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Efforts à faire pour internationaliser l'adoption des

(1) Le système de représentation exposé dans une lettre publiée dans Y Indépendance belge du 3o septembre 1S97 apparaît comme pouvant être, dès à présent, utilement appliqué :

i° Les élections ont lieu par province :

2° Chaque parti obtient un nombre d'élus proportionnel au nombre total de voix qu'il émet ;

3° Chaque parti a pour élus effectifs les candidats qu'il a préférés, c'est-àdire ceux qui ont obtenu le plus de voix et pour élus suppléants ses autres candidats, dans l'ordre des voix obtenues.

principes de politique sociale qui précèdent, si le bien fondé que nous leur attribuons est reconnu, en vue d'habituer l'esprit publie universel à l'idée d'une évolution sociale qui doit nécessairement s'accomplir et qui, en s'effectuant avec sûreté sur ces bases, atteindrait peut-être un caractère scientifique d'unité et de gradation capable de rallier toutes les opinions éclairées et de donner ainsi une assise inébranlable à la paix sociale.

LE PRODUCTIVISME SOCIAL '"

Si ceux qui veulent le progrès constant de la société étaient unis quant au but à atteindre et ne se trouvaient séparés que par des nuances d'opportunité d'action, n'obtiendrait-on pas la paix sociale, non utopique, mais telle qu'on peut raisonnablement l'espérer, avec toutes ses heureuses conséquences?

Et, en admettant même que pareil accord ne puisse être réalisé actuellement, si l'on agissait pourtant comme s'il devait l'être de manière' à éviter les luttes stériles, en travaillant les questions et les faits chacun à sa façon et non en combattant les conceptions et les hommes, ne suivraiton pas la voie la plus utile, la plus fructueuse, celle qui évite le travail en pure perte et donne sûrement le meilleur rendement net du temps et de l'énergie dépensés? Cela ne peut être un seul instant douteux, et la route à suivre s'indique clairement pour tous ceux qui, voulant agir pratiquement et sachant se dégager de toute animosité, de tout intérêt restreint de parti, ont avant tout en vue l'obtention d'un résultat effectif : le progrès social.

Et ce n'est pas une utopie que de chercher à les rallier aux principes d'un libéralisme social — prolongement du

(i) Annales de l'Institut des Sciences sociales, 189S. — « Extrait de lettres politiques. »

libéralisme ancien — que tous, selon moi, ne peuvent se dispenser d'adopter, parce que je crois que le problème social moderne comporte une solution de principes à la fois simple et d'une exactitude en quelque sorte scientifique, et qu'en définitive on finit toujours par s'incliner devant l'évidence, devant la science.

Mais la science sociale pure et appliquée — sociologie et politique — se trouve être considérablement en retard sur les autres sciences pures et appliquées — mécanophysico-chimie et industrie notamment — et il est hors de doute que les poussées sociales ayant donné lieu aux diverses tentatives de démolition de la société moderne qui se sont produites et qui se continuent ont ce retard pour cause. Il est donc évident qu'il y a lieu de chercher à faire progresser la science sociale technique d'abord et après cela seulement de rechercher une ligne de direction du progrès conforme aux indications de cette science ; de la même façon que l'on ne cherche de nos jours à établir une industrie quelconque que conformément aux indications de la science qui la concerne.

D'autre part, pour être entraîné, aujourd'hui comme à toute époque de l'histoire, l'homme doit avoir un idéal en vue; mais, devenu plus instruit, plus positif qu'auparavant, il veut connaître le pourquoi, le comment des actions qu'on veut lui imposer pour le rapprocher de cet idéal. Le socialisme en fera l'expérience : ses partisans s'apercevront certainement, un jour prochain, qu'en donnant dans leur formule sociale au facteur homme productif ordinaire et courant, à rendement normal assuré pour un salaire courant, la même valeur qu'au facteur homme entraîné par eux et dont le rendement actuel bien supé-

rieur au salaire touché ne saurait se maintenir, de même qu'en comptant pour effectuer la production intégrale qu'ils ont en vue sur un nombre d'activités sociales disponibles beaucoup plus grand que celui qui existe réellement, ils commettent une erreur fondamentale qui fait d'avance écrouler leur système : ils songent ainsi à tirer quelque chose de réel de ce qui est en somme inexistant, ils se laissent impulsivement et impardonnablement aller au rêve d'un mouvement perpétuel économique, à un mirage social !

Et si un idéal est nécessaire, peut-on concevoir que le libéralisme n'en ait d'autre à poursuivre et à présenter aux masses travailleuses, à une époque d'activité matérielle et intellectuelle inouïe, entièrement insoupçonnée des édificateurs de cette doctrine, que l'idéal même de ceux-ci? Idéal magnifique à l'origine, mais aujourd'hui vieilli, usé, réalisé peut-on dire. Et cela surtout au moment où il se trouve en présence de partis qui puisent une force extraordinaire d'expansion, d'organisation et de travail dans leur idéal : inégalité perpétuée et parasitisme pour l'un ; égalité anticipée et outrée, antiproductiviste et par conséquent utopique pour l'autre.

L'ancien grand mot de « liberté », seul, ne vibre plus comme autrefois, il a cessé de remuer aussi profondément la fibre humaine.

L'homme est libre, il le sait. S'il peut encore avoir à craindre l'oppression (qui ne saurait plus être que politique, temporaire et locale) de dirigeants coupables ou insensés qui, en agissant de la sorte, sacrifient sûrement leur pays aux nations plus perspicaces, il sait que sa liberté n'est pas en danger sérieux, parce qu'il se rend compte que des forfaits de ce genre ne sauraient plus

s'accumuler indéfiniment et que le sentiment universel, à son heure, aboutirait à faire rendre justice.

L'homme est libre, il le restera. Mais, je le répète, l'homme de nos jours veut plus que la liberté. Il veut, tout en se sentant libre, sortir du vague et de l'indéterminé qui l'inquiètent; il veut savoir comment se modifiera sa vie, de quelle façon le déshérité bénéficiera des immenses améliorations journellement réalisées dans la production; il veut savoir quel est le sort qui attend le favorisé dans l'avenir; il veut savoir où va la société, quel sera son état ultime. Les lieux communs héréditaires, les vieilles formules à l'aide desquelles on a trop longtemps captivé son attention ne lui suffisent plus. Seuls ne dédaignent pas de s'en servir encore les volontairement réfractaires au progrès ou les attardés qui ne s'aperçoivent pas qu'elles ne s'harmonisent plus qu'avec leurs conceptions limitées et et que, dénuées du pouvoir de transmission, elles n'ont de sonorité que pour eux.

C'est la lumière pénétrante, c'est la vérité positive qu'il faut à l'homme inquiet qui cherche et qui raisonne. Il sait qu'il existe des principes généraux d'évolution des races et des espèces, il en déduit tout naturellement qu'il existe aussi des principes d'évolution des sociétés en lesquelles se constituent les races humaines. Ce sont ces principes d'évolution qu'il voudrait connaître; c'est l'application qui en sera faite dont il voudrait se rendre compte; en un mot, c'est la nécessité de la vérité sociale qui l'étreint et l'obsède parce qu'il comprend que, seule, cette vérité peut engendrer un jour des règles de justice et de progrès social telles qu'il les pressent : nettes, précises, scientifiquement définies et fixées en d'indéfectibles, d'inébranlables formules.

Voilà l'inconnue du problème social que, sciemment ou inconsciemment, chacun voudrait dégager. C'est en elle que réside l'idéal à offrir à l'homme, au peuple d'aujourd'hui !

Pour arriver à formuler cet idéal, il fallait opérer méthodiquement.

J'ai donc cherché, en premier lieu, à définir « le principe libéral » considéré dans son application aux circonstances modernes. Il convenait, en effet, de voir si ce principe modernisé ne renfermait pas des éléments jusqu'ici voilés pour beaucoup de personnes, mais néanmoins existants et même vitaux pour l'époque que nous traversons, et qu'il importait de mettre en lumière ; et il était indispensable d'apprécier si, grâce à ces éléments une fois dégagés et pouvant dès lors avoir leur plein effet, la société n'était pas à même d'évoluer vers son état ultime d'une façon tellement sûre que tous devraient loyalement reconnaître la valeur de ce principe et l'admettre.

Mais, pour en arriver là, il était essentiel, à mon sens, de démontrer tout d'abord que la société active, vivante, « transactionniste » en un mot, a sa formule générale qui la représente et la personnifie en quelque sorte, formule dont les facteurs sont simples et connus. Et, pour peu qu'on y réfléchisse, ne trouve-t-on pas, d'une part, qu'il eût été impossible de faire cette démonstration autrement qu'en s'appuyant sur la productivité humaine et, d'autre part, qu'il fallait de toute évidence « intégraliser » celle-ci en y incorporant la productivité intellectuelle entière?

A moins de retomber dans les fictions d'une époque qui disparaît, refoulée par l'avènement de la notion positive et réelle, c'est, en effet, au point de vue actif, effectif,

social que dorénavant on doit envisager l'homme, l'humanité entière Et l'on voit que cette dernière apparaît alors nécessairement comme constituant un vaste organisme « productiviste » ayant pour fonction d'assurer dans les conditions les plus efficaces et les plus élevées la consommation intégrale des hommes, y compris, je le répète, tout ce qui concerne leur intellectualité même.

J'ai ensuite cherché à indiquer la voie suivant laquelle devait s'effectuer le développement de la société, et j'ai conscience d'avoir, au mieux des circonstances présentes, posé un ensemble de principes fondamentaux raisonnes et filiés pouvant constituer un « plan théorique d'organisation sociale » qui, dans ma pensée, pourrait servir désormais de base pour un avenir indéfini au libéralisme aussi bien étranger que belge.

C'est impartialement et sans parti pris que j'ai travaillé, mais en ayant pourtant le sentiment du résultat auquel je devais aboutir : j'ai agi comme un expérimentateur dans son laboratoire.

Le souci de faire sortir le principe libéral de sa vieille gangue, afin de mettre à nu l'idéal moderne; celui d'approfondir la question sociale en sondant le passé et l'avenir et en maintenant toujours le parallélisme nécessaire entre le développement de la science et de l'industrie à toute époque et l'organisation de la société ; le besoin de partir de formules théoriques pour en déduire les formules d'application actuelle; le désir par conséquent de quitter les chemins battus pour ouvrir les voies d'une ère de politique franchement sociale et aussi scientifiquement évolutionniste que possible, telles ont été mes préoccupations dominantes.

J'ai consigné, dans mes notes précédentes, les premiers résultats de mes recherches et je pense avoir accompli, tout ;iu moins partiellement, la tâche que je me suis imposée :

i. En cherchant à établir que le progrès social dans son acception la plus large consiste en Paméloration incessante du « bien-être intégral » de l'homme non plus envisagé étroitement au point de vue national, mais au point de vue universel ;

2. En faisant voir que tout ce qui concerne la distraction nécessaire à l'homme, y compris par conséquent l'intellectualitc relative à cette distraction, comme tout ce qui concerne l'intellectualité d'ordre scientifique, doit être logiquement rangé parmi les éléments de la « production et de la consommation intégrales » au même titre que tous autres éléments de production et de consommation;

3. En montrant que, par suite, il faut considérer l'amélioration du bien-être de l'homme comme dépendant uniquement de la production intégrale;

4. D'où il résulte nécessairement, d'une part, que l'homme doit être capacitarié de plus en plus dans l'avenir à l'effet d'améliorer sans cesse la production intégrale, toutes les activités sociales disponibles devant, pour bien faire, être utilisées le mieux possible à cette fin;

5. Et, d'autre part, que l'homme acquiert en principe vis-à-vis de ses semblables des droits réels correspondant à sa « productivité sociale » ;

6. En attirant l'attention sur ce fait que conséquemment il existe une « morale sociale » effective liée à la productivité intégrale ;

7. Qu'il existe, de même, une « organisation sociale » politique correspondante ;

8. En émettant le principe comptabiliste qui, supprimant la monnaie et débarrassant ainsi la société de son facteur le plus troublant, le plus dénaturant, permet de considérer dorénavant cette dernière sous son vrai jour : chaque homme étant censé avoir, en régime comptabiliste, son compte courant social qui le représente, à l'aide duquel il est possible de dresser à tout instant son bilan social productiviste;

g. En signalant comme une chose désirable, dans des conditions déterminées, l'exploitation par les administrations publiques d'un côté et par des groupements de producteurs de l'autre, des objets relatifs à la production intégrale ;

10. En faisant remarquer que la fortune que l'on possède est socialement d'autant plus légitime qu'elle tient de plus près à celui qui en a été l'édificateur productiviste et que par suite son imposition doit être dans l'avenir au moins proportionnelle à son degré d'éloignement d'avec ce dernier, aussi bien en ligne directe que collatérale ;

ir. En proposant enfin de mettre le plus en honneur la science positive, source principale des progrès de la productivité intégrale, et d'introduire les bases du déterminisme universel qui en découle dans l'enseignement primaire obligatoire; et ainsi de suite...

Si les principes qui précèdent sont fondés, l'idéal nécessaire à l'accomplissement du progrès social doit s'en dégager.

En effet, imaginer que l'impôt se prélève uniquement — et, pour bien faire, en une seule fois, à la mort — sur la fortune réelle de chacun et proportionnellement au degré d'éloignement de celle-ci d'avec son édificateur;

établir l'impôt de telle sorte que la société puisse, grâce à lui, capacitarier producth ement ou employer à capacitarier productivement toute activité sociale disponible

réelle (l'invalide et l'involontairement inoccupé avant d'autre part la vie matérielle socialement assurée); admettre que pareil système s'applique à un ensemble imposant de pays producteurs de manière à en assurer et à en régulariser le fonctionnement, n'est-ce pas là établir des formules vraisemblablement exactes de progression sociale, formules qui, en tous cas, paraissent devoir être socialement justes, rationnelles et pratiques pour les temps que nous allons traverser : l'amélioration indéfinie de la production intégrale aussi bien que celle du sort du déshérité n'en résulterait-elle pas. en même temps que s'effectuerait, par le fait même, la réduction indéfinie de la situation du privilégié héréditaire, situation qui commence à constituer et qui constituera de plus en plus une injustice sociale flagrante?

Et la mise en application de ces formules de progrès, amenant l'amélioration du sort des uns et la réduction du sort des autres — application qui s'impose déjà partiellement et qui, par la force des choses, s'imposera de plus en plus complètement — donnera lieu à une évolution sociale devant nécessairement et finalement mener l'homme vers l'égalité du point de départ.

Or, c'est cette égalité des hommes limitée à la période du début de la vie, — chacun ayant le même point de départ au point de vue fortune et ayant droit à recevoir la même éducation, mais étant libre ensuite de tirer parti de ses capacités naturelles et acquises — égalité rationnelle qui, introduite sans contrainte, peu à peu, insensiblement et légitimement dans la société, à laquelle elle

— go —

serait imposée uniquement par la nécessité même de sa propre amélioration matérielle et intellectuelle et qui ne serait ainsi que le simple résultat de l'usage prolongé de principes d'évolution corrects et nettement indiqués; c'est une égalité temporaire, dis-je, qui doit devenir l'IDEAL pour tout parti qui veut être véritablement social.

L'égalité initiale des hommes immédiatement suivie de l'inégalité résultant du pouvoir différent de production utile de chacun avec toutes ses conséquences, doit élever la société à cet état ultime qui nous préoccupe : état de régime, état limite, état stable et définitif de l'organisation sociale qui, dans ma pensée, correspond à un état identique de la science et de l'industrie; car le progrès de la science pure, aussi bien que celui de la science appliquée, est nécessairement limité et beaucoup plus qu'on ne le croit généralement.

Le problème de la civilisation n'est plus de nos jours ce qu'il était à une autre époque; il n'est plus un problème de classes, au sens politique du mot. Il est un problème incomparablement plus élargi et qui serait, de toute manière, entièrement indépendant des classes, si l'on pouvait dire que celles-ci existent encore dans notre société ; c'est un problème de nivellement social rationnel, problème productiviste, à proprement parler, car ce sont les nécessités de la production intégrale qui le posent et l'imposent; c'est donc un problème humanitaire par le caractère de généralisation qu'il affecte.

Mais comme au siècle dernier, la situation est extrêmement grave et les moments dont nous disposons pour faire en sorte que le mouvement social se fixe définitivement dans le sens pratique et pacifique plutôt que factice

— gi —

et révolutionnaire sont précieux; il faut savoir les saisir et les utiliser si l'on veut éviter les ressentiments invétérés et empêcher les haines et les colères de s'exaspérer au point de donner lieu un jour propice au plus grand des cataclysmes que l'histoire de l'humanité puisse avoir à enregistrer, car il pourrait être cette ibis presque universel. Ce ne sont plus, en effet, des nobles et des roturiers de telle ou telle contrée qu'il s'agit d'égaliser en droit, presque d'un seul coup; ce sont des déshérités et des favorisés de partout où la science et l'industrie ont progressé dont il s'agit de réduire, graduellement et à la longue, les différences de situation héréditairement transmises; et cela, jusqu'à la limite de ce qui est imposé par les nécessités et les possibilités de l'amélioration de la production intégrale afférentes à chaque pays considéré, donc jusqu'à la limite de ce qui est imposé par les nécessités et les possibilités de l'amélioration du bien-être intégral de l'homme moyen de ce pays.

Cela est équitable, cela est juste, cela est nécessaire. Le déshérité héréditaire est déjà habitué à l'idée de l'amélioration de son sort, il est indispensable que le favorisé héréditaire s'habitue à l'idée de la réduction du sien dans l'avenir, quelque désagréable que cela puisse être pour lui.

La loi supérieure qui ressort de mon étude et suivant laquelle s'accomplirait l'évolution sociale, loi qui, d'après ma conviction, prendra quelque jour prochain, la forme physique, — ce qui démontrerait son exactitude, — peut se résumer en ces termes :

Le progrès social obéit au principe de satisfaction de l'intérêt

personnel de V homme social moyen. Ce principe n'est autre que celui de l'accroissement du bien-être de l'homme social moyen qui, la société s'universalisant de plus en plus, devient de nos jours l'homme universel moyen. Il doit constituer en fait, pour celui qui l'accepte, le véritable altruisme, l'altruisme social ou scientifique.

La force productiviste intégrale, qui engendre le bienêtre de l'humanité, engendrera par suite le droit immuable qui primera en général le droit actuel et s'}' substituera. Elle doit notamment, dans l'avenir, légitimer de plus en plus au point de vue humanitaire, soit l'imposition forcée du régime de pleine liberté productiviste intégrale, soit, à son défaut, la prise de possession forcée, politique oa territoriale, des pays les moins avancés par les pavs productivistes les plus avancés.

La production maximum — au prix minimum, en régime de liberté productiviste — doit être toujours le but suprême, éminemment moral, à poursuivre.

Ceux qui voudront l'application de cette règle de progrès seront dans le vrai et par suite dans le droit qui en résulte. Ceux qui n'en voudraient pas, aussi bien ceux qui entraveraient l'évolution nécessaire que ceux qui rêvent un état social chimérique et prêchent de dangereuses utopies, se placeraient dans l'illégalité sociale.

A ceux qui furent les dépositaires des principes de la grande révolution sociale du dernier siècle — principes qui étaient légitimes et devaient être, comme ils le furent, légalisés — il incombe d'être les propagateurs, les légalisateurs de l'évolution sociale légitime qui s'impose à nous pour le siècle prochain et qui doit vraisemblablement empêcher un bouleversement de l'humanité de se produire.

Mais il va sans dire que des études persévérantes peuvent seules donner à la loi que je viens d'énoncer le caractère d'absolue vérité scientifique qui en fera la légalité et l'imposera légitimement à tous, et toute mon ambition serait de trouver, ainsi que cela me semble désirable, des sommités scientifiques, économiques, juridiques et législatives qui veuillent bien reconnaître la valeur de mon plan social et s'en préoccuper; qui veuillent bien le travailler de manière à en tirer les éléments d'une constitution nationale et d'une législation théoriques dont il soit possible de déduire ensuite des programmes de réalisation appropriés aux situations actuelles.

De cette loi je n'ai déduit que les quelques principes déjà formulés; je les crois vrais et il y aurait lieu de rechercher maintenant les voies et les moyens à employer pour arriver à leur application.

Je me bornerai, pour le moment, à faire voir que ces principes ne sont pas si opposés à notre état politique actuel qu'ils le paraissent à première vue et que déjà nous évoluons, par la force des choses, dans le sens même de leur application.

Remarquons tout d'abord que les conclusions de mon étude respectent le principe de propriété et celui de liberté qui sont les bases essentielles de la société moderne si violemment attaquées aujourd'hui. Ces principes sont en dehors de la ligne directrice productiviste que j'indique comme devant être suivie et il n'v a pas lieu de s'en occuper ici.

Formule productiviste. — On ne saurait méconnaître que le bien-être de l'homme s'accroît en raison de l'abondance

des choses relatives à la consommation intégrale, aussi bien intellectuelles que matérielles et dont la source est dans la productivité intégrale. Celle-ci doit être améliorée sans cesse par tous moyens possibles.

La production doit être de plus en plus favorisée et doit être essentiellement libre, mais les groupements de producteurs doivent être admis, comme en Allemagne, patexemple, où ils sont légaux. Comme correctif, il y a lieu d'admettre l'exploitation par les administrations publiques d'objets quelconques de la production intégrale en cas de nécessité, c'est-à-dire en cas de plus grand avantage social. La nécessité de garantir la société contre certaines associations de producteurs est généralement sentie aujourd'hui; je n'en citerai comme exemple que les nombreux travaux publics effectués par la municipalité de Londres.

Capacitariat productiviste généralisé. — C'est l'instruction actuelle qu'il s'agit d'accroître et d'améliorer indéfiniment dans le sens du plus grand avantage social, selon les possibilités du moment et en tenant compte des activités sociales disponibles que chaque administration communale devrait en tout temps chercher à connaître le mieux possible. Il faut vouloir l'instruction la plus répandue; mais le vouloir avec méthode, dans le sens d'un productivisme intégral judicieux, en créant des capacités destinées à répondre aux besoins de la société universelle et en ayant en vue l'idéal d'arriver un jour au capacitariat généralisé.

Principe de la proportionnalisation des droits politiques à la valeur sociale de la productivité de chacun. — C'est, pour-

rait-on dire, une sorte de vote plural productiviste à introduire dans la législation àl'époque où il serait déterminable, mais n'ayant rien a voir avec le vote plural diffus appliqué actuellement en Belgique et valant incomparablement mieux qu'un vote plural qui n'aurait d'autre base que la capacité et ne tiendrait pas compte du travail utile de l'individu. J'ai qualifié do monstrueux le suffrage universel pur et simple à l'époque où il fut discuté au Parlement, mais je l'ai admis comme un pis aller momentanément nécessaire. Dans aucune sphère de l'activité humaine autre que la politique on ne songerait à donner le même droit d'intervention à l'incapable qu'au capable et même, dans l'administration des affaires, on intervient au vote proportionnellement à la part de capital qu'on y a et qui constitue dans l'occurrence une forme de capacité : c'est le vote plural commercial.

En régime social productiviste, on devrait politiquement intervenir au vote en raison de la valeur sociale de la part de productivité que l'on aurait su prendre.

Assurance de la vie aux invalides de tous genres et aux involontairement inoccupés. — Qui ne s'occupe de cette question et qui conteste encore qu'il ne soit juste d'arriver un jour prochain à cette solution? Déjà actuellement, dans nos pays, on ne laisse plus sciemment personne mourir de faim, mais ce sont encore souvent les bons et généreux qui paient pour les mauvais et égoïstes D'autre part, on crée partout des sociétés d'assurances, des sociétés de secours mutuels, etc., qui amèneront dans la société une inextricable complication. De plus, il y aura toujours, quoi qu'on fasse, des oubliés, des abandonnés. On voit donc que l'unification s'imposera de toute façon tôt ou

tard. Si le temps qu'il faudra pour arriver à ce résultat est encore indéterminé, si on l'apprécie différemment selon les opinions, il faut rechercher néanmoins la voie sûre la plus prompte; on n'ira jamais trop vite pour obtenir ce bien immense, mais il faut rester productiviste, c'est-à-dire pratique, possibiliste.

Accroissement éventuel de l'impôt. — Pour capacitarier graduellement davantage, pour assurer graduellement la vie aux invalides et aux involontairement inoccupés, il y aura vraisemblablement lieu d'accroître graduellement l'impôt Cette question est à travailler, la limite pratique est à déterminer. En tout cas, le principe : fixation du chiffre de l'impôt en vue de permettre d'arriver graduellement à l'obtention de ces résultats humanitaires, devrait être admis.

Unification de l'impôt. — Partout la tendance, la réalisation même est en ce sens. L'impôt sur le revenu existe depuis longtemps dans quantité de pays, même il est déjà unique dans nombre de communes de ces pays. Oserait-on prétendre que l'impôt ne devrait pas être perçu proportionnellement au revenu ou à la fortune des individus, mais qu'il devrait être, comme il l'est aujourd'hui, perçu plus que proportionnellement pour les pauvres et moins que proportionnellement pour les riches? Il faut donc admettre le principe de l'impôt direct et de son unification en recherchant les voies et moyens pratiques pour le réaliser aussi vite que l'on pourra.

Impôt unifie payable à la mort. — En indiquant comme aboutissement l'impôt unifié payable à la mort, je ne mets

pas en cause le principe d'hérédité. On arriverait tout naturellement à cette forme d'impôt si, après avoir substitué à l'inextricable complexité de tous nos impôts, l'impôt unique sur la fortune ou sur le revenu tel qu'il existe déjà chez des nations plus instruites et plus avancées que la nôtre, au lieu de rendre cet impôt recouvrable annuellement, on commençait, par exemple, par le rendre recouvrable tous les deux ans seulement, puis tous les cinq ans, puis tous les dix ans et finalement recouvrable une seule fois par vie d'individu, au moment où celle ci vient de s'éteindre. Envisagé de cette façon, l'impôt payable à la mort n'est autre chose qu'une forme de recouvrement de l'impôt unifié, et c'est la vraie façon de l'envisager. Mais il est évident que si un jour la pratique permet d'en arriver là — et inéluctablement on y arrivera selon moi — on ne se préoccupera plus alors de rechercher quel peut être le revenu du contribuable à chaque année de sa vie, on ne se tourmentera plus et on ne le tourmentera plus à ce sujet, on le laissera vivre tranquille et l'on se bornera simplement à constater quel est le chiffre de sa fortune au moment même de sa mort. On multipliera ce chiffre par le coefficient d'imposition qui aura été adopté et l'on aura ainsi la somme que doit payer le contribuable à sa mort : tel serait l'impôt unique une fois payable par vie d'individu. Je n'ai pas la naïveté de prétendre que cette mesure — pas plus que les précédentes et celles qui suivent — soit actuellement d'application pratique ; mais j'estime que si un jour cet impôt unique et son mode de recouvrement unique devenaient praticables, ce résultat serait un des plus élevés auxquels puisse aboutir la société et qu'il y a lieu de tout mettre en œuvre pour y arriver.

Impôt successoral réitéré. — Le principe de la non-perpétuité de l'hérédité est dès maintenant inscrit dans les lois de différents pays et y a reçu application par l'établissement d'un impôt sur les successions, ce qui fait qu'une fortune, indéfiniment transmise et ne se reconstituant pas, finit par s'éteindre. Et il existe une tendance manifeste à accroître cet impôt, notamment en Angleterre.

De plus, partout l'impôt successoral est établi à un taux d'autant plus élevé en ligne collatérale que l'héritier s'éloigne davantage du défunt, c'est-à-dire à mesure que leur consanguinité diminue.

Mais n'est-il pas évident que ce qui est reconnu juste et vrai pour la transmission d'une fortune en ligne collatérale doit également l'être en ligne directe? Le premier transmetteur d'une fortune est évidemment l'édificateur de celle-ci et plus de fois cette même fortune est transmise, fût-ce en ligne directe exclusivement, comme la consanguinité avec l'édificateur est diminuée, n'y a-t-il pas lieu, en principe, de suivre cette fortune dans ses transmissions successives et de fixer, à chaque transmission, le taux de son imposition au moins proportionnellement au degré d'éloignement de l'héritier avec l'édificateur productiviste de cette fortune?

Cela paraît incontestable.

Principe comptabiliste. — Rien ne fausse plus les appréciations que l'on se fait de ce que sont, en essence, la société, la fortune et la richesse et de ce que doivent être les moyens légitimes à employer pour atteindre à ces dernières, que la notion de l'argent qui apparaît en tout et dénature tout.

Les hommes pourraient régler les transactions qu'ils

— no —

effectuent entre eux pour se procurer tout ce dont ils ont besoin d'après le principe comptabiliste dont voici l'application sous sa forme la plus simple :

A chaque opération transactionniste, le demandant présente à l'offrant un compte de poche, officiellement garanti. portant au crédit un chiffre suffisant pour pouvoir effectuer la transaction ; l'offrant y inscrit au débit l'import de l'opération en même temps que, sur son carnet à lui, le demandant inscrit la même somme au crédit.

Si l'on admet la continuité du système que j'ai exposé ailleurs (i), on reconnaît que, de cette façon si simple, la monnaie peut être en principe entièrement exclue de la société et que, d'autre part, chaque homme se trouve avoir ainsi un compte qui le représente indéfiniment dans sa vie transactionniste, c'est-à-dire dans sa vie active et sociale.

En dehors des immenses avantages résultant de la suppression de la monnaie, ce que je trouve d'éminemment moral et vrai, au point de vue social, dans le principe comptabiliste, comme dans celui de l'impôt unifié et de l'impôt successoral réitéré, c'est l'individualisme extrêmement marqué — individualisme social, pourrait-on dire — qui en résulte, c'est la représentation exacte de la réalité des situations à laquelle il donne lieu : chaque homme, à chaque jour de sa vie, par les actes qu'il accomplit, sent qu'il est lui-même, qu'il devra compter sur lui-même et que ses enfants plus encore que lui devront compter sur eux-mêmes; il a ainsi la conscience qu'il est un facteur

(i) Voir Notes sur le Comptabilisme, reproduites ci-après.

JOTHECA

— IOO —

social au même titre que tous les autres hommes, que dans la société le privilège ne saurait être que temporaire et que l'égalité du point de départ, pour le bonheur de l'humanité, régnera un jour sur la terre pendant toute la période où cede-ci demeurera clémente pour l'homme.

Morale sociale. — Si l'accroissement du bien-être matériel et intellectuel de l'homme social moyen doit être considéré comme un bienfait public indéniable, n'en résulte-t-il pas que chacun doit vouloir ce qui y conduit et ne pas vouloir ce qui y fait obstacle? Toute la morale sociale n'est-elle pas là?

Introduction des bases du déterminisme universel dans V enseignement primaire obligatoire. — La science qui doit amener la productivité sociale à son maximum d'intensité, de qualité et de diversité, est aussi celle qui nous révèle les grandes vérités indiscutées admises par tous les peuples éclairés et qui nous permettront un jour de comprendre entièrement l'univers : c'est la science positive, dont les lois indéfectibles ne peuvent manquer d'acquérir bientôt leur forme définitive et constituent dès aujourd'hui le déterminisme universel. Est-il possible que l'on enseigne encore à la jeunesse, sous forme de religion et comme étant des vérités qu'elle doit admettre sans discussion, des éléments intellectuels presque aussi variables que les peuples eux-mêmes et repoussés d'ailleurs chez chaque peuple par une partie de la population, alors que les grandes vérités universelles et indiscutées de la science ne lui sont pas enseignées ! Peut-on comprendre qu'il existe encore en ce moment, dans nos pays civilisés, des hommes qui, ayant appris un catéchisme religieux quel-

— loi —

conque destructif de la raison, n'aient pas appris celui de la science qui doit le contre-balancer et ignorent jusqu'au sens de ces bases fondamentales du déterminisme universel :

Matière, éther, énergie;

Formes diverses de la matière ou éléments matériels ;

Principe d'association des éléments matériels;

Force, masse, temps, espace, mouvement;

Loi de la gravitation universelle;

Principe de l'unité des forces ;

Principe de la conservation de la matière et de l'énergie !

Au seuil du XXe siècle, l'homme, appuyé sur ces mêmes bases, crée, par son industrie, presque tout ce dont il fait usage et génère par synthèse la matière organique ; sans intermédiaire, il fait franchir l'espace à sa pensée; il emmagasine sa voix et crée une énergie qui révèle les mystérieuses profondeurs des objets! Il faut que les grandes vérités de la science, immuables dans leur essence si pas dans la forme qu'elles revêtent actuellement, deviennent enfin l'apanage de tout homme qui a une vie à parcourir, un labeur à accomplir, une curiosité à satisfaire, une conscience à tranquilliser.

Idéal de l'égalité du point de départ. — Si la science et l'industrie, en même temps que l'instruction, continuent progressivement à s'améliorer, à s'accroître et à se diffuser universellement, et plus vite que ne s'accroît la Population, ne voit-on pas que par l'application des principes qui viennent d'être développés on aboutira nécessairement, dans toutes les directions sociales et dans tous les pays, à une production tellement perfectionnée et développée que

l'homme le moins doué, non seulement cessera d'être exposé à tomber dans la nécessité et à devoir travailler sans trêve ni relâche pour vivre, mais encore qu'il jouira d'une certaine fortune à sa naissance et d'un certain temps disponible en rapport avec sa productivité pendant et après sa vie active.

Si quelques privilégiés héréditaires doivent s'en trouver plus mal que maintenant, parce qu'ils ne jouiront plus de fortunes exceptionnelles, un pareil état de choses n'en est pas moins un idéal auquel tout le monde doit souscrire : la misère, le dur et long labeur bannis de l'humanité; tout homme sûr de jouir au moins de la vie !

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