Lettre du 16 novembre
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droit romain » ; cours de M. Egger à la Faculté des lettres; cours de M. Boissier au Collège de France; au Collège de France encore, cours sur Fépigraphie grecque de M. Foucart, duquel il dit : « Je me livre avec une ardeur toute neuve à l'épigraphie grecque... Deux cours par semaine au Collège de France, et une séance pratique le jeudi au Louvre pour la lecture des inscriptions grecques... M. Foucart s'attache extraordinairement à moi, de préférence à tous autres *. » En 1872-1873, aux cours de M. Tournier (Exercices de critique verbale et Paléographie)^ de M. Robiou (Monuments de CAttique et Iliade expliquée au point de vue des coutumes et des croyances), de M. Foucart (Épigraphie grecque), s'ajoutent ceux que professent à l'École des Hautes études M. Nicole (Syntaxe attique et Bibliographie), M. Louis Ilavet (Histoire de la prononciation, de l'orthographe et de la flexion dans le latin archaïque, exercices de grammaire et de métrique), et le cours de Géologie de M. Hébert, à la Faculté des sciences. En 1873-1874, cours, à l'École des Hautes études, de MM. Tournier (Critique verbale), Nicole (Morphologie attique et explications), Perrot (les Institutions judiciaires à Athènes, d'après les Guêpes d'Aristophane); au Collège de France, cours de M. Léon Renier (Épigraphie latim) et de M. Foucart (Épigraphie grecque)', un cours d'architecture grecque à l'École des beaux-arts.
Sur la plupart de ces cours, il reste des notes en grand nombre et en bon ordre. Pour quelques-uns, les notes sont prises avant la leçon. Charles Graux préparait certaines conférences, comme s'il les devait faire
m*'d*^ f^^^^^^* ^^ ^^'^®' ^^^^ moins régulièrement, le cours de M. Paul Gide, à la Faculté de droit, et la méthode de ce professeur, mort prématurément aussi, lui semblait un modèle. 2. I «tfno A., o mai 1872.
lui-même; il arrivait ainsi chez M. Robiou et chez M. Nicole, les mains pleines; maîtres et camarades puisaient dans ses provisions. Il s'initiait par là au professorat. M. Tournier, son maître préféré, l'y destinait : Graux raconte qu'il accompagnait souvent le professeur chez lui « comme faisaient les disciples de Socrate •. Ses lettres parlent sans cesse des conférences de paléographie et des exercices de critique verbale. Il y note avec joie ses premiers succès. « Hier, dit-il dans une lettre du 7 décembre 1871, à la conférence de critique des textes, j'ai eu, selon l'expression de M. Tournier, les honneurs de la soirée. C'était un premier devoir que nous présentions : il y avait dans les copies de chacun de nous naturellement bien de la gaucherie. Enfin, parmi mes conjectures, il y en avait une tout à fait heureuse, à laquelle M. Tournier lui-même n'avait pas pensé en dictant le texte, mais qu'il a, sans l'adopter définitivement, déclarée plausible, probable et bien trouvée. » Ce premier succès fut suivi de beaucoup d'autres; mais c'est en paléographie que Charles Graux se distingua le plus. Ses progrès furent si rapides que, dès le mois de novembre 1873, M. Tournier lui confia une part de son enseignement, à la grande joie du jeune étudiant, qui écrivait le 27 mars 1874 : « J'ai clôturé le premier semestre avec la leçon sur les palimpsestes. Auditoire au grand complet : MM. Tournier, Nicole, le ])an et l'arrière-ban des élèves. Le temps nous a favorisés. Avec le soleil splendide qu'il faisait, on avait tout autant de lumière qu'on en pouvait désirer. Les expériences bien entendu ont réussi, parce que la chimie n'a pas de caprices et que tout était préparé dans de bonnes conditions. Il a réapparu de belles grandes lettres, de jolis petits accents et de gentils esprits, les uns noirs, les autres verts, au command
la raison, comme il le fait de temps à autre avec sa
grÂce native.
Il fallait faire une sorte de violence à Charles Graux pour r entraîner hors de chez lui, dans quelque soirée, où il t regarde pendant cinq ou six quarts d'heure des mines de gens qui jouent aux cartes ». Il allait pourtant au théâtre, à la Comédie-Française, les jours de Molière, de Racine ou de Corneille, et à TOpéra. Son amour de la musique croissait sans cesse. • J'ai toujours été tranquille dans ma vie, a-t-il dit un jour, à proportion de la place qu'y a tenue la musique. » Un dimanche, sortant du concert Pasdeloup, où il était fort assidu, il écrivait à sa mère, avant de se mettre au grec :
€ Cela m'a mis l'esprit dans une heureuse disposition d'avoir entendu le septuor de Beethoven. »
Il était un des plus anciens membres de la société la Trompette et il suivait, autant qu'il le pouvait, les concerts du Conservatoire. J'ai retrouvé dans ses papiers un grand nombre de programmes de concerts; plusieurs sont annotés de sa main. Avant d'arriver à Paris, il n'avait joué que de la musique d'opéra; à Paris, il prit le goût de la grande musique, t Sans posséder la virtuosité d'un artiste, il avait une remarquable facilité pour saisir et déchiffrer les classiques. Haëndel, Bach, Haydn, Mozart et Beethoven lui étaient familiers; il les rendait avec précision et avec âme. Les maîtres modernes, tels que Mendelssohn, Chopin, Schumann et Rubinstein ne lui étaient pas moins accessibles. La modestie qui était habituelle au savant se retrouvait chez le musicien. Il jouait avec une grande simplicité, pour sa satisfaction personnelle et celle de ses amis.
nullement pour être écouté et admiré... La musique faisait partie de sa nature et répondait à un besoin de son intelligence '. »
Sur le travail un peu aride auquel il donnait toutes ses forces intellectuelles, la musique versait sa poésie. Elle charmait les loisirs que lui laissaient ses études régulières, sans les remplir toutefois; car le vaillant étudiant trouva le moyen de faire bien des choses encore. Il acheva, pendant ces trois années, de se rendre maître de la langue allemande; il apprit le danois et l'anglais '. On a vu qu'il suivait un cours de géologie à la Faculté des sciences. Les notes qu'il y a prises sont très abondantes. Deux fois, il accompagna le professeur Hébert dans des excursions géologiques. Il complétait ainsi l'excellente instruction que lui avait donnée M. Rogine dans des leçons ou dans des excursions faites en Thiérache. Avec son ami Garbe, il étudiait le dimanche la méthode infinitésimale, l'astronomie et la physique céleste, faisait de la photographie, et travaillait les palimpsestes, s'informant exactement de l'action des produits chimiques sur l'encre, car il n'était pas homme à pratiquer une opération, sans en comprendre les moyens et les effets. Ces études, outre qu'elles satisfaisaient la curiosité de son esprit et son
\ . Extrait d'une note qu'a bien voulu me communiquer Mae Bréal, chez qui Graux allait souvent faire de la musique. « Ritschl aussi était musicien, dit M. Louis Havet dans un article consacré à Graux. Graux en fait la remarque {Revue antique, 1881, I. p. 68), peut-être en pensant & lui-même. » [Revue critique^ 1882, I, p. 145, note 2.)
2. Il avait appris un peu d'anglais au collège de Vervins. En 1871 , pendant la Commune, il avait pris à Vervins de bonnes leçons d'allemand et d'anglais dans des conversations familières avec M. Lucien Tricot, un jeune avocat qui a fait partie de ce {groupe de jeune gens sérieux et distingués avec lesquels vivait Charles Graux.
^oÙt pour les choses exactes, avaient pour lui des applications marquées à l'avance : il savait bien qu'il n'y a point de philologue complet sans instruction scientifique. De l'antiquité, il voulait tout comprendre, et, comme il devait le dire plus tard, c comment comprendre les GéargiqueSj si Ton ne peut se rendre compte des levers et des couchers des étoiles ? les sièges dans Polybe et dans Arrien, si Ton ne connaît le matériel poliorcétique des Grecs, et si l'on ne peut, à l'aide de calculs, restituer une hélépole ou une baliste? les mystères antiques, si l'on ne peut s'expliquer, à l'aide de l'hydrostatique, la machinerie des temples païens? la vie quotidienne des Grecs et des Romains, sans des connaissances métallurgiques, géologiqpies, etc., etc. * ? t Charles Graux se proposait donc d'arriver un jour à la connaissance exacte de la vie antique. Les projets de travail, dont il fait la confidence à ses parents, en 1872-1873, sont ceux-ci : étude sur les successions athéniennes; étude sur l'authenticité des pièces intercalées dans les plaidoyers de Démosthène; étude sur la théorie de la musique chez les Grecs; étude sur la guerre de sièges; étude sur la stichométrie. Parmi ces projets, le premier fut abandonné, après que Charles Graux, qui avait accumulé des notes sur le droit grec, vit la question traitée par M. le professeur Caillemer; il aurait sans doute poursuivi le second et le troisième : on verra bientôt qu'il a mené les autres à bonne fin. Son parti était donc pris; le 2 novembre 1873, dans une lettre à son père, il déclare c sa préférence ardemment marquée pour l'étude de la Grèce aux points de vue technique et scientifique, prenant ses points d'appui sur la paléographie et la critique verbale ».
1. Note lue à la Société pour Tétude des questions d'enseigne- • --^érieur, le 17 mars 1879 {Bulletin, page 331).
C'est ce qu'il appelait avec raison, dans une lettrecitée plus haut, avoir de t vastes projets ». Il ajoutait « pas trop ambitieux pourtant », parce qu'il connaissait la puissance du travail, et avait mesuré ce qu'ili pouvait porter de fatigue. Il trouvait encore le temps,, lui dont on vient de voir la vie habituelle, de donner de longues heures à des collations de manuscrits grecSy faites à la Bibliothèque nationale, soit pour des expliications aux conférences de l'École des Hautes études^ soit pour des savants étrangers ; d'assister à des séance» de V Association pour les études grecques^ dont il était membre depuis l'année 4870, et à celles de la Société delinguistique^ où il était entré en 4878; enfin de fonder avec la collaboration de son ami, M. Louis Havet, la Réunion périodique des élèves de V École des Hautes études y où il fit, plus souvent que tout autre, des communications *, et notamment, le 40 janvier 4879, une communication sur le faussaire Simonidès et ses tromperie» littéraires, et, le 40 mai suivant, un compte rendu du livre de M. Mézières, sur Goethe.
Par un arrêté ministériel du 30 octobre 4874, Charles Graux fut « chargé des fonctions de répétiteur pour la philologie et les antiquités grecques près la section d'histoire et de philologie de l'École des Hautes étude&, en remplacement de M. Nicole, démissionnaire » . Son enseignement a duré six années.
En 4874-75, il exposait dans ses conférences du jeudi les Éléments de la critiqua des textes. Pour cela, il enseignait à ses auditeurs la lecture des manuscrits, figurant au tableau les alphabets, les lettres liées et les abréviatioi:iS, employant comme texte d'exercice des
1. Notice par M. Châtelain, dans la Revue de philologie ^ '^" p. 106.
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fac-similés soigneusement choisis. Il étudiait les confusions de lettres, en citant comme exemples de nombreuses corrections, tant inédites que publiées, fournies par les manuscrits ou dues à la conjecture. A partir du mois de mars, il exposait les principes du classement des manuscrits, et les appliquait au classement de dix-huit manuscrits de l'ingénieur Philon. Le samedi, il expliquait au point de vue exégétique et critique des chapitres des Mémorables de Xénophon, puis des paragraphes du VIP discours de Lysias (sur VOlivier sacre). Pendant le second semestre, il donnait rendez-vous à ses élèves deux fois par semaine à la Bibliothèque nationale, pour les exercer au déchiflfrement et à la collation des manuscrits difficiles '.
En 1875-1876, il consacrait son premier semestre à un voyage en Espagne, où le ministère de l'instruction publique lui avait donné mission de visiter les bibliothèques, pour y dresser le catalogue des manuscrits grecs. Pendant le second semestre, il étudiait, le mardi, les Particules de la langue grecqtœ, dictant des exemples que les élèves interprétaient à tour de rôle, réservant toujours une partie de la conférence pour l'explication du XXII« discours de Lysias (sur les Marchands de blé). Le jeudi, il exerçait les élèves à la publication d'un texte inédit; il avait choisi un traité militaire inédit de l'empereur Nicéphore II Phocas, dont la Bibliothèque nationale possède trois manuscrits. Les élèves copiaient un chapitre sur un des manuscrits et collationnaient leur copie avec les deux autres. En outre, un manuscrit de la bibliothèque de l'Escurial, postérieur d'un demi-
1. Rapport sur r Ecole pratique des Hautes études, section d'histoire et de philologie, 1874-75, p. 4. Élèves de cette année: ^-cob. Marchand, abbé Montel, Basset, Paréja, Roueh, Tiel, Berthault. M. Ruelle suivait cette conférence.
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siècle au plu« à la mort de Nicéphore, et dont Charles Graux avait rapporté une collation, fournit une base solide à la constitution du texte. Sept chapitres ont été ainsi préparés comme pour une publication * .
En 1876-1877, Charles Graux étudiait, le mardi, la Déclùiaison et la conjugaism dans le dialecte attique, employant, pour éclaircir les points controversés, le témoignage des inscriptions, des grammairiens anciens et des manuscrits jouissant de quelque autorité, et expliquant en grand détail quelques pages du Lexiphane de Lucien, pour y chercher la distinction des mots du dialecte attique et de ceux de la langue commune. Le mercredi. Conférence pratique de paléographie^ où les élèves déchiffraient des fac-similés, et où le maître traçait au tableau toutes les abréviations qui ont été en usage aux différentes époques de la paléographie grecque. La conférence était complétée par des exercices, faits à la Bibliothèque nationale, de déchiffrements de manuscrits datés et pouvant servir de types des variétés de l'écriture grecque. Le jeune maître était déjà secondé par ses élèves : M. Dulac présidait avec lui aux exercices de la Bibliothèque nationale. M. Dulac encore et M. Martin travaillaient sur les manuscrits de la Bibliothèque nationale pour le recueil des commentateurs d'Aristote, préparé par l'Académie des sciences de Berlin*.
En 1877-1878, le mardi. Exposition des principales règles et des cas particuliers les plus utiles à connaître
1. Rapport sur VÈcole pratique^ etc., 1875-76, p. 5. Élèves: MM. Bergaux, Dulac, GuiUeminot, Jacob, Karels (Luxembourgeois), abbé Mon tel, Porcheret, Rouch.
2. Rapport, etc., 1876-77, pp. 140-41. Élèves : MM. Dulac, Martin, Angellier, Jacob, Krebs, Rébouis, Sudre, Nigoles, Mistchenko (professeur à rUnivorpîté de Kiew) , Karels (Luxembourg** Jecklin (Suisse), Baser (Snîpse), Lacoste, Marty, Mas, Por
de la syntcute attiqtAe. Avant d'énoncer une règle, le maître dictait un exemple caractéristique, que les élèves expliquaient; des exemples étaient aussi présentés et expliqués, lorsqu'il s'agissait de faire ressortir la diffé^ rence de construction entre deux ou plusieurs cas, si bien que les élèves entendaient expliquer les règles et les différences d'emploi, en ayant les exemples sous les yeux. Le mercredi, conférence de paléographie en deux parties : de 9 à 10 heures, exercices de déchiffrement de manuscrits^ dirigés tantôt par le maître et tantôt par M. Dulac; de 8 à 9 heures, conférence où le maître dirigeait les élèves de seconde année dans l'étude des manuscrits grecs datés de la Bibliothèque nationale. MM. Nigoles, Jacob, Dulac, Martin, Omont, abbé Lepitre, ont étudié chacun un ou plusieurs manuscrits. Les élèves remettaient sur leur travail une monographie. Leur premier soin était de copier, d'étudier et de corriger la souscription du manuscrit, qu'ils soumettaient ensuite à un examen minutieux, en vue de répondre à un questionnaire dressé par le répétiteur, et composé d'une trentaine de questions relatives à l'écriture et à l'ornementation. Cette critique des souscriptions de manuscrits grecs permettait de corriger certaines erreurs et de montrer que tel manuscrit, qui passe depuis Montfaucon pour avoir été copié en 971, a été, à une époque bien postérieure, recopié, texte et souscription, d'un manuscrit datant en effet de cette époque. C'étaient là des questions neuves et qui n'avaient encore été traitées dans aucune publication concernant la paléographie grecque *.
1. Rapport f etc., 1877-78, pp. 6 et 7. Élèves : MM. Dulac,. Martin, Angellier, Jacob, Krebs, Schaefer, Sudre, Baudat,. Doret, Rlnno.hard, Nigoles, ÛDiont, abbé Lechevallier , abbé Lepitre, n, abbé Schmitz (professeur à TAthénée de Luxem-
En 1878-1879, le lundi, de 8 à 9 heures, Éléments de paléographie grecque : le maître exposait l'histoire de l'écriture grecque sur le papyrus et le parchemin, faisant déchiffrer aux élèves de nombreux fac-similé» choisis. A la fin de l'année, les élèves lisaient couramment les manuscrits de toute époque. M. Jacob, qui, depuis trois années complètes, avait suivi assidûment les travaux de la conférence de paléographie, aidait le maître dans ces exercices réservés aux élèves nouveaux. Le même jour, de 9 à 10 heures, avec les élèves les plus avancés, continuait VÉttide des manuscrits grecs datés de la Bibliothèque nationale. Des travaux étaient remis sur vingt-sept manuscrits, par MM. Martin, Omont, Jacob, de Richemont. A propos d'un de ces manuscrits, qui contient des vestiges d'un système de sténographie, employé aussi dans un manuscrit de Londres et dans un manuscrit du Vatican, la conférence s'occupait de la sténographie grecque; à la fin de l'année, les élèves étaient arrivés à déchiffrer très correctement cette sténographie.. Le vendredi, le maître traitait de V Histoire littéraire de la Grèce après Aristote; il commençait par les historiens, chronographes et géographes, et continuait par les écrivains techniques de l'art militaire, les mécaniciens et les physiciens, les mathématiciens et les astronomes, les philosophes, les écrivains de l'histoire naturelle et de la médecine. Dans le second semestre, il passait en revue les rhéteurs et sophistes, depuis Démétrius de Phalère; les grammairiens et philologues, depuis le commencement de l'École d'Alexan-
boarg), Le Deuff, Lebègue, Corda, Rieder, Besson, Gbarlier, Matheescob, Gostynski, Rabans, Blum, Gaillard, Wagener (Luxembourgeois). — Cette année-là M. Dulac travaillait encore pour TAcadémie de Berlin; MM. Dulac, Martin et Angellier collaboraient, les deux premiers très activement, à la t^evue des Revues, qui venait d'être fondée.
drie, en s'arrétant au it* siècle après Jésus-Christ; ]es poètes des écoles alexandrine, romaine et byzantine; les historiens et chronographes byzantins, depuis le iv* siècle jusqu'à la chute de Constantinople. Sur chaque auteur, le maître donnait une biographie, une liste des écrits conservés, avec courte analyse de chacun d'eux, l'indication des principaux manuscrits et des principales éditions; une liste des écrits perdus ^ £n 1879-1880, les mercredis, Éléments de paléographie grecqtie ; pendeLUi une heure, exercice de déchiffrement: pendant une demi-heure, exposé de notions historiques relatives au matériel de la paléographie, encres, papiers et parchemins, manuscrits palimpsestes, roseaux et plumes à écrire, reliures, etc.; notions sur les copistes, les bibliothèques, etc. Les écritures du ix* au xiv* siècle étaient étudiées avec un soin tout particulier, à cause de l'importance spéciale qu'elles ont pour la constitution du texte des classiques grecs. Le maître faisait étudier des fac-similés photog^aphiques de manuscrits, pleins d'abréviations, datés du xm* siècle, rapportés par lui de l'Ëscurial. Le vendredi, Étude des formes du dialecte attiqtie; le verbe pendant le premier semestre, et les autres parties du discours, pendant le second; les témoignages des manuscrits, des grammairiens, des inscriptions, l'étude d'Aristophane et des comiques, où le mètre garantit l'authenticité de certaines formes, celle du Banquet des Sophistes d'Athénée, du Lexiphane et du Pseudosophiste de Lucien, étaient mis à contribution
1. Rapport, etc., 1878-79, pp. 6 et 7. Élèves : MM. Martin, Jacob, Baudat (Suisse), Omont, Rébouis, Bénet, Desbassyns de Richemont, le P. Lechevallier, Krebs, Payot (Suisse), Lebègue, abbé Gaugain, abbé Garilhe, Ogereau, Hennequin (Suisse). En cette année 1878-1879, M. Baudat, élève de seconde année, faisait une conférence supplémentaire sur la Grammaire des dialectes grecs.
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pour arriver à la distinction des formes propres du dialecte attique, depuis Thucydide jusqu'à Démosthène *. En 4880-81, le mercredi, Exercices de paléographie grecque; pendant le premier semestre les élèves de seconde et de troisième année étaient exercés à la lecture des papyrus grecs, depuis le temps des premiers Ptolémées jusqu'au vn« siècle de notre ère. Le maître leur exposait le développement de l'écriture grecque, pendant ce millier d'années, et la bibliographie du papyrus. Une heure y était consacrée; pendant une seconde heure, les exercices de déchiffrement de facsimilés en minuscules étaient dirigés par M. Lebègue, élève de seconde année. Pour le second semestre, Exercices critiques : les élèves étaient exercés, sur les quinze premiers chapitres de la Vie de Cicéron, par Plutarque, au métier d'éditeur de textes. Le maître dictait à chaque conférence, sur une certaine étendue de texte, les variantes proposées par le manuscrit étudié par lui à Madrid et non encore utilisé par les éditeurs de Plutarque; les élèves relevaient dans les éditions critiques les variantes des autres manuscrits. Un élève spécialement désigné pour préparer telle partie du texte discutait toutes ces variantes et donnait son opinion motivée, qui était immédiatement discutée par toute la conférence. Le jeudi. Syntaxe nttique : le maître, après avoir étudié dans une introduction certaines tendances générales et dominantes de la langue grecque, qui rendent compte d'un grand nombre de règles particulières propres à cette langue, étudiait en détail la valeur et l'emploi de l'article et des pronoms, puis les rapports du sujet, du verbe et de l'attribut, toujours
1. Rapport, etc., pour 1879-80, pp. 8 et 9. Élèves : MM. Dosson, Lebègue, Le Foyer, abbé Bcurlier, Desbassyus de Richeiu'^-"*
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en dictant aux élèves et en leur faisant expliquer un grand nombre d'exemples * .
Il est bien inutile que je dise avec quel soin Cbarles Graux préparait ses conférences, comme il était sûr de tout ce qu'il apportait, quelles belles leçons de méthode il donnait à ses élèves par cet enseignement qui ne se répétait jamais, ou qui, du moins, était renouvelé sans cesse par des recherches et par des découvertes! Il voyait avec orgueil l'École des Hautes études durer,prospérer, prendre une grande place dans le monde savant, c II règne en ce moment à l'École un mouvement et une animation que je n'y ai jamais vus, écrit-il le 26 novembre 1876. Nos cours de grec sont très fréquentés. L'ensemble imposant que nous formons maintenant pour l'enseignement de la philologie grecque fait de l'effet. Un Russe, agrégé de l'Université de Kiew, qui étudiait depuis un an à Leipsig, a quitté l'Allemagne et vient chez nous où il est enchanté de notre manière. Ce qui l'a attiré, c'est notre enseignement de la critique des textes et de la paléographie, deux conférences qui n'ont pas leur pendant dans les universités allemandes. > Chaque année, dans les lettres de novembre, il rendait compte à ses parents de la situation à la reprise des cours. Il notait, mais toujours avec modestie, les progrès qu'il faisait lui-même : c Mon exposition d'ouverture aux élèves de première année, écrit-il le 19 novembre 1878, a été très claire et je vais, pour la première fois, faire un cours bien charpenté et bien nourri. » Il s'agit du cours de paléographie qu'il professait depuis quatre années déjà, on sait avec quelle autorité.
i. Rapport, etc., 1880-81, pp. 8 et 9. Élèves : MM. Jacob, de Nolhac^Lebègue, Le Foyer, abbé Beurlier, Desbassyns de Richemo • • jiaroBsy (Hongrois).
Il s'en fallait que l'enseigfiement prît toute la vie de Charles Graux. Il y donnait ses meilleures heures^ mais il y avait tant d'heures dans sa vie laborieuse ! D'abord il était resté, en devenant professeur, étudiant. Il suivait à rÉcole des Hautes études les leçons de M. Weil, au Collège de France celles de M. Bréal.
Il trouvait le temps d'obliger, par les collations qu'il faisait à la Bibliothèque nationale, les savants de TEurope entière et d'entretenir avec eux une correspondance active, où il recueillait une ample moisson de remerciements, car, dans ce commerce avec tant d'hommes éminents, il était bien rare qu'il fût l'obligé.
Il débutait, le 23 janvier 1875, à la Revue critique, et ses articles montrent qu'il embrassait, dans ses études, le monde entier de l'antiquité grecque. Chacun de ces articles était pour lui une occasion de s'instruire, et Ton voit çà et là par sa correspondance qu'il a étudié plusieurs sujets comme s'il eût dû les traiter lui-même. Au mois de mai 1879, M. Gaston Paris lui faisait une proposition qui le c flattait au plus haut point », celle de remplacer à la Revue critique, dans le comité des trois directeurs, M. Bréal qui se retirait, après sa nomination d'inspecteur général. Graux accepta cette proposition.
Quand M. Tournier fonda en 1877 la Revv^ de philologie, il s'adjoignit M. Louis Havet pour la philologie latine. Ce recueil devait comprendre une Revue des Revues où fussent résumés tous les articles relatifs à l'antiquité publiés dans les revues d'érudition. Il ne s'agissait de rien moins que du dépouillement annuel de 200 volumes donnant environ 80,000 pages. M. Tournier s'était adressé d'abord à quelqu'un, qui, si zélé qu'il fût, plia bientôt sous le fardeau. Il en chargea donc Charles Graux, qui, au mois de mars 1877, <^n-
voyait aux collaborateurs une circulaire rédigée par M. Tournier pour leur expliquer ce qu'on attendait d'eux. Il avait trouvé la plupart de ces collaborateurs parmi les nombreux savants étrangers avec lesquels il était en relations. Il désigna des rédacteurs généraux, confia l'analyse des revues spéciales à des spécialistes. Il dressa la liste des revues à dépouiller, dont la plupart étaient inconnues en France, et l'on pense bien qu'il travailla plus que personne au dépouillement. La première année, sa part fut de 43 volumes. Il était en même temps secrétaire de la Revue de philologie, chargé de la correspondance avec les auteurs*.
Pendant près de trois ans, il garda le secrétariat de la Revue de philologie et la rédaction en chef de la Revue des Revues. Corrigeant toutes les épreuves, il lut trois fois le résumé de tout ce que les revues françaises et étrangères avaient publié pendant les années précédentes. Après, il demeura un collaborateur zélé de l'une et l'autre partie du recueil.
De février 1872 à avril 1878, Charles Graux remplit les fonctions de secrétaire de la section des sciences historiques et philologiques à l'École des Hautes études. Elles ne lui plaisaient guère, parce qu'il fallait dépenser quelques heures par mois pour dresser des états de traitement et aller chercher de l'argent au ministère des finances. Il eut au contraire un grand plaisir à être attaché au service de la bibliothèque de l'Université, comme sous-bibliothécaire (octobre 1876) d'abord, comme bibliothécaire ensuite (1*' août 1881) : il y a rendu les plus grands services. La bibliothèque était riche déjà en ouvrages de philologie; mais il sut bien
1. Notice sur Charles Graux, par E. Châtelain, dans la Revue de philologie, de littérature et d'histoire ancienne , 1882, pages 104 et sr'"
trouver des lacunes, car il portait dans sa tète un catalogue en bon ordre et il avait toujours sous la main une liste de desiderata, qui lui permettait de proposer à M. Léon Renier des acquisitions par lesquelles se complétait la bibliothèque autant que le permettait son budget, qui était et qui est encore misérable ^ Charles contribuait ainsi à faire de la bibliothèque de l'Université ce qu'elle doit être, c l'outil de renseignement supérieur ». Il se préoccupait de ce qu'elle deviendrait dans la Sorbonne reconstruite et il avait préparé sur ce sujet une note très intéressante pour la Société d'enseignement supérieur, dont il était membre et où il tenait une grande place dans la section des lettres '.
Comment trouvait-il encore du temps pour ses travaux personnels? En ne perdant pas une heure. Il défendait jusqu'à ses minutes, parce que, comme il récrivait un jour, il convertissait ces c minutes en philologie ». L'amour du chez soi grandissait toujours en lui; il menait ce qu'il appelait « la vie sans mouvement ». ( Si quelqu'un bougeait autour de moi, écrivait-il le 9 novembre 1878, il me semble que je rentrerais dans la vie réelle », et deux jours après : t Si vous saviez comme je défends mon calme contre tout ce qui peut tenter de l'altérer. Mon calme, c'est toute ma force et toute ma fortune ! » Il se couchait alors à huit heures du soir, dormant dès qu'il avait la tête sur l'oreiller; à quatre heures du matin il était levé.
Ainsi peut-on expliquer qu'en même temps qu'il enseignait comme il faisait, qu'il collaborait à ses deux chères revues, dirigeait le service des collations à l'École des Hautes études, et celui des acquisitions philologiques