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le fut jamais en Espag4e ce cri monarchique : % Ne touchez pas à la reine ! »
Oui, le bourgeois, rouvrier, le paysan... et le soldat, voilà ce que la royauté de Henri V aurait contre elle. Un prince, venant de gaieté de cœur afl&f'onter une telle unanimité de sentiments et d'intérêts hostiles, serait à coup sûr un phénomène unique dans l'histoire. Tant de folie ne se comprend pas.
Il est des gens qui se croient très profonds quand ils ont dit : « Tout est possible en France ! » A l'appui de ce grand axiome, ils citeront la Restauration, ils citeront le second empire. Rien de plus absurde.
Les Bourbons, lors de l'effondrement du premier empire, ne furent pas impossibles, quoique inconnus au peuple et ramenés par l'étranger, parce que, épuisée par dix ans de guerres continues, la France était sur les dents ; parce que dix ans de despotisme avaient ajouté, à l'immense besoin de repos qu'elle . éprouvait, un immense besoin de liberté ; parce que l'invasion lui aurait donné à soulever le poids énorme de douze cent mille soldats étrangers ; parce que la chute de Napoléon était dans les lois du développement de la bourgeoisie, une nation ne pouvant être à la fois industrielle et guerrière ; parce que Louis XVIII arrivait la bouche pleine de promesses décevantes, et qu'il fallut du temps pour bien apprendre ce que vaut parole de roi.
A son tour. Napoléon III a été possiblCj parce que,
SOUS la Restauration, le parti libéral avait trav^lé avec une ardeur infatigable à déifier dans les campagnes rhommede Brumaire ; parce que le paysan était tout entier à la légende napoléonienne^ parce que Louis Bonaparte s*était présenté comme socialiste et passait pour tel dans beaucoup d'ateliers ; parce que l'Assemblée qull renversa s'était rendue odieuse au peuple en lui enlevant le suffrage universel, et qu'il se hâta, lui, de le rétablir ; parce que, si la souveraineté nationale, sous son régne, n'exista pas en fait, elle fut du moins reconnue en principe, et parce que l'Empire, qui avait porté la main sur la Révolution, mais qui émanait d'elle, bénéficia de la haine qu'inspirait l'ancien régime. ^
Qu'on cherche maintenant le jparce que de la royauté d'Henri V : je défie qu'on le trouve. Elle ne répond à aucun intérêt et leiç menace tous.
Les partisans d'Henri V sont les mêmes qui vantent les bienfaits de l'arbitraire, qui applaudissent à la suppression des journaux républicains, qui demandent que la France entière soit mise en état de siège : voilà pour ce qui attend la liberté politique.
Les partisans d'Henri V sont les mêmes qui ne jurent que par le Syllabus, qui obéissent à un souverain étranger, le pape , qui inquiètent le protestantisme, qui anathématisent les libre-penseurs^ qui jugent digne des gémonies quiconque ne veut pas qu'on Tenterre à leur flacon, et qui appliquent à la
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politique leur maxime favorite : « Hors de l'Eglise, point de salut. » Voilà pour ce qui attend la liberté de conscience.
L'ordre ? on frémit à l'idée de ce qu'il deviendrait au milieu de la crise que risque de déchaîner ce qu'on nomme la monarchie restaurée, mais ce qui serait la monarchie imposée.
La paix ? on se demande ce qu'elle gagnerait à ce que la République, qui a élevé notre crédit à un niveau presque fabuleux, payé notre rançon, délivré notre territoire, fût renversée au profit d'un gouvernement de prêtres — espoir pour le pape, menace pour l'Italie.
Vainement le Henri V que ses propres déclarations nous ont si bien fait connaître a-t-il disparu tout d'un coup, dans les commentaires de la fusion, pour faire place à je ne sais quel Henri V transformé ; vainement nous parle-t-on des garanties constitutionnelles dont il récompenserait notre empressement à passer sous les fourches caudines du droit divin : le droit divin suppose une souveraineté indépendante de^ toute convention humaine. Un peuple n'a pas de conditions à faire à son roi. S'il plaît à celui-ci d'accorder certaines faveurs à son peuple, il peut toujours les retirer dès que cela lui paraît convenable.
Telle est la doctrine du droit divin. C'est ainsi que l'entendent les écrivains de l' Union et de l' Univers ; c'est ainsi que le comte de Chambord l'a entendue
jusqu'à présent, aux termes de ses dédarations réitérées.
Il est ridicule d'imaginer qu'il puisse y avoir un contrat synallagmatique entre un roi, élu de Dieu, et ses sujets. Qui dit légitimité dit bon plaisir, et Tidëe de bon plaisir exclut l'idée de garanties. Même en admettant que le comte de Ghambord, par un miracle plus miraculeux que ceux de Lourdes, se fût subitement converti à l'esprit de la société moderne, il conserverait le droit de nous ôter demain ce qu'il aurait bien voulu nous accorder aujourd'hui. Et s'il s'en avisait,^ qu'arriverait-il ? Il faudrait, ou que la nation rongeât son frein, ou qu'elle se soulevât et fût écrasée, ou que le trône volât en éclats.
J'ignore si le comte de Chambord a tenu le langage que les négociateurs royalistes lui prêtent ; mais ce que je sais bien, c'est que les prétendants sont capables de beaucoup de choses pour régner. On se rappelle qu'en 1815 la nomination de Fouché, du régicide Fouché, au ministère de la police fut une des conditions mises par le duc de Wellington et M. de Tàlleyrand à l'entrée de Louis XVIII dans Paris.
Cette condition, qui avilissait le frère de Louis XYI, fut-elle repoussée par lui avec mépris, avec horreur 9 Non. Il l'accepta, et crut suffisamment voiler sa honte par ces paroles cyniques :
€ En prenant Fouché, je livre mon pucelage. y>
On voit qu'en adoptant le drapeau tricolore,5 ou
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même en consentant à le saluer, le comte de Chambord ne romprait que dans la forme avec ses traditions de famille.
Et il n'y serait pas non plus infidèle en essayant de se frayer une route au trône par (outes les promesses jugées nécessaires, — promesses feciles àfaire quand on n'a pas encore la force, et faciles à violer dès qu'on J'a.
Admissibilité de tous les Français aux emplois civils et militaires, — vente des biens nationaux déclarée irrévocable, — liberté des cultes respectée, — liberté des cultes assurée, telles étaient les garainties offertes, le 2 mai 1814, par cette fameuse déclaration de Saint- Ouen qui posa les bases de la Charte. Et que fut la Restauration, sinon un combat à mort entre la nation, ardente à les obtenir, et la monarchie, résolue à les refuser ?
Il y avait à peine quelques jours que Louis XVIII était sur le trône, lorsque les bourses dans les écoles militaires furent exclusivement attribuées à la no» blesse, mise de la sorte en possession de Tunique moyen d'arriver au grade d*offlciér. Une des premières mesures de la monarchie restaurée fut la resti-« tution des biens non vendus d'émigrés, et, à cette occasion, le ministre Ferrand ne manqua pas de dire que seuls les émigrés avaient suivi le droit chemin, donnant à entendre qu'ils restaient propriétaires légitimes des biens vendus et seraient un jour réintégrés dans leur droit.
Un mois ne s'était pas écoulé depuis la proclamation de la liberté de la presse, que déjà la censure était rétablie. C'était dans les derniers jours du mois de mai 1814 que ces lignes avaient été écrites dans la Charte : « Chacun obtient pour son culte la même protection ; » et, dès le 7 juin 1814, une ordonnance prohibait, sous des peines sévères, toute espèce de travail les dimanches et jours de fêtes religieuses, défendait la circulation des voitures, défendait le colportage ; tandis qu'une autre ordonnance, relative aux deux dimanches de la Fête-Dieu, enjoignait aux habitants de Paris de mettre des tentures sur le devant des maisons dans toutes les rues par où les processions devaient passer.
Mutilation de l'Institut, expulsion des académiciens, cerliflcats de religion imposés aux officiers, rétablissement des biens de mainmorte, condamnations contre la presse pour articles non encore publiés, l'Université soumise aux prêtres, l'éducation livrée à l'ordre, légalement expulsé, des jésuites, le droit d'aînesse à la veille d'être rétabli, un milliard donné aux émigrés, la peine de mort édictée contre le sacrilège, par la raison qu'en tuant l'homme coupable de sacrilège on ne fait, suivant un mot aflfreux de M. de Bonald, que l'envoyer devant son juge naturel : voilà quelques-uns des traits- qui indiquent de quelle façon les monarchies restaurées respectent les garanties qu'elles promettent.
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Et c'est avec du sang que ces traits sont marqués dans notre histoire. Le maréchal Brune, Ramel, Didier, ToUeron, Berton, Bories, Caron, autant de spectres qui, au mot de monarchie restaurée, se dressent devant la France.
Henri V fftt-il le mieux intentionné des hommes, il ne pourrait pas plus échapper aux conséquences de la doctrine du droit divin que ne le purent les Stuarts, que ne rdnt pu les Bourbons. Louis XVIII, qui n'aimait pas les prêtres, dut les subir; Charles X, qui les aimait et en qui Henri V revit d'une manière frappante, les suivit jusqu'au bout, jusqu'au èouffre.
On raconte que, assis dans le fauteuil où il allait s'éteindre, Louis XVIII fit venir le plus jeune d'entre les princes de sa famille et, la main étendue vers lui, dit : « Que mon frère ménage la couronne de cet enfant. » Paroles bien vaines I II était contraire à la nature des choses que son frère ménageât la couronne, il ne pouvait que la perdre, et il la perdit.