L'Abbé Jean-Marie de Lamennais
gues orientales, en font comme un champ de bataille où ils nous défient, il ne se trouvera bientôt plus parmi nous personne en état de les y poursuivre et de les y combattre. »
Ne croyez pas, Messieurs, que ce prêtre fût un isolé, car à sa doléance répondait la préoccupation de prélats comme le cardinal Fesch, quand, de concert avec Jauffret futur évêque de Metz, se rendant compte de ce que serait nécessairement le niveau des séminaires, il travaillait à l'organisation de séminaires supérieurs. Chaque archevêque aurait eu dans sa ville métropolitaine un séminaire métropolitain, doté et entretenu par rÉtat, dirigé par Tarchevêque faisant fonction de recteur d'Académie, décernant les grades de docteur, licencié, bachelier. On y aurait enseigné le grec, l'hébreu, la philosophie, les sciences, l'Ecriture Sainte, le dogme, la morale et l'histoire ecclésiastique. Les études auraient duré quatre ans. Désormais, on requerrait les grades pour la nomination aux fonctions les plus élevées : les curés de première classe devraient être ba-
92 QUESTIONS D'ËISSEIGNEMËNT SUPÉRIEUR.
cheliers, les chanoines licenciés, les vicaires généraux et les évêques docteurs.
Ce projet était fort séduisant, en ce qu'il restaurait les anciennes Facultés de théologie, d'abord, et en ce qu'il les restaurait sur un plan plus vaste, plus aéré, plus adapté aussi aux nouvelles circonscriptions ecclésiastiques et à la discipline simplifiée du nouveau régime. Mais il avait le tort d'introduire l'Etat, ne fût-ce que sous forme d'une intervention budgétaire, dans une administration que le Concordat avait exclusivement confiée aux évêques. Ceux-ci ne devaient être guère portés, même au prix de dotations convenables, à abandonner rien de cette autonomie ecclésiastique. Puis, et ce point est plus délicat, la Révolution avait si irrévocablement supprimé les vieilles provinces et si démocratisé le clergé lui-même, que la subordination des évêchés à une métropole était déjà un anachronisme, tout autant que le privilège qu'on pensait reconstituer au profit des prêtres bacheliers sur les prêtres qui ne le seraient pas.
Le cardinal Fesch ne réussit pas à faire aboutir le projet des séminaires métropolitains. Il ne fut pas plus heureux quand il tenta d'intéresser l'empereur son neveu à un projet d'organisation du chapitre de Saint- Denis. « Je voudrais, écrivait-il, en faire une école de perfectionnement des études ecclésiastiques. y> On y appellerait de toutes les parties de l'Europe les professeurs les plus remarquables. On y établirait, à côté du chapitre des chanoines évêques, une ce communauté de prêtres qui seraient en nombre égal des départements de la France... Il sortirait de là des grands vicaires, il s'y formerait d'habiles canonistes, de savants théologiens. Ce serait le corps de réserve pour la défense de la foi et pour le renouvellement de l'esprit ecclésiastique ». Toujours le même rêve de perfectionnement des études et de science plus forte et plus honorée, avec, chez ce Cardinal qui avait été militaire, du goût pour les états-majors, et peut-être aussi le dessein un peu trop familial de rattacher le nouveau clergé à la nouvelle dynastie.
Dans rintervalle un autre projet avait fait son chemin, il aboutissait en 1808 à la création de l'Université impériale, et, dans cette Université, à la création de Facultés de théologie.
Ici, Messieurs, se manifestait au grand jour le dessein d'avoir une pédagogie d'Etat, une doctrine d'État, et. de donner à toute pensée un uniforme, ce Désormais, pouvait dire Portalis, toutes les branches de l'enseignement ne seront plus qu'un seul et même arbre, dont les racines seront dans les mains du souverain, et dont les rameaux s'étendront jusqu'aux extrémités de l'Empire ». Portalis n'était vraiment pas heureux en images, mais enfin il disait tout, et c'était bien en dernière analyse ce qu'on avait voulu, — pardonnez-moi de répéter ce galimatias, — mettre les racines de l'arbre dans la main impériale. Or, sur ce point, M. Emery avait grand' raison de représenter à l'épiscopat qu'il était « du plus grand intérêt des évêques et de leur autorité de demeurer entièrement les maîtres de l'enseignement
dans leurs séminaires, en ce sens qu'ils pussent destituer à leur gré les professeurs et régler seuls les objets de renseignement ».
Voyez, Messieurs, comme déjà, en 1808, on affirmait fortement, avec la nécessité de la science ecclésiastique, le besoin qu'elle a de son indépendance vis-à-vis deTEtat. Dès 1808, nos évoques de France inauguraient la revendication de la liberté d'ensçignement.
Mais, supposé cette indépendance assurée, une difficulté plus grave se posait, qui était le recrutement du personnel enseignant et de la clientèle enseignée. Les grands séminaires étaient maintenant organisés en écoles fermées et se suffisant à elles-mêmes. Lo régime des prébendes et des bénéfices avait disparu qui jadis entretenait tant d'étudiants de tous les diocèses du Midi sur les bancs de rUniversité de Toulouse. A l'avenir, le grade de docteur en théologie ou de docteur en droit canonique ne conférerait aucun avantage; ce serait un parti honorable, un
9ft QUESTIONS D ENSEIGNEMENT SUPERIEUR.
mariage d'inclination, mais un mariage sans dot, et vous n'ignorez pas que l'on traite de romanesques les hommes qui se contentent du bonheur.
Puis, le bonheur était ici fort discutable, j'entends la science qui s'élaborait dans ces facultés improvisées. A Toulouse, on mit trois ans à trouver cinq professeurs, car la Faculté ne s'ouvrit qu'en i8i0-1811. On nomma doyen et professeur de dogme un certain Pijon, et professeur de « morale évangélique » un certain Laroque, deux revenants de l'Université de Toulouse d'avant la Révolution. L'histoire fut confiée à l'abbé Jammes, la philosophie à un certain Prévost, et l'Ecriture Sainte à un certain d'Haubech.
En 1817, Pijon eut pour successeur un abbé Compans, et en 1824 deux suppléants apparaissent, MM. Laneluc et Isac, dont le premier devait mourir évéque d'Aire, le second, supérieur de l'Esquile. Mais, Messieurs, ces vénérables ecclésiastiques n'ont pas, que je sache, conquis un nom en théologie. Ce qu'on sait de plus certain de
leur doctrine, c'est qu'ils étaient légitimistes. Car, en 1830, mis en demeure de prêter serment au gouvernement de Louis-Philippe, ils refusèrent tous, à l'exception de M. Jammes que la pratique de l'histoire ecclésiastique avait rendu plus indifférent aux changements de régime. Cette Faculté qui n'avait jamais eu d'étudiants à elle, se trouva n'avoir plus même de professeurs.
On était alors en 1830, à cette heure où de toute part, comme après les détresses et les contraintes d'un âpre hiver, tout s'animait et débordait de sève. Que d'enthousiasmes, que de promesses, que d'entreprises! Alors se formait ce mouvement d'expansion catholique qui devait atteindre son apogée en 1850, puis se diviser, s'affaiblir et s'éteindre dans les défaites de 1877. Alors renaissait la vocation du clergé pour l'enseignement secondaire, pour la vie mo-
ys QUESTIONS D'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR.
nastique et religieuse. Alors aussi renaissait plus fort et plus passionné son amour pour Rome et pour l'union à Rome. Messieurs, notre reconnaissance restera toujours grande pour les hommes qui furent les initiateurs de ce triple renouveau, et pourtant ce n'est pas sans un regret que nous constatons combien ces cinquante années d'éloquence et d'action furent inférieures pour l'organisation de la science sacrée.
On se plaignait, et c'est Lamennais, en 1829, qui s'exprime ainsi, que la théologie enseignée -en ce temps-là dans les séminaires fût « une scolastique mesquine et dégénérée, dont la sécheresse rebute les élèves, et qui ne leur donne aucune idée d'ensemble de la religion, ni de ses rapports merveilleux avec tout ce qui intéresse l'homme, avec tout ce qui peut être l'objet de sa pensée » . On signalait comme un danger mortel « le pesant ennui qui éteint parmi les jeunes gens destinés au sacerdoce le goût de l'étude et même le talent ». On disait avec force autant qu'avec raison : Il faut revenir à saint Thomas, il faut
revenir aux Pères : « Il est nécessaire d'apprendre autrement et d'apprendre davantage :
autrement, pour mieux entendre ; davantage, pour ne pas rester en arrière de ceux qu'on est chargé de guider. >
Or, Messieurs, et combien est significative cette rencontre, pareilles doléances se retrouvent en 1836 dans une pièce fameuse, le Mémoire pour le rétablissement en France de V ordre des Frères Prêcheurs. Autant, en 1861, dans un beau Traité des études religieuses en France^ publié à Toulouse par un homme que notre Institut s'honore d'avoir eu plus tard pour recteur, M. Duilhé de Saint- Projet. Autant, en 1865, dans l'œuvre du P.
Perraud, aujourd'hui cardinal évêque d'Autun, sur Y Oratoire en France au XVIP et au XIX^ siècle. Et qu'est-ce donc que ces doléances sinon le sentiment du déficit scientifique de cette brillante époque ?
En 1830, la Sorbonne se ranimait à la voix de Guizot et de Villemain, et le Collège de France aurait bientôt Michelet. La jeunesse catholique demandait qu'un enseignement fût
créé qui pût donner au christianisme aussi une voix éloquente et une autorité scientifique.
Ecoutez bien, Messieurs, le programme de cette jeunesse en 1834 :
a Nous eussions désiré des conférences où Ton ne se fût pas borné à entrer dans le détail des preuves de fait du christianisme, à démontrer l'authenticité de ses titres, à réfuter les objections vulgaires déjà tombées dans le mépris, mais où on Teût développé dans toute sa grandeur, dans son harmonie avec les aptitudes et les besoins de Tindividu et de la société. Là trouveraient leur place : une philosophie des sciences et des arts qui nous découvrît dans le catholicisme la source de tout ce qui est vrai et de tout ce qui est beau, afin qu'à cette source chacun de nous vînt puiser suivant ses forces et sa vocation ; enfin une philosophie de la vie qui, sondant les problèmes de Texistence humaine, expliquât à rhomme son origine, dirigeât sa marche et lui fît envisager sa fin. Nous eussions désiré que cet enseignement fût tombé de la chaire sacerdotale, parce que sur les lèvres du prêtre
se trouve une grâce qui fortifie et qui convertit. »
Vous connaissez, Messieurs, le nom de l'orateur incomparable de sincérité, de profondeur, de lyrisme et de sympathie, qui exécuta le programme ainsi tracé par Ozanam. Mais, si grande qu'ait été l'autorité de la voix qui retentit dans la chaire de Notre- Dame et de Saint-Etienne, ne nous permettrezvous pas de regretter qu'elle n'ait pas été fortifiée par l'existence d'un haut enseignement plus intégral, plus impersonnel et plus continu?
Et voulez-vous mesurer l'infériorité scientifique de toute cette admirable génération ? La voici, Messieurs, dans tout son jour.
Lorsque, vers 1865, des symptômes significatifs ne permirent plus de douter des devoirs nouveaux qui s'imposaient, savez-vous, Messieurs, où dut s'adresser l'abbé Meignan, le futur cardinal de Tours, pour trouver une tradition catholique d'études scripturaires ? Chez les Catholiques allemands. C'est à eux que s'adressait le P. de Valroger. C'est à eux
que s'adresserait bientôt, pour la patrologie, l'abbé Freppel.
Et tout de même, Messieurs, lorsque M^ Pie entreprit de fonder une Faculté de théologie à Poitiers, savez-vous où il dut s'adresser pour trouver des théologiens scolastiques et des philosophes scolastiques ? En Italie.
Dirons-nous, Messieurs, que le clergé français manquait d'hommes éminents par le savoir et parle talent? Assurément, non. Et pour ne parler que des nôtres, il suffirait de rappeler le nom du vénérable évêque* qui célébrait hier le jubilé de son sacre, et à qui vous ne serez pas surpris que j'adresse l'hommage que nous devons non seulement à un ami fidèle, mais encore à un précurseur de l'Institut. Et si les hommes éminents n'ont point manqué, c'est donc qu'une' chose a manqué à ces hommes, qui était de travailler
1. M^ Goux, évêque de Versailles, né à Toulouse, docteur en théologie et docteur ès-lettres, auteur d'une thèse, qui n'est pas oubliée, sur Vincent de Lerins et le développement du dogme.
de concert et de fonder une tradition, ce qui est le bénéfice de renseignement supérieur.
Messeigneurs et Messieurs, vous aurez déjà entrevu la conclusion de tout ce discours qui est que, après tant d'essais, après tant d'aspirations, le clergé de France n'avait pas pu créer d'institution capable de répondre efficacement à ces aspirations et de réparer ces faillites, lorsque enfin la législation de 1875, en consacrant la liberté de l'enseignement supérieur, et la prévoyance de nos évêques en mettant cette liberté aussitôt en •œuvre, nous donnèrent enfiii ce qui nous manquait depuis si longtemps.
Il se produisit même cette application imprévue du principe qui imagine le besoin déterminant l'organe,' que, au moment où fut ouvert cet Institut Catholique, le clergé pensait travailler surtout pour vous. Messieurs, en fondant ici un enseignement du droit ou de la médecine, et que, en réalité, cette pensée
aboutit à ce résultat que /grâce à votre générosité, VOUS avez travaillé à rétablissement d'une grande école de science ecclésiastique. Ainsi, des hommes dévoués autant que compétents vinrent à vous qui organisèrent dans ces murs renseignement du droit romain , du code civil, du droit international : cet enseignement si remarquable était pourtant un essai éphémère, dont il ne devait subsister que deux chaires, la chaire de droit canonique et la chaire de droit civil ecclésiastique , comme si l'expérience avait eu mission de nous apprendre que nous n'avions qu'un droit à enseigner et à défendre, le droit de notre Eglise. Vous savez, Messieurs, avec quelle sûreté de doctrine cet enseignement a été donné ici pendant près de vingt ans par le R. P. Desjardins V
1. Le p. Desjardins a eu pour successeur son confrère le R. P. Besson. La chaire de droit civil ecclésiastique a été confiée;àM.rabbéGrouzil,dont, ences derniers mois surtout, la tâche n'a pas chômé dans l'œuvre de la défense des droits ecclésiastiques. Il vient de publier, en outre, un livre qui est le fruit de son enseignement à nos étudiants : La liberté d'association, commentaire théorique et pratique de la loi du 1'' juillet 1901 (Paris, Bloud, 1906).
Pareil sort fut celui de notre Faculté libre des lettres. Celle-ci, en effet, n'essaya pas de résister à révolution qui substituait désormais à des manifestations plus éloquentes , les exercices techniques et les cours fermés. Elle concentra son activité dans la préparation de nos étudiants à renseignement secondaire et aux examens de licence. Sans doute, elle n'a pas renoncé à avoir une voix qui se prononce sur les sujets les plus actuels ; et même, grâce à nos professeurs et à nos amis, cette salle où nous sommes en ce moment réunis, est devenue une des audiences les plus recherchées à Toulouse pour l'attrait, pour la sincérité, pour l'éclat des convictions qui s'y sont affirmées; mais c'est là encore aux préoccupations morales, sociales, religieuses de l'heure présente que vous nous avez su gré de répondre avant tout. Car c'en est fini des dilettantismes et des marivaudages : la génération qui passe s'en va soucieuse, et, pour rappeler un mot de l'Evangile, si nous lui jouions de la flûte, elle nous répondrait qu'elle ne danse plus.
Ahl comme il avait bien compris cette conversion des lettres, Thomme supérieur, l'homme inoubliable que nous avons perdu cette année même ! Nous le retrouvions dans ce beau mot qui a été prononcé de Fauriel :
« Il tenait que le métier d'écrire veut du temps, et comme l'étude n'en veut pas moins, obligé de choisir, il aima mieux apprendre que paraître. » Mais, toutefois, si peu qu'il eût paru, c'en avait été assez pour conquérir une renommée qui était faite autant d'estime que d'affection. Le jour où nous donnâmes rendez-vous à ses amis et à ses admirateurs pour ce que nous avions rêvé de faire la fête jubilaire de M. Couture, du Collège de France, de l'Université de Paris, de l'Université de Toulouse, de l'Université de Bordeaux, de l'Ecole des Chartes, de nos sociétés savantes de Paris et de province, vinrent les témoignages les plus spontanés et les plus délicats. Encore, Messieurs, n'avait-on pas connu si loin tout ce que, en près de vingt années de cours, il vous avait donné, c'est-à-dire la fleur de son érudition infinie.
Il avait avec vous commencé par Dante, il devait finir par Pascal : peut-être au début aviez-vous surpris chez lui comme les apparences d'un épicurisme de lettré; mais à mesure que vous l'aviez mieux connu, à mesure aussi que sa pensée se dépouillait, c'avait dû être pour vous une révélation progressive et qui vous attachait plus profondément à lui, de voir cette pensée apparaître plus religieuse, plus pénétrée de Tâme même du catholicisme.
M. Couture donna peut-être son plus brillant rayonnement à notre Institut, mais comment oublier ceux qui contribuèrent avec lui à en faire un foyer ? Dans des leçons d'apologétique dont le succès n'est pas épuisé, M" Duilhé de Saint-Projet déblayait les avenues de la foi des obstacles qu'y avaient multipliés les adversaires du christianisme, et parfois môme ses défenseurs. M. l'abbé Jacques Thomas inaugurait ici un enseignement scripturaire dont nous n'avons connu que les promesses, trop tôt et si douloureusement déçues.
Le R. P, Coconnier, que nous prit plus
lOd QUESTIONS D'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR.
tard l'Université de Fribourg, avait ici \ quand la philosophie aristotélicienne reprenait sa place dans l'enseignement ecclésiastique, contribué au rapprochement de la pensée ancienne et de la pensée contemporaine pour le gain de toutes deux. M. le chanoine Douais, aujourd'hui évoque de Beauvais, était le prodigieux explorateur d'archives que vous savez, et introduisait brillamment le nom de notre Institut dans l'histoire de l'histoire méridionale.
Lorsque, en décembre dernier, nous avions l'honneur, M" Péchenard et moi, d'être reçus par les Cardinaux de la Congrégation des Etudes, notre consolation était grande de pouvoir représenter à Leurs Eminences qu'il existe une France ecclésiastique du travail et que nos Instituts en sont les moteurs actifs autant que les modérateurs les plus sûrs.
Que des controversistes intempérants trompent l'étranger sur cette France du travail;
1. Puis, après le R. P. Coconnier, le P. Gayraud, aujourd'hui député du Finistère, puis le R. P. Montagne, aujourd'hui professeur à Fribourg, puis MM. Baylac et Michelet.
que des esprits excessifs justifient ces diagnostics; qu'est cela auprès des réserves de science et d'irréprochable doctrine qui sont de l'essence de cette France ecclésiastique du travail, et dont la garantie est l'enseignement quotidien de nos maîtres, aussi bien dans les séminaires que dans nos Instituts?
Messeigneurs et Messieurs, on dénaturerait l'économie de tout notre enseignement, si on ne marquait pas qu'il trouve son armature dans la dogmatique de saint Thomas. Nous avons reçu mission du Saint-Siège d'être auprès du tombeau du docteur angélique des veilleurs fidèles. Le quatrième article de nos Statuts approuvés par le Saint-Siège exprime cet office propre : oc Facultates sacrae in clientelam fidemque sese recipiunt D. Thomae, quem Léo PP, XIll omnium studiorum patronum declarai^it, specialius i^ero studii tolosani cui competit honor perpétuas doctasque agendi vigilias ad corpus Doc to ris angelici. »
Que si vous nous demandiez comment nous
avons rempli cet office, il nous suffirait de vous renvoyer à ces études si profondes et si personnelles, fruit de tant d'années de réflexion et d'enseignement, d'un enseignement qui fut nôtre éminemment, à ces études sur la théologie de la grâce suffisante que le T. R. P. Guillermin s'est enfin décidé à imprimer * . Vous y trouverez traitée la question, tant débattue entre d'irréductibles adversaires, de la conciliation de la responsabilité humaine avec l'efficacité souveraine du gouvernement divin. Grâce au R. P. et à son thomisme très nuancé, sommes-nous à la veille de voir s'accorder les thomistes et les molinistes? Je n'ose vous le promettre, peut-être le regretteriez- vous. Mais ce que je puis vous affirmer, c'est qu'une haute leçon aura
été donnée : une leçon de modération' et de probité, de critique doctrinale approfondie, d'indépendance dans l'attachement à la tradition dont on se réclame, dût-on étonner les
1. Parues dans la Revue Thomiste de 1901, 1902, 1903. Voyez aussi son étude sur « S. Thomas et le prédéterminisme », Ibid.-y 1896 et 1896.
grands ancêtres. Ajouterai-je que cette leçon est fort opportune, n'y ayant rien de plus souhaitable en théologie que de dissiper les malentendus, et, comme dit le R. P., de préparer le rapprochement des esprits sincères dont runiqiie désir est le triomphe de la vérité ' ?
Et maintenant, Messieurs, après cette trop rapide et incomplète esquisse de ce qu'a été l'activité de notre Institut depuis vingt-cinq ans, nous sera-t-il permis de dire que ce qui a été fait ici , grâce à vous et par vous , est peut-être plus fort et plus marquant que l'enseignement de i810 à 1830, et aussi bien que tout ce qui restait en 1790 d'un siècle et plus de l'ancienne Université toulousaine ?
1. Le T. R. P. Guillermin est mort le 10 avril 1903, après vingt-cinq années consécutives d'enseignement dans notre Institut. Il a eu pour successeur un de ses meilleurs disciples en saint Thomas. — Voyez la notice biographique que nous avons publiée sur le P. Guillermin, Bulletin, 1903, p. vu- XX, et l'étude de M. Maisonneuve, « La doctrine du P. Guillermin sur la grâce », Bulletiiiy 1905, p. 16-30.
113 QCESnOXS DT:!CSClG3CKMEn' SCPCUEUR.
Mais pourquoi ?
Messieurs, pour cette {«emière raison que. mis au réprime de la liberté, nous avons eu à justifier chaque j>ar ks sacrifices que nous TOUS cot;ti^>a^ par les serrices que nous TOUS reiidîoas. Nous n'étions pas des foncti^MinaiFesv mais des oorriers à la tâche. Notre Tie était précaire, paive que nous aTÎons à la mériter au jj^or le jour. Nous pratiquions, à n.-tre £jL^>n. la séparation de 1 Eg^se de I Etat. En ce pavs qrîi est si profondément étatiste qne tout ce q:ii n^est pas odioiel est TÎte traite dr factieux, n^us étions une œuTre privc-e to:i;:crs mez^acée. mais toujours TtTante : (hi.;^^* »o -îV/s/«r:$, ef rccr
Sevx^rLvîer::e::t. M^Sî^ie^I^^ r>:as aTons estiEae que la ivvtr^rie n^e^ po^^ comme on eut dit e3L vtrcit. ^z r::^^Vrx:. i.^cî on liérfte. ciiizs vjTt: r^e frt;:vr::if r^is^ Xc<2s avons traxail.e jvcr U K:.::tttt rcfcsîîie^ler. X.^«s arcms t»T;i:l> jvNxr leortccir it* toct ci? qne la ctxt::^tivix <,;:: s J&wvcvâ rcq:T;iit ki d^nmer ^ J^^fc$>-T^^fcf. A::te$c ^varrc^aiciLS-nouts que
pouvait s'exercer l'esprit scientifique le plus actuel et l'esprit de tradition le plus sincère.
Troisièmement enfin, Messieurs, il n'est pas sans une signification profonde que le jubilé de notre Institut coïncide avec le jubilé pontifical de Léon XIII. Au fond, et c'a été la vraie vertu de notre œuvre, l'esprit qui a depuis l'origine animé cet Institut, était dans les sciences religieuses et philosophiques l'esprit même des encycliques de Léon XIII. Nous éprouvons une joie grande et une sécurité entière à nous rendre cette justice que nous avons pensé être dans l'ordre scientifique les humbles ouvriers des pensées de ce grand pontificat, et pour ce vingt-cinquième anniversaire de notre fondation à avoir reçu du Pape, notre auguste maître, cette assurance que vraiment nous avions bien mérité de l'Eglise, apraeclare vos de Ecclesia meritos », en nous appliquant à concilier sans effort la foi et les nouvelles vérités, ce sapiens maximeque commendandum studium quo fidei praecepta discipli-
narumque inventa amico foedere sociastis » * . Hélas! Messeigneurs et Messieurs, les plus bienfaisants pontificats ont un terme, — je ne puis y songer sans tristesse, — et la France semble vouloir s'appliquer à montrer au monde comment les plus nécessaires libertés finissent. Mais du moins, tant que cet Institut existera, votre foi et votre raison pourront y venir goûter la paix d'une petite cité léonine.
1. On trouvera la lettre de Léon XIII dans noiv^ Bulletin, 1902, p. 2-3.
SEMINAIRES D'HISTOIRE
SÉMINAIRES D'fflSTOIRE
Conférence faite à V Université de Louvain, le 8 février 1901, devant le séminaire historique dirigé par M. Gauchie \
Le conférencier a commencé en remerciant le recteur de Louvain de sa présence, M. le professeur Gauchie de son gracieux accueil, et l'auditoire de son empressement, qu'il s'explique par l'autorité et la renommée des savants invités les années précédentes, le R. P. de Smedt, M. Kurth, etc.
Semblables entretiens, dit-il, sont, dans leur simplicité toute scientifique, les meilleurs actes de relations d'Université à Université. Le vœu de tous les esprits soucieux de progrès est que des relations pareilles