‹ Questions d'enseignement supérieur ecclésiastiqueChapitre 37 sur 41 · A. — NOTE SUR UNE RÉGENTE ENQUÊTE UNIVERSITAIRE · texte numérisé non relu

A. — NOTE SUR UNE RÉGENTE ENQUÊTE UNIVERSITAIRE

En publiant dans le recueil socialiste des « Cahiers de la quinzaine » l'enquête qui a pour titre De la situation faite à l'enseignement supérieur en France (Paris 1906), M. Ferdinand Lot, directeur adjoint à l'école pratique des Hautes Études de l'Université de Paris, témoigne que la tradition ne se perd pas qui. veut que l'Université soit critiquée surtout par les universitaires. Aussi bien, qui donc serait plus compétent qu'eux pour le faire? Et, du moment que VAlma mater elle-même ne demande qu'à s'éclairer sur ses imperfections pour se réformer, qui pourrait se plaindre d'un spectacle en définitive instructif pour tous, et, j'oserai même dire, édifiant?

Par surcroît, quiconque s'intéresse à l'enseignement supérieur ecclésiastique pourra tirer bénéfice de l'enquête de M. Ferdinand Lot. Ce n'est pas que M. Ferdinand Lot ait tenu compte de notre enseignement supérieur : il n'en dit guère qu'un mot (p. 135), mais où l'on découvre tout son cœur. Parlant de l'intérêt que les Universités en France auraient à créer des « maisons d'étudiants », quelque chose comme les convicts d'Allemagne, comme les collèges des vieilles Universités d'Angleterre et des jeunes Universités d'Ame-

rique, — M. Ferdinand Lot écrit : « Il serait désolant de voir cette idée captée par le parti catholique et faussée par lai de la manière que l'on devine, »

Rien que cela dévoile, — je ne dis pas seulement Tintérét que nous aurions à créer, nous catholiques, des « maisons d'étudiants », sur le type de la St-Edmund's house fondée par le duc de Norfolk à Cambridge, — mais Tesprit avec lequel nos entreprises dans l'ordre de renseignement supé< rieur sont considérées par une aussi <c scientifique personne » que M. Ferdinand Lot. Il n'y a qu'en France que cet esprit sectaire soit toléré, de même qu'il n'y a qu'en France qu'un homme de la dignité de M. Alfred Croiset, — parlant à titre de doyen de la Faculté des lettres de l'Université de Paris, et annonçant cette rentrée de novembre 1906, la création à la Sorbonne d'une chaire d'histoire moderne du christianisme en faveur de ce pauvre M. Debidour, — puisse dire que l'enseignement supérieur ne peut tolérer chez ses professeurs « le plus léger lien confessionnel ». Et c'est à propos de M. Debidour que M. Alfred Croiset parle ainsi !

M. Ferdinand Lot a, par ailleurs, du goût pour la déclamation. Il écrit, par exemple (p. 2) : <c II suffit de causer avec n'importe quel professeur de n'importe quelle Université de province pour voir jusqu'à quelle profondeur le dégoût et le découragement ont pénétré notre personnel d'enseignement supérieur... La province est plongée dans le marasme... Le sentiment général est que le Gouvernement et le Parlement ne veulent rien faire. » Quitte à être accusé de prendre sur ce point la défense des Universités officielles, je crois pouvoir assurer à M. Ferdinand Lot qu'il exagère. Je sais maint professeur de telle et telle Université de province qui ne manifeste aucun dégoût, aucun découragement, devant sa tâche, et qui l'accomplit au contraire excellemment. M. Ferdinand Lot juge mal ses collègues, tout comme il juge mal les catholiques.

Mais je suis davantage surpris de voir M. Ferdinand Lot tomber dans le marasme parce que « le Gouvernement et le

Parlement ne veulent rien faire ». Si, comme il dit, le sentiment général est dégoûté de tout parce que l'État ne veut plus rien faire pour renseignement supérieur, pourquoi le sentiment général ne se transforme-t-il pas en initiative privée? Pourquoi }e sentiment général, sur sa cassette privée, ne fonde-t-il pas les chaires que M. Ferdinand Lot réclame? Et qu'arriverait-il donc, si demain on allait séparer les Universités de l'État ?

L'hypothèse est piquante et mériterait d'être étudiée. Peut-être alors estimerait-on mieux la valeur de l'eflfort que nous, catholiques, nous avons fait, en soutenant depuis trente ans un enseignement supérieur séparé de l'État.

Mais passons sur ces bagatelles d'introduction. J'aime mieux M. Ferdinand Lot quand il étudie ce que coûte l'enseignement supérieur. Car il faut bien reconnaître que l'enseignement supérieur coûte très cher, et peut-être parmi nous, n'a-t-on pas, à ce propos, suffisamment médité la page de l'Évangile : Quis enim ex vobis volens turrim aedificare, non prias sedens computat sumptuSy qui necessarii sunt si habeat ad perflciendum,.. On connaît la suite.

Voici quels étaient en 1903 les revenus ordinaires des principales universités allemandes ^ :

Berlin marks 3.406.000

Leipzig 3.369.000

Munich 1.373.000

Strasbourg 1.117.000

Bonn 1.441.000

Wurzbourg 1.019.000

Fribourg-en-Brisgau 814.000

1. En Amérique, Harvard et New- York ont chacune 7 à 8 millions de rente.

L*Université de Paris reçoit de l'État 4.300.000 francs. A quoi s'ajoutent en recettes universitaires (inscriptions, immatriculations, etc.) et subventions municipales, 3 millions. Le revenu total de l'Université de Paris* était exactement dé 7.278.617 francs, en Tannée 1908.

Quant aux quatorze universités de province, elles avaient à se partager 10.973.727 francs 2, sur le budget de l'État, et sans compter leurs recettes universitaires propres.

Ces gros chiffres sont pour nous rendre modestes, eu égard à ce que, nous catholiques français, et au prix de quels sacrifices ! nous pouvons affecter à la dotation et à Tentretien de nos cinq groupes de Facultés libres. Mais là n'est pas la question, pour M. Ferdinand Lot, dont la thèse est de comparer le budget de l'État français et le budget de l'Empire allemand : la comparaison est écrasante pour la France. L'Allemagne a 21 universités (dont 10 en Prusse), qui ont un budget total de 37.200.000 francs : la France 15 universités, qui ont un budget total de 19.700.000 francs.

Et M. Ferdinand Lot de conclure non sans justesse (p. 13) : tt La raison de la supériorité de nos voisins s'explique aisément : ayant V argent ils ont le nombre (personnel) et l'outillage. Et ce n'est pas seulement à la guerre que triomphent les gros bataillons. »

M. Ferdinand Lot est très sévère pour le personnel enseignant des Universités françaises. Il dénonce la servitude de l'enseignement secondaire qui pèse sur trop de profes-

1. La Faculté de théologie protestante y était comprise pour 62.900 francs.

2. La Faculté de théologie protestante de Montauban y était comprise pour 45.150 francs.

seurs de l'enseignement supérieur. « En France, dit-il, les professeurs d'Université sortent en majorité de l'enseignement secondaire » (p. 89). Très bien préparés à enseigner dans les lycées, ils continuent dans les Facultés un enseignement scolaire. « Le professeur de lycée, accablé de besogne, est dans l'impossibilité de se livrer à un travail scientifique suivi. Où trouver le temps de fouiller les archives s'il est historien, de voyager s'il est géographe, de travailler dans les bibliothèques spéciales s'il est philologue, littérateur, etc. ?... Il y a dix ou vingt ans, oui, le professeur pouvait travailler, très peu. Aujourd'hui, c'est impossible dans ce bagne qu'on appelle l'enseignement secondaire, où l'on ne rencontre que des gens surmenés, aigris, — ou ce qui est pire, — aplatis. Voilà une belle armée à opposer aux centaines de privat-dozents allemands dont tout l'effort est tendu vers la production scientifique » (p. 90). Que si un professeur de lycée arrive à pouvoir mener à terme une thèse de doctorat, le malheureux y est dix ou quinze ans. « Et s'il obtient alors une chaire dans une Faculté, il y a chance pour que, fourbu, il ne produise plus rien pendant le reste de sa carrière. » Ailleurs (p. 87), M. Ferdinand Lot constate que la production scientifique est « actuellement insignifiante » dans l'enseignement supérieur français par rapport à l'Allemagne. Et, en thèse générale, ces observations sur la médiocrité scientifique de l'enseignement supérieur français ne sont point paradoxales.

Autant dire que, dans le champ des études qui l'intéressent directement, l'enseignement supérieur ecclésiastique pourrait avoir la partie belle, s'il activait sa production scientifique. Et ne pouvons-nous pas dire déjà que, nous catholiques, nous avons depuis vingt ans presque conquis le département des études d'histoire ecclésiastique?

M. Ferdinand Lot se plaint que certaines disciplines soient sacrifiées dans les Universités françaises, ainsi la philosophie, la pédagogie, la sociologie; — ainsi la psychologie expérimentale ; — ainsi les antiquités gréco-romaines ; — ainsi l'histoire médiévale et moderne; — ainsi l'histoire de

l'art; ^ ainsi la géographie; — ainsi la philologie moderne; — ainsi le sanscrit et la linguistique comparée ; — ainsi la philologie orientale; — ainsi les sciences d'État, la Staatswissenschaft des Allemands ; — ainsi l'archéologie préhistorique;— et d'autres encore. Ces observations sont exactes, et en ces lacunes encore apparaît la servitude de l'enseignement supérieur universitaire à l'égard de l'enseignement secondaire ; il n'y a, du moins dans les Facultés officielles de lettres, il n'y a de bien traitées que les matières des programmes scolaires!

Je ne voudrais pas faire état de créations catholiques de Belgique ou de Suisse, et pourtant je ne puis omettre que telles disciplines sacrifiées par les Universités françaises, sont largement servies à Louvain, à Fribourg : ainsi la psychologie expérimentale, ainsi la géographie humaine, ainsi le sanscrit, ainsi l'archéologie préhistorique. Je noterai seulement un article, que j'ai noté ailleurs déjà, mais qui est important. C'est à savoir que dans nos Facultés libres, et particulièrement à l'Institut catholique de Paris, les langues sémitiques ont été largement et brillamment enseignées. « Il y a pas d'Universités allemandes, suisses, américaines, écrit M. Ferdinand Lot (p. 49), qui ne possèdent au moins un professeur pour cette spécialité. En France, le total est facile à faire; en dehors de Paris il n'y a absolument rien. » J'en demande bien pardon à M. Ferdinand Lot, il y a nos Instituts etleurs chaires de langues scientifiques. Si M. Ferdinand Lot veut en faire l'expérience, à Toulouse même, nous lui enseignerons l'hébreu, le syriaque, l'arabe, et il ne sera pas le premier à s'y être formé.

Car M. Ferdinand Lot a tout à fait raison de dire qu'il est « impossible d'aborder d'une manière scientifique l'enseignement de l'histoire de la sociologie religieuse sans l'appui des langues orientales ». Sous le nom un peu pédantesque de sociologie religieuse, M. Ferdinand Lot désigne les religions comparées, le judaïsme, le christianisme, les dogmes chrétiens, l'Église. Et nous lui savons gré de reconnaître que c'est là, tout de même, une belle matière scientifique.

Il jette les yeux sur T Allemagne : il y découvre vingt-sept Facultés de théologie protestante et catholique. « Ce sont, ditil, des établissements confessionnels avant tout ; néanmoins, dans plus d'une Faculté protestante, on rencontre des hommes de science d'une renommée européenne » (p. 73). M. Ferdinand Lot aurait pu ajouter qu'on en rencontre aussi dans plus d'une Faculté catholique ; pourquoi ne l'ajoute-t-il pas ?

Il poursuit : « La masse de travail sérieux sur l'histoire du christianisme, et même des religions en général, sorti de ces Facultés esfvraiment colossale. Nous n'avons rien de semblable en France. Nos Instituts catholiques ont une faible valeur scientifique en général. Les deux petites Facultés protestantes de Paris et de Montauban sont d'une production peu abondante. La section des sciences religieuses de l'École des Hautes Études est très intéressante, mais elle ne touche que Paris. En province, comme toujours, c'est le néant. » Oui, c'est le néant dans l'enseignement universitaire, et peutêtre vaut-il mieux qu'il en soit ainsi, si un pareil enseignement devait être confié à des spécialistes comme Debidour, déjà nommé ! Mais f»ourquoi la thèse soutenue par M. Ferdinand Lot l'entraine-t-elle à déprécier ainsi a priori la valeur scientifique de nos Instituts ?

Le plus curieux, en cette affaire, est que, à la page suivante (p. 74), M. Ferdinand Lot accorde au clergé ce qu'il vient de refuser à nos Instituts, et qu'il se contredit pour le besoin de sa thèse. Il écrit.

« Il serait pourtant bien nécessaire que dans chaque Faculté des lettres il y eût un professeur spécialement.chargé d'exposer l'histoire et la sociologie religieuses. Les phénomènes religieux ont une importance tellement capitale dans la vie passée, — et actuelle, — des sociétés, qu'on ne com-

prend vraiment pas qu'on laisse aux clergés (en province du moins) le monopole de ces études. Ce n'est pas avec des plaisanteries et des articles de journaux qu'on leur disputera les jeunes intelligences. Il faudrait des hommes de science et des spécialistes pour pouvoir lutter contre la nouvelle génération cléricale qui possède quelques hommes d'une instruction tout à fait supérieure.

« Le Gouvernement et le Parlement ne paraissent même pas se douter de la nécessité de recruter un personnel capable de lutter sur ce terrain contre le clergé moderne.

« Il ne s'agit pas dans une Université d'écçaser l'adversaire sous les bulletins de vote comme au Parlement. Il s'agit de le battre scientifiquement. Et comment un professeur même intelligent, mais sans instruction technique, pourrait-il affronter un adversaire préparé au combat par plusieurs années d'études ? — Je sais des universitaires qui envisagent avec souci ce problème qui semble échapper absolument à l'attention du parti républicain. »

Que voilà une bonne page ! Notons-y ce perpétuel recours à la Providence des fonctionnaires, — le Gouvernement, le Parlement, le parti républicain! M. Ferdinand Lot, ici encore, témoigne qu'il n'a pas foi à l'initiative et à la liberté : il ne saurait y avoir, à ses yeux, d'enseignement supérieiu* vraiment digne de ce nom que là où il y a un crédit correspondant inscrit au budget de l'État. N'essayez même pas de cours libres en marge d'une Université : il faut un professeur titulaire, patenté par l'État, donnant une science d'État. Quelle superstition!

Mais voici un aveu de plus de prix. La science religieuse, quoi qu'on fasse, garde « une importance tellement capitale », que l'État est sommé de s'en inquiéter. L'État est requis d'avoir une histoire des religions, une sociologie religieuse, comme il a une philosophie. Des plaisanteries de journalistes ne sauraient y suffire, ni même de l'intelligence : il y faut une instruction technique et des spécialistes. L'État doit avoir ses théologiens laïques. Il faut battre la vieille théologie scientifiquement.

Ces déclarations sont à retenir, car elles montrent bien l'importance souveraine des sciences religieuses. Mais l'aveu de M. Ferdinand Lot est à retenir aussi que, en ces sciences, le clergé d'aujourd'hui a acquis lentement une compétence, une autorité, et, pour ainsi dire, un monopole. Ces Instituts catholiques dont on accusait la valeur scientifique d'être en général si faible, n'ont donc pas laissé que de former un clergé scientifiquement redoutable : « La nouvelle génération cléricale possède quelques hommes d'une instruction tout à fait supérieure ! n II y a urgence à former un personnel « capable de lutter sur ce terrain contre le clergé moderne ». Très bien, et cette déclaration est la justification de tous les longs efforts du clergé dans l'ordre des sciences proprement ecclésiastiques.

On peut critiquer comme fait M. Ferdinand Lot les vieux cadres universitaires. Il écrit : « Le système des Facultés ne répond à rien, il n'est plus de notre temps. Il demande à être remplacé par celui des groupes d'études, des Instituts » (p. 136). Évidemment, la distribution de l'enseignement supérieur en quatre Facultés, — lettres, sciences, médecine, droit, — ne correspond à aucune classification valable des sciences. Au congrès international de l'enseignement supérieur, à Paris, en 1900, on a critiqué, on a osé critiquer, ce « legs du Moyen Age ». Et M. Ferdinand Lot ajoute : « L'idée d'un remaniement total de nos cadres d'ensei. gnement gagne lentement les milieux universitaires, devant l'opinion publique le problème n'est même pas posé. Il convient donc d'attendre, tout en ne perdant pas de vue que le système actuel est destiné à craquer. » En Amérique, pays neuf et réaliste, le système des Facultés n'a jamais existé sérieusement. En France même, en dehors de l'Université et des Universités, en dehors aussi de nos Facultés

catholiques calquées sur le vieux patron universitaire, les créations libres d'enseignement supérieur se sont organisées en Instituts, non en facultés : tel l'Institut Pasteur, tel le* Collège libre des sciences sociales, telle l'École libre des sciences politiques. A Louvain, M** Mercier, aujourd'hui archevêque de Malines, avait organisé sur ce modèle moderne un Institut philosophique. A Paris, dès 1880, renonçant à maintenir une Faculté libre des lettres et une Faculté libre des sciences, l'Institut catholique les transformait en une École de hautes études scientifiques et littéraires, par une juste intuition de ce que cette forme avait de souplesse et d'adaptabilité. Nous catholiques, nous avons devancé sur ce point l'Université et les Universités de France.

Je ferme le livre de M. Ferdinand Lot sur La situation faite à renseignement supérieur en France, avec l'impression que, en matière d'enseignement supérieur, l'initiative privée et la liberté gardent plus que jamais leur raison d'être, étant donné l'actuelle indigence de l'État et, si l'on veut, le « marasme » de l'enseignement public.

Je me confirme dans ce sentiment, qu'opposer des Universités aux Universités est une entreprise moins sûre qu'opposer des Instituts aux Universités; — et dans ce sentiment enfin que les sciences religieuses sont .un lot que, nous catholiques, nous avons conquis et qu'il importe souverainement que nous conservions.

Il ne me reste qu'à remercier M. Ferdinand Lot de m'avoir par son enquête amené à ces conclusions, — qui né sont pas les siennes.

B* — DE l'Étude des langues vivantes i.

Messieurs, je voudrais attirer votre attention sur un élément de la culture ecclésiastique qui est peut-être trop souvent négligé parmi nous et que, par la collaboration de tous, il serait assez facile de mettre en honneur; je veux parler de renseignement des langues vivantes et surtout de Tallemand. Non pas que je sois tenté de méconnaître les efforts très réels qui ont été faits à cet égard ni les résultats obtenus ; certains collèges, ont réalisé tous les progrès désirables. Mais la condition des diocèses, bien plus, celle des maisons d'éducation dans chaque diocèse sont très différentes ; de là un niveau moyen peu élevé.

Les raisons de cet état de choses sont nombreuses. La plus générale, celle que l'on peut indiquer sans être indiscret, c'est que l'étude des langues vivantes n'est pas appréciée à sa valeur. On oublie trop souvent qu'elle est une condition indispensable d'une éducation complète. Nul doute que la situation ne s'améliorât bien vite si l'importance du but à atteindre était nettement aperçue. Aussi est-ce une excellente occai^on, pour recommander cette cause, que de parler devant un auditoire où se trouvent représentés les divers états du clergé : le personnel des paroisses, celui des grands Séminaires, des petits Séminaires et des Instituts. J'ose dire que tous nous sommes intéressés à la réalisation de ce progrès et pouvons y contribuer.

Vous savez quelle admirable vitalité manifeste notre enseignement secondaire libre, en luttant contre de nombreuses causes d'affaiblissement. Nulle part, en France, la solidarité ecclésiastique ne s'affirme plus forte ni plus féconde que dans les diverses associations qui groupent les mem-

1. On lira avec plaisir et profit ces conseils donnés par un des nôtres, M. Saltet, à la dernière assemblée générale de l'Association des anciens élèves de l'Institut catholique, 4 juin 1906. Ils complètent très à propos notre programme.

bres de renseignement libre; nulle part, le souci des intérêts collectifs n'est plus actif ni plus éclairé. Aussi, à plusieurs reprises, au cours des Congrès de VAlliance, l'attention a-t-elle été attirée sur l'étude des langues vivantes, dans laquelle on signalait des lacunes et des négligences. Malheureusement, ces conseils et ces résolutions n'ont pas été mis en pratique partout. Il y a quelques semaines, on lisait dans une revue :

« M»* Péchenard, recteur de l'Institut catholique de Pa- « ris, vient d'adresser une circulaire aux supérieurs des a séminaires et collèges ecclésiastiques, où il déplore a la u baisse générale du nombre des élèves des maisons d'édu- « cation chrétienne ». Il attribue ce phénomène, au moins « en partie, à l'infériorité dont l'enseignement des sciences n et des langues vivantes est victime dans les établissements « religieux. Il propose d'y remédier en poussant le périt sonnel enseignant à passer les licences de sciences et de « langues vivantes. Gomme ce serait encore trop peu et « que l'agrégation, d'autre part, est maintenant fermée aux « membres de l'enseignement libre, il préconise la création « de certificats d'aptitude analogues au diplôme de gram- « maire déjà conféré par l'Injtitut catholique et qui cons- « titueraient, en quelque sorte, des agrégations non offi- « cielles. »

M*' Péchenard développe seulement une considération d'ordre professionnel et technique : la nécessité, pour l'enseignement libre, de soutenir la concurrence dans cette spécialité comme dans les autres. Mais cette manière si opportune de poser la question ne doit pas nous faire oublier l'intérêt plus général qui s'attache à l'enseignement des langues vivantes. Non seulement les élèves laïcs, mais encore les élèves ecclésiastiques de nos collèges doivent recevoir, à cet égard, une sérieuse formation, parce que la connaissance des langues étrangères peut un jour leur être nécessaire, pour le complet développement de leurs études.

Quels services peut rendre l'usage de l'allemand pour la

préparation d'une licence ès-lettres, en histoire ou en philosophie, et bien plus encore dans tout le cours de la vie d'un lettré ! Dans les domaines littéraire, philosophique et historique, nos voisins de l'Est ont dépensé une somme de patience et d'ingéniosité qui est devenue proverbiale. Leur mérite principal est d'être consciencieux et méthodiques. Gomme on l'a dit avec quelque malice mais non sans raison, il faut rendre justice « à ce sérieux, à ce savoir, à « cette application qui suppléent presque au génie et valent « mille fois mieux que le talent ». Aucun travail ne les rebute. Ils sont des philologues, des éditeurs, des commentateurs, des critiques de premier ordre, parce qu'ils ont le souci d'épuiser les questions qu'ils traitent. Sans doute, ces qualités ont leur rançon : minutie, obscurité, facture compacte qui peut devenir de la lourdeur sans exclure la subtilité. Mais, en fin de compte, cette manière est d'une puissance indéniable ; ils ont créé des méthodes et des sciences. Leur librairie abonde en toute sorte d'ouvrages. Pourquoi recommencer les travaux qu'ils ont bien faits et comment les ignorer ?

Il me sera bien permis, entre nous, d'invoquer le témoignage et l'expérience d'un des maîtres qui ont le plus honoré cet Institut. En faisant l'éloge de M. Couture, M. Jeanroy a écrit : « M. Couture quitta Naples en avril « 1861, et après un court séjour à Rome, il prit le bateau « de Marseille, se dirigeant sans retard vers cette vieille « maison de Lectoure qui lui était si chère. Quel dommage a qu'il n'ait pas pris plutôt le train pour Venise, et qu'après « avoir admiré la ville des doges, il ne se soit pas résolu- « ment dirigé vers ces brumes du Nord qui n'attirèrent « jamais un méridional. Quel dommage qu'il n'ait pas eu le « courage de passer deux ou trois semestres dans une Uni- « versité allemande ! M. Couture ne savait pas l'allemand ; « il sentait lui-môme toute la gravité de cette lacune et « conserva longtemps l'illusion de pouvoir la combler... « M. Couture, pour étudier à fond la poésie des trouba- « dours, comprenait la nécessité de consulter les travaux,

« de jour en jour plus nombreux, de Diez, de Mahn, de « Bartsch et de leurs émules. Si M. Couture n'a jamais « publié son histoire littéraire, c'est que, pour en écrire les « premiers chapitres, il fallait savoir l'allemand. » .

Plus manifeste encore est la nécessité de la connaissance des langues vivantes pour qui s'occupe des diverses sciences religieuses : exégèse, théologie, histoire de l'Église. Mais ici, il importe de se garder d'une exagération. Dans l'érudition ecclésiastique, l'usage fréquent des langues modernes ne se constate guère que depuis le début du dix-neuvième siècle. Rarement, on est obligé de lire des ouvrages écrits en anglais ou en allemand et datant des dix-septième et dix-huitième siècles. La raison en est tout à l'honneur de l'Église catholique et particulièrement de la France. C'est que, jusqu'au début du dix-neuvième siècle, la grande érudition a conservé le caractère ecclésiastique qu'elle a eu dès l'origine.

Car, plus encore que la renaissance des lettres classiques dans la seconde moitié du quinzième siècle, les controverses religieuses occasionnées par le protestantisme ont contribué à développer l'érudition et la critique. Le devoir essentiel des catholiques a été de montrer l'accord de l'enseignement de l'Église avec celui des Pères et des premiers chrétiens. Mais comment établir, cette concordance, sinon en reconstituant les anneaux de la chaîne qui, remontant du seizième siècle jusqu'aux origines, constitue la tradition ? La controverse protestante condamnait donc les théologiens à se faire historiens. De là les travaux de théologie positive par lesquels rivalisent protestants et catholiques. Mais entre eux la partie n'était pas égale. Les catholiques avaient une supériorité écrasante.

C'est qu'au dix-septième siècle, l'Allemagne, citadelle principale du protestantisme, se remet lentement des désastres de la guerre de Trente ans. Ce n'est guère qu'au siècle suivant qu'elle peut continuer l'œuvre de ses humanistes des quinzième et seizième siècles. A ce moment, l'Église catholique, et particulièrement la France, avaient

pris une avance qui semblait rendre, pour bien longtemps, toute concurrence impossible. Le siècle de Louis XIV a produit chez nous un merveilleux développement de l'érudition et de la critique. Bénédictins, Dominicains, Jésuites, Oratoriens, séculiers, renouvellent les études religieuses. Le peuple le plus léger de la terre a publié alors les plus solides in-folios de l'érudition moderne, ceux que l'historien et le théologien doivent encore consulter chaque jour. Renan a pu dire que les travaux de la critique moderne s'écrouleraient, faute de base, si Ton supprimait, par la pensée, l'érudition bénédictine qui en est le fondement. D'après Harnacl^, la théorie du progrès continu en érudition est démentie par l'histoire. A l'en croire, les travaux des Bénédictins sur les quatrième et cinquième siècles ne seront guère dépassés. Gomment s'étonner si de tels hommes ont donné à la science de leur époque un caractère ecclésiastique très marqué? L'érudition parle alors la langue d'Église, le latin ; quand elle emploie une langue moderne, c'est d'ordinaire le français. Rares ou de peu d'utilité sont les érudits qui écrivent en allemand ou en anglais.

A leur entrée à l'Institut, nos étudiants en théologie peuvent donc pénétrer de plain-pied dans un immense domaine, celui de l'ancienne érudition ecclésiastique et française. Pourquoi faut-il que ce domaine soit quelquefois entièrement nouveau pour eux? Ne rencontre-t-on pas des ecclésiastiques qui s'imaginent que l'histoire a été inaugurée dans notre pays par les Martyrs de Chateaubriand et par les œuvres d'Augustin Thierry ? Ils ont pris trop à la lettre les indications de leur manuel de littérature. Ils ont été trompés par un esprit classique exclusif, par un humanisme étroit et appauvri, dont je me garderais bien de médire, si les lacunes et les dangers n'en avaient été signalés, à plusieurs reprises, par les maîtres de notre Faculté des lettres.

Mais ne nous plaignons pas. L'opinion ecclésiastique est, en ces matières, bien plus éclairée que jadis. On rend d'ordinaire pleine justice à nos savants, séculiers et réguliers,

de l'ancien régime ; on reconnaît volontiers qu'ils ont été et qu'ils sont encore une des forces de l'Église. Personne n'oserait répéter les accusations étranges portées contre eux, au milieu du dernier siècle. C'était le temps où, avec une amertume exquise, Rohrbacher reprochait aux Jésuites français d'avoir été les complices et les meilleurs auxiliaires des... jansénistes. Dès lors, comment aurait-il mieux traité les Bénédictins, ces éditeurs dangereux qui avaient osé publier une édition de saint Augustin conforme au texte des manuscrits et non expurgée ? Pareilles exagérations étant devenues sans danger, il nous est permis d'en rire. Le temps n'est plus où, pour rendre hommage au Saint-Siège, on croyait nécessaire d'abaisser notre ancien clergé. N'estce pas Léon XIII qui, dans son encyclique du 8 septembre 1899, a parlé de « ces hommes éminents dont l'Église de France est fière à si juste titre, les Petau, les Thomassin, les Mabillon, et tant d'autres, sans parler de votre Bossuet » ?

Si j'insiste sur ces souvenirs. Messieurs, c'est qu'ils nous sont particulièrement chers, à l'heure où la réalité qui est sous nos yeux est moins brillante. L'érudition et la critique ont perdu Je caractère ecclésiastique, et la marque nettement française qu'elles avaient autrefois. C'est que, chez nous, les dix ans de la Révolution ont interrompu, brutalement et pour bien longtemps, les bonnes études. Après le Concordat, le clergé s'est employé aux tâches les plus urgentes, et d'abord au relèvement de tant de ruines matérielles. La culture étendue et profonde de l'ancien régime a manqué au nouveau clergé. Elle est devenue un luxe très rare. Depuis trente ans seulement, les habitudes anciennes ont été reprises et continuées par la fondation des Instituts catholiques.

Mais, dans l'intervalle, l'érudition et lacritique ont changé de langage et d'allure ; elles ne sont plus d'Église. L'usage du latin est devenu rare, presque exceptionnel. Les érudits écrivent dans leur langue nationale. Bien plus, la participation des divers pays au travail commun n'est plus la

même : l'ordre des rangs est modifié. L'Angleterre a pris une part de plus en plus active aux études bibliques. L'Allemagne a poursuivi sans interruption, avec une patience inlassable, l'œuvre de ses savants . du dix-huitième siècle. Aussi a-t-elle maintenant en exégèse, en théologie, en histoire ecclésiastique, la tradition scolaire la plus continue, la plus riche en hommes et en œuvres.

Tels sont les faits qui déterminent les conditions de la culture ecclésiastique, à notre époque. Ils rendent indispensable la connaissance des langues vivantes. Il faut le dire sans ambages : une culture ecclésiastique complète, fondée sur l'exégèse et la théologie positive, est absolument impossible si l'on fait abstraction des travaux étrangers. De là un surcroît de travail qu'il est permis de regretter, mais qu'il faut s'imposer. Pourquoi trouverions-nous trop lourde une nécessité qui est acceptée par les Allemands et par les Anglais ?

Sans doute, il s'en faut de beaucoup que tout le travail ainsi fait à l'étranger soit définitif : l'esprit de système, les préjugés protestants, la recherche de la nouveauté pour elle-même, y sont trop faciles à discerner. M«' Duchesne disait, il y a quelques mois : « On est revenu des systèmes « insensés dontTubingue eut la primeur ; d'autres, il est vrai, « les ont remplacés, car le cerveau humain est toujours fé- « cond en inventions bizarres... Je me sens une égale hor- « reur pour la niaiserie de certains systèmes et pour celle « de certaines légendes. Je crois même que, s'il fallait choi- « sir, les légendes, où il y a au moins un peu de poésie et « d'âme populaire, auraient encore ma préférence. » Les manies et les travers fustigés ici par M«' Duchesne ne sont que trop réels. Mais gardons-nous d'un défaut opposé, qui consisterait à nous réfugier dans l'inertie, à ignorer les ouvrages étrangers, sous prétexte que tout n'y est pas parfait.

Il vaut mieux, de bonne grâce, reconnaître le travail énorme qui a été fait, en ces matières, depuis un siècle. Ce ne sont pas seulement des résultats qui ont été acquis, ce

sont des méthodes nouvelles qui ont été créées. Pour connaître les procédés d'investigation les plus délicats et les plus pénétrants de la critique moderne, il faut étudier l'application qui en a été faite aux sciences religieuses, en Allemagne et en Angleterre. C'est en s'inspirant de ces méthodes, en les utilisant avec une précision de plus en plus grande que les catholiques peuvent faire avancer la démonstration de leur foi, et, chemin faisant, rectifier certaines conclusions de la science protestante. A ce sujet, je ne saurais oublier l'avis de notre doyen très regretté, le R. P. Guillermin. A un des derniers conseils auquel il assista, ce maître de la théologie scolastique nous dit, avec sa sincérité ordinaire, que s'il lui était donné de recommencer sa carrière, il accorderait la plus large attention à la théologie positive. Tant il avait un sentiment profond des nécessités de l'heure présente.

Vous me dispenserez. Messieurs, de vous montrer par des exemples, par une bibliographie sommaire, que la lecture des livres étrangers est indispensable à l'exégète, au théologien et à l'historien de l'Église. J'aime mieux invoquer, à cet égard, le témoignage de nos étudiants en théologie. En suivant le plan d'études qui est dû à l'initiative si éclairée et si féconde de M" le Recteur, c'est chaque jour qu'ils constatent la nécessité absolue de recourir aux travaux étrangers.

Chez la plupart d'entre eux, cette constatation ne va pas sans un vif regret. Très rares, il est vrai, sont ceux qui n'ont appris aucune langue vivante durant leurs années de collège. Mais nombreux sont ceux qui, pendant leur grand Séminaire, ont perdu de vue leurs livres anglais et allemands. Négligence très fâcheuse, car arrivés à l'Institut ils doivent, à grand'peine, apprendre de nouveau un rudiment qu'ils auraient pu très facilement ne pas oublier. De là une grande augmentation de travail et une diminution du temps disponible pour la théologie. En revanche, les étudiants qui, à leur arrivée à l'Institut, ont un usage suffisant des langues vivantes sont une infime minorité, dont la con-

APPENDICE. di5

dition privilégiée ne fait que souligner l'embarras et le surmenage des autres.

Messieurs, si je vous signale ces faits, c'est sur le désir de plusieurs de nos étudiants. En bons camarades, ils désireraient que ces expériences pénibles fussent évitées à ceux qui viendront après eux. Mais la question est plus haute. Il faut renoncer à voiries études religieuses se développer, comme il convient, dans le clergé, tant que l'enseignement des langues vivantes ne sera pas mieux organisé. On se plaint du petit nombre des vocations scientifiques dans le clergé. Comment en serait-il autrement? Les volontaires, ne manqueraient pas ; mais ils sont découragés dès le début de la carrière, parce qu'il leur faudrait sacrifier plusieurs années pour la seule acquisition des instruments de travail et avant tout des langues vivantes. Sans aucun doute, les recrues seraient plus nombreuses si les étudiants arrivaient mieux préparés dans les Instituts.

D'ailleurs, parmi nous, ce ne sont pas seulement les travailleurs qui gagneront à mieux connaître l'étranger. Les hommes d'œuvre auront beaucoup à apprendre de l'expérience des divers pays catholiques. A l'heure actuelle, si pleine de difficultés pour l'Église de France, c'est une consolation et un réconfort de regarder vers les pays où l'Église est forte et conquérante. N'apprenions-nous pas, ces jours derniers, qu'à l'assemblée plénière de nos évêques avait été soumis un mémoire sur le fonctionnement des Associations cultuelles en Allemagne? Cette manifestation de la solidarité catholique ne restera pas probablement isolée. Nos voisins de l'Est ont connu aussi des temps d'épreuve. Grâce à leur énergie et à leur union, ils en sont sortis victorieux. Les moyens qu'ils ont employés peuvent, avec les adaptations convenables, se montrer aussi bienfaisants chez nous. Ils se ramènent tous à l'apostolat social, à la collaboration intime du clergé à l'émancipation économique et sociale du peuple. Mais cet apostolat constitue toute une science dont il me suffira de dire que nos voisins en ont une codification très sûre dans ses principes, et une pra-

tique victorieuse dans l'action. Peut-être avons-nous beaucoup à apprendre d'eux en ces matières. Et ici je voudrais céder la parole à un de nos jeunes théologiens que je vois dans cet auditoire. Il vous dirait l'impression inoubliable qu'il a gardée d'une visite faite par lui, les vacances dernières, à Mûnchen-Gladbach, au bureau central du Volksverein, l'Association populaire qui est une des forces principales de l'Allemagne catholique.

Après cela, Messieurs, ce n'est pas devant vous que j'aurai à me laver du reproche de poursuivre la germanisation du pays. Une pensée aussi ridicule ne vous viendra pas à l'esprit. Si j'en juge par mon expérience, un voyage en Allemagne est surtout instructif et bienfaisant parce qu'on en revient plus Français qu'avant. Un méridional avisé, le sire de Montaigne, a dit qu'il est bienfaisant « de frotter sa cervelle contre celle d'autrui ». Dans un voyage, la comparaison, qui est l'âme de la critique et du jugement, produit ses bons effets ordinaires. Mis en présence d'une société très différente de la nôtre, on apprécie mieux nos qualités et nos défauts. Comparé à l'Allemand, le Français apparaît alors comme un propriétaire très riche qui gaspille follement tous ses biens ei surtout ceux de l'àme. S'il avait seulement une petite partie de la sagesse pratique de son voisin, de cet art de ne rien perdre des avantages accordés par la Providence, il aurait en ce monde une fortune sans rivale et une situation invincible. Reconnaître ces faits, ce n'est pas se diminuer, mais s'assurer la récompense promise à ceux qui se convertissent et qui vivent.

Messieurs, la situation que nous venons d'envisager est de celles qui comportent des remèdes faciles. Pour l'améliorer, il suffirait de fortifier l'étude des langues vivantes dans les collèges et de généraliser la pratique en vigueur dans certains grands Séminaires. Les directeurs y permettent et même recommandent aux élèves qui en ont les moyens, de se servir d'un commentaire de la Bible, d'un livre d'apologétique ou d'histoire, écrit dans une langue étrangère. Ce procédé très simple suffit ^entretenir et même

à développer des connaissances aujourd'hui indispensables. Mais il y a plus. Chacun de nous peut, à l'occasion, donner un bon conseil, dire au jeune homme bien intentionné mais encore peu averti, qu'il importe de ne rien oublier et cbmbien il serait fâcheux que le grand Séminaire vît s'évanouir des connaissances si laborieusement acquises au collège.

Je termine. Il appartient aux membres de V Alliance et à ceux de l'Association nouvellement fondée entre les directeurs de grands Séminaires de prendre des résolutions pratiques et immédiatement réalisables. Mais peut-être vous appartient-il. Messieurs, à vous qui comptez dans vos rangs des professeurs de grands et de petits Séminaires, de dire votre mot et de provoquer un échange de vues sur ces questions.

Ce qui subsiste de la liberté d'enseignement supérieur, p. 3.

— Évolution de l'enseignementt des Facultés dans le sens technique, 4. — Écoles supérieures créées par les chambres de commerce, 6. — Ecole normale ecclésiastique, 7.

— Relations possibles d'une semblable école avec les Grands Séminaires, 10. — La controverse allemande sur les Universités et les Grands Séminaires, IL— Commentée dualisme se résout en France, 13. — École pratique de recherches scientifiques, 15. — L'hospitalité du travail, 20. — Le progrès des sciences sacrées, 21.

Souvenir de l'inauguration de notre Faculté de théologie, p. 25. — Souvenir de la vieille Sorbonne, 27. — Activité et physionomie de notre Institut, 28. — En quoi l'éducation intellectuelle d'un étudiant de Grand Séminaire peut être complétée, 31. — La méthode de rediscovery, 33. — La licence ès-lettres, son caractère scolaire, 35. — Avantages des certificats scientifiques, 36. — Le travail historique, 38. — La philologie scripturaire, 40. — La critique appliquée à la Bible, 42. — Les deux théologies, la spécu-

lative et la positive, 45. — Actualité de la positive, 47 Élan donné par Léon XIII aux sciences sacrées, 50.

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