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Notice sur Charles Graux, parE. Châtelain, page

2. Cette note a été publiée dans la Revtie inteimationale, organe de la Société, le 15 mars 1882, pages 271 et suiv.

k la bibliothèque de l'Université, il ait pu mener à bonne fin des travaux considérables dont l'histoire est liée intimement à celle de ses quatre voyages à l'étranger.

Le premier voyage fut entrepris à la fin d'août 1875 et (lurajusqu'à la mi-avril 1876. Charles Graux en avait exposé l'objet dans une lettre adressée au ministre de l'instruction publique au mois de mai 1875, pour solliciter la mission qui lui fut accordée : visiter les bibliothèques de Madrid et de l'Escurial; étudier un manuscrit de la Cyropédî'ede Xénophon et un autre de Stobée, tous deux du xi" siècle et signalés par M. Miller, un autre du x« siècle, contenant les auteurs publiés par M. Wescher dans la Poliorcétique des Grecs, et, en outre, un certain nombre d'écrivains militaires, parmi lesquels Philon, l'ingénieur d'Alexandrie, auteur des traités sur V Artillerie et sur la Fortification, qui sont les monuments les plus anciens et les plus curieux de l'art de l'ingénieur dans l'antiquité. La valeur du manuscrit avait été signalée par M. Miller dans un article du Journal des Savants, en 1868. Depuis deux ans, (Charles Graux préparait une nouvelle publication de Philon l'ingénieur, et il avait réuni les collations de dixhuit manuscrits, dont dix appartenaient à des bibliothèques étrangères. Il se proposait encore de copier quelques textes inédits et signalait ceux du rhéteur Choricius, qui c gît, aux deux tiers inédit, dans une bibliothèque madrilène ». Pour cela, il demandait quatre mois; mais, à peine arrivé en Espagne, mesurant mieux la besogne, il exprimait le désir d'y demeurer plus longtemps; une prorogation lui fut accordée par le ministre, par lettre du 21 décembre 1875 *.

1. Graux avait, avant de partir, commencé d'apprendre l'espagnol • ^" rp.tftur, il savait la langue.

Les résultats de cette mission ont été exposés par Charles Graux dans son Rapport sur une mission en Es^ pagne ^ Il y donne la liste de 49 bibliothèques de Barcelone, Cordoue, TEscurial, Grenade, Madrid, Sala> manque, Séville, Tarragone, Tolède, Valence, qu'il a toutes visitées, à l'exception de neuf : quatre de cellesci étaient fermées pour cause d'absence du bibliothécaire; cinq ont été négligées par Graux parce qu'il avait acquis c la certitude qu'elles ne cachaient pas de manuscrits grecs >. En outre il étudia plusieurs bibliothèques particulières. En somme, il fit des recherches personnelles dans plus de 60 bibliothèques, où il tint plus de 450 manuscrits grecs, qu'il a décrits le premier, ou dont il a revisé la description quand elle avait été faite avant lui. Ce rapport a un intérêt particulier pour la biographie de Charles Graux. On y trouve l'annonce de ses travaux futurs, et on y voit qu'il avait étendu le terrain de ses recherches bien au delà de& limites qu'il s'était d'abord assignées. La collation des manuscrits de Xénophon et de Stobée fut abandonnée par lui, quand il s'aperçut que les résultats ne répondaient pas à l'attente qu'il en avait conçue, mais il fit une collation complète des Météorologiques d'Aristote, du prétendu cinquième livre de Philon l'ingénieur et des trente-deux chapitres inédits du Traité militaire attribué à Nicéphore II Phocas; de ÏEutyphron de Platon; de la troisième Philippique de Démosthène; du Bretiarium historiae romanae de Rufus ; de fragments de manuscrits de Thucydide, Euripide, Plutarque, Arrien, Alexandre d*Aphrodisie, Philostrate, etc., etc.; d'une collection de 1206 proverbes, dont le dépouillement lui

1. Archives des missions scientifiques et littéraires, 3« série, t. V, pp. m et suiv.

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fournit de bonnes variantes, et çà et là, de petites parties inédites. Enfin, il copia un certain nombre de textes inédits : de saint Jean Chrysostome, le Ao^ç MtpIXtfAoç, et une bomélie, qui lui semblait d'une authenticité douteuse; de Libanius, un passage qu'il envoya à M. le professeur Foerster de llostock, pour qu'il pût combler une lacune de deux pages à la fin de la première des Deux Déclaination^ inédites de ce rhéteur, publiées par lui; de Jean Laurentios Lydos« de longs fragments du traité icepl $eo97i{AetoSv, pris dans un membrmiacetis contenant une rédaction ancienne, qui permettra de restituer le chapitre IX tout entier, avec le «lébut du chapitre suivant, et d'y remplir des lacunes considérables. II fit photographier deux fragments anonymes sur l'histoire de l'ancienne musique grecque, pour les transcrire à son retour en France*. Il copia intégralement quatre pièces beaucoup plus importantes : 1* un discours du rhéteur Chorikios de Gaza; 2° une Apologie des mimes, du même auteur (le Discours contient des matériaux pour l'histoire byzantine au temps de Justinien, et V Apologie des détails neufs et curieux sur l'histoire du théâtre à la même époque); 3* une lettre d'Harpocration à un empereur, qui semble être Julien ; 4** un Traité militaire de l'empereur Nicéphore II Phocas ■. C'était là une bonne moisson pour un premier voyage de découvertes. Et déjà Graux laissait entrevoir, dans le rapport, l'idée de l'œuvre qui devait être la plus importante de sa courte vie, lorsqu'il disait qu'il s'était efforcé de démêler l'origine des diffé-

1. Publiés par M. Ch. Em. Ruelle dans Y Annuaire de V Association pour r encouragement des études grecques en France, II« année (1877), pages 147 et suiv.

2. Celui-là dont le texte a été étudié en conférences, à l'École des Hautes études, dans le second semesire de l'année scolaire

rents dépôts de manuscrits grecs en Espagne. H était allé très loin dans cette recherche, car il savait en partie d'où vient le millier de manuscrits grews qui se trouvent dans ce pays, à quelle époque ils y sont arrivés; et il était à môme d'affirmer qu'il n'y restait pas de manuscrits grecs provenant des Arabes *.

L'immense travail accompli pendant cette mission et constaté par ce rapport officiel, Charles Graux le décrit et l'explique presque jour par jour dans les lettres écrites à sa famille. Ces lettres seront un guide précieux pour celui ou pour ceux de ses élèves qui voudront suivre ses traces en Espagne et achever quelques travaux qu'il se proposait d'aller y terminer un jour. Elles sont intéressantes aussi pour le biographe; car elles abondent en traits de caractère.

Grauxétaitparti avec joie. C'était son premier voyage, et ses lettres sont pleines d'une gaieté charmante. Portrait des compagnons de route, de Paris à Marseille; description de Marseille et de ce littoral aux t teintes chaudes, où la craie, dans le lointain, paraît comme mystérieusement transformée » ; récit d'une excursion à Arles et au Pont-du-Gard : tout cela respire le plaisir d'un jeune homme qui s'en va à la découverte, tout fier d'avoir dans la poche son premier passe-port; car il avait un passe-port et même un passe-port diplomatique, qui lui fut fort utile le jour où il rentra dans Arles après une excursion faite aux environs avec blouse et sac de voyage. Un gendarme lui demanda s41 avait des papiers. « Je souris si doucement qu'il fut gêné, à ce qu'il me semble, dans les entournures; il ajouta pendant que, souriant, je dépliais lentement, presque élégamment mon passe-port diplomatique, —

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