Revue critique, 1869, 16 janvier
est rhomme « aux retouches patientes, aux images complaisamment caressées, aux effets lents et successifs, aux digressions complaisantes ». Il ne prétend point dispenser de lire les histoires anciennes du monastère ; il fait le portrait de Port-Royal, il essaie d'en ressaisir Tesprit « en le marquant dans les circonstances ou dans les personnages les plus notables ». A voir comme M. Couture en parle, on sent que cette méthode est bien la sienne tout de même, et que Port-Royal est une œuvre comme aurait pu être sa propre œuvre, son Histoire littéraire de la Gascogne.
En même temps s'affirme, si j'ose dire, un critique plus subtil, plus pénétrant aussi, en une multitude de jugements qui ce tantôt se posent en pleine clarté, tantôt et plus souvent se glissent et se trahissent à peine dans le jeu infiniment varié des plus délicates nuances » : j'use des termes mômes qui servent à M. Couture à qualifier Sainte- Beuve. Ce n'est pas seulement un critique soucieux, comme Sainte-Beuve lui-même, des
secrets de la vie morale; c'est mieux. De même que, avec un sourire, il a su reprocher à Sainte-Beuve une certaine exagération, pareillement il réussit à exprimer ce qu'a de faux, pour un homme de goût qui est en même temps un homme de foi, la frivolité de l'historien de Port-Royal, lequel assurément n'est pas un pur rhéteur, mais n'en est pas moins un curieux « épris de la nature elle-même », alors que « pour les vrais croyants toutes les curiosités se valent et ne pèsent rien mises en balance avec la grande question du but suprême de la vie. » En ces études religieuses, aucune curiosité ne remplace chez le critique l'expérience religieuse elle-même. Pareillement pour la doctrine, a les aptitudes les plus universelles » ne suppléent pas ce le tact exercé et les connaissances précises d'un homme du métier » .
M. Couture ici peut faire la leçon en maître : « C'est déjà, dit-il, un bien grand inconvénient que la préoccupation d'égayer à tout prix les plus graves matières : c'en est un plus grand encore de glisser des expli-
cations de fantaisie dans l'analyse d'un système doctrinal », ou, comme il dit encore à propos de VAugustinus sous le faix duquel Sainte-Beuve a plié, d'esquiver à demi la question théologique qui est le nœud de toute l'histoire de Port-Royal. Sainte-Beuve a péché par ignoratio elenchiy c'est bien la chose la plus hardie à lui dire, mais que M. Couture lui dit avec toute la compétence que Nicolas Cornet y aurait apportée et, en plus, un art des nuances et des souplesses que le vieux sorbonniste ignorait sans doute.
Le sort et le mérite de la plupart des travailleurs provinciaux, de ceux qui n'ont point courtisé la renommée à Paris, est de vivre pour leur tâche, de la faire excellemment, de n'en recevoir aucune récompense officielle : « les grands maîtres de l'érudition », comme disait Tamizey de Larroque, ceux qui sont assis dans les hautes stalles
de rinstitut et du Ministère; ne les ignorent pas, ils les estiment même, mais ils les suivent avec quelque distraction, ainsi que Ton a coutume de faire des cousins de province. Un jour, en 1899, où j'avais l'occasion de parler de M. Couture à un académicien illustre entre beaucoup, celui-ci me dit avec une grande sincérité l'estime qu'il professait pour notre ami et le plaisir qu'il avait d'apprendre qu'il était toujours en vie, car il le croyait mort depuis plusieurs années. M. Couture, quand je le lui racontai, s'amusa beaucoup de ce rien et me dit avec un bon rire : « J'ai rencontré naguère un fort savant homme qui croyait, que j'avais été tué dans la guerre de 1870. »
Aussi bien, un trait du caractère de M. Couture était d'aimer l'étude pour l'étude, complaisamment, je dirais presque paresseusement, et de ne lui rien demander qu'elle-même. Il confessait n'avoir eu d'ambition qu'une fois : lorsque, la loi de 1875 ayant institué la liberté de l'enseignement supérieur, on entreprit la fondation à Tou-
louse de l'œuvre qui est aujourd'hui notre Institut, M. Couture s'offrit à y venir faire un cours de langues romanes.
« Toulouse la romaine » considère un peu Auch comme une colonie et ignore ce qui s'y peut faire. Un Auscitain qui débarque à Toulouse court risque d'être noté pour son accent. Cet abbé qui venait d'Auch une fois la semaine faire un cours rue de la Dalbade, fut, m'assure-t-on, regardé d'abord d'un peu haut. Les sentiments changèrent vite, mais, comme la vanité ne saurait perdre ses droits, ce fut à qui aurait prédit le succès de l'étranger : longtemps, me disait un spirituel témoin, ils furent plusieurs qui se disputaient l'honneur d'avoir découvert M. Couture.
« Je m'offris, racontait M. Couture, et je fus accueilli, d'abord par les organisateurs de notre œuvre et ensuite par la sympathie marquée d'un auditoire toulousain. Je m'en étonne encore après vingt années : pendant six longs mois j'ai parlé chaque semaine, voyelles, consonnes, diphtongues, phoné-
tique, morphologie*... J'en ai parlé sèchement, pédantesquement, à des auditeurs nombreux et toujours attentifs et fidèles.
La clé de ce mystère, la voici, je crois : ce cours austère répondait à un besoin du moment. Les recherches historiques passionnaient presque tous les esprits sérieux et portaient en particulier sur les annales provinciales. Et comme la vraie méthode commençait à s'imposer, on allait aux sources, on attaquait les vieux textes pour les déchiffrer, les traduire, les interpréter, ce qui exigeait une sévère initiation grammaticale.
M. Gatien-Arnoult, ancien recteur de l'Académie de Toulouse, qui honorait ces leçons de sa présence, m'avouait son regret jaloux au sujet de l'initiative prise chez nous par l'Institut. « Il y a quelques années, me di- « sait-il, j'avais demandé au ministère de « l'Instruction publique un professeur de lance gués romanes pour notre Faculté des let-
1. Voyez Revue de Gascogne, 1879, pp. 537-565, la leçon d'ouverture (29 janvier 1879) du cours.
ce très; on m'envoya un professeur d'épigra-- « phie grecque et latine 1 » Deux ans après, il est vrai, cet enseignement fut inauguré à la Faculté de Toulouse, — avec quelle maîtrise, je n'ai pas besoin de le proclamer, — par M. Ant. Thomas. Je me contente de rappeler que, dans sa leçon d'ouverture, le très savant romaniste constata en termes excellents que sur ce terrain, l'enseignement officiel avait été précédé ici par l'enseignement libre. j>
En 1879-1880, M. Couture quitta définitivement Auch pour s'installer à l'Institut, où il venait d'être nommé professeur titulaire de littérature étrangère. On aurait pu craindre de voir M. Couture faiblir sous le titre qui lui était ainsi imposé, à lui qui ne savait ni l'anglais, ni l'allemand, et qui ne cachait pas le regret de cette lacune de sa formation nremière. Mais du moins la famille latine était la sienne, admirablement : il entendait l'espagnol, il possédait à fond l'italien. Et la littérature étrangère fut pour lui celle de la Romania qui n'était point la Gascogne.
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Quant à ce que fut son enseignement, luimême nous le raconta, à ma demande, en une causerie qu'il nous donna en séance publique, à la rentrée de 1899. J'y ai puisé les lignes que je viens de citer. Ecoutonsle encore :
« En 1880, je fus chargé du cours de littérature étrangère. Mais je continuai le cours de langues romanes dans des conférences fermées, qui se poursuivent encore par l'enseignement de la grammaire historique du français. Je le continuai surtout dans mon cours public de littérature, en m'attachant exclusivement aux littératures romanes, aux littératures du Midi; et cela par préférence raisonnée, ces littératures étant vraiment sœurs de la nôtre, tandis que celles du Nord nous sont vraiment étrangères; et aussi par nécessité : j'ai toujours été convaincu qu'on ne doit enseigner que ce que l'on sait, ou qu'on a du moins étudié de son mieux.
« Ce cours a duré dix-sept ans et s'est partagé en trois séries : Tune de quatre
ans (1880-1884), sur la Renaissance italienne; la seconde de huit ans (1885- 1893), sur le Moyen-âge italien, espagnol et même français; la troisième de quatre ans (1893-1896), sur Manzoni et l'idée religieuse dans la littérature italienne de notre siècle.
(( J'ai commencé par la Renaissance italienne et par son initiateur Pétrarque. J'étais attiré, captivé par sa vie voyageuse, perpétuellement agitée, mêlée à presque tous les troubles de son époque; par son âme, à la fois faible et passionnée, tourmentée elle aussi par toutes les inquiétudes de la passion. J'ai tâché de montrer l'intérêt historique de sa carrière, qui toucha de près à notre Midi : j'eus la bonne fortune de faire avec mes auditeurs et lui un voyage, en plein quatorzième siècle, d'Avignon à Montpellier, à Toulouse et à Lombez, dont Pétrarque fut chanoine et où il passa, de son propre aveu, « une saison divine » ; je ne pense pas que ce fût à cause des beautés de ce séjour. — J'étudiai soigneusement
les vers de Pétrarque, parce qu'il est le vrai père de la lyrique moderne; jy cherchai son portrait moral et aussi celui de Laure, cette dame mystérieuse dont il nous fallut retrouver l'état civil dans les documents historiques et le caractère dans les mentions trop discrètes de son poète. J'étudiai ensuite Pétrarque philosophe, philologue, théologien; car l'amant de Laure ouvrit vraiment toutes les voies de cette belle renaissance du quatorzième, du quinzième et du seizième siècles, sur laquelle j'ai longuement et vivement insisté parce que j'avais mon idée personnelle sur cette grande période V »
Ici se place la confidence d'un projet de M. Couture, qui eut le même sort que celui de son Histoire littéraire de la Gascogne.
« J'avais rêvé de faire sur la Renaissance un travail à la fois historique et apologétique, quelque chose (avec l'énorme différence de l'érudition et du talent) comme le travail ac-
1. Voyez notre Bulletin, 1884, 1887, 1888, ei Revue de Gascogne, 1880, quelques leçons de ce cours.
compli par Ozanam sur les origines du Moyenâge. Avant ce maître éloquent , certaine histoire aimait à dire que lorsque, après la chute de TEmpire romain, l'Église prit la direction des peuples nouveaux, elle étouffa ou du moins laissa périr chez eux toute spontanéité, tout art, toute poésie, toute civilisation. Ozanam, au contraire, montra TEglise gardienne vigilante et laborieuse inspiratrice de la science et des arts dans ces temps orageux, et fit ainsi l'histoire, à la fois scientifique et religieuse, de la civilisation dans les temps barbares, et du progrès dans les siècles de décadence. Je me suis transporté, moi chétif, à un autre point du domaine historique, à cette époque où le Moyen-âge finit et où une civilisation nouvelle, ou du moins renouvelée, s'épanouit en Italie pour se répandre ensuite dans le reste de l'Europe. Cette époque, la Renaissance, était dépeinte presque partout comme une séparation violente du Moyen-âge, comme une révolte de la. pensée moderne contre la foi des aïeux, de la liberté contre l'autorité, de la matière même et des
sens contre l'ascétisme cruel de l'Eglise catholique. Ainsi parlaient la plupart des admirateurs de la Renaissance et aussi, hélas ! ou à très peu près, certains partisans excessifs et exclu*sifs du Moyen-âge, qui ne voient dans cette grande période, si mêlée de bien et de mal, que l'action toujours obéie de l'Église de Dieu, et dans tout ce qui a suivi le règne de Satan. En réalité, la Renaissance du quatorzième et du quinzième siècles fut l'œuvre du Christianisme, comme celles du onzième et du treizième, malgré des caractères bien différents. L'Eglise, éducatrice de l'Europe, inspira ces poussées successives, ces renouveaux progressifs de vie et d'activité . Et non seulement elle imprima le premier mouvement de la grande Renaissance, mais elle en inspira les meilleurs représentants et les œuvres les plus hautes. Elle créa, encouragea, bénit le courant légitime de la Renaissance, qui va de Pétrarque au Tasse et de la Rome des papes du seizième siècle à notre dix-septième siècle français, si chrétien au fond, malgré trop de paganisme de surface. Je n'ai pas
dissimulé d'ailleurs Tautre courant, celui de la Renaissance licencieuse et négative, qui va de Boccace à Machiavel et au cavalier Marin, mais qu'il est absolument déplacé de prendre pour la vraie et légitime Renaissance. « Le caractère religieux de cette glorieuse période, il m'a été facile de le montrer d'abord dans son initiateur Pétrarque, nommé à juste titre par Ernest Renan « le premier homme moderne », qui ressentit, en effet, toutes les aspirations de l'ère nouvelle, mais qui ne tenait pas moins, par le fond même de son âme, à la foi de ses aïeux. Au siècle suivant, Politien, Laurent de Médicis, génies plus suspects, plus profanes, n'offraient pas moins dans leurs meilleures œuvres une remarquable fidélité aux traditions populaires, nationales et religieuses de l'Italie. Enfin, le siècle de Jules II et de Léon X nous a montré le triomphe de l'art moderne, vraiment spiritualiste et chrétien, malgré l'envahissement trop réel du paganisme renaissant, qui n'a pu prévaloir contre l'esprit religieux toujours vivant, toujours gardé par l'Eglise.
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« Après quatre ans d'études consacrées à la Renaissance, huit ans Font été au Moyen-âge.
J'avais soutenu que la Renaissance, au lieu de rompre violemment avec la période précédente, en avait continué, en y ajoutant des éléments nouveaux, toutes les grandes traditions. Il fallait donc montrer dans le Moyenâge les sources déjà jaillissantes et fécondes de la poésie et de Fart modernes. De là des études prolongées sur les sources poétiques de Tère médiévale... Enfin, j'abordai Dante et son œuvre magnifique qui m'ont occupé deux ans, et je dois dire que dès le premier jour l'annonce de ce grand sujet obligea d'augmenter notablement le nombre des chaises dans ma salle de cours. Avec Dante et sa comédie, grandiose et complexe comme nos vieilles cathédrales, nous avons visité ensemble les trois mondes de l'au-delà, en cherchant toujours, sous les beautés poétiques de tout ordre, le sens profond de la philosophie dantesque : le désordre moral dans l'Enfer, la purification et le progrès dans le Purgatoire, enfin dans le Paradis la perfection
des vertus et leur union avec la perfection suprême. »
Ces cours publics de littérature méridionale furent Toeuvre maîtresse de M. Couture à Toulouse, beaucoup mieux que la préparation de nos étudiants ecclésiastiques aux examens de licence es lettres. Ses élèves pouvaient du moins recourir, sans Tépuiser jamais, au trésor de son information encyclopédique. Il fut pour plusieurs un aide précieux, surtout leur licence une fois conquise, et pour les mener jusqu'au doctorat ès-lettres. Je serais bien surpris si tous les docteurs èslettres que notre Institut compte aujourd'hui parmi nos anciens étudiants, ne devaient point à M. Couture, sinon l'indication des sujets de leurs thèses, du moins les premières mises d'érudition indispensables à qui commence.
M. Couture n'avait ni fiches, ni cahiers, toute son information était dans sa mémoire.
Sa bibliothèque, son admirable bibliothèque, qu'il enrichissait tous les jours et qu'il mit sa vie à classer, était à portée de sa main pour compléter le renseignement qu'il donnait. Un
instant de recueillement suffisait à tout retrouver : « Vous aurez dans tel volume ce que vous demandez... Vous n'avez pas pu trouver tel auteur, il est rare, le voici... » M. Couture, qui aimait ses livres, n'en était point
jaloux : il les prêtait, il oubliait de les réclamer, et Dieu, qui tient dans sa main tous les oiseaux perdus, comme dit Hugo, n'a pas toujours ramené l'absent ! On comprend, même abstraction faite de ce dernier cas, quelle ressource M. Couture était pour ses étudiants, pour ses collègues, pour ses amis. Comme ses aumônes, toute cette charité littéraire était discrète ; c'est peut-être elle pourtant qui lui a valu le plus d'influence.
Ses cours publics furent la part donnée par M. Couture à la solennité, à l'éclat. Il les préparait avec un soin extrême, encore qu'il n'en écrivît à peu près pas une ligne, si bien que rien n'en est resté que quelques sténographies^ Il en préparait et le fond et la forme, soucieux d'exactitude, inquiet de rien laisser à l'imprévu. La solidité des dessous n'alourdissait en rien l'exposition aui prenait
ainsi une trompeuse apparence de facilité. Si on relit la leçon sur Dante, publiée voici deux mois * par M. Laclavère, d'après une sténographie que M. Couture avait consenti à corriger, on aura un modèle de la manière de M. Couture dans ses cours publics. Ce qu'ont seuls connu ses auditeurs, c'est l'art avec lequel ces leçons étaient dites, la voix souple et chaude, qui savait être malicieuse ou émue, simple ou grave, toujours enveloppante; je n'ai en ma vie rencontré qu'un professeur qui dît et prononçât avec plus d'art que M. Couture, c'est Jules Simon.
Toulouse, vieille ville universitaire et académique, fut toujours trop sensible à l'éloquence pour ne point vite donner tous droits de cité à un maître si disert. Il conquit l'admiration et l'affection d'une élite, assidue autour de sa chaire, — il n'avait jamais voulu admettre de dames à ses leçons publiques, — une élite qu'il retrouvait à la Société nationale archéologique du Midi de la
1. Bulletin de notre Institut, 1902, pp. 78-91. Voyez aussi Revue de Gascogne, 1880, pp. 33-48.
France et à l'Académie des Jeux Floraux, deux compagnies dont il était un des membres les plus entourés. Il avait cependant gardé, à Auch, la direction de la Re^ue de Gascogne; il entendait bien être fidèle à la terre natale, en dépit de quelques épines qu'elle ne lui épargna point, l'ingrate ! Le jour où il fut reçu à l'Académie des Jeux Floraux, 25 juin 1882, c'est à Auch qu'il pensait en écrivant son discours de réception sur le génie gascon * .
oc Appelé à vous payer mon premier tribut, il me semble que je dois vous dire ce que trente ans de recherches persévérantes m'ont révélé de plus clair sur l'esprit, sur le génie propre de cette race gasconne dont l'histoire intellectuelle et morale devait être l'œuvre principale de ma vie.
a En la considérant dans toute son existence historique, dans tout son développement géographique, je lui trouve ces traits distinctifs : la fierté, source du sentiment de
1. Ce discours a été reproduit dans la Revue de Gascogne, 1882, pp. 297-320.
212 QUESTIOINS D'ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR.
rhonneur et du courage militaire; puis le génie pratique; et, comme accessoire, la netteté de la pensée, la vivacité du langage, l'esprit, la verve joyeuse.
« Ces traits sont éminemment français, je le sais bien; ils sont encore, dans une nuance plus vague, méridionaux ou romans.
Qu'importe? je les vois et je vais essayer de les montrer, profondément empreints dans le type provincial de la Gascogne. C'est de ce petit peuple, bien reconnaissable partout à son langage, comme à son type physique et moral, que j'essaie, non le panégyrique, mais le portrait fidèle, en vue surtout de ce qu'il a pu apporter à notre génie national et au trésor de la littérature et de la civilisation françaises. »
Ainsi, bien longtemps avant que M. Maurice Barrés composât son admirable vallée de la Moselle, notre ami dégageait du sol, de la langue, de la littérature et de l'histoire le caractère de sa chère Gascogne.
Puis, par une habitude d'esprit qui était chez lui une loi logique, il situait la Gasco-
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gne dans la grande patrie et se complaisait à noter ce que la grande doit à la petite.
M. Couture exagérait peut-être un peu, ce faisant, la louange de la Gascogne, mais il montrait une fois de plus combien il était du « pur et vrai terroir », comme disait Monluc.
L'enseignement de M. Couture à Toulouse dura, avec la même activité et la même faveur sans interruption, jusqu'en 1896. A cette date, il avait soixante-quatre ans; il l'interrompit deux années durant, au moins pour la part qu'il donnait au public. La fatigue de la route commençait de peser sur notre ami : il passa par une crise de neurasthénie, qui augmentait sa défiance de soi. Quelques contrariétés .s'y surajoutèrent, qui semblèrent le décourager. Lorsque j'arrivai à l'Institut, en i898, je fus frappé du tremblement de ses mains, et de sa lassitude. Je lui dis combien nous comptions tous sur sa collaboration et sur ses conseils. J'oserai me flatter d'avoir obtenu qu'il secouât sa fatigue et ses ennuis et
qu'il reprît goût à la parole publique, en lui demandant d'entreprendre un cours d'histoire de la littérature théologique depuis la Renaissance. Je pensais surtout à procurer par là à nos étudiants en théologie Taubaine de connaître ce souple esprit, sa curiosité, sa modération. Sans m'en douter, j'allais au-devant d'une pensée plus ancienne de M. Couture luimême.
a C'était mon projet, put raconter M. Couture en annonçant la seconde année de ce cours, de revenir à la grande Renaissance, en ajoutant à mes études sur l'Italie des études semblables sur l'Espagne. Cette partie de mon dessein ne sera pas réalisée.
Toutefois, dans ce cours modeste, presque fermé, destiné surtout aux ecclésiastiques, — ce cours d'histoire de la littérature théologique, — j'ai déjà eu l'occasion d'esquisser quelques grandes figures de la Renaissance espagnole : Ximénès, Louis Vives, Melchior Cano... J'en étudierai d'autres dès le mois de janvier qui vient : Maldonat, sainte
Thérèse, Louis de Léon, et je ne me dissimule pas ce que laisseront à désirer ces faibles ébauches. N'importe ; quelque temps encore, si Dieu le permet, je continuerai à jeter le grain dans une terre que je sais fertile et bien préparée. Je ne puis vous promettre, comme je Tai fait dans le passé, que beaucoup de travail et beaucoup d'amour pour mon sujet.
Vagliami 1 lungo studio e '1 grande amore ^ . »
M. Couture, en quatre années, étudia successivement le groupe des « humanistes théologiens », qu'il aimait de prédilection pour leur théologie vivante et leur esprit de conciliation, Paul et Grégoire Cortese, Steuchus de Gubbio, Contarini, Sadolet, Pôle; — le groupe espagnol, Ximénès, Vives, Cano; — puis la mystique avec sainte Thérèse, l'exégèse avec Maldonat, l'histoire avec Baronius. Le concile de Trente fut l'objet d'une étude rapide, mais pénétrante,