I. An banquet du Parti, juin 190G. Extrait de VHnmnnilc
non seulement parce qu'elles sont des moyens de lutte nouveaux s'ajoutant aux moyens de lutte d'aujourd'hui, mais parce que plus tôt ces réformes seront devenues dt>s réalités et plus tôt s'ouvrira la faillite du programme radical. (Applaudissements.) Parce qu'au bout de ces réformes jetées à pleines mains, de ces réformes devenues vivantes il y aura le prolétariat, le môme prolétai-iat, également écrasé, exploité, volé, assassiné et qu'il se rendra compte alors, non plus dans une minorité consciente, mais dans sa majorité obligée, de s'incliner devant la leçon des faits, qu'il ny a qu'une solution unique au problème unique de la misère et de la servitude du travail : c'est l'expropriation de la classe capitaliste. (^pp/a«rfissemen«s.) et l'appropriation sociale des moyens de production.
Mais si nous pouvons considérer comme une victoire cette faillite du programme radical, résultant du fait même que le parti radical n'aura pas fait faillite à son programme, nous avons le droit d'envisager une autre forme de faillite qui est, sinon une nécessité, au moins une possibilité, j'allais dire une probabilité: je veux parler du parti radical, devenu le gérant de la classe et des intérêts capitalistes, et comme tel devenu incapable, malgré la majorité qu'il possède au Parlement, de mettre sur le chantier ses propres projets de réformes. Et il ne ferait.dansce cas, que ce qu'ont fait avant lui les autres partis politiques bourgeois, lorsque, de minorité, ils sont devenus majorité, et lorsque, de l'opposition, ils sont passés au gouvernement.
Je me rappelle — car je suis de ceux qui. avec Allemane. ont lutté contre l'Empire au nom de la République tout court — je me rappelle qu'à ce moment-là il y avait un parti républicain avec .Iules Ferry, avec Jules Simon, et d'autres qui arborait un programme de « destructions nécessaires ». A détruire, le budget des cultes ! A détruire, l'armée permanente ! Et Gambetta y ajoutait : la suppression de tous les privilèges et de tous les monopoles, qu'il appelait des « primes à l'oisiveté ». Or, de ces promesses, ilont on avait besoin pour mettre le peuple de son côté, quest-il resté, lorsque la bourgeoisie républicaine a été portée au [louvoir par une Révolution populaire ? Qu'a fait la République succédant à 1 Empire, du programme
deBcUeville de Gambetta, du programme de Jules Ferry? J'emploierai une expression banale : on s'est simplement « assis dessus ». (Applaudissements.)
Est-ce à dire que j'accuse les Jules Ferry, les Jules Simon ou les Gambetta d'avoir sciemment et volontairement laissé protester leur parole ? Nullement. Nous n'accusons jamais les hommes, nous autres; mais nous disons (jue. prisonniers de leur classe, les reformateurs bourgeois ne s'appartiennent pas, qu'ils peuvent voir et signaler les transformations possibles théoriquement, mais que, aussitôt le gouvernement en main, ils ne l»euvent pas agir, parce que les intérêts de la bourgeoisie qu'ils représentent et dont ils ont la garde, se dressent comme une barrière infranchissable contre toute marche en avant. (Applaudissements.)
Et alors, en homme d'expérience, pour qui le passé existe et ne peut pas ne pas découvrir, en partie du moins, l'avenir, j'ai le droit et le devoir d'admettre, abouticomme une éventualité, que les radicaux d'aujourd'hui ront à la même banqueroute frauduleuse que les républicains de la fin de l'Empire.
Ce n'est d'ailleurs pas seulement l'expérience de 1868- 1884 qui me permet une pareille hypothèse : c'est la réalité présente. Est-ce que, depuis que le radicalisme est en hausse, depuis qu'il est plus ou moins au gouvernement, en attendant d'y être complètement, est-ce que les prolétaires, en général, est-ce que les organisations syndicales, est-ce que les travailleurs en grève ont constaté une détente dans l'hostilité dont ils étaient l'objet sous Dupuy ou sous iMéline ? Allons donc ! Jamais on n'a usé et abusé, comme depuis cette époque, contre la classe ouvrière des puissances de compression, policière, militaire et judiciaire ; jamais les lois scélérates n'ont été plus fréquemment appliquées ; jamais, d'autre part, au point de vue extérieur, on n'a fait le k jeu de la réaction » avec un cynisme plus révoltant. (Approbation.) Tout à l'heure, le délégué du i>arti socialiste révolutionnaire russe nous a dit l'œuvre épouvantable à laquelle on avait associé la République, qu'on avait osé commettre au nom de la République, au nom du pays de la Révolution. Il y avait
là-bas. en Russie, un peuple debout, convpquc légalement par la volonté du souverain dans une Assemblée, incom- I)lèle sans doute, mais première ébauche dune représentation nationale ; et alors que le peuple russe se servait de cet inslruinent insullisant i)Our sa libération au moins partielle, contre lui, pour vu finiraveclui, le tsarisme aux abois a lait appel, non pas comme la monarchie française le l'ancien régime aux armées de l'Europe coalisée, mais aux capitaux complices de l'Europe monarchique et bourgeoise. Et qui a, des premiers et plus abondamment répondu, en envoyant des centaines de millions au service de la pire des réactions ? Ça été le parti radical, le gouvernement des Sarrien, des Clemenceau, des Briand (Vifs applaiidinsements). .. interyenainl à coups d'argent contre le i^^cj russe, comme lEurope féodale intervenait à coups de fusil et de canon contre le 1^/89 français, il y a un siècle. Et tout cela, pourquoi? Non pas par amour pour la réaction, mais parce que le monde de la finance domine le parti radical comme tous les autres partis bourgeois, et que la République bourgeoise, quelle qu'elle soit, devra subir la loi capitaliste, tantquelle ne sera pas devenue la République ouvrière et sociale.
Pour faire chanter la République radicale des Clemenceau et des Sarrien, pour l'amener à envoyer un milliard et demi à Saint-Pétersbourg au profit et pour le sauvetage du tsarisme, il a sulli de menacer nos gouvernants de la suspension des intérêts, des arrérages des anciens emprunts russes contractés en France: et pour ne pas mettre contre lui les porteurs français de fonds russes pour plus de 10 milliards, le radicalisme gouvernemental a dû se faire le pire agent de la réaction moscovite.
Eh bien! ce qui se passe ainsi depuis quelques mois, tant au i)oint de vue international qu'au iK)int de vue national, me permet et me commande de croire qu'on ne s'arrêtera pas dans cette voie réactionnaire, qu'on deviendra de plus en plus un gouvernement de résistance, remplaçant les réformes par des violences : et ce sera alors, comme je l'ai dit. pour nos radicaux la banqueroute frauduleuse, non plus de leur programme é[)uisé. mais de leur programme déchiré. (Applaudissements.)
Un autre symptôme de cette banqueroute, c'est la colère du parti radical, de la majorité radicale, à l'idée que le parti socialiste ne consentira plus à monter sur sa galère... Comment ! voilà un parti maître du gouvernement, à qui les dernières élections ont donné une telle majorité parlementaire qu'il peut se passer de tous les concours, de celui de la droite, comme de celui de rextrème-gauche...et au lieu de se mettre immédiatement à lœuvre, il s'en prend au parti socialiste. En vain avonsnous affirmé dans notre unité constitutive que nous entendions rester nous-mêmes ; en vain, au 6 mai, avons-nous engagé la lutte contre tous les partis bourgeois, depuis le plus rouge jusqu'au plus blanc. . {Rires.)SsLns tenir compte de ces faits, il prétend nous faire entrer de force dans sa majorité gouvernementale, nous accusant de trahison envers la République, de manquer au devoir républicain, parce que nous refusons de prendre du service dans ses rangs, de nous atteler à sa politique... Je dis que cette façon de se raccrocher au parti socialiste dénote, de la part du parti radical, la conscience de son prochain naufrage. 11 ne voudrait pas se noyer seul, et pour cela, il nous appelle dans son bateau qui fait eau, qui va couler... Non, messieurs les radicaux, vous ferez naufrage sans nous! (Vifs applaudissements.)