PARIS (V) V. GIARD & E. BRIÈRE
LIBHA IRES-ÉDITEURS
i6 , Rue Soutllot et la, rue Touiller 19"
AVANT-PROPOS
Au moment où on se plaît tant à dénaturer la pensée socialiste, où Ion se fait un malin plaisir de déformer nos doctrines et de caricaturer nos théories, nous avons cru qu'il était opportun de réunir et de publier les éloquents et instructifs discours prononcés par notre ami Jules Guesde aux Congrès nationaux de Limoges (i g 06), Nancy {igoy), Saint-Étienne {igog) et Paris (igio), sur le Syndicalisme, Z'Anti-Patriotisme, la Question agraire et la Coopération.
Trop souvent, lorsque Von expose ces questions dans les milieux ouvriers ou paysans qui nous ignorent, on abuse de la confiance du monde du travail pour le tromper et le duper.
Mais comme nous nous sommes toujours refusé de prendre à notre compte des conceptions qui sont à l'opposé des nôtres, comme nous ne voulons pas que l'action de notre parti soit mêlée et confondue avec des actions à côté, qui nont rien de socialiste, nous obligeant ainsi à supporter des responsabilités que nous n'avons en rien encourues, il est nécessaire de Vaffirmer le plus hautement possible et de le proclamer par les plus paissants moyens à notre disposition.
De là, notre résolution de publier ce petit opuscule, dont Vutilité se faisait si impérieusement sentir, et que nous voudrions voir dans toutes les mains: aussi
QDBST. d'hier et d'aUJ. I
bien dans celles de nos camarades que dans celles de noS adversaires, persuadé qu'ils en feront tous leur profit.
Du reste, Guesde a ceci de particulier, c'est que s'il est toujours lui-même: aussi précis et aussi net. soit qu'il parle, soit qu'il écrive, il a encore en plus cet avantage, c'est que ses discours ne perdent pas plus à être lus qu'à être entendus. Chose assez rare par le temps qui court !
La phrase alerte et vive, concise et claire, rend sa pensée avec une caractéristique et particulière netteté faisant saisir sans difficulté et comprendre sans effort les exposés les plus arides et les plus ardus.
Qu'il traite du sj-ndicalisme. de sa valeur propre, c'est-à-dire de ce que Von peut en retirer et de ce qu'il ne pourra Jamais donner; qu'avec sa logique naturelle il réfute et rétorque les sophismes si simples, si naïfs et par cela si attrayants des néo-anti-patriotes; qu'en pleine possession de toute la doctrine marxiste, il analyse avec un soin minutieux quelle doit être notre attitude visà-vis de la paysannerie française et nous mettre en garde contre tout ce qui pourrait gêner notre recrutement chez les ruraux ; qu'il nous signale tous les dangers de la coopération envisagée comme une institution ayant une valeur socialiste en elle-même et considérée comme l'embryon de la société de demain, Guesde, puissant dialecticien au jugement ferme et lucide, qui voit Juste et loin, apporte toujours d'indiscutables arguments étajyés par de fortes raisons dont il tire de lumineuses et concluantes déductions.
Aussi, suis-je heureux de présenter au public cette bonne et substantielle brochure, que personne ne feuillettera inutilement, et dont la lecture éclairera bien des cerveaux et éveillera bien des consciences.
COMPÈRE-MOREL
QUESTIONS DMJIi:ii ET DWLJOLlRD'llUI
LE REFORMISME BOURGEOIS
Jules Guesde. — Quelques mots seulement. Moi aussi, comme Jaurès, comme tout le parti socialiste, car nous sommes unanimes sur ce point et sur les autres, je ne crains pas la réalisation des réformes inscrites au programme radical. Je dis que le devoir du parti socialiste, un de ses devoirs dans la Chambre, est de mettre en demeure cette dernière fraction de la bourgeoisie, aujourd'hui maîtresse de la République, de tenir la parole qu'elle a donnée aux travailleurs depuis un certain nombre d'années. Je ne crains pas les réformes idéalisées, parce que ces réformes, comme le disait Jaurès et comme le disait Sembat, c'est autant d'armes nouvelles qui vont s'ajouter à l'arsenal dont dispose déjà le prolétariat en bataille. Des réformes, donnez-nous-en; nous n'avons pas cessé d'en réclamer depuis que s'est constituée la France ouvrière en parti de classe. Mais plus nous vous en avons demandé et moins vous nous en avez accordé. Loin de redouter les réformes nous pousserons et nous devons pousser à leur accomplissement. Nous devons y pousser,