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Questions d'enseignement de philosophie scolastique

Les études réunies dans ce volume sont assez diverses de genre, d'allure, et aussi d'importance. Elles ont cependant été toutes inspirées par un même désir, celui d'apporter une modeste contribution au progrès de ta philosophie néo-scolastique *.

Mais pourquoi parler de philosophie scolastique, et non de philosophie tout court ? — Nous pourrions répondre simplement qu'étant « d'Eglise », c'est celle-là précisément que nous avons à enseigner. Ce serait vrai, mais peu satisfaisant. Aussi nous empressons-nous d'ajouter que cette philosophie jouit à nos yeux d'une incontestable supériorité. D'abord elle présente à l'esprit un corps de doctrines complet, où l'hypothèse a d'ailleurs sa large place, et dont le dogmatisme n'a d'autre base que ces affirmations impérieuses de la raison qui s'appellent les premiers principes : bref ce n'est pas la rigidité du cadavre, mais la souplesse de l'organisme vivant. Puis n'ayant aucune prévention, elle ne refuse aucun moyen d'information : elle consulte les anciens et ne

I . C'est cette unité même qui a fait juger opportun de les réunir en volume, après qu'elles avaient paru en diverses Revues. Elles ont été d'ailleurs modifiées en plus d'un point et complétées par quelques Appendices.

rougit pas d'avouer que le péripalétisme d'Aristote, épuré et développé par saint Thomas d'Aquin, lui parait fournir les cadres de la bonne métaphysique ; d'autre part elle suit attentivement le mouvement actuel de la science et en insère facilement dans sa synthèse les résultats certains.

Il est vrai qu'elle parle volontiers, aujourd'hui encore, un langage très spécial, le latin, ou pour mieux dire, son latin à elle. Les difficultés de ce système sont faciles à signaler; mais en voit-on assez les avantages? Non seulement il assure le résultat pratique d'un enseignement « catholique » ; mais, pour rester sur le terrain philosophique, il permet d'entrer sans effort dans la mentalité ancienne et par conséquent de rester en continuité avec la tradition, il habitue à la rigueur, il donne à la philosophie la précision d'une science, et la préserve d'un envahissement par la littérature.

Qu'on ne croie pas d'ailleurs que la formation scolastique soit une sorte de préparation en vase clos : ni l'élève ne pourrait s'y soumettre, ni le maître ne serait d'humeur à s'y résoudre. Chez l'élève quelle foi se laisserait claquemurer entre cloisons étanches, interdire de regarder et de comprendre ? Quiconque a fréquenté un peu intimement les deux jeunesses, la jeunesse cléricale et l'autre, peut en témoigner : les exigences de la raison, le désir de ne pas se payer de mots, bref la vraie liberté de l'esprit se trouvent surtout du côté de la première. Et quant au maître, qui lui aussi a soif de savoir, comment accepterait-il de se priver d'une documentation fraîche, savoureuse? Il y a sans doute des exceptions : certains esprits restent et resteront à jamais fermés ; d'autres, pour s'être trop fermés d'abord, n'ont

pas emporté de leur formation scolastiqae une conviction assez sereine, ils sont victimes de la première tempête et passant d'un extrême à l'autre vont grossir les rangs des modernistes; enfin il y a des originaux que l'ancien seul attire et intéresse. Mais où n'y a-t-il pas des exceptions ? Il reste que les conditions même de la lutte contre ce qu'ils estiment des erreurs, obligent les néo-scolastiques à suivre le mouvement intellectuel de leur temps. Et c'est bien ce qu'ils font. Que l'on compare leurs bibliothèques avec celles de leurs collègues, professeurs de philosophie moderne : d'un côté on trouvera les écrits scolastiques avec un nombre au moins égal d'ouvrages « modernes », de l'autre, que trouvera-t-on en fait d'ouvrages scolastiques? rien ou presque rien, et la valeur du choix ne suppléera pas au nombre.

Nous parlerons donc de scolastique ; mais pourquoi de néo-scolastique ? Pour désigner cette philosophie qui, selon les directions des Souverains Pontifes, Léon XIII et Pie X, prétend garder de la sagesse d'autrefois tout ce qu'elle contenait de bon et enrichir ce fonds de toutes les acquisitions des âges postérieurs, plus précisément encore, cette philosophie qui d'une part remonte le cours des siècles pour retrouver le péripatétisme scolastique dans toute sa pureté primitive, d'autre part travaille à corriger et à compléter ce système, bref cette philosophie qui est à la fois une renaissance et une adaptation de la scolastique.

Qu'il y ait eu lieu à une renaissance scolastique, c'est chose bien connue, et l'histoire en est déjà en partie écrite. La philosophie enseignée dans les écoles cléricales languissait, il y a quarante ans, du même mal que ^

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ce spiritualisme classique dont elle ne s'était que trop rapprochée. Le spiritualisme classique est mort ; l'Eglise, qui a des promesses de vie éternelle, a trouvé dans son propre passé de quoi rajeunir sa philosophie. La crise ontologiste avait montré la nécessité de se tenir au sage intellectualisme des anciens ; le Concile du Vatican insista plus qu'on n'avait jamais fait sur les droits de la raison humaine. En 1879, l'Encyclique Aeterni Patris vint provoquer un retour plus complet encore aux doctrines d'autrefois et désormais la restauration inaugurée par les Liberatore, les Sanseverino, les Kleutgen, les Cornoldi, s'étendit à toutes les Universités catholiques et à tous les Séminaires. La fondation de l'Institut supérieur de Loavain donna bientôt à ce mouvement une allure conquérante, et le spectacle de ce groupe de travailleurs très informés, très sûrs de leurs bases, et d'autant plus intrépides dans leurs recherches, força l'attention des moins bienveillants. La renaissance scolaslique devenait un fait devant lequel il fallait s'incliner. Cette renaissance s'est développée comme le font toutes les renaissances : on a demandé ù l'ancien, dans l'espèce au péripatétisme, des principes, une doctrine, mais on n'a cru ni devoir ni pouvoir s'y limiter. On voulait vivre, donc être de son temps, lui prendre tout ce qu'il avait de bon, tenir compte de tous les vrais progrès réalisés. La position était belle : ceux même qui ne veulent plus du péripatétisme reconnaissent qu'il est le mode normal de la pensée humaine, que ses principes sont les assises mêmes de l'esprit, qu'il tient le milieu entre idéalisme et empirisme, entre panthéisme et matérialisme. Il ne s'agissait donc que d'épurer parfois les formules, en les passant à une critique plus sévère, de les enrichir

souvent, en les conduisant à travers la prodigieuse moisson de faits et de théories qui constitue la science moderne ; certaines solutions de détail étaient à écarter, des problèmes nouveaux réclamaient l'attention.

Le programme a-l-il été rempli? Qui voudra se donner la peine de lire attentivement un cours de Philosophie scolastique, celui de Louvain par exemple, ou celui de Stonyhurst,ou encore ceux de Mgr Gutberlet.de Lehmen, pour ne citer que des essais de vulgarisation en langues modernes, devra reconnaître qu'il n'est pas de question, de celles qui préoccupent aujourd'hui les philosophes, à laquelle la néo-scolastique n'apporte sa solution, tantôt thèse se présentant comme certaine, tantôt hypothèse étayée de raisons sérieuses. Jamais il ne verra l'autorité humaine invoquée autrement que pour orienter La recherche, jamais non plus de construction à priori. Répétons ici encore : s'il fallait comparer au point de vue de la rigueur et des exigences du raisonnement, de la clarté et de la simplicité du langage, la philosophie néo-scolastique avec les autres qui aujourd'hui se disputent l'empire des esprits, la scolastique, issue directement de la mentalité gréco-latine, n'aurait pas à appréhender le résultat.

Le progrès n'a pas été cherché seulement dans les doctrines, il l'a étéaussi dans les méthodes. L'Eglise s'est toujours beaucoup préoccupée de perfectionner sa pédagogie; pour elle, l'enseignement philosophique est chose très pratique : il s'agit de former des hommes instruits, capables de raisonner leur foi et de la défendre, capables aussi d'agrandir le domaine de nos connaissances : les satisfactions de la science ne sont-elles pas, pour saint

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