Proposition de la Seine ou Vaillant
Première motion. — Le Congrès confirme à nouveau les résolutions de
scml dcNs fruits de la société d'aujourd'hui et ne disparaîtront qu'avec elle. On peut phraser contre la guerre, on ne saurait la supprimer dans une société basée sur les classes et leur antagonisme. Laissant aux bourgeois philanthropes leur vaine propagande, l'Internationale a constaté que, puisque la guerre est la loi de la société capitaliste, il n'y avait pas à grefler une campagne militariste spéciale sur la campagne générale contre le capitalisme et elle a dit aux travailleurs : si vous voulez la paix, venez au parti socialiste ; il est le seul parti de la paix, le seul qui veuille et puisse la paix. La proposition a été encore repoussée comme contre-révolutionnaire. On a
Congrès internationaux antérieurs : i" pour l'action contre le militarisme et^l'impérialisme qui ne sont autre chose que l'armement organisé de l'Etat pour le maintien de la classe ouvrière sous le joug économique et politique de la classe capitaliste ; 2" pour rappeler à la classe ouvrière de tous les pays qu'un gouvernement ne peut menacer l'indépendance d'une nation étrangère sans attentat contre cette nation, sa classe ouvrière et aussi contre la classe ouvrière internationale; que la nation et sa classe ouvrière menacées ont le droit impérieux de sauvegarder leur indépendance et autonomie contre cet attentat et le droit de compter sur le concours de la classe ouvrière de tous les autres pays ; que la politique antimilitariste et uniquement défensive du parti socialiste lui commande de poursuivre à cet effet le désarmement militaire de la bourgeoisie et l'armement de la classe ouvrière par l'armement général du peuple.
Deuxième motion. — Le Congrès, confirmant les décisions des précédents Congrès internationaux et du Bureau international, considère la solidarité internationale des prolétaires et des socialistes de toutes les nations comme leur premier devoir; leur rappelle qu'au i^r mai ils manifestent chaque année pour elle et sa première conséquence nécessaire, le maintien de la paix internationale ; et, au moment où, en présence de la Révolution russe naissante, du tzarisme aux abois et des impérialismes voisins songeant à le secourir; où, devant les entreprises et pirateries capitalistes et coloniales incessantes, le Bureau internationaltet la Conférence interparlementaire ont dû, avec l'assentiment des paris socialistes d» tous les pays, prendre les dispositions nécessaires pour réunir leurs délégués et les mettre à même, en cas de conflit international menaçant, de décider les mesures pour la prévenir et l'empêcher ; les invite à rendre possible l'effet de ces décisions au moyen de l'organisation ouvrière socialiste nationale et internationale d'une action préparée, ordonnée et combinée, qui mette en chaque pays tout d'abord dans les pays concernés, et suivant les circonstances, en activité toute l'énergie et tout l'effort de la classe ouvrière et du parti socialiste pour la prévention et l'empi'cbement de la guerre par tous les moyens, depuis l'intervention parlementaire, l'agitation publique, les manifestations popnlaires, jusqu'à la grève générale ouvrière et à l'insurrection.
fait remarquer que, si jamais elle avait été admise dans un moment «le folie, en désoriçanisant la défense dans le pays le plus socialiste au profit du pays quiencom|)teraitle moins, ce qu'on aurait assuré, c'est l'écrasement «lu socialisme. Même si des engagements formels pouvaient être pris en vue de cette grève combinée, ce ne pourrait être qu'une duperie réciproque, un grand inconnu ouvert contre la révolution. C'est pourquoi on n'en a pas voulu alors, et pourquoi on n'en voudra pas davantage aujourd'hui.
Lorsque j'entends parler d'insurrection à opposer à une guerre déclarée, moi qui, ne cherchant ni votes ni applaudissements, n'ai jamais vu et ne verrai jamais de solution au problème social que dans l'insurrection, je dis que s'il y a un seul moment où elle est impossible, c'est lors d'une déclaration de guerre, lorsque le péril commun fait taire toutes les autres préoccupations. Elle est, en tous cas, bien plus possible en temps de paix. Et cette insurrection que le prolétariat ne fait pas pour la reprise des usines, des machines et autres moyens de production, que vous ne lui demandez pas alors qu'il lui suffirait de vouloir pour s'affranchir et allranchir l'humanité, vous lui en feriez un devoir seulement pour mettre sa peau à l'abri le jour de l'ouverture des hostihtés? Ce jour-là, il pourra bien y avoir des franc s-fi leurs, il n'y aura pas de révolutionnaires.
J'en appelle à Vaillant, on a essayé de cette insurrection en 1870. Et qu'est-ce que nous avons vu? La population de Paris prenant au collet les insurgés et voulant les coller au mur comme espions prussiens. En parlant d'insurrection à de pareils moments, vous entretenez une illusion dangereuse dans les cerveaux ouvriers ; vous acculez les travailleurs aune action que les meilleurs tenteront et qui ne pourra les mener qu'à l'écrasement.
D'ailleurs, si l'insurrection était possible, il ne faudrait pas en avertir l'ennemi. Dire à l'avance aux gouvernants que le jour de la déclaration de guerre sera le jour de l'insurrection, c'est comme si vous désigniez à l'arrestation et à la fusillade tous ceux qui seront jugés capables d'une tentative aussi héro'ique qu'inutile.
Ne nous payons pas de mots, ne trompons pas le prolétariat, ne jouons pas à Stuttgard le rôle ridicule d'apporter au i^roblème de la lutte contre la guerre des solutions sans réalités.
Je suis aussi antimilitariste que vous. Mais ce n'est que dans le socialisme développé, grandi, devenu tout-puissant que nous trouverons la fin du militarisme. Tout ce qui éloigne de la propagande vraiment socialiste éloigne de cette fin.
En en proposant une autre à la classe ouvrière, on la détourne du véritable but, du véritable ennemi à frapper, de IPitatà conquérir. C'est toujours la même duperie anarchiste : laissons les bourgeois s'mstaller au pouvoir et, s'ils s'avisent de déclarer la guerre, révoltons-nous! Alors que ce qu'il faut dire au prolétaire, c'est: prends le gouvernement, chasse les bourgeois du pouvoir, et la guerre aura vécu. Avec cet anti-militai'isme de fantaisie, limité et renvoyé au cas de guerre, vous empêchez le travailleur de faire son devoir en temps de paix.
Nadi est venu nous dire : cet état desprit se répand jusque dans les campagnes; j'ai entendu, non seulement des ouvriers, mais des paysans se déclarer hervéistes.
Peut-être. Mais poui^quoi pas ? Parce que ce qui domine dans la société daujourd'liui, c'est l'individualisme, la préoccupation exclusive du moi. et dès que vous faites entrevoir la possibilité d'échapper à un service (la caserne) ou à un danger (la guerre), simplement, en s'abstenant, et. puisqu'il suffit pour être un héros, de franc-filer, on IVanc-filera, refusant d'aller « se faire trouer la peau pour défendre la propriété capitaliste )».Mais depuis quand est-ce la propriété capitaliste qu'on est appelé à défendre dans les guerres modernes ? La propriété, toutes les propriétés, mais elles planent au-dessus de la guerre ; ni la propriété mobilière, ni la propriété industrielle, ni la propriété terrienne ne sont menacées ; le capital a été mis hors des atteintes de la guerre. Si vous dites aux prolétaires que c'est pour le défendre qu'ils vont se faire tuer, vous leur mentez .
Demandez donc aux patrons, aux propriétaires, aux rentiers de l'Alsace s'ils ont perdu un seul centime à l'an-
nexion. C'est avec des mensonj^es de ee calibre qu'on crée une atmosphère d'antiniilitarisme contre le socialisme.
On dit encore au paysan, à l'ouvrier: tu n'as pas de pati'ie. On pouvait le lui dire avant 1848. On ne le peut plus aujourd'hui. Depuis 1848, depuis que le sud'rage universel a été mis dans sa main comme une arme, le prolétaire a une patrie, et. s'il n'en jouit pas, c'est sa faute. Les usines, les mines, les chemins de fer, tout lui appartient, mais il n'a pas encore su faire l'effort nécessaire pour entrer en possession. Lui dire qu'il n'a point de i>atrie, c'est encore lui mentir; il en a une. Seulement, trom|)é par les manœuvres de la bourgeoisie, égaré [)ar l'abstention anarchiste, il s'est refusé jusqu'ici, en [)renant le pouvoir, à rentrer dans sa propriété.
Il y a encore d'autre faits qu'il conviendrait de ne pas dénatui'er. On a parlé ici des nations comme de quelque chose, soit de purement arliliciel, soit de purement réactionnaire. Mais les nations sont quelque chose de considérable dans l'évolution de Ihumanité; elles sont une étape sur la route de la grande patrie humaine. Et le rôle qu'elles jouent aujourd'hui ne sera pas épuisé demain. Je salueles nations constituées qui me permettent de parler, d'ores et déjà, d'internation et d'entrevoir et de poursuivre la nation vuiicjue de l'avenir. Et après avoir mis les camarades en garde contre un antimilitarisme déviateur, lâchant l'État pour la seule caserne, je me permettrai de leur signaler un internationalisme non moins dangereux : c'est celui qui consiste à tout renvoyer ou conditionner à un mouvement international, même ce qui est de pouvoir et, par suite, de devoir national.
Notre devoir national, c'est de faire la révolution sociale chez nous. Le prolétariat de France n'a pas barre sur le capitalisme allemand, mais il a barre sur les usines et sur le patronat français.
Devant chaque prolétariat national, il y a une partie de la bourgeoisie internationale à exproprier. Chaque prolétariat est comptable devant le prolétariat de tous les pays de sa bourgeoisie à lui. Quand, sous prétexte d'horizons [)lus vastes et d'action plus décisive, vous faites oublier à la classe ouvrière son champ national, sa dette envers la
classe ouvrière des autres nations, vous faites encore et toujours œuvre antisocialiste et antirévolutionnaire.
J'ai indiqué déjà la partie de laniotion Vaillant que je ne puis accepter. Il ne me reste qu'à lire, au nom de la Fédération du Nord, la résolution qu'elle propose :
Le Connrrès rappelle à tous les travailleurs, décidés à ne se prêter à aucune tuerie internationale, quils ont mieux à faire que d'attendre une déclaration de guerre pour lui opposer une insurrection tardive et problématique. Ils ont à ne pas remettre à l'ennemi, à la bourgeoisie capitaliste pour qui la guerre peut être une source de profits, le gouvernement qui dépend deux, de leur nombre et de leur force, et à se saisir, pour leur classe, du pouvoir politique devenu entre leurs mains, en même temps que la garantie suprême de la paix, V instrument de leur complet et définitif affranchissement.
Le Congrès décide en outre de s'en référer, à Stuttgart, aux résolutions des Congrès internationaux (Paris, i88g, Bruxelles, iSgi. Zurich, 1 8 q3 , etc. ,) qui portent, en substance, que la guerre et le militarisme sont des effets naturels et nécessaires du régime capitaliste quine peuvent disparaître qu'avec ce régime lui-même, et que, par conséquent, la seule campagne pour la paix et contre le militarisme (qui ne se retourne pas au profit du militarisme et de la guerre) est la campagne socialiste qui organise les travailleurs du monde entier pour la destruction du capitalisme, et qu'en attendant c'est dans la réduction du service militaire poursuivie internationalement, dans le refus simultané de tout crédit pour la guerre, la marine et les colonies, et dans l'armement général du peuple substitua à l'armée permanente, que le parti socialiste doit exercer son action internationale .
J'ai Ail faire, à la motion Vaillant, la réserve que me dictait ma conscience socialiste ; je ne l'ai pas attaquée. Je n'ai pas dit qu il y eût un moyen qu'on ne doive pas employer. Mais pourquoi parler d'insurrection uniquement à propos d'un événement aussi problématique
que la guerre, alors que te mot ne fig-ure dans aucune déc'laralion ilu parti, munie (juand il sagit de la transformation <:fénérale de la société ? Je suis persuadé, quant à moi, que cest insurrectionnellement que se fera la révolution sociale. Mais en présentant l'insurrection comme un acte limité au cas de guerre, on complique notre propagande et notre recrutement dans ceitains milieux. Nous nous fermons les pays frontières, plus [)réoccupés d une invasion possible ; notre action est déjà assez difficile pour ne pas lui créer des obstacles inutiles.
Quant à ce que dit Hervé, évidemment je suis figé dans l'immobilisme, puisque je me préoccupe de créer des conditions qui permettent au parti de porter ses adhérents à 200.000 et ses suffrages à 5 millions ! Mais comme je n'en demeure pas moins persuadé qu'actuellement toute l'action révolutionnaire est dans notre propagande et notre recrutement, je persiste à demander qu'on n'use pas de termes qui se retournent contre nous.
Je remercie Jaurès de sa leçon d'histoire, mais je ne croyais pas avoir ici une conférence à faire. Je me suis borné à indiquer des sommets, sans histoi'ique et sans détails. Ce que j'ai voulu dans ma motion, c'est, au lieu d'éparpiller le cerveau prolétarien, le ramener, le concentrer sur le point essentiel : à savoir qu'en dehors de la prise du pouvoir et de l'établissement du collectivisme, il n'y aura pas de cessation de la guerre . Cette idée-là, il faut qu'elle paraisse dans toutes nos déclarations, parce que c'est l'idée libératrice.
Mais ma motion ne signifie pas que, jusqu'au moment de la révolution accomplie, il n'y a qu'à se croiser les bras. Qu est-ce que j'ai donc fait en énumérant les mesures préconisées )>ar l'internationale ouvrière? J'en ai donné la substance : le refus des crédits militaires, la suppression des armées permanentes et l'armement général du peuple, et surtout, le grandissement constant du socialisme. C'est cela qui est la meilleure garantie contre la guerre. Dix socialistes de plus par jour, c'est plus
contre la guerre que toutes les j)éta rades de l'anti-militarisnie d'à-côté.
M«)ii unique réserve à la motion Vaillant, je la maintiens. Je dis que ee n'est i)as à [iropos de la guerre qu'il faut [)arler d'insui'reclion, bien plus ()ossil)le en temps de paix. Vous vous préoccupez de ce (jue le prolétariat aui'a à l'aire en temps de gUL-ri-e ; préoccu[)ez-vous donc de ce qu'il lui faut taire dès aujourd'hui en temps de paix ! Ce sont les bourgeois, bien gavés, qui prêtent aux prolétaires leur horreur de la guerre. Mais la paix, ])our les prolétaires, est plus cruelle que la guerre. Ah ! les millions de cadavres, de l)lessés, de veuves, d'orphelins, c'est dans la paix (pi'ils s'entassent et l'industrie moderne est un iuimense champ de massacre. Si, contre tout cet amas de soullVances dont est faite la i)aix, malgré toute notre propagande le prolétariat n'est pas actuellement capable de s'insurgei* ])our s'adranchir, il en sera encore moins capable contre la guerre, au moment de la guerre.
Vous ne parlez pas, m'a dit Sembat, du 4 septembre. C'est que cette insurrection victorieuse est fille de la défaite. Elle vient après les désastres qui l'ont provoquée, tandis que, telle i]ue l'a présentée Vaillant, et telle qu'elle figure dans la motion de la Seine, l'insurrection devrait éclater avec la guerre. Gomme lendemain de revers, elle est dans la tradition, nonseulem(mt de la France, mais de tous les peuples. Ce sont les désastres de Mandchourie, hier encore, qui engendraient la révolution russe.
Quand un parti comme le nôtre parle d'insurrection, je dis que ce ne doit [)as être dans des conditions de temps et d'es|)ace (jui faussent la propagande et entravent le recruleuient socialiste en fournissant des arguments à l'ennemi.
La nécessité insurrectionnelle doit être mise sous les yeux de tous les jours des travailleurs.
Vous ne réussirez pas à la faire couiprendre en la réservant à un moment spécial, en la noyant dans les brouillards de l'horizon.
ENCORE LANTIMILITARISME*
La question que nous avons à traiter n'a pas été introduite |)ar nous, mais inscrite par l'Internationale ouvrière à l'ordre du jour du Congrès de Stuttgard. Il ne s'agit pas de l'antimilitarisme en lui-même, la presque totalité des partis socialistes sétant bien gardée de s'embarrasser d'un pareil problème. Je n'ignoi'e pas qu'ils sont vieux jeu, qu'ils sont « étroits », ainsi que le disait la citoyenne Pelletier ; mais que voulez-vous ? En dehors du parti socialiste français, on fait du socialisme et on ne fait que du socialisme . Nous sommes, nous, des socialistes d'une espèce particulière, faisant en général de tout, sauf du socialisme. C'est ainsi que nous avons fait de l'anticléricalisme, en veux-tu, en voilà. . . (Interruptions.) L'anticléricalisme se trouvant remisé par l'affranchissement des consciences sorti tout récemment de la séparation de l'Eglise et de l'Etat, nous voici passés à un autre anti : l'antimilitarisme. Mais je répète que ce que je tiens pour une maladie n'a pas jusqu'à présent gagné les autres pays, et la question posée à Stuttgard est la suivante : Le mili- .tarisme et les conflits internationaux. » Ce n'est donc pas même du militarisme en général que nous avons à nous occuper, mais seulement du militarisme au point de vue extérieur. L'autre côté du militarisme, celui qui vise les conflits intérieurs, la lutte de classe dans chaque pays, est hors de cause; et c'est — je suis heureux de le
I. Congrès national de Nancj (1907); extrait du compte rendu in extenso.
constater — celui sur lequel nous sommes tous d'accord, en ('at'c duquel il n'y a ni droite, ni gauche, ni centre dans le pai-ti. Chacun de nous ayant toujours dit, dans sa IVaction autrefois, comme dans l'unité aujourd'hui, que jamais un travailleur transformé momentanément en soldat ne devait se servir de ses armes contre ses frères de travail. (Approbation.)
Ceci entendu, nous avons le droit et le devoir de nous demander si l'ancienne motion de la Seine, devenue par son adoption la motion de Limoges, peut être présentée et soutenue à Stuttgard ])ar le parti socialiste français.
Ceux qui pensent le contraire et lui opposent la motion de la Dordogne * reprochent à la motion de Limoges d'être confuse et surtout contradictoire ; ils lui reprochent encore de ne ]jas tenir compte des faits.
Confuse et contradictoire, ai-je dit. Et je signale immédiatement l'opposition absolue qui existe entre la pre-
1. Ainsi conçue (et devant recevoir au vote laS voix contre 175) :
Considérant que le militarisme, ainsi que l'ont reconnu et proclamé tous les Congrès internationaux, est l'effet naturel et nécessaire du régime capitaliste basé sur l'antagonisme des intérêts et des classes, et qu'il ne saurait disparaître qu'avec sa cause même : le régime capitaliste ;
Considérant, par suite, qu'en concentrant tous les efforts des travailleurs sur la suppression du militarisme dans la société actuelle, en fait, qu'on le veuille ou nom, œuvre de conservation sociale en détournant la classe ouvrière de ce quide\rait être son unique préoccupation : la prise du pouvoir politique pour l'expropriation capitaliste et l'appropriation sociale des moyens de production ;
Considérant, d'autre part, que les moyens préconisés par cet antimilitarisme dupe ou complice (depuis la désertion et la grève militaire jusqu'à linsurrection) ne font que compliquer et rendre plus difficiles la propagande et le recrutement socialiste, éloignant ainsi le moment oij le prolétariat sera suffisamment organisé et fort pour en finir, par la révolution sociale, a\ec tout militarisme et toute guerre;
Le Congrès déclare que la seule campagne contre le militarisme et pour la paix que ne soit pas une iitopie ou un péril est la campagne socialiste qui organise les travailleurs du monde entier pour la destruction du capitalisme; et c|u'en attendant c'est par la réduction du service militaire poursuivie internationalement, par le refus simultané de tout crédit pour la guerre, la marine et les colonies et par l'armement général du peuple substitué à larmée permanente, que pourront être conjurés, dans la mesure du possible, les conllils internationaux.
lilière et la deuxième de ses parties. La première partie va très au delà de ce que nous demandons nous-mêmes, au delà do ce qu'on i)rète, comme intention de délensive nationale, à ceux qu on appelle depuis cfuelquc temps la droite du parti. (Protestations.) C'est une motion, non pas antipatriotique, mais surpatriotique ; elle dépasse, en elTet, le patriotisme ordinaire, en déclarant, par exemple, qu'au cas où la France serait attaquée, non seulement le prolétariat français devra répondre présent, courir à la frontière, repousser l'agression, mais qu'il devra être aidé, dans cette besogne nationale, par les prolétariats voisins, par les prolétariats de Belgique, d'Espagne, d'Italie. Impossible d'être en contradiction plus llagrante avec la motion de l'Yonne qui veut, elle, que de quelque côté que vienne la guerre, qu'elle soit défensive ou offensive, on ne distingue pas, et qu'à la déclaration de guerre il soit répondu par la grève militaire et l'insurrection. Il y a entre les deux motions un abîme que rien ne saurait combler, que je déûe, en tous cas, de combler par des arguments, si on va tout à l'heure le combler par des votes. A cette première partie de la motion de Limoges, si vous décidiez de la maintenir pour la porter au Congrès international, la Fédération du Nord ne ferait aucune dilliculté pour se rallier, et nous i)ourrions aller à Stuttgard, non point divisés, mais unis.
Mais il y a une autre partie . Après avoir dit : il faudra, dans te îcas, courir à la frontière, dans la seconde partie, on ne spécifie plus aucun cas et Ton parle, contre toute guerre déclarée, d'employer tous les moyens jusqu'à la grève générale ouvrière et à l'insurrection. Comprenne qui pourra ! Si on fait la grève générale, on ne court pas à la frontière, et si on court à la frontière, on ne fait pas l'insurrection.
Pour sortir de ce chaos, il faudrait rétablir, dans la deuxième partie de la motion, la distinction en matière de guerre faite dans la première partie. 11 ne subsisterait plus alors, contre la motion dans son ensemble, que l'objection que je faisais à Limoges, c'est-à-dire que le seul moment où une insurrection soit presque complètement impossible, c'est précisément lors d'une déclaration de
QDBST. d'uIKR ET o'aUJ. 4
guerre. Pouvons-nous, en conscience, en tenant un pareil lau^a<;e. donner à croire au proh'lariat que ce recours à l'insurrection — qui a été de droit bourgeois et qui est de d roit ouvrier — il ne devra l'exei-cer qu'au moment où précisément il ne pourra pas l'exercer? C'est contre cela que j'avais protesté à Limoges et que je proteste encore ici. Si nous inscrivons dans les résolutions de nos Congrès — et j'en suis — le droit à l'insurrection, que ce soit pour raffranchissement du travail ! Il faut dire que le pouvoir politique, qui est l'instrument nécessaire de cet allranchissement, nous devons être prêts à nous en emparer par tous les moyens, depuis le bulletin de vote jusqu'à la grève générale et à l'insurrection.
C'est dans ces conditions qu'il faut l'invoquer, parce que c'est ainsi qu'il a toujours été exercé dans le passé et qu'il s'exercera encore dans l'avenir. C'est contre la classe capitaliste réfugiée dans l'Etat, c'est pour la prise de l'rjtat, pour la transformation de la propriété, pour la Révolution sociale, que chaque travailleur doit devenir à l'occasion un insurgé, et pas quand il s'agira de sauver sa peau, de la mettre à l'abri des balles étrangères en l'exposant aux balles françaises. (Applaudissements.)
11 y a un autre point sur lequel je dois, en terminant, appeler l'attention du Congrès: c'est que nous ne sommes plus à Nancj ce que nous étions à Limoges ; depuis notre dernier Congrès, un fait nouveau s'est produit, qui nous permet et nous commande une certaine revision. Je parle de la déclaration de la démocratie socialiste allemande, rédigée par Bebel, dans laquelle il dit en toutes lettres que nos camarades doutie-Vosges entendent contribuer à la défensive de l'Allemagne. On ne répondra pas à une déclaration de guerre de M. Clemenceau ou de M. Picquart par la grève générale ouvrière ou par l'insurrection : on courra aux armes, on prendra des fusils, et on marchera.
Si l'Allemagne est attaquée, les socialistes allemands la défendront, et si la France est attatfuée, vous donneriez à entendre que las socialistes français la désarmeraient et la livreraient ! Aller à Stuttgard dans de pareilles conditions (Interruptions), ce serait nous fermer les milieux
ouvriers, paralysoi* noire [)ro])ai;fan(lo. i)artout i)oursuivie par cette accusation do haute li-aliison. Et jo ne puis pas croire qu'il se trouvera ici une majoi-ité assez ennemie (lu socialisme pour le mettre gratuitement dans une aussi fausse et aussi dangereuse posture. (Applaudissements et protestations.)
Jo voudrais repondre à deux ou trois griefs qui ont été formulés contre la motion de la Dordogne. J'ai montré hier tout ce qu'il y avait d'équivoque et, selon nous, de contradictoire dans la motion de Limoges, ce quily avait, en un mot, de non présentable à un Congrès international comme celui de Stuttgard.
On a dit — c'est un des reproches qui m'a le plus touché, je l'ai trouvé dans la bouche de Renaudel et dans celle de Jaurès — que la motion de la Dordogne était une motion d'immobilité et d'inaction.
Jo ne crois pas qu'un pareil reproche puisse lui être sérieusement adressé, llenaudel s'est borné à lire le premier considérant, qui, comme tout considérant d'ordre expérimental ou théorique, s'il implique une action conforme, laisse nécessairement, à la conclusion à venir, le soin de la déterminer.
Après avoir lu : « Considérant que le militarisme est l'ellet naturel et nécessaire du régime capitaliste basé sur l'antagonisme des intérêts et des classes et qu'il ne saurait disparaître qu'avec sa cause môme : le régime capitaliste... », vous vous êtes arrêté à cette constatation, que je ne suis pas seul à faire, que vous retrouverez dans la motion de Bebel dont Jaurès a donné lecture. Jaurès lui même, je ne dis pas a dû constater, mais a constaté à son tour que, tant que le régime capitaliste n'aura pas disparu, il y aura des risques de guerre, parce que c'est l'antagonisme des intérêts qui est la base de la société actuelle. Et parce qu'elle rappelle cette vérité socialiste, qui n'est contestée par personne, notre motion impliquerait l'inaction ? Inaction, quand, comme « campagne contre le militarisme et pour la paix », elle conclut à la « campagne socia*
liste qui organise les travailleurs du monde entier poiit' la destruction du capitalisme » !
Organiser les travailleurs, ce ne serait pas agir, alors que c'est la seule action ((ui incombe au parti socialiste, qu'il n'en a pas d'autres à exercer ? J'avoue ne pas comprendre. Et j'ajoute que quand vous avez fait un socialiste, cela vaut mieux que de faire vingt antimilitaristes à la Hervé (j'en demande pardon à Hervé que je n'ai nulle intention de blesser) qui ne songent qu'à ne pas se faire trouer la peau pour la défense d'un pays qu'ils n'ont pas eu le courage de conquérir.
Mais il y a autre chose dans notre motion. Elle déclare — ce qu'a toujours déclaré l'Internationale — que pour couj urcr les conllits internationaux il y a lieude poursuivre, en même temps que la sup[)ression des armées permanentes et l'armement général du peuple, la réduction simultanée du temps de service militaire... Et je demande sien réduisant la scrvitudo militaire de sept à cinq ans, puis à trois ans. puis à deux ans, on n'a pas déjà pris des garanties contre la guerre ? Je demande si on n'a pas ainsi démilitarisé le régime capitaliste dans des proportions plus considérables que par toutes les pétarades antimilitaristes de ces derniers tcMups? C'est d'ailleurs avec vous que nous avons couimeucé cette grande campagne de désannemeut [)rogressif de la classe capitaliste et d'armement du prolétariat. Et aujourd'hui ce ne serait plus de l'action ?
Vaillant. — C'est une [)art de l'action.
Jules Guesde. — Vous allez voir que notre inaction va élre tout à l'heure composée de toute espèce de parts d'action; j'accepte, bien entendu, cette nouvelle définition.
(Bires.)
Où Jaurès a eu raison — et je n'ai pas attendu pour le reconnaître — c'est lorsqu'il a parlé du refus des crédits militaires comme dénué de i)ortée elTective, sinon morale, et constituant une protestation plutôt platonique. Mais cette réserve faite — et i\\ie je n'hésite pas à confirmer — sur un (les points que nous nous sommes bornés à einprunleraux Congrès internationaux précédents, il n'en
résulte pas moins que la motion de hi Donlofçnc est le contraire de l'inaction.
Deux des considérants de la mi^me motion ont été, d'autre part, attaqués comme inexacts ou injustes; ce sont ceux qui s'expriment ainsi :
« (Considérant, par suite, qu'en concentrant tous les efforts des travailleurs sur la suppression du militarisme dans la société actuelle, on fait, qu'on le; veuille ou non, œuvre de conservation sociale en détouinant la classe ouvrière de ce qui devrait être son unique préoccupation : la reprise du pouvoir politique pour re\pi'0|)riation capitaliste et l'appropriation des moyens de pi-oduction;
» Considérant, d'autre part, que les moyens {)réeonisés par cet antimilitarisme dupe ou complice (depuis la désertion et la grève militaire jusqu'à l'insurrection) ne font que compliquer et rendre plus difficile la propagande et le recrutement socialiste, éloignant ainsi le moment où le prolétariat sera suffisamment organisé et fort pour en finir par la Révolution sociale avec tout militarisme et toute guerre. »
Ce n'est pas nous, ce sont les faits qui portent ce double témoignage. Si je consulte la statistique de nos fédérations, telle qu'elle a paru dans lorgane du parti, qu'est-ce que je vois ? Que les socialistes organisés qui étaient dans l'Yonne au nombre de 676 l'année dernière, sont tombés à 397 cette année. Dans la Seinti-InCérieure. ils étaient 400 l'année dernière, ils ne sont plus cette année que 200. C'est le résultat de la propagande que vous avez « compliquée », du recrutement que vous avez rendu plus « diflicile ». Vous croissez àreculons : au lieu d'une classe ouvrière renforcée dans son organisation de combat, vous avez des torces prolétariennes réduites. Et comment pourraitil en être autrement? Si je mets en cause Hervé, ce n'est pas que je veuille le froisser — m'étanl toujours abstenu, avec le plus grand soin, de toute parole qui ])ùt être jugée offensante par un niembie du parti — mais enfm, il sera lui-même bien obligé d'avouer que son langage n'est pas pour aider à la pénétration socialiste dans l'armée. Pénétration pourtant nécessaire. Jaurès l'a dit et d'autres l'ont dit : ce n'est que dans la mesuie oii le
socialisme aura été introduit dans l'armée que l'arméf j)ourra être retournée et la Révolution s'opérer.
Croyez-vous, d'autre part, que vous allez ouvrira notre action, nous amener, non seulement les régions frontières comme l'Est, mais les iamilies ouvrières qui ont des leurs sous les drapeaux au Maroc, lorsque dans votre Guerre sociale vous écrivez des choses comme celle-ci: « Il ne nousr(»ste qu'à vous souhaiter, pioupious de France, d'être reçus là-bas comme vos congénères italiens furent reçus, il y a dix ans, dans les montagnes d'Abyssinie par les troupes du Négus, ou de crever par milliers sur les routes du Maroc comme crevèrent naguère vos aînés sur les routes de Madagascar. »
Vauenne. — C'est odieux !
Ce n'est pas, en tout cas, ainsi que vous socialiserez l'armée ! Et je maintiens qu'une pareille propagande, la motion de la Dordogne a raison de la dénoncer comme constituant plus qu'une déviation, un obstacle insurmontable à l'extension du mouvement socialiste et de nature à reculer l'heure de la Révolution sociale.
Jaîirès a beaucoup insisté sur ce point que les moyens préconisés par nous contre la guerre ne seraient pas des moyens, allant presque jusqu'à nous accuser de faire le jeu de l'anti-militarisme tel que le conçoit et le pratique Hervé, en n'offrant pas au besoin d'action de la classe ouvrière, en cette matière, un aliment suffisant. Il est vrai que nous n'avons pas lait mention — et peut-être aurions-nous du le faire — de la réunion d'urgence du Bureau international décidée pour dès la menace d'un conflit. C'est que, pour nous, comme le déclarait Delary, les décisions prises par le parti — et à plus forte raison j)ar l'ensemble des partis socialistes — sent tellement impératives, tellement vivantes, que nous n'éprouvons I)as le besoin de les ra[)peler, surtout lorsqu'elles sont d'hier, comme celle dont je parle. Mais, pour nous, il est toujours resté entendu que dès que l'horizon viendrait à se troubler, que se formeront les premiers nuages, il y aurait lieu à réunir le Bureau international pour aviser à ce aue l'on j)ouri"i faire et que ce sera toujours le maximum
de ce qu'on pourra faire qui devra ôtre fait. De ce côté-là, par suite, le reproche d'inaction n'est pas mieux fondé.
Mais, ajoute Jaurès, il liiut que cette action contre la i^uerre. pour la paix, soit déleruiinée comme devant aller jusqu'à l'extrême, jusqu'à l'insurrection, et c'est pourquoi il y a lieu de voter la deuxième partie de la motion de Limoores. Et moi, j(* demande comment et j>ourquoi cette action ouvrière socialiste, que vous voulez allirmer devoir être poussée jusqu'à l'insurrection contre la guerre, contre une guerre problémati([ue, lointaine et qui ne viendra peut-être jamais, vous ne la poussez pas, dans vos formules et dans vos déclarations, jusqu'à l'insurrection, lorsqu'il s'agit de l'exploitation capitaliste à faire disparaître, en arrachant le pouvoir [)olitique à la bourgeoisie pour socialiser la propriété. Il y a là quelque chose de vraiment étrange et sur quoi je dois insister: vous ne demandez au prolétariat d'être héroïque, de se préparer à une Révolution violente que pour le cas où la paix serait en péril, qu'en vue de sa peau à défendre, et vous ne lui demandez pas d'être héroïque, de se préparer à la môme Révolution violente, pour sa complète libération, dès qu'il le pourra ! (Applaudissements.)
Vaillant. — Nous l'avons toujours demandé.
Jules Guksde. — Vous ne l'avez mis dans aucune résolution de Congrès socialiste. Si vous voulez réparer cette omission, ce n'est pas moi qui m'y opposerai ; je vous pro- ])Oserais alors d'intercaler l'action insurrectionnelle dans la motion même que nous allons voter et qui pourrait être libellée comme suit.
A.près avoir rappelé que la guerre ne sera définitivement conjurée que par l'avènement de l'ordre socialiste et que cet ordre socialiste exige la conquête du pouvoir politique par les travailleurs organisés, on dirait :
«... C'est [)our cette prise indispensable du pouvoir politique que tous les moyens doivent être employés selon les circonstances, depuis le bulletin de vote jusques et y compris l'insurrection, qui est de droit et de devoir ouvrier, comme elle a été de droit et de devoir bourgeois. »
Mais, je le lépète, ce que vous ne pouvez pas, ce que vous ne devez pas, c'est faire figurer l'insurrection là où
elle ne serait qu'une phrase vide, une phrase compromettante, qui plus est, pour les camarades d'Allemagne et d'ailleurs. Je sais que Jaurès ne veut pas que nous soyons trop prudents au sujet des conséquences que certains mots peuvent avoir pour nos frères de l'autre côté des Vosges. Mais je ne suis pas de cet avis ; je cx'ois, moi, qu'il y a lieu de faire pour Stuttgard ce que nous avons fait en 1889 au Congrès international de Paris, lorsque l'idée a surgi de mobiliser pour une démonstration monstre, le môme jour, les travailleurs du monde entier. Nous avons tenu, avant tout, à consulter ceux qui, à ce moment en j)lein état de siège, étaient les plus menacés, les plus écrasés ; nous n'avons pas voulu les mettre dans l'alternative ou de s'abstenir et d'avoir l'air de se refuser à joindre l'Internationale en marche, ou de voter une motion qui pouvait se traduire pour eux et les leurs par de nouvelles années de prison ou d'exil. Et ce n'est que sur leur volonté préalablement exprimée de passer outre aux risques nouveaux qui pouvaient en résulter, que les Premier-Mai ont été institués. J'estime qu'il y a lieu de procéder de même aujourd'hui, que nous ne devons pas, avant de les avoir consultés, exposer nos amis d'Allemagne ou à paraître ne pas aller aussi loin que d'autres, alors qu'ils le voudraient peut-être sans le jDouvoir, ou à se découvrir et à se faire décimer par de nouvelles lois d'exception retardant leur admirable mouvement. {Approbation.)
Il y a là, pour nous, un devoir international de premier ordre. Et, à cet effet, j'insiste pour que, dans la motion qui sera adoptée, l'on se borne à déclarer que « tous les moyens » devront être employés, sans en spécifier aucun, tous les moyens qui pourront être jugés nécessaires et possibles.
Jaurès a d ailleurs trouvé, à un momentde son discours, une formule qui pourrait nous mettre d'accord et que je regrette de n'avoir pu sténographier, tellement elle répondait à ce que nous voulons. Résumant la première partie de la motion de Limoges sous une foi*me très nette et très imaginée, il disait que jpour une guerre défensive, le prolétariat doit marcher, doit détendre, non pas le
patrimoine de ses maîtres, le patrimoine de la classe ennemie, mais son patrimoine à lui, usines, machines, et autres moyens de production qui sont bien à lui. On ne saurait trop le répéter, en efîet, tout cela, qui représente •a patrie, appartient bien en puissance aux travailleurs de France qui, étant majorité et faisnnt loi. n'auraient — comme ils n'ont encore — pour entrer «-n possession et en jouissance, qu'un geste à taire et un gesle légal qui plus est! (Approbation.) Libre à Mervé de l'aire II de ce moyen électoral, de prétendre qu'il ne compte pas ; mais comme, pour le conquérir, les prolétaires ont \ersé — et verseront encore — leur sans^ ; comme la classe ennemie, d'autre part, a usé — et use encore par endroit — du fusil et du canon pour le leur cefuser, vous arriverez diflTicilement à faire croire que l'objet |d'un pareil conflit, d'une pareille lutte à outrance, est d'une importance secondaire.
Non! le bulletin de vote, le suffraj^e universel constitue un stade considérable dont l'évolution de la classe ouvrière vers sa Révolution sociale (Approbation.) Ce n'est pas le suffrage universel, ce n'est pas le bulletin de vote qui peut être rendu responsable de sa stérilité relative ; c'est à la classe ouvrière qu'il convient de s'en prendre (Applaudissements): c'est eWe qu'il y a lieu d'accuser, elle qui, ayant en mains une pareille arme, n'a pas su s'en servir, et — j'ajouterai — à qui il faut apprendre à s'en servir, au lieu de la détourner, comme quelques-uns le font aujourd'hui, de l'usage de cette arme — qu'elle a, sous prétexte d'autres — qu'elle ne possède pas. En opérant de la sorte, oui, on fait œuvre de conservation sociale. (Approbation.)
On est dupe ou complice, comme dit la motion de la Dordogne, du régime patronal ou capitaliste, que Ion aide à se maintenir.
Comme Jaurès, nous disons qu'en cas d'agression, le devoir du prolétariat est de se défendre, en défemlant le pays assailli, mais cela ne signifie pas que. l'agression repoussée, on reviendra ensuite tranquillement reprendre sa place dans l'usine restée capitaliste. Ali! mais non, camarades : armé, on saurait se servir de ses armes pour rendre à la nation l'ensemble des usines, mines,
machines, qui constituent la patrie française défendue à la frontière, en mettant la main sur le i^ouvernement qui ouvre la porte sur cette nationalisation des moyens de production. {Applaudi suementa.)
En présence, au contraire, d'une guerre de conquête ou d'aventure, il y aurait lieu, comme le prévoit la dernière décision du Bureau international, de réunir d'urgence les représentants du prolétariat organisé pour prendre toutes les mesures susceptibles d'éviter le contlit.
ïel est le sens dans lequel, à mon avis, devrait être conçue la motion unique à présenter à Stuttgard ', et à
I . Et tel est le sens dans lequel s'est prononcé le Congrès international de Stultgard, en votant à 1 unanimité la résolution suivante :
Le Congrès confirme les résolutions des précédents Congrès internationaux concernant l'action contre le militarisme et l'impérialisme et rappelle que l'action contre le militarisme ne peut pas être séparée de l'ensemble de l'action contre le capitalisme.
Les guerres entro Etats capitalistes sont en général les conséquences de leur concurrence sur le marché du monde, car chaque Etat ne tend pas seulement à s'assurer des déboucliés, mais à en acquérir de nouveaux, principalement par l'asservissement des peuples étrangers et la confiscation de leurs terres.
Ces guerres résultent de la concurrence incessante provoquée par les armements du militarisme, qui est l'un des instruments principaux de la domination de la bourgeoisie et de l'asservissement économique et politique de la classe ouvrière.
Les guerres sont favorisées par les préjugés nationalistes, que l'on cultive systématiquement dans I intérêt des classes dominantes, afin de détourner la masse prolétarienne de ses devoirs de classe et de ses devoirs de solidarité internationale.
Elles sont donc l'essence du capitalisme et ne cesseront que par la suppression du système capitaliste, ou bien quand la grandeur des sacrifices en hommes et en argent exigée par le développement de la technique militaire et la révolte provoquée par les armements auront poussé les peuples à renoncer à ce système.
La classe ouvrière. ( hez laquelle on recrute de préférence les combattants et qui,|)rin(ipalemenl, doit en supporter les sacrifices matériels, est l'adversaire naturel des guerres parce que celles-ci sont en contradiction avec le but (pielle poursuit : la création d'un nouvel ordre économique, basé sur la conception socialiste destinée à traduire en réalité la solidarité des peuples.
C'est pourquoi le Congrès considère qu'il est du devoir de tous les travailleurs et de leurs mandataires dans les parlements, de combattre de toutes leurs forces le> armements de terre et de mer, en signalant le
laquelle, avec la Fédération du Nord, je serais prêt à me rallier. Je le répète, si vous croyez qu'il y a lieu de faire cesser ce qui entre beaucoup il'entre nous n'est qu'un malentendu, prenez la forme nécessaire pour que ce malentendu disparaisse. Si vous voulez au contraire obtenir le vote le plus confusionniste qui aura jamais
caractère fie classe de la société bourgeoise et les mobiles qui poussent au maintien des antagonistes nationaux, de refuser tout soutien pécuniaire à cette politique et, aussi, de s'appliquer à ce que la jeunesse piolétarienne soit élevée dans les idées socialistes de la fraternité des peuples et éveillée systématiquement à la conscience de classe.
Le Congrès voit dans l'organisation démocratique d'un système de milices, destiné à remplacer les armées permanentes, une garantie réelle rendant impossibles les guerres agressives et facilitant la disparition des antagonistes nationaux.
L Internationale ne peut pas enfermer d'avance dans des formules rigides l'action nécessairement diverse, selon les temps et les milieux, des divers partis nationaux, mais elle a le devoir d'intensifier et de coordonner le plus possible les efforts de la classe ouvrière contre le militarisme et contre la guerre.
En fait, depuis le Congrès international de Bruxelles, le prolétariat, tout en poursuivant sa lutte incessante contre le militarisme par le refus des dépenses militaires et navales, par l'effort de tiémocratisation de l'armée, a recouru a> ec une vigueur et une efficacité croissantes aux moyens les plus variés pour prévenir les guerres ou pour y mettre un terme, ou pour faire servir à l'affrancbissement de la classe ouvrière l'ébranlement communiqué par la guerre à toutes les couches sociales : ainsi, notamment, l'entente des trade-unions anglaises et des syndicats ouvriers français après la crise de Fachoda pour assurer la paix et rétablir les bons rapports entre la France et l'Angleterre ; 1 action du parti socialiste au Parlement français et au Parlement allemand dans la crise du Maroc ; les manifestations populaires organisées à cet eflet par les socialistes de France et d'Allemagne; l'action concertée des socialistes autricbiens et des socialistes italiens réunis à Trieste pour prévenir un contlit entre les deux Etats; l'intervention vigoureuse de la classe ouvrière de Suède pour empècber une attatiue contre la Norvège ; enfin, les héroïques sacrifices et combats de niasse des socialistes, des ouvriers et paysans de Russie et de Pologne pour empêcher la guerre déchaînée par le tsarisme, pour y mettre un terme et pour faire jaillir de la crise la liberté des peuples de Russie et du prolétariat ; tous ces efforts, donc, attestent la puissance croissante de la classe ouvrière et son souci croissant de maintenir la paix par d'énergiques interventions.
L'action delà classe ouvrière sera d'autant plus efficace (|u'une propagande incessante aura préparé les esprits à un vigoureux effort et que l'action des divers partis nationaux sera plus fortement stimulée et coordonnée par l'Internationale.
Le Congrès est convaincu en outre que, sous la pression du proie-
existtS puisqu'il réuniiait Hervé et Varenne, maintenez telle quelle la motion de Limoges. Mais ne vous étonnez pas que nous, qui entendons être un parti de clarté, fût-ce à l'état de minorité, nous soyons alors obligés de maintenir la motion de la Dordogne. (Appruhalion.)
tariat, ]a pratique sérieuse de l'arbitrage international se substituera, pour tous les litiges, aux pitoyables tentatives des gouvernements bourgeois, et (ju'ainsi pourra être assuré aux peuples le bienfait du désarmement général qui permettra d'appliquer aux progrès de la civilisation les immenses ressources d'énergies et d'argent dévorées par les armements et parles guerres.
Le Congrès déclare :
Si une guerre menace d'éclater, c'est un devoir pour la classe ouvrière dans les pajs concernés, c'est un devoir pour leurs représentants dans les Parlements, avec l'aide du Bureau international, force d'action et de coordination, de faire tous leurs efforts pour empêcher la guerre par tous les moyens qui leur paraissent les mieux appropriés et qui varient naturellement selon l'acuité de la lutte des classes et la situation politique générale.
Au cas où la guerre éclaterait néanmoins, ils ont le devoir d'intervenir pour la faire cesser promptement et d'utiliser de toutes leurs forces la crise économique et politique créée par la guerre pour agiter les couches populaires les plus profondes et précipiter la chute de la domination capitaliste .