Lettre de Madrid, 20 février
Cest en Danemark et en Suède que Charles Graux fit son second voyage scientifique, pendant les grandes vacances de l'année 1877. L'objet en est marqué dans sa lettre au ministre, du 3 mai 1877 : faire des recherches dans les manuscrits grecs des bibliothèques d*Upsal, Stockholm, Lund et dans les deux bibliothèques principales de Copenhague ; entreprendre le catalogue des manuscrits grecs conservés à la bibliothèque royale de Copenhague; agrandir les relations de l'École française de philologie classique avec les Universités du Nord; établir avec les professeurs Scandinaves, les Madvig, les Ussing, les Cavallin, c une alliance... comme celle qu'ont déjà conclue avec Paris, M. Cobet et la brillante école de Leyde. > La mission fut accordée par un arrêté ministériel du 9 juin 1877, et Charles Graux partit le 18 juillet ^ A Bruxelles, il s'arrêta pour visiter la collection des manuscrits grecs; il visita aussi celle de Leyde. Ni dans l'une ni dans l'autre, il n'y avait de découvertes à faire : il y releva pourtant des indications paléographiques, intéressantes pour ses études générales sur les manuscrits grecs. S'il resta trois jours à Leyde, c'est qu'il se plut extrêmement en la compagnie du professeur Cobet. L'illustre philologue connaissait les travaux de Charles Graux; il l'avait loué dans sa revue, la Mnéinosyne, l'appelant vir illmtrissimtis, c ce qui est la traduction latine du mot monsieur », comme dit Charles Graux, dans une lettre à ses parents, où il leur traduit le passage, si flatteur pour lui, de la Mnéinosyne ^ Cobet accueillit cordialement le jeune savant,
1. On a vu qu'il avait appris le danois, qu'il parlait fort bien. Il a aussi un peu travaillé le hollandais et le suédois. 11 y a^ dans sa bibliothèque, des dictionnaires et des grammaires de ces deux langues.
" «^ à M. Graux, de Paris, 27 avril 1877.
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qu'il fut tout étonné de trouver si jeune. Celui-ci se plut à merveille dans cette ville calme, pleine de fraîcheur et d'ombre, où la vie d'un savant est naturellement féconde. « Je me prends à regretter, écrit-il, de n'être pas libre d'y venir étudier une bonne année entière. Leyde m'explique Gobet *. » Le 25 juillet, il arrivait à Copenhague après avoir fait de Kiel à Korsor une délicieuse traversée de nuit pendant laquelle t la lune, brillant, à Tarrière^ dans l'axe du bateau, semait 4'argent sur les vagues et l'écume que nous laissions derrière nous jusqu'à l'horizon ».
Charles Graux n'a pas publié de rapport sur cette mission; mais il a donné dans trois lettres adressées à M. le baron de Watteville, alors chef de la division des sciences et lettres, des indications précises sur ses travaux : catalogue des quatre-vingts manuscrits grecs de la bibliothèque de Copenhague; découverte d'un manuscrit important pour les études messianiques, parchemin du x« siècle contenant un texte des Psaumes de Salomon beaucoup meilleur que celui des deux seuls manuscrits, dont l'un est aujourd'hui perdu, que l'on a connus de ce livre * . A Upsal, catalogue des soixante-trois manuscrits de la collection; étude d'un vieux manuscrit des Évangiles, qui fournit quelques données curieuses sur une antique bibliothèque de Jérusalem et sur la stichométrie du Nouveau Testament ^ En rentrant en France, Charles Graux passa par Heidelberg, pour étudier le fameux manuscrit de l'Anthologie palatine, dont une partie est restée à Paris, « vénérable codex », dont l'étude lui permit d'arriver à des résultats nou-