‹ Questions d'enseignement supérieur ecclésiastiqueChapitre 29 sur 41 · Bulletin de notre Institut, 1896, pp · texte numérisé non relu

Bulletin de notre Institut, 1896, pp

(1866). Il se mêlait à la vie de ses élèves avec un cœur ardent de zèle. Tel qui l'eut pour professeur alors nous a conté des traits charmants de cette époque, la plus pleine et la plus expansive de la vie de M. Couture :

l'attachement de cœur qu'il avait pour ceux de ses élèves qui promettaient davantage ; la vigilance toute sacerdotale dont il les enveloppait; le prix et le soin qu'il mettait à la formation de leur piété ; la passion qu'il leur communiquait pour l'étude, et la joie qu'il avait à les introduire dans la compagnie de ses auteurs préférés, Dante par exemple.

Puis, en récréation, — car c'est une vertu de nos maisons ecclésiastiques que la vie des maîtres et des élèves y est commune de l'aube au soir, — toute cette jeunesse assiégeait M. Couture, sinon pour prolonger avec lui l'entretien de la classe, du moins pour s'égayer de quelques digressions : il était un conteur délicieux, et la Gascogne est un pays de contes, et le parler gascon est fait pour les plus étonnants de verve et de finesse. On

chantait aussi, on chantait beaucoup dans le

Petit Séminaire, radmibistration trouvait même qu'on y chantait trop : à M. Couture, qui avait la voix très juste et très pathétique, on venait demander le répertoire d'antan, qu'il connaissait comme pas un, tel vieux Noël qu'en ces dernières années il voulait bien nous chanter encore : Chut, chut, l'enfant dort, pas tant dé brut! On m'assure qu'en ce temps-là le Garmel, mitoyen du Petit Séminaire, l'austère Garmel s'oubliait jusqu'à prêter l'oreille à ces chansons.

Professeur de philosophie, il avait le souci de s'informer avec autant de soin qu'il faisait pour l'histoire littéraire de la Gascogne. Il acceptera avec cette pensée de rendre compte dans une revue qui s'organisait alors, le Polybiblion^ de toute la littérature philosophique, semestre par semestre. Il continuera cette collaboration jusqu'en 1896. On peut dire que, vingt-cinq années durant, pas un ouvrage philosophique n'a paru en français qu'il ne l'ait analysé et apprécié dans le Polybiblion. G'est là une part considérable de l'activité littéraire de M. Gouture.

LEONCE COUTURE. 191

Ajouterons-nous que c'en est la part sacrifiée? Qui cherchera ces pages perdues dans un recueil, il faut bien le reconnaître, resté de peu d'autorité, en dépit de la valeur de plusieurs de ses collaborateurs, dans un recueil qui n'a même, pas de table pour aider à retrouver la contribution de chacun d'eux?

M. Couture, dans cet inventaire philosophique, expose brièvement le sujet de chaque livre, et brièvement aussi il en qualifie l'esprit et le mérite : point de discussion. Le dessein du critique est ici de guider les professeurs dans leurs lectures, de leur épargner la peine ou la dépense qu'il s'est lui-même imposée. Il s'intéresse à la philosophie, semble-t-il, surtout dans ses rapports avec l'enseignement, l'enseignement secondaire.

Quant à la doctrine personnelle du critique, elle s'affirme dans sa préférence pour les idées claires, dans le « frisson » que lui donne « ce subjectivisme kantien qui n'a que l'appui contestable de la moralité nue pour atteindre la réalité divine », dans l'inclination qu'il témoigne avoir pour « la forte théorie de la

connaissance intellectuelle établie par Aristote et complétée parla Scolastique». Mais, au vrai, sa formation philosophique est antérieure au renouveau de l'aFistotélisme dans les écoles catholiques et du kantisme dans les écoles universitaires; il est spiritualiste comme on Tétait en France sur la fin du second Empire : il croit à a ce spiritualisme qui est une partie intégrante de notre tradition et de notre littérature nationale ». Il se traitera lui-même (en 1895) de ce vieux spiritualiste » tenant toujours pour une philosophie qui ne rompt pas avec le sens commun, et qui a sait trouver et suivre une voie de milieu qui sauve les diverses certitudes ». On s'étonnera moins que M. Couture se soit intéressé avec une égale ardeur à l'histoire de la littérature française. M. Couture était, on le devine, un bibliophile connaisseur et chercheur. Que d'heures il a données aux bouquinistes, voire les plus humbles, mais que de trouvailles et que de joies! Une de ses dernières fut de rencontrer un Erasme provenant de la bibliothèque de Montaigne,

et portant en ex libris la signature de l'auteur des Essais. A Auch même, il avait réuni une série très riche de livres jansénistes. Lorsque, en i867, la JReçue critique, que dirigeaient alors MM. Gaston Paris et Paul Meyer, chercha un critique compétent pour rendre compte du Port-Royal que Sainte-Beuve venait de faire paraître en troisième édition, j'ignore quel intermédiaire fît demander le compte rendu à M. Couture ^ Mais peut-être donnerais-je, au choix, toute la collaboration de M. Couture au Polybiblion pour ces douze pages de la Rei^ue critique ^ ; elles sont d'un critique d'une souplesse extrême qu'on dirait imitée de Sainte- Beuve lui-même. Port-Royal est, à ses yeux, l'histoire littéraire d'une maison où presque tous les grands noms contemporains ont retenti, et de là on peut « ouvrir, dans presque toutes les directions, des perspectives neuves et séduisantes ». L'historien de Port-Royal

1. J'ai su, depuis, par Gaston Paris, que cet intermédiaire avait été Tamizey de Larroque.

Page 1