‹ Questions d'enseignement; études sur les réformes universitairesChapitre 11 sur 25 · L'ABUS DES GMNDS COLLÈGES · texte numérisé non relu

L'ABUS DES GMNDS COLLÈGES

Les Français ont la manie de vouloir corriger les abus, et rien ne les corrige de cette manie; du reste, c'est la foKe la plus innocente : on se fait plaisir et on ne fait tort à personne , pas même aux abus. C'est pour cela que nous nous permettons sans scrupule d'inviter l'Université à certaines réformes. Dernièrement, nous la priions de se défier de son penchant à exagérer les concours, et de substituer à cette excessive émulation de briller la bonne et toujours bonne émulation de savoir, en animant encore, s'il 'est possible, ses leçons ; nous demandions dans l'enseignement de ses écoles primaires et de ses collèges plus d'intérêt et moins de gloire; si elle consent à cette première réforme, ne pourrait-elle pas aussi se défier du goût invé-

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téré qu'elle [a pour les grands établissements, et ne trouvera-t-elle pas qu'il vaut mieux multiplier ses maisons dans le pays, que de multiplier ses élèves dans une même maison ? Il n'est pas besoin de dire que si, dans l'organisation actuelle, le traitement des fonctionnaires dépend, pour une part, du chiffre de la population d'un collège, il devrait en être indépendant, et qu'on devrait avoir la permission de faire le bien des élèves sans faire en même temps le mal des professeurs.

On entend sans cesse parler de maison prospère, de collège florissant ; il est probable que le même mot ne signifie pas la même chose pour tout le monde. Pour un économe ou pour la commission des finances d'un conseil municipal, il signifie un beau budget ; pour un ami de l'enseignement laïque ou ecclésiastique, il signifie que l'opinion publique penche du même côté que lui ; pour ceux qui demandent à l'éducation de conduire aux diplômes ou aux écoles, il signifie que cet établissement produit beaucoup de bacheliers ou fait recevoir beaucoup d'élèves à l'Ecole Polytechnique, à rEcole de Saint-Cyr, etc. Rien de tout cela n'est méprisable ; nous estimons comme il est juste les succès aux examens, la faveur de l'opinion et les budgets en bon état ; mais, si vous voulez, songeons un peu moins à la maison et un peu plus à ceux qui l'ha-

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bitent ; or, nous n'apprenons rien à personne en rappelant gu'nne petite maison ne se gouverne pas comme une grande ; qu'à mesure qu'elle [s'étend, elle se gouverne par des règles de plus en plus générales, que les individus disparaissent de plus en plus et s'effacent devant Tordre abstrait ; un administrateur se transforme nécessairement avec l'empire qu'il administre, et, à un moment, il devient comme les dieux, dont on a dit qu'ils s'occupent des grandes choses et négligent les petites. Il n'y a qu'un malheur, lorsqu'il s'agit d'un collège, c'est que ces petites choses sont les dispositions toutes personnelles des enfants, leurs bons et leurs mauvais sentiments, la force et la faiblesse de leur caractère, enfin ce qu'ils donnent de prise pour les saisir, l'accès qu'on trouve en .eux quand on pense qu'il vaut la peine d'y pénétrer, et que si l'ordre général est un bien considérable, la plus humble des âmes n'e;st pas d'un moindre prix.

Notre collaborateur et ami M. Xavier Raymond racontait l'autre jour, dans ses articles sur les escadres cuirassées de la France et de l'Angleterre, que dans nos batteries de frégates, les noms des personnes ont été remplacés par des nomfires qui indiquent une multitude de choses à la fois : « Ainsi, dit-il, en prenant un chiffre au hasard, il se » trouvera que lé chiffre 1865 veut dire un tribor-

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» dais qui mange à tel plat, qui est attaché à telle j» pièce, qui occupe telle place dans la manœuvre » sur le pont, qui est chaloupier ou grand canotier, D fusilier ou timonier. » Quand nos lycées auront acquis les yastes proportions qu'on rêye pour eux, il nous semble que le procédé de la marine de l'Etat leur sera utilement appliqué, et que l'administration y aurait tout avantage. Ce même nombre 1865, par exemple, pourrait signifier qu'un élève est interne, de la division des petits, des moyens ou des grands ; qu'il est dans telle classe de sciences ou de lettres ; qu'il joue dans telle cour, mange dans tel réfectoire, dort dans tel dortoir, qu'il est catholique, israélite ou protestant, enfin quelque chçse conmie sa longitude et sa latitude, tout ce qu'il est nécessaire de connaître pour savoir, à une minute donnée, où il est, et empêcher qu'il ne se perde. Combien un chiflft'e est supérieur à un nom de famille et à un petit nom, qui disent bien quelque chose à un père, à une mère, à des frères, des sœurs et des amis, qui parlent bien d'intelligence et de caractère, de ce qu'on appelle une personne, mais qui embrouillent la tête d'un administrateur 1 Nous avons l'air de plaisanter, au fond il n'en est rien : un proviseur est un homme, comme un colonel ; il n'est capable de classer dans son esprit qu'une quantité donnée d'individus, et de

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moins en moins à mesure qu'il se les retrace avec plus de détails. Lors donc qu'on l'oblige à classer dans son esprit une trop grande quantité d'individus, il y réussit à condition de ne prendre de chacun d'eux que quelques notions sommaires, celles qui intéressent l'ordre général de la maison, et il est parfait dans son art quand le nom de rélève arrive à ne plus signifier pour lui que ce que signifie cet admirable chiffre 1865, ou tout autre pareil ; là où il y avait une personne, il y a maintenant une abstraction, un nombre, un compartiment, un carton.

Le vrai problème de l'éducation pubUque est de trouver un moyen terme entre la discipline du régiment et les mollesses, les gâteries de la famille ; car la discipline du régiment n'est pas faite pour des enfants, et les mollesses de la famille ne font pas des hommes. Avec les grandes agglomérations d'élèves, il n'y a plus à chercher ce moyen terme: tout va au commandement. Je sais que chez nous cette régularité, cette marche au tambour ne manque jamais son effet, et que pour quelques Français c'est un des plus beaux spectacles de la création ; mais d'autres sont moins enthousiastes : ils voudraient pour cet âge tendre, pour ces âmes incertaines et pliables en tous sens, une main à la

fois ferme et flexible, une direction tempérée de

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raison et de bonté, ^, attentive aux p^^sonnes, à leurs diversités originelles, aille touoher sûrement dans chacune le ressort que la nature y a mis. Qui de nous^ dans son enfance ou sa jeunesse, n'a senti le besoin d'une telle direction» et s'il Ta rencontrée, n'en a gardé un vif souvenir, plein de reconnaissance? Qui de nous aussi ne soubaite de retrouver cela pour ses enfants ?

Nous ne voulons pas presser ces considérations que nos lecteurs achèveront aisément. Si elles sont justes, la conclusion pratique qui bou& parait en devoir sortir, c'est qu'au lieu d'accumuler les élèves dans un collège, l'État et les villes ferai^it bien de multiplier les collèges, en les invitant à se i^^procher autant que possible de ce modèle naturel : u&e famille bien ordonnée.

(Octobre 1866.) •

UNE CmCULAlRE MINISTÉRIELLE

Ott sait que M. le ministre de rinstfu-ction pu- Mîque a autorise les proviseurs de Paris et de Versailles à ettvôjrer au lyttèe du Havre, pendaut les Vfitôauces, les élèves qui devraient passer ce temps an collège ; le îycée de la Rochelle est autorisé de même à recevoir les élèves du ressort académique de Poitiers, et le ministre se déclare prêt à généraliser cette mesure ; il a pensé que « le séjour de * <ïuelqaes enfants dans de grandes maisons vide» » de Jeux et de travail est fort triste », et il désire « changer cette tristesse en plaisirs utiles au corps » et à rame». Tandis que des enfents vont à la ïîii^, d'autres, du centre de la France, du sud et ^« TeiBt, pourwtient aller aux montagnes, dans les Pytéaées, les Alpes, la Suisse et l'Auvergne, en 'èxcoTBions. Et qui empêcherait que ce qui se fait

UNfi CIRCULAIRE HINISTÉBIELLB

aux vacances de septembre se fît aux vacances de Pâques ? Cela même a été essayé deux fois avec succès par le directeur du collège RoUin. M. Duruy ajoute : « Ce que je prescris pour le temps des vacances, je suis disposé à le faire durant les études mômes. L'Université, qui n'est qu'une grande famille, peut avoir des lycées d'hiver et des lycées d'été, pour les enfants dont la constitution délicate exige des soins et un régime particuliers. Ainsi quelques-uns de nos lycées de l'Ouest recevraient, de juin à octobre, pour un temps déterminé, les enfants à qui Tair des côtes ou les bains de mer seraient recommandés ; ceux de Nice, de Pau et de Montpellier donneraient une hospitalité attentive, durant la saison rigoureuse, aux élèves qui auraient besoin d'un climat plus doux. »

Nous avons été très heureux de lire cette circulaire, qui, nous Tespérons, ne restera pas à l'état de circulaire. Sur ce qui intéresse la santé et la vie des enfants il ne saurait y avoir de discussion ; quant aux excursions pour les bien portants, nous n'ignorons pas qu'elles peuvent offrir quelques difficultés, qu'il y faudra tout un apprentissage pour les maîtres. Ds avaient l'habitude de parler aux élèves au nom du règlement et ne sont pas faits à l'espèce de commerce qui naît des courses

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