils ont levé le masque... Je me trompe , ils l'avaient déjà levé, lorsqu'à l'occasion de Tincorporation du Hanovre, leurs représentants n'avaient pas rougi de faire, à la face du monde, cette déclaration, désormais impossible à oublier : « Le « droit de conquête crée un juste titre à Tacquisition « de territoires étrangers. L'idée de fortifier le droit « de conquête par le suffrage universel est inaccep- « table : elle tend à remplacer la réalité par les appa- « rences. Les peuples n'ont pas voix au chapitre « dans la question de leur incorporation. »

De fait, quel autre motif Guillaume et son ministre auraient-ils pu donner pour nous arracher deux provinces ? Prétendre qu'elles étaient nécessaires à TAllemagne pour la protéger contre la France, c'eût été encourir le ridicule d'un mensonge manifeste et inutile. Est-ce qu'une ligne de frontières, appuyée par les fortes positions de Cologne, de Coblentz, de Mayence, de Rastadt, ne protégeait pas suffisamment et surabondamment la Prusse contre toute invasion de son domaine ? Est-ce qu'à cet égard les traités de 1814 et de 1815 n'avaient pas réalisé d'une manière

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