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Revue de Gascogne, 1868, pp. 166 et suiv

notre pays de i840 à 1850, et dont le Petit Séminaire fut à peu près le centre et son supérieur le chef en vue. A vrai dire, j'aurais dû remonter un peu plus haut, jusqu'en 1833 environ, et M. Canéto n'aurait pas perdu pour cela la place privilégiée que je lui assignais dans ce travail commun de progrès scientifique* ».

En 1863, au moment où M. Couture fut nommé « professeur d'humanités » au Petit Séminaire, M. Canéto était depuis quelque cinq ans vicaire général; mais son action n'y avait rien perdu, bien loin de là. M. Couture pourra écrire plus tard dans la Reçue de Gascogne : « Les premières pages de ce recueil renferment les actes de fondation et

1. Montalembert, avec qui M. Canéto était en relation, lui écrivait en 1838 : « Quoique les sciences exactes, où vous occupez déjà une place si honorable, ne soient pas précisément celles qu'il importe le plus de répandre, selon mon humble opinion, dans le clergé français, si déplorablement étranger à sa propre histoire et aux plus belles gloires de l'Église ; cependant je n'en suis pas moins heureux de pouvoir applaudir [aux efforts et aux succès des hommes trop rares qui, comme vous, Monsieur l'abbé, travaillent avec tant de courage à régénérer les études ecclésiastiques. » Cité par M. Couture dans la Revue de Gascogne, 1885, p. 78.

d'organisation du Comité historique de la province ecclésiastique d'Auck, créé par M'^de Salinis (en 1859), et dont M. Canéto fut le président, ou, pour mieux dire, l'âme et le ressort principal. Sans lui, le Bulletin n'aurait jamais lancé ses modestes livraisons trimestrielles, le Comité même n'aurait jamais existé que sur le papier. Quand le Bulletin se fut nommé, par mon initiative (en 1864), Bévue de Gascogne^ quand le Comité devint Société historique de Gascogne, la direction n'en resta pas moins tout entière aux mains prudentes et actives de notre vénéré président. Mais il ne demandait à tout* ouvrier un peu outillé que d'aimer l'œuvre commune pour y travailler librement. Après avoir aidé plus qu'on ne croirait beaucoup de débutants peu sûrs de leur plume, il était heureux de les voir ensuite aller de l'avant et ne leur marchandait pas la place. C'est ainsi que, lorsque sa précieuse collaboration nous manqua, les re-

crues qu'il avait successivement accueillies purent suffire au travail obligé. Mais on n'au-

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raît pas vu nattre sans lui ce mouvement de recherches et de publications qui laissera bien quelque trace dans l'histoire de notre temps et de notre pays. »

En ces quelques lignes, M. Couture résume l'histoire de cinquante années d'une activité dont M. Canéto avait été l'initiateur, mais dont M. Couture lui-même, lui surtout, fut l'ouvrier le mieux outillé et le plus ardent. Au Congrès bibliographique qui se tint à Montpellier en 1896*, M. Couture racontera à grands traits l'histoire de la Société historique de Gascogne, et a comment on peut, dans un milieu provincial encore dépourvu de publications historiques régulières, fonder, faire vivre, faire durer et prospérer une revue exclusivement vouée

à l'histoire, à l'archéologie et à la philologie de la région ». Le Bulletin, fondé pour « étudier le passé » de la province d'Auch et « préparer l'histoire du présent », s'était déchargé sur la Semaine religieuse de cette

1. On trouvera ce rapport de M. Couture dans le Bulletin de notre Institut, 1896, pp. 33-44.

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seconde partie de son programme. On s'était dès lors, c'est M. Couture qui parle, « obstinément fixé sur le terrain de Tarchéologie et de l'histoire provinciales ». En 1896, à quelque trente-cinq ans des débuts, M. Couture racontait avec bonhomie comment des abonnés de la première heure, les complaisants s'étaient retirés les premiers ; puis les ce lecteurs littéraires », ceux qui attendaient des vers et des « causeries légères » , étaient partis, faute d'en voir venir. Et il pourra ajouter : ce Notez, à ce propos, que nous serions morts depuis beau temps déjà si nous avions écouté ces vœux imprudents. En restant rigoureusement fidèles à notre programme d'histoire, d'archéologie et de philologie gasconnes, nous avons gardé les vrais amis de ces nobles études, que nous nous flattons de servir sérieusement. »

Les débuts de M . Couture à la Reçue de Gascogne ne firent qu'un avec les débuts mêmes de la Rei>ue. Nous avons lu avec une admiration mêlée de mélancolie les trois grands articles qu'il y donna en 1860 et 1861 , sous

le titre d'Esquisse d'une histoire littéraire de la Gascogne : ils sont un programme, ils sont la confidence d'un projet mûri déjà. VHistoire littéraire de la Gascogne est à cette époque un sujet qui « n'a pas même été effleuré », dit-il, et ce c'est une lacune que je songe à combler, depuis dix ans bientôt. J'y ai travaillé fort timidement, presque toujours en l'absence des moyens d'information les plus indispensables, et à travers des occupations étrangères qui me laissaient bien peu de loisir. Pourtant, sur une invitation trop flatteuse, je me décide à inventorier rapidement les matériaux déjà recueillis, tout incomplets qu'ils sont » .

M. Couture est déjà en possession de sa méthode; il est dressé à l'information précise et détaillée, mais il en fait peu de montre. 11 délimite fermement son sujet. Il est curieux, critique, et, par-dessus tout, homme de goût, d'un impeccable goût, ce qui le libère du soin de la forme. Peu d'érudits, mieux que lui déjà, savent situer leur sujet à son plan dans une perspective plus générale

QUESTIONS d'enseignement. Il

et dans un horizon que son regard, on s'en doute, a calculé ou pressenti. Quel latin que ce vif et compréhensif esprit ! Comme on devine de quelle terre il est, et de quel cœur il Taime sa terre gasconne, dans la tradition de sa littérature, dans son dialecte énergique et sonore, dans la perpétuité de son souple génie, dans Tâpreté de ses montagnards, la vanité des riverains de la Garonne et de l'Océan, la douceur des habitants des plaines, dans leur a facilité à prendre, tous, les habitudes d'une civilisation supérieure à la leur ». Quel beau livre sera cette Histoire littéraire de la Gascogne! Mais ce livre ne se fera pas. Déjà l'esquisse publiée par la liei^ue annonce une dernière partie, l'histoire littéraire de la Gascogne pendant la période française, c'est-à-dire

le dix-septième et le dix-huitième siècles, et cette dernière partie de l'esquisse ellemême a manqué.

Mais que l'on veuille bien parcourir les articles écrits, quarante années durant, par M. Couture dans la Revue de Gascogne, on

aperçoit vite le fil léger qui les rattache les uns aux autres. Ses notes sur Tépigraphie de la Novempopulanie ; ses études sur sainte Silvia, sur Pétrarque, sur Monluc, sur du Bartas, sur Sçaliger, sur Pierre Charron, sur le cardinal Georges d'Armagnac, sur Dominique de Gourgues, sur Fromentières ; ses articles sur les auteurs patois et sur la littérature populaire en Gascogne ; tout ce qu'il a versé de dissertations, de recensions, d' « articulets » et de notules dans la Revue; tout ce qu'il a suggéré de livres et de thèses à ses élèves ; autant de matériaux recueillis et ordonnés en vue de VHistoire qui ne s'est pas faite.

Et elle ne s'est pas faite pour la même raison qui arrêta M. Couture sur le premier degré des saints ordres, et qui est aussi bien le secret de la rare valeur de tout ce qu'il a produit : c'est que M. Couture n'aimait rien faire que d'achevé, et qu'il ne se croyait jamais assez préparé. Par là s'explique qu'il ait été perpétuellement disposé à céder à autrui sa propre tâche, avec la

persuasion qu'autrui en viendrait à bout mieux que lui-même. Dès 1856, il suggérait à Sainte-Beuve de s'intéresser au cardinal d'Ossat, comme si ce n'eût pas été un chapitre réservé à VHistoire littéraire de la Gascogne * .

Nous voudrions ici laisser parler ceux qui le connurent vers ce temps et qui s'attachèrent à lui comme on s'attache à un délicieux compagnon de route et d'étude. C'était le temps où J.-F. Bladé, cet étincelant artiste de lettres égaré dans la critique documentaire, lui dédiait le conte bizarre et prestigieux intitulé Le dernier des hermétiques. C'était le temps aussi où M. Couture conquérait à la Re^ue de Gascogne la collaboration de ce brave et grand cœur de Tamizey de Larroque, dont il devait un jour

1. Sainte-Beuve lui répondait : « Que je suis confus d'avoir tant tardé à répondre à votre aimable et docte communication... ;j*ai dû vous paraître bien ingrat... Le cardinal d'Ossat est un bien beau sujet; mais, si je m'enhardissais jamais à l'aborder, ce seraient vos indications utiles qui m'y encourageraient surtout... » Correspondance (Paris 1877), 1. 1, p. 127 (27 oct. 1856). Cf. A. Degert, Le cardinal d'Ossat (Paris 1894).

écrire la biographie \ Du moins, ce que nous avons lu de ses productions d'alors donne la même impression exquise qu'il donnait en ces dernières années où nous l'avons connu : il croyait au mérite d'autrui et y trouvait son plaisir sans être dupe de sa politesse; il aimait à approuver, mais sans compromettre jamais sa sincérité. Elle est de lui cette jolie phrase d'une réponse à un grincheux : « M..., j'en ai la confiance, ne verra dans cette note qu'une rectification dictée par cet esprit de franchise et de bonne foi qui. Dieu aidant, présidera toujours à mes petites affaires littéraires » (1858). Et celleci est du même temps qui clôt une recension de grammaire gasconne : « On aura bien remarqué que le plus souvent je doute et j'hésite plus que je ne désapprouve; même quand je prends ce dernier parti, je n'ai garde de me croire juge en dernier ressort, et je me réserve le bénéfice de ma faillibilité. » Faillible, il l'était sûrement moins que d'au-

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