‹ Questions d'hier et d'aujourd'huiChapitre 4 sur 8 · ENCORE LES SYNDICATS · texte numérisé non relu

ENCORE LES SYNDICATS

Jules Guesde. — La question qui se discute icinestpas de savoir si vous maintiendrez entre le parti socialiste français et la Confédération Générale du Travail le statu quo qui, paraît-il. résulterait de la motion votée à Limoges. La question qui se pose devant nous est tout autre : il s'agit, pour le Socialisme français, de dire à Stuttgard comment il comprend les rapports pouvant et devant exister entre l'organisation corporative ou syndicale et l'organisation politique ou socialiste du prolétariat du monde entier. C'est là la seule question que nous ayons à résoudre, et c'est en vue de sa solution que deux motions ont été déposées.

La motion du Cher d'abord, à laquelle j'adresserai le même reproche qu'à la motion relalive au militarisme et aux conflits internationaux qui. votée à Limoges, vient d'être revotée àNancy. Je dis qu'elle est à la fois ambiguë et contradictoire ; elle ne dit rien, c'est tout ce qu'on pourrait en dire de mieux ; quant à sa contradiction, elle est flagrante :

« Le Congrès,

» Convaincu que la classe ouvrière ne pourra s'affranchir pleinement que par la force combinée de l'action politique et de l'action syndicale, par le syndicalisme allant jusqu'à la grève générale, et par la conquête de tout

1. Congrès national de Nancy (1907), extrait du comjjte rendu in extenso.

QI

le pouvoir politique, en vue de l'expropriation générale du capitalisme ;

«Convaincu que cette double action sera d'autant plus elficace que l'orii^anisme politique et l'organisme économique auront leur pleine autonomie, le syndicalisme se proposant le même but que le socialisme. . ., etc.. »

Conclut à la nécessité de combiner ces deux modes d'action, si autonomes et distincts qu'ils doivent rester : Que non pas ! Conclut à ce que, sur son double terrain d'organisation et d'action, le prolétariat continue à s'ignorer, voire à se combattre. . .

Une semblable contradiction suffit à juger une motion que je demande, sans plus m'y attarder, au Congrès de vouloir bien écarter.

Et je passe immédiatement à la deuxième motion, celle de la Dordogne ' , qui tient debout, comme Lagardelle a bien voulu le reconnaître.

La théorie qu'elle résume répond à une longue et uni-

I. Celte motion, qui réunit i^i voix, contre 167 à celle du Cher était ainsi conçue :

Considérant que les Congrès internationaux ont été unanimes à affirmer la nécessité de l'organisation et de lac tion corporative ou syndicale « pour combattre la toule-pnissance du capital et améliorer la situation des ouvriers dans la société actuelle », et qu'ils faisaient un devoir à tous les travailleurs « d'appartenir au syndicat de leur profession» ;

Considérant qu'en même temps que la nécessité de cette organisation et de cette action corporative ou syndicale, les mêmes Congrès ont unanimement affirmé qu'elle <\ ne saurait suffire à l'émancipation de la classe laborieuse », qu'elle « ne saurait supprimer, mais seulement atténuer l'exploitatiou capitaliste », que « l'exploitation des ouvriers ne prendra fin que lorsque la société elle-même aura pris possession de tous les moyens de production, et que celte socialisalion est subordonnée à la conquête du pouvoir publique par les travailleurs organisés en parti politique de classe» ;

Considérant, d'autre part, que c'est la mèrno classe qui, pour l'amélioration de ses conditions de travail cl de vie et pour son affranchissement intégral, est appelée à s'organiser et à agir sur le terrain corporatif et sur le terrain politique, et que ces deux modes d'organisation et d'action, pour distincts qu'ils doivent rester, ne sauraient s'ignorer et se contrecarrer sans diviser mortellement le prolétariat contre lui-même ;

Le Congrès décide qu'il y a lieu de pourvoir à ce que, selon les circonstances, l'action syndicale et l'action politique des travailleurs puissent se concerter et se combiner nationalementel internationalement.

versello pratique, dont elle est née. Cette façon d'envisager et de mener l'action du prolétariat en marclie vers sa Kévolution a pour elle (|uelque chose qui, pour ne pas peser d'un p^rand poids dans la balance de Lagardelle, n'en constitue pas moins. j)0ur moi et pour beaucoup de nos camarades, un argument d'une force extrême ; elle coïn'cide avec la manière de voir et avec la manière de faire du socialisme et du syndicalisme ilu monde entier. Il se peut, je le répète, qu'une pareille considération soitd'ordre absolument secondaire pour Lagardelle, libre de penser que l'accord avec Lagardelle vaut mieux que l'accord avec les [)rolétaires des Deux Mondes, c'est une appréciation personnelle dans lequelle jen'ai pas à entrer.

Et, étant donné que notre conception se tient (de l'action syndicale et de l'action politique, ainsi que de leurs rapports nécessaires), je voudrais répondre aux objections qui lui ont été adressées. On a dit qu'elle pouvait être vraie il y a un certain nombre d'années, mais qu'aujourd'hui elle est surannée, « vieux jeu »... Nous assistons, de temps à autre, à propos du socialisme, de sa méthode et de sa tactique, à des découvertes de ce genre. On nous expose doctoralement que, bon autrefois, ce socialisme qui a mis debout le monde ouvrier, ne correspond plus à la situation présente ; qu'il a vieilli, et doit faire place au socialisme « nouvelle manière ». Et quand nous analysons ce socialisme soi-disant nouveau, avec l'arsenal pi'étendu supérieur qu'il apporterait à la classe ouvrière et au parti, que trouvons-nous ? Des mots ou rien, je le démontrerai tout à l'heure. Lagai'delle, lui, a aflirmé que dans le mouvement ouvrier syndical, qu'il a appelé syndicalisme, que je continuerai à appeler syndical, il y avait tous les éléments de l'affranchissement ouvrier, et qu'il n'y avait que là les élémenlsde cet affranchissement; que là seulement était, en même temps que l'arme nécessaire, l'arme sullisante pour frapper à mort la société d'aujourd'hui.

J'aurais pu, quand il parlait ainsi, lui demander dans une interruption quelle était cette arme. Il aurait peutêtre été embarrassé pour me la fournir, ou, s'il me l'avait fournie, je n'aurais pas été embarrassé, moi, pour la bri-

scr comme un simple pistolet île paille ou un simple sabre de bois.

Nous avons dit autrefois, comme nous disons aujourd'hui, et je prétends que c'est vrai aujourd'hui comme c'était vrai autrefois, que le prolétariat iloit s'ore^aniser professionnellenuMit. par nuHiers ; qu il lui faut se former en syndicats ; que c'est là une condition, non seulement <ramélioration de sa situation actuelle, mais de transforuuilion i)our la société. Nous n'avons jamais, à aucun moment, même quand je critiquais le plus violemment les trades-unions d'Angleterre, varié à cet égard. Lagardelle parlait de mon attitude à l'égard des syndicats français à leur début. Je ne faisais pas, à ce moment, leur procès aux syndicats français: si Lagardelle était moins jeune — et je le félicite, d'ailleurs, de ne pas partager ma trop longue expérience — il se rappellerait que si Vaillant et ses amis dénonçaient en 1876 le Congrès corporatif ou syndical de la salle d'Arras comme une espèce d'incorporation du prolétariat français à la société bourgeoise, moi, au conti'aire, je voyais et saluais, dans ce premier Congrès ouvrier, le point de départ ou l'embryon d'une organisation de classe. Je n'ai pas voulu me séparer des syndiqués d'alors, quoi qu'ils en fussent encoi'e au balbutiement, et quoique, [)risonnicrs de la coopération bourgeoise, ils allassent jusqu'à [)roscrire la grève. Je me suis obstinément refusé à constituer un mouvement socialiste en dehors du mouvement ouvrier quel qu'il fût, et, dans les congrès successifs du prolétariat syndical français, c'est en collaborateurs que nous sommes intervenus, dès Lyon, où s'affirmaient une poignée des nôtres, puis à Marseille, au Havre, etc., oii,à côté des chambres syndicales, figuraient nos groupes d'études sociales et d'action politique...

Mais, comme Renard vous l'expliquait tout à l'heure, si au début les deux mouvements, cor})oratif ou syndical et socialiste ou politique, ont pu et dû se confondre, c'est que les éléments qui entraient dans les deux organisations étaient si faibles, si peu nombreux, qu'il n'y avait pas place pour ce qu'il a si justement aj)pelé la division du travail. Division qui devait se produire au fur et à

mesure du (iéveloj)pement des deux mouvements. C'est ainsi — pour ne parler que de l'orijfanisation socialiste à laquelle j'appartenais. — qu'à cùlc du P. O. F. on a vu se l'oriner et fonctionner dès 1886 la Fédération nationale des Syndicats et Groupes corporatifs ouvriers de France EHel de la division du travail qui s'imposait, sans que pour cela, pai'ce (jue le travail se divise, il n'y ait pas lieu à cooi-dination. (^uand le travail industriel exécuté par le petit atelier d'autrefois, dans lequel toutes les opérations étaient faites sur place, quelquefois par le même ouvrier, a dû, par suite de son extension, être réparti entre une série d'ateliers divers, avec un personnel distinct, est-ce que pour cela on a rompu tout lien, toute entente et toute combinaison entre les éléments divisés de la production ainsi agrandie ? C'est le contraire, camarade Lagardelle, qui s'est produit. Une concentration nouvelle naissait de cette division du travail. Et ce que nous demandons, nous, c'est que la division du travail, appliquée à l'organisation et à laction de la classe ouvrière, donne également lieu à une «oncentration ouvrière. (Applaudissements . )

C'est ce que dit la résolution de la Dordogne, c'est ce qu'ont toujours dit toutes les résolutions de nos congrès internationaux ((ui, après avoir déterminé comme nous ce que peut et ce que ne peut [)as l'organisation syndicale, ont conclu, comme nous, que, i)our l'alVrancliissement de la classe ouvrière, elle doit être doublée d'une organisation politique de classe. Que ces congrès «retardent» eux aussi, qu'ils aient été «dé[)assés », c'est entendu. Mais j'attends toujours que nos « novateurs », qui vont ré[)étant que le syndicat se sufïit à lui-même, que de l'action syndicale peut et doit sui'gir la Révolution sociale, j'attends toujours qu'ils nousexpliquent comment, avec les seules armes dont ils disposent et qui leur sont imposées par leur nature propre, les syndicats arriveront jamais à transformer la propriété, condition essentielle du monde nouveau.

Rt (piils ne m'objectent pas la grève générale, ou je serais obligé de rappeler à nos syndicalistes — ainsi qu'ils se dénomment — que si elle a été opposée au bulletin de

vote, c'est surtout contre toute solution insurrectionnelle que la grève générale a été inventée !

l'cUoutier écrivait que le '( peuple n'avait jamais acquis aucun avantage aux révolutions sanglantes dont ont seuls bénéiicié les agitateurs et la bourgeoisie ; qu'en ))résence d'ailleurs de la puissance militaire mise au service du cai)ital. une insurrection à main armée n'offrirait aux classes dirigeantes qu'une occasion nouvelle d'étoutler les revendications sociales dans le sang des travailleurs ».

Ce sont les termes mêmes de la résolution par lui présentée — et votée au Congrès de Tours de 1892 — et il concluait <( que parmi les moyens pacifiques et légaux inconsciemment accordés au parti ouvrier pour faire triompher ses légitimes aspirations, il en était un qui doit hâter la transformation économique et assurer, sans réaction possible, le succès du quatrième-Hytat ; que ce moyen est la suspension universelle et simultanée de la force productrice, c'est-à-dire la grève générale, qui, même limitée à une période relativement restreinte, conduirait infailliblement le parti ouvrier au triomphe des revendications formulées dans son programme ».

Donc, pas de révolution violente, toujours présentée par nous comme une nécessité : c'est à la fois dangereux et inutile, la légalité sutlisant ! Et le bulletin de vote, c'est trop long, ajoutait Pelloutier. Et moi, je répondais à Pelloutier que si, en ell'et. le bulletin de vote était un moyen bien trop long, dont ne se contenterait pas mon impatience, le refus général du travail était un moyen de beaucoup plus long encore, puisque, électoralement. il sulïirail d'une ma/'ort<é ouvrière consciente pour s'emparer du pouvoir politique et le faire servir à l'expropriation de la classe capitaliste, alors que pour la grève générale, telle qu'il la voulait, ilfallaitla o-enerrt/f7e des travailleurs, une majorité sortie des usines devant l'encontrer contre elle, avec la minorité qui continuerait à travailler, les paysans exaspérés de ne pouvoir écouler ou vendre leurs produits, joignant leurs fourches et leurs fusils de chasse aux lebels de l'armée dite nationale.

C'est que, contrairement à ce que d'aucuns prétendent, je n'ai jamais subordonné l'émancipation du prolétariat à

«on avt'niMiu'ut ck'ctoi'iil ou létral. Jamais je n'ai laissé croire une seule minute aux travailleurs, soit dans ma propagande générale, soitdans les campagnes à l'appui de candidature posée par des camarades. t[uc le bulletin de vole pouvait sullire à les aiVranchir. L'année dernière encore, a Houhaix, pendant toute la période électorale, j'ai été ré[)étant que les élections ne sont qu'un moyen d'organiser le prolétariat : ce sont ses grandes manœuvres. Il prend, là. conscience et mesure de sa l'oi'ce, en même temps qu'il se rap[)roclie de la position qu'il doit emporter, jusqu'à ce que, sous une poussée de deux, de trois, de quatre millions de voix, plein de confiance en • lui-même, il donne le coup d'épaule final, faisant jouer son droit à l'insurrection, accomplissant sa révolution inéluctable. Ce langage, je lai tenu partout et toujours. (Applaudissements.)

Ce n'est pas à moi, i)ar suite, que s'adresse le reproche de Lagardelle. de laisser miroiter aux yeux des ouvriers et des paysans qu'ils pourront se libérer en « bien votant ». Cette illusion-là, je ne l'ai jamais ni partagée, ni fait partager par personne. J'ai soufflé dessus en toutes circonstances, et c'est pourquoi il y a eu, à plusieurs reprises et pendant bien longtemps, plus que des malentendus, des froids sibériens entre ceux des nôtres qui se réclamaient de la démocratie, ne voyant dans le socialisme que le couronnement de l'évolution républicaine, et moi, qui ne voyais au contraire, dans la lutte politique à coups de bulletins, qu'une i)réparation. un entraînement à la lutte à coups de fusil. {Applaudissements sur certains bancs.)

Si je continue à demander au syndicalisme qui se suflit à lui-même et fait fi du socialisme comme n'ayant plus aujourd'hui qu'une raison d'être électorale, quels sont, en dehors de la grève générale, ses moyens d'action, après avoir donné la parole à Pelloutier, c'est à Latapie que je m'adresserai. Et voici textuellement sa réponse :

« Le syndicalisme emploie pour arriver à ses fins — qui ne sont plus seulement la défense ouvrière, l'amélio- ^ ration des conditions ouvrières ; vous avez dit, Lagardelle, qu'il s'agissait de l'attranchissement du travail, de la société nouvelle à instaurer — il emploie pour arriver à ,

ses fins... le boycottage, le sabotage, les grèves partielles. »

Telles sont les armes — vos seules armes — avec lesquelles vous avez la prétention de transformer la propriété et la société ! C'est avec cela que vous enltMulez faire léconoinie (le la conquête île IKlat. énclouci' ses canons braqués contre vous et empêcher de i)arlir, contre les travailleurs, les fusils d'autres travailleurs déguisés momentanément en soldats ! N'est-ce pas souverainement ridicule ? Kt pourtant, vous n'avez pas autre chose au fond de votre arsenal.

Mais vous-même, m'avez-vous dit — et je ne l'ai pas oublié — que demain, par un coup de baguette magique, le pouvoir tombe entre vos mains, êtes-vous sur, au moyeu de cet Etat, instrument d'oppression, et non de libération, de pouvoir opérer la transformation sociale ?

Depuis quand, Lagardelle, m avez-vous entendu soutenir que si, par miracle, une poignée de socialistes arrivaient à mettre la main sur le gouvernement.ils suffiraient à adranchir, en dehors d'elle-même, la France ouvrière et paysanne ? Est-ce que toute notre propagande, depuis plus de trente ans, ne proteste pas contre une pareille présomption? Que faisons-nous — on peut dire exclusivement — depuis la Commune ? N est-ce pas organiser, organiser encore, organiser toujours, non seulement ceux de l'usine, mais ceux de la terre, en vue précisément de ce moment psychologique, convaincus comme nous le' sommes que ce n'est que dans la mesure où la conscience socialiste aura été éveillée, où le monde du travail se sera organisé professionnellement, que pourra aboutir le mouvement révolutionnaire ? Non seulement nous avons toujours pensé et parlé de la sorte, mais, sinon la motion forcément écourtée de la; Dordogne, du moins la motion plus explicite du Nord, à Limoges, l'année dernière, déclarait expressément que le passage de la société capitaliste à la société socialiste s'opérera d'autant plus vite et d'autant plus facilement que « la classe ouvrière sera plus puissamment constituée par métier et habituée ainsi à l'action commune ».

Représentez-vous tous les ouvriers mineurs groupés en

un vaste et unique syndicat, d'autres syndicats, correspondant aux difterentes branches du travail industriel, commercial et agricole, englobant de môme la totalité des ouvriers du métier, et voyez comment, maîtres de l'État, il devient possible, du jour au lendemain, d'en finir avec la propriété capitaliste, nationalisée ou socialisée et remise pour son exploitation aux travailleurs organisés et associés ! Nul doute, j)ar contre, qu'à défaut d'un prolétariat ainsi préparé, tout événement qui nous porterait au pouvoir nous laisserait plus ou moins impuissants. Que voulez-vous ? La Révolution sociale, je ne l'ai pas dans ma poche, — ni vous non plus. Et je n'ai jamais dit aux travailleurs qu'il suffirait, pour qu'elle soit, de remplacer Clemenceau ou Fallières par un des nôtres. Je leur ai toujours dit, au contraire, quelle n'est faisable et qu'elle ne se fera, que dans la mesure où ils sauront, où ils voudront, où ils pourront. . . Donc, de ce côté encore,' votre critique ne porte pas.

Franchissant ensuite la frontière, vous transportant en Angleterre, en Allemagne, etc., vous avez, toujours contre la motion de la Dordogne — et moi je dis, en réalité pour elle — invoqué l'état syndical de ces divers pays. Quinze cent mille Irade-unionistes ici, deux millions de syndiqués là. cela ne compte pas pour vous, pour votre syndicalisme, qui, je le reconnais, n'a rien de commun avec ces formidables organisations ouvrières.

"Votre syndicalisme, celui que vous affirmez contre nous, est d'une espèce toute particulière. 11 se distingue de tout ce qui existe à l'étranger, [)ar ce fait qu'il ne compte pas de syndiqués du tout, ou si peu ! (Protestations.) Je répète que la caractéristique — vous dites, vous, la supériorité — du syndicalisme français, tel que vous le préconisez, c'est qu'il n'a personne derrière lui. Et je le prouve. Si je retranche, par exemple, de la Confédération Générale du Travail, nos 60.000 syndiqués du Nord qui, bien qu'y adhérant, ne sont pas des vôtres et n'attendent ni du sabotage, ni du boycottage, ni de la grève partielle ou générale, lairranchissement du travail ; si je fais la même opération pour la Fédération des chemins de fer, pour la Fédération nationale des mineurs, pour le Textile,

pour la Fédération du livre, pour celle des Mécaniciens,.

Lagaiideixe . — Ils ont tous voté, à Amiens.

Jules Guesdk. — ... qui vient de tenir son Conjijrès à Paris et qui n'est pas avec vous, vous ne l'ignorez pas, que vous restera-t-il comme forces organisées?

Lagakdelle. — Evidemment !

Jules Guesde. — Et comme aucune de ces grandes organisations n'est syndicaliste dans votre sens, la démonstration est faite, par les chiffres, de ce que j'avance: que ce qui classe — et juge — votre syndicalisme dans le mouvement général du monde entier, c'est son absence de syndiqués. [Moiwements dioers, rumeurs.)

Au fond, que peut être l'organisation syndicale et que doit-elle être ? Qu'on le veuille ou non, il s'agit d'intérêts immédiats à défendre en commun, dans l'impossibilité de les défendre isolément. Convaincu que livré à lui-même, la faim qui le talonne et qui talonne les siens l'obligera à passer sous les fourches caudines de l'employeur, l'ouvrier s'entend, s'associe, pour résister, avec ses camarades de même métier. Substituer à la faiblesse individuelle de qui ne possède rien, la force collective de la profession ou de la corporation organisée, à l'efl'et d'être payé plus et de travailKi- moins, telle est la raison d'être du syndicat. Et quand nous poussons le travailleur à y entrer, que ce soit vous, que ce soit nous, le langage que nous lui tenons est le môme. Nous pouvons lui dire encore autre chose, mais nous lui disons surtout que c'est pour résister aux exigences patronales. j)our obtenir de moins mauvaises conditions de travail qu'il lui faut se syndiquer. Si nous n'avions pas cet argumenta l'aire valoir, nous ne pourrions pas songer à l'amener à une association qui entraîne une cotisation et, par suite, une nouvelle privation pour la famille ouvrière...

A cela, en Angleterre, en Allemagne et ailleurs, on a ajouté des assurances contre le chômage et la maladie, des secours en cas de grève, etc. .. On a créé, en un mot, tout un système de mutualités correspondant aux besoins et aux risques ouvriers ; et par le moyen de ces avantages, j)erceptibles aux travailleurs ayant le moins de conscience de classe, on est ai'rivé à mettre debout, sur le terrain

syndical, des prolétariats admirablement organisés et outillés...

Les syndicats, je ne lignore pas, ont encore une autre besogne. Je veux parler des quelques lois misérablement l>rotectrices du travail qui ont pu être arrachées à l'Etat bourgeois et que l'on peut, en général, violer impunément. Contrairement aux lois qui intéressent le capital ou les ca[)italisle.s et dont l'observation est assurée par les pénalités les plus rigoureuses et la plus active des magistratures, il sullit qu'une loi doive profiter à la classe ouvrière pour quelle soit dénuée de toute espèce de sanction. J'ai eu la curiosité, un jour, à la Chambre, de rechercher, par les contraventions intervenues et leurs suites, ce que coûte aux employeurs le crime des crimes auquel ils se livrent couramment, atteignant, à travers la loi, Tenlant, la iemme et lavenir de l'humanité dans la femme, et j'ai pu conclure, sans être démenti, que f attentat leur revenait en moyenne à 3o centimes — le prix d'un intérieur d'omnibus dans Paris. (Exclamations.) Eh bien! de pareilles lois ne pourront être vivantes que dans la mesure où le i)rolélariat, leur donnant sa propre sanction, mettra à leur service sa i'orce syndicale, son organisation et son action cor|)orative; mais pour celte fonction qui lui incombe, comme pour les autres, il faut que le syndicat soit nombreux et tort, il laut que ses portes soient largement ouvei-tes à tous et qu'aucune condition ne soit mise à fadhésion de chacun. On n'a pas le droit de dire à un maçon : tu n'entreras pas dans le syndicat des maçons si tu ne jui*es pas par le syndicalisme de Lagardelle; on n"a ]ias le droit de dire à un métallurgiste ou à un verrier; tu n'entreras pas dans le syndicat des métallurgistes ou des verriers si tu n'e*^ j>as pour le sabotage, si tu n'es pas pour fanlimilitarisme ou ranli[)atriolisme. .. Vous n'avez pas le droit de diviser contre elle-même, par des considérations étrangères, la profession que votre devoir est d'unir, ou si vous le faites, vous aboutissez précisément à ce que je dé[)lore, à ce quej'allirme et que vous niez, à des s(iueletles de syndivats. {Approbation.) Le syndicat ne vaut que dans la mesure où la totalité, où l'immense majorité au mohis des travailleurs du même métier ont

rallié le drapeau, parce qu'alors, pour faire ahoutir leurs reveiulications, ce n'est plus même la «j^rèveiiui s'impose, la menace île la grève suffit. {Applaiidissemenfs.)

Je lisais dernièrement, dans un journal corporatif d'Allemafïne, que lailmirable Fédération des travailleurs en métaux (plus de 3oo.ooo membres !) avait, par la sim|.le menace de la pfrève, fait diminuer de quatre heures et tlemie la semaine de travail, en même temps qu'elle faisait hausser de 2 marks et demi, je crois...

R.vrpopouT. — De 3 marks.

Jules Guesde. — ... le salaire hebdomadaire. Voilà de la véritable action syndicale, sérieuse, celle-là, pas tapageuse ; elle ne se donne [las comme devant transformer la société, mais pour ce qu'elle est et doit être: elle fait les travailleurs plus libres, mieux armés pour leur afl'ranchissement définitif, non pas en abandonnant ou en dédaignant le syndicat, mais en apportant à leur classe, sur le terrain politique, l'appui de leur mieux-être et de leur force accrue.

Et quel inconvénient y a-t-il à ce que toute 1 œuvi'e ouvrière ne s'accomplisse pas dans le même atelier, à ce que les travailleurs disposent de deux ateliers : l'atelier syndical pour la besogne quotidienne de défense et d'amélioration de leurs conditions de vie et de lutte, et l'atelier ou le champ de bataille politique pour la reprise de la propriété au moyen de la prise de fEtat ? {Approbation.)

Il faut revenir à la réalité et cesser de se payer de mots.

Ce n'est pas sur l'Etat, contre l'Etat, que s'exerce l'action syndicale. Non pas que certaines poussées ou pressions ne puissent et ne doivent être ()|>érées. Mais elles constituent de l'action politique, et [)our quelles aboutissent, même partiellement, il faudrait une France syndicale autrement développée que celle à laquelle nous sommes réduits. Comme le faisait, dailleui's, observer Marins André, cette « action directe » — moins le mot — nous en avons toujours été partisans, ayant toujours soutenu que la classe ouvrière n'obtiendrait que ce qu'elle arrachei*ait par la manifestation — avant même femploi — de

sa force. Mais c'est sur le [)alroii, contre lui, que le syndicat est appelé constamment et directement à agir. C'est lui qui est menacé, lui, dont la volonté faisait loi pour les ouvriers isolés et qui est obli<i;é de s'incliner, de laisser passer, partiellement au moins, la volonté ouvrière, lorsqu'il se trouve en présence d'une oi'<2^anisation syndicale sérieuse. Le patron est atteint, mais pas le patronat et encoi'c moins la propriété cai)italiste. Que les travailleurs de Roubaix, par exemple, de succès en succès, arrivent à formuler des revendications telles que M. Motte ne veuille ou ne puisse plus céder, et, quelle que puisse être leur puissance syndicale, tout au plus M. Motte sera-t-il réduit à transporter en Belgique ou en Pologne ses usines ou ses capitaux. Le patronat, lui, subsiste, parce qu'il est une résultante de la propriété capitaliste, qui ne saurait elle-même disparaître qu'avec et après l'Etat bourgeois.

Tant que l'Etat, tant que le ]iouvoir politique sera aux mains de la bourgeoisie, pas de Révolution sociale possible, ([uoi qu'en pense Hervé, qui évoquait « les communes insurrectionnelles » s'emparant des moyens de production. Insurrectionnelle ou non, la Commune est dominée par les canons de l'Etat, et tant que vous n'aurez que la Commune, vous n'aurez rien. Les moyens de production ne feront que passer entre vos mains comme le portemonnaie entre les mains du piek-pocket. appréhendé finalement au corps par le gendarme. (Approbation.)

Ne pouvant toucher ni à l'Etat, ni à la propriété capitaliste, l'action syndicale ne saurait donc suffire à l'éman cipation sociale, comme le voulait Laudier. Peu importe qu'elle se propose le môme but {jue le socialisme, du moment quelle n'est pas en mesure de l'atteindre. Si je n'ai qu'un sabre et que je me propose de m'en servir comme d'un fusil, je n'abattrai pas un ennemi distant de plusieurs mètres. Au prolétariat, qui a les deux armes, à ne pas demander à l'une la portée tle l'autre. Indispensable est l'organisation syndicale. Combien de fois lai-je dit et écrit ! Tout travailleur qui ne rejoint pas son syndicat est un traître à lui-même, à sa tamille et à sa classe, c'est entendu ; mais cela ne veut pas dire qu'après

- ae —

avoir rejoint son syndicat, il ne doive pas rejoindre la section socialiste. (App/audissements.)

Je sais bien que Lagardelle vient dire : « Le parti socialiste, un parti de classe ! que venez-vous nous raconter là ? La classe ouvrière, elle est uniquement dans les syndiques de la mine, du textile, de la métallurgie, etc ' Là seulement se trouve le prolétariat qui doit s'allranchir lui-même... »

Vous avez, Lagardelle, une étrange manière de concevoir les classes dans la société actuelle. Si le prolétariat se composait exclusivement des travailleurs plus particulièrement manuels, il pourrait attendre longtemps encore sa libération, parce que les conditions de l'ordre nouveau sur la nécessité desquelles vous insistiez avec raison' n'existeraient qu'en partie. Ce qui fait que, dès aujouid Imi, la société socialiste est possible, n'attendant pour devenir, que l'effort indispensable des travailleurs s'emparant. au moyen de l'Etat conquis, des instruments et de la matière du travail pour les restituer à la nation c'est que le prolétariat n'est pas limité à ce que vous prétendez c'est qu'il embrasse toutes les activités, les plus cérébrales comme les plus musculaires, ingénieurs, chimistes savants de toute nature, devenus eux aussi de la chair à profits, et en mesure d'assurer le fonctionnement de la production supérieure de demain. (Applaudissements ) Ouvert de droit à tous ceux qui travaillent du bras ou du cerveau, le parti socialiste est essentiellement un parti de classe, plus complet que ne peut l'être le syndicat luimême. Etjajouteque ce n'est pas parce que quelques déserteurs de la classe ennemie, un Lagardelle, un Vaillant, unLafargue, auront pris place dans ses rangs qu'il pourrait perdre pour nous ce caractère de classe et de lutte de classe. (Approbation.) Bien au contraire.

Puisque vous avez parlé d'expérience, puisque vou= avez fait appel à Ihistoire, vous devriez savoir que dans toutes les révolutions s'opèrent des chasses-croisés de cette espèce : d'une part, la classe qui poursuit son affranchissement n'est pas suivie parla totalité de ses membresune partie pousse l'esprit de conservation jusqu'à prendre la défense et à se mettre au serv'-e de la classe contre

QUBST. u'iUEll ET D AUJ.

laiiuello la transformation s'accomplit. D'autre part, de la classe menacée, se détachent des hommes qui lent cause et révolution communes avec la classe en ébullition. . . C'est ainsi qu'en 89 et en 93 nombreux sont les bourgeois, petits et grands, paysans el artisans, qui sont du côté de ce qui restait du monde féodal contre l'avènement révolutionnaire de la bourgeoisie, pendant que, du côté du Tiers chassant du gouvernement Noblesse et Clergé, on trouve non seulement des curés, mais des évêques et des nobles, depuis M. de Mirabeau jusqu'au marquis de Canclaux, qui commandait l'armée des « Bleus » contre les « Blancs » de Cathelineau et de Cliarette, en passant par les de Robespierre et les de Saint- Just... Ce qui s'est produit alors et s'est reproduit depuis, notamment lors de la Commune, s'impose et s'imposera encore...

Ce qui ne veut pas dire que cette introduction d'un élément capitaliste dans un parti ouvrier comme le nôtre ne [)uisse présenter des inconvénients: il y en a dans tout. De même qu'il y a des « jaunes » parmi les ouvriers, traîtres à leur classe pour le profit qu'ils retirent de leur trahison, il peut y avoir, il y a et il y aura des bourgeois venant à nous par intérêt, à mesure que le prolétariat organisé leur paraîtra suffisamment fort pour leur servir de marchepied et les hisser à la Chambre ou au Sénat, en attendant le ministère, comme Briand l'ancien grève-généraliste; mais c'est au parti socialiste à monter la garde à sa propre porte (Approbation), à prendre ses précautions et à ne pas s'ouvrir à des hommes à l'encontre desquels il a raison d'être méfiant. 11 lui faut encore et sui^tout accentuer sa politique de classe aussi bien dans le Parlement que dans le pays.

Vous savez très bien que si a pu prendre corps un syndicalisme prétendu révolutionnaire et en réalité anarchiste, c'est aux socialistes oul^lieux de la lutte de classe que vous le devez. En se confondant avec les paitis bourgeois et en faisant avec eux goiivernemenl commun, ils ont donné lieu ou prétexte à un mouvement ouvrier en dehors du mouvement socialiste, pour ne pas dire contre lui. Et ce n'est que dans la mesure où le parti socialiste faillirait à son devoir tju'il j)ourrait y avoir place à côté de lui pour

une organisation de classe distincte, l'ignorant et ne le connaissant que pour le combattre. Mais qu'il fasse tout son devoir, qu'il reste et lutte sur son terrain de classe, et je répète qu'il çst plus « de classe ))qiie ne [x-ul Vùlvè l'organisation syndicale elle-même.

A ce pro[)os, et puisque vous avez renvoyé notre socialisme à l'école du Congrès d'Amiens, laissez-moi, sans récrimination, vous rappeler certaine thèse que vous auriez pu y entendre développer comme moi, par l'organe du compte rendu oliiciel. Il s'agissait de combattre toute entente et combinaison avec le parti socialiste, et, pour ne pas voter la proposition du Textile, dans 1 intérêt de ta. classe ouvrière on montrait les travailleurs groupés sur le terrain syndical obligés souvent de compter avec une majorité parlementaire qui n'est pas socialiste. Si les camarades — ajoutait-on — qui ont besoin de tous les concours politiques pour obtenir satisfaction s'adressaient au seul parti socialiste, ce serait désastreux pour leur cause... (Exclamations et interruptions.) Ce n'est pas encore par ce syndicalisme-là, on l'avouera, que le mouvement socialiste sera dépassé. Et il correspond à une notable fraction de la G. G. T.

Loin de moi, du reste, toute pensée d'attaques contre la G. G. T., à laquelle j'ai amené encore il n'y a que trois semaines, le camarade Lefebvre peut en témoigner, plus de 7.000 syndiqués du Textile. Et partout où j'ai passé depuis des années j'ai toujours agi de même, disant aux travailleurs : « Il y a actuellement une unité syndicale ou corporative en France ; quels que puissent être les courants qui la divisent ou la dominent, votre devoir est tout tracé, c'est de rejoindre cette unité; vous verrez ensuite, de l'intérieur, en famille, s'il n'y a pas lieu de modifier la tactique employée jusqu'à présent et d'orienter autrement l'action syndicale française. » Est-ce là être ennemi et se comporter en ennemi de la G. G. T. ? {Approbation.)

Mais ce que je reproche, moi, aux anarchistes qui parlent en son nom. qui la traitent comme une propriété à eux, et crient : au voleur ! quand un Marins André, un Roland ou un autre socialiste syndiqué se permet d'accepter une délégation de nos Bourses du Travail, ce

que je leur reproche précisément, c'est d'empêcher le recrutement, le développement de la C. G. T., c'est de faire une campagne tellement à côté, tellement en dehors, tellement mortelle à l'unité corporative qui s'impose, qu'elle laisse en dehors de la G. G. T. non seulement des ouvriers égrenés, mais des masses d'ouvriers syndiqués. Je dis pour finir, camarades, et en revenant au Congrès de Stuttgard, qu'il ne s'agit pas, comme on le prétendait ce matin, d'envoyer prendre livraison, pour en abuser, de la mariée malgré elle que serait la G. G. T,

La C. G. T. n'est j)as en cause. Il s'agit de savoir si vous irez à Stuttgard proclamer, au nom du socialisme français, que le socialisme n'a plus de raison d'être, remplacé qu'il est par un syndicalisme qui veut, lui, un prolétariat divisé dans sa double organisation, syndicale et ^ politique. Là est la question, la seule question, toute la question. Divorcerons-nous, oui ou non, d'avec l'Internationale, passée et présente, qui s'est toujours prononcée pour les deux actions combinées, — en lui apportant, qui plus est, une conception qui n'est pas nôtre ?

Ah! je comprendrais que la C. G. T., remplissant les conditions exigées pour la participation aux Congrès internationaux, et déléguant à Stuttgard Lagardelle, je comprendrais que celui-ci tînt là-bas le langage qu il nous a tenu ici : « Laissez à eux-mêmes, à leur autonomie, les syndicats qui n'ont rien à faire de vous ou avec vous, constituant à eux seuls la véritable oi-ganisation révolutionnaire. Vous nètes, vous, parti socialiste, qu'un parti électoi'al, ramasseur de mandats aujoui-d'hui, ramasseur de portefeuilles demain, »

Mais quici, dans un Congrès du parti, ce soit le parti lui-même qui s'exprime de la sorte sur son compte, en adoptant la motion du Cher qui, sous l'ambiguité des termes, ne dit pas autre chose, c'est ce qu'il me paraît impossible d'admettre.

Ce que je crois être de notre devoir et ce que je vous demande de déclarer, c'est que l'action syndicaleet l'action politique qui s'imposent au prolétariat ne sauraient rester isolées, accomplies ([u'elles sont et doivent être par la même classe qui ne saurait, sans suicide, se [couper en

deux. C'est ce que dit la motion de la ijordogne en concluant qu'il y a lieu de pourvoir à ce que, selon les circonstances, les deux actions puissent se concerter et se combiner nationalcment et internationalement. Dites-le avec elle ici, ou on vous le dira à Stuttsçard '. (Applaudissements.)

1. Le Congrès international de Stuttgard vola, en effet, par 333 voix contre 18, la résolution suivante :

Pour aff'ranchir entièrement le prolétariat des liens du servage intellectuel, politique et économique, la lutte politique et économique sont également nécessaires. Si l'activité du parti socialiste s'exerce surtout dans le domaine de la lutte politique du prolétariat, celle des syndicats s'eierce principalement dans le domaine de la lutte économique de la classe ouvrière. Le parti et les syndicats ont donc une besogne également importante à accomplir dans la lutte d'émancipation prolétarienne.

Chacune des deux organisations a son domaine déterminé par sa nature et dans lequel elle doit régler son action d'une façon absolument indépendante. Mais il y a un domaine toujours grandissant de la lutte de classe prolétarienne, dans lequel on ne peut obtenir d avantages que par laccord et la coopération du parti et des syndicats.

Par conséquent, la lutte prolétarienne sera d'autant mieux engagée et d autant plus fructueuse que les relations entre le syndical et le Parti seront plus étroites, sans compromettre la nécessaire unité du mouvement syndical.

Le Congrès déclare qu'il est dans l'intérêt de la classe ouvrière que, dans tous les pays, des relations étroites soient crées entre les syndicats et le parti, et rendues permanentes.

Le parti et les syndicats doivent s'aider et se soutenir moralement l'un l'autre dans leurs efforts et ne doivent se servir dans leur lutte que des moyens qui puissent aider à l'émancipation du prolétariat. Quand des divergences de vues se manifestent entre les deux organisations sur l'opportunité de certaines méthodes d'application, elles doivent discuter entre elles un accord.

Les syndicats ne rempliront pleinement leur devoir dans la lutte pour l'émancipation des ouvriers que si leurs actes s'inspirent d'un esprit entièrement socialiste. Le parti a le devoir d'aider les syndicats dans leur lutte pour l'élévation et l'amélioration de la condition sociale des travailleurs. Dans son action parlementaire, le parti doit mettre en pleine valeur les revendications syndicales.

Le Congrès déclare que le progrès du mode de production capitaliste, la concentration croissante des moyens de production, l'union croissante des employeurs, la dépendance croissante de» métier* particulier» vis-à-

vis de l'ensemble de la société bourgeoise réduiraient l'orfranisalion syndicale à l'impuissance, si celle-ci se («réoccupait uniquement des intérêts de métiers, se plaçait sur le terrain de l'égoïsme corporatif et admettait la théorie de l'harmonie des intérêts entre le travail et le capital.

Le Congrès est d'avis que les syndicats obtiendront d'autant plus de succès dans la lutte contre la spoliation et l'oppression que leur organisation sera plu» unifiée, que leur système de secours sera plus parfait, que les caisses destinées à la lutte syndicale seront mieux remplies, que leurs adiiércnts auront une plus claire conscience de la conjoncture économique, et que seront plus grands leur enthousiasme et leur esprit de sacrifice inspiré de l'idéal socialiste.

Le Congrès invite tous les syndicats se trouvant dans les conditions prévues par la conférence de Bruxelles 1899, ratifiée par le Congrès de Paris 1900, à se faire représenter aux Congrès internationaux et à se tenir en relation avec le Bureau socialiste international de Hruxelles. Il charge ce dernier de se mettre en rapport avec le Secrétariat international des syndicats à Berlin pour l'échange de tous les renseignements relatifs à l'organisation ouvrière et au mouvement ouvrier.

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