LA COOPERATION
Jules Guesde. — Je voudrais — et je crois que c'est indispensable pour que nous puissions nous prononcer en connaissance de cause — je voudrais examiner brièvement ce qu'est en elle-même la coopération.
La coopération est simplement une des formes de l'association ou un moyen de groupement dans la société actuelle ; quelquefois même elle rentre dans les sociétés ordinaires par actions, avec cette seule différence que Taclion émise par la coopérative atteint à peine loo francs, pendant que les actions des sociétés capitalistes dépassent 5oo, voire i.ooo francs. Et c'est parce que la coopération n'est qu'une forme d'association ou de groupement que vous la voyez préconisée par toutes les opinions et par toutes les catégories sociales. La coopération a même été préconisée. .. comment dirai-je?... contre le socialisme naissant; ce sont des coopérateurs, même ouvriers, qui se sont mis au début en travers de l'organisation de classe du prolétariat. Je me l'appelle — pour ne pas remonter bien loin dans le passé — à ma rentrée de l'exil, en 1876, l'état d'esprit qui animait le premier Congrès des Syndicats à la salle d'Arras. Les syndiqués d'alors étaient exclusivement coopérateurs et poussaient le coopératisme, qu'ils appelaient l'entente entre le capital et le travail, si loin que dans les réunions publiques, lorsqu'une fraction du prolétariat était acculée à la lutte sous la forme grève et qu'on venait à Paris même nous demander des subsides, c'est-à-dire des munitions pour les frères en bataille, Chabert, pour n'en nommer qu'un, se levait et invoquait contre la collecte en faveur des travailleurs alors debout de Monceau-
I. Congrès nat. de Paris (1910), eitr. du compte rendu in extenso.
les-Mines la voiecoopérative dans laquelle était entrée depuis quelques années notre classe laborieuse etl'imjjossibilité où serait cette dernière, sans se mettre en contradiction avec ellc-nième, de soutenir une grevé, même née en dehors d'elle et imposée à ses victimes par la rapacité capitaliste.
Revillon. — C'est trop commode de faire parler des morts!
Jules Guesde. — Je prends à témoin tous nos camarades parisiens, dont aucun ne se lèvera poui- me donner un démenti. Ce que je voulais établir, par cette page d'hier, c'est que cette forme d'association, de groupement qu'est la coopération peut servir à toute espèce d"usage et ne vaut, pour nous socialistes, que selon l'usage qu'on en fait. Laissant de côté l'histoire, je m'adresse maintenant tout simplement à ce qui se passe dans un pays voisin. Je prends la Belgique et j'y vois d'admirables coopératives socialistes ; mais j'y vois d'autres cooi)cratives, puissantes elles aussi, organisées par le parti clérical, organisées par le parti libéral. Et je demande si cette coopération ainsi mise à toutes les sauces, conservatrice, cléricale, bourgeoise ici, socialiste et révolutionnaire là, ne suffirait pas à démontrer que la coopération en ellemême n'a absolument rien de socialiste. La coopération ou la coopérative devient socialiste lorsqu'on la fait servir à atteindre le but poursuivi par le socialisme, c'est-à-dire la réunion dans les mêmes mains sociales de tous les moyens de production et d'échange, toute réunion en petit du capital et du travail dans les mêmes mains individuelles que re[)résentent les meilleures coopératives étant forcément impuissante, alors que dans d'autres coopératives le capital reste fourni par les uns et le travail par les autres. La coopération ne vaut donc et ne peut valoir que par l'usage qu'on en fait . Dans la mesure où cette forme de groupement ou d'association sert et appuie le parti socialiste, il est certain qu'elle devient une espace d'arsenal apportant des armes au prolétariat en lutte. Mais c'est là le sens exclusif de la coopération socialiste. Si la coopération reste autonome, si des ouvriers se réunissent et disent: nous allons rendre notre vie plus facile en approvisionnant nos familles de plus d'éléments de consommation, que nous achèterons en commun, au prix de gros,
pour bénéficie!" de la différence avec le prix de détail, nul doute que ce but ne soit rcs[)ectable. Je comprends très bien que dans la société actuelle les travailleui's tendent à supprimer le plus de misère possible et t;lierehent à se donner et à donner aux leurs le plus de satisiactious possibles. Je ne fais pas du tout le procès à ces coopératives-lif ; elles sont de droit ouvrier, c'est entendu. Mais je suis obligé de constater, d'un autre côté, que si ce moyen de diminuer leur misère et de rendre leur vie plus supportable était généralisé, au lieu d'être, comme il est, une exception dans le milieu actuel, la conséquence fatale serait que, la vie étant devenue meilleur marché, les salaires, ou n'augmenteraient pas, ou même seraient diminués.
Je sais bien qu'en m'ex[)rimant de la sorte je heurte la manière de voir d'un certain nombre de camarades ; mais ils expliqueront leur manière de voir tout à l'heure, et je les assure que je les écouterai, avec toute la patience que je leur demande. {Applaudissements .)
Je répète donc qu'il n'est pas douteux que si la coopérative de consommation était généralisée dans le pays, devenait la règle au lieu d'être un fait isolé, il y aurait deux raisons pour que le lendemain de ces coopératives fût ou une stagnation ou une diminution des salaires. La première raison, celle que Lafargue a invoquée, c'est que les patrons ont été les premiers à employer ce moyen : les Compagnies de chemins de fer, les grands industriels ont eu recours à des coopératives, sorties de leur initiative, pour ne pas augmenter le salaire de leur personnel, en lui disant : vous pouvez très bien vivre avec le prix de la vie ainsi réduit. C'est une première preuve, celle-là. Mais il y en a un autre ; c'est que partout, sur tous les points du territoire, il est loisible de constater que les salaires sont plus hauts là où la vie est plus chère, et plus bas là où la vie est meilleur marché. Pourquoi les salaires sont-ils plus élevés à Paris que dans les campagnes normandes ou du centre de la France? C'est parce qu'à Paris, grâce à l'octroi, la vie est plus chère, et personne ne saurait nier que la cherté ou le bon marché de la vie influe sur le taux des salaires. 11 ne s'agit pas de la loi d'airain de Lassalle, que je laisse de côté; il s'agit purement et simplement d'un
fait général qui est à la portée de tous ceux qui ont des yeux pour voir.
J'arrive à une troisième preuve à l'appui de ma thèse. Est-ce que dans la résolution de la majorité de la Seine, on ne vous dit pas. en toutes lettres : nous voulons en finir par la coopération avec le parasitisme commercial. Eh bien ! ce que vous appelez le parasitisme commercial est représenté en France par un million ou douze cent mille petits commerçants. Ils vivent, tant bien que mal et aux dépens des consommateurs ouvriers, de leurs boutiques, c'est entendu; mais, les boutiques fermées, il faudra bien qu'ils continuent à vivre. Et ce sera alors un million ou douze cent mille prolétaires nouveaux que la faim va verser sur le marché du travail, et quelle sera la conséquence de ces douze cent mille sans-travail nouveaux, venant s'ajouter aux sans-travail déjà existants? Est-ce que cette nouvelle armée de réserve n'entraînera pas forcément des salaires diminués? Est-ceque le patronat, ayant à sa porte plus d'ouvriers qu'il n'en a besoin, ne rognera pas le salaire de ceux qui sont occupés dans ses usines? Allons donc, camarades!
Si la coopérative était étendue à toutle pays, les salaires seraient fatalement abaissés sur certains points.
Voulez-vous un autre exemple, d'aujourd'hui et non plus de demain? Quel est le j)ays occidental — et je suis persuadé qu'aucun de ceux qui appartiennent à ce pays et qui peuvent être ici ne me démentiront et ne me reprocheront de l'invoquer en cette circonstance — quel est le pays voisin dont les travailleurs passent en grand nombre la frontière et viennent travailler dans notre France du Nord, soit d'une manière fixe, soit d'une manière intermittente? N'est-ce pas la Belgiijue et ne sont-ce pas nos camarades belges? Et pourquoi donc émigrent-ils ainsi? Mais parce que c'est en Belgique que les salaires sont les plus bas et, s'ils sont les plus bas, c'est que la Belgique est inondée de coopératives de toutes les couleurs. (Applaudissements et interruptions.)
Il y a encore une autre i-aison pour laquelle la coopération ne saurait avoir de valeur socialiste. Je sais bien que moi-mcMue, quand j'ai tenté de faire pénétrer la lumière dans les cerveaux bourgeois, qu'à la Chambre des députés,
quand ils ne voulaient pas comprendre qu'une société nouvell'j, que notre société socialiste pût se substituera la société capitaliste dont elle est la lille naturelle et légitime à la fois, j'ai été oblii,'é, pour essayer douvi-ir les yeux, de faire des comparaisons — qui ne sont ])as toujours des raisons. Je leur ai signalé la coopération comme pouvant leur donner une idée de ce que serait la société de demain, et je prenais les coopératives, non pas telles qu'elles fonctionnent, mais telles qu'elles devraient être par définition, et je leur disais : voyez, dans les coopératives de production, comment le capital et le travail réunis dans les mêmes mains suj)priment toute exploitation; voyez, dans les coopératives de consommation, l'antagonisme supprimé entre le vendeur et le eonsominaleur, qui ne font qu'un, et le profil disparu de l'un sur l'autre.
Il s'agissait de leur faire entrevoir, à travers une coopérative idéale, ce que serait et ce que sera une société dans laquelle ni la production, ni la distribution des produits ne donneront lieu à profit ou à exploitation. Mais c'était vouloir ouvrir les yeux à des aveugles et vouloir me faire entendre par des sourds. (Rires.)
Actuellement, en tout cas, nos coopératives ne rentrent nullement dans cet ordre d'idées. Presque toutes sont obligées, par le milieu capitaliste, à faire du capitalisme, car, au lieu de distribuer à leurs membres, au prix coûtant, elles vendent, et sont de plus en plus contraintes de vendre à des tiers, en vue d'un profit. L'antagonisme, que la coopération devait faire disparaître entre vendeurs et acheteurs, continue à subsister. Qu'il y ait des exceptions, soit. Mais, en général, vous êtes de plus en plus condamnés, par un milieu basé sur la concurrence, à chercher des moyens d'existence et de développement en dehors de la distributiondes produits ; vous êtes amené à vendre au public.à réaliser desbénéfices. à faire du commerce. enun mot, n'étant plus ainsi que de nouveaux grands magasins, constitués par de petits actionnaires ouvriers, au lieu bourgeois de grands magasins constitués par de gros actionnaires.
Telle est la réalité. Il ne s'agit pas de s'illusionner et de s'emballer ; voilà ce qu'est et ce que sera de plus en plus la coopération, qu'on voudrait nous donner pour le Socia-
lisnie qui vient. S'imaginer qu'il puisse en être autrement dans la société actuelle, ce serait rentrer dans l'utopie d'autrefois, représentée par Fourier et son phalanstère, ou Cabet et son I( arie. Prétendre faire autre chose que du capitalismedansla société capitaliste est véritablement inouï ! Ce sont les lois générales, sorties de la forme de propriété, qui s'imposent, et auxquelles ne sauraient échapper ceux qui veulent créer des oasis dans le désert ; l oasis est balayée par le simoun comme le désert lui-même. Et l'oasis, ici, c'est la coopérative, obligée de se plier aux lins commerciales ou marchandes. Je sais bien que vous remédiez en partie à ce mal en confédérant vos sociétés, et je vous approuve d'être entrés dans cette voie et d'y persévérer ; mais. encore une fois, quoi que vous fassiez sur le terrain coopératif.vous n'empêcherez pas ciue vous ne soyiez régis par toutes les lois qui déterminent et règlent la production et l'échange dans la société à profits d'aujourd'hui. Par conséquent, je le répète, impossible de reconnaître une valeur socialiste à la coopération en elle-même, qui ne prépare même pas les éléments de la société nouvelle, préparés qu ils sont depuis longtemps, ce. .une matériel et comme personnel, par la concentration capitaliste qui l'a précédée de beaucoup et dans des proportions que n'attchidra jamais la cooi)ération. C est parce que, précisément, grâce à cette concentration capitaliste, tout le travail est aujourd'hui (d'administration, de direction, d'exécution, le travail le plus scientifique, comme le plus manuel)exé(uté par des salariés, que nous pouvons passer du jour au lendemain, sans choc, de l'ordre actuel à l'ordre nouveau. Tout est prêt pour cette transformation ou révolution,parce que la propriété nominale descapitaUstes d'aujourd'hui ne représente aucune espèce de travail, même directif. et qu'elle peut disparaître demain sans que rien soit touché ou entamé dans le fonctionnement des difierents genres de travail, usines, champs, chemins de fer. magasins. Voilà ce qui fait plus que permettre, ce qui nécessite l'ordre collectiviste. La coopérative n"y est pour rien, et quand j'entendais ce matin notre ami Poisson dire :mais,si demain vous étiez les maîtres du gouvernement avant que les coopératives aient couvert le pays, comment feriez- vous
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pour instaurer la société nouvelle ? jt; pensais que le camarade Poisson se créait des eauclieinards inutiles. Nous pouvons, le pouvoir conquis, réaliser tout le socialisme, ce qu'en Amérique on a appelé Ihe cooperatiçe coninionwealth{la. ct)niinunauté coo[)éralive), parce que la coopération n'est pas un moyen, mais le but tlu pi-olétariat triomphant el réunissant dans les mains de la société tout entière tout le capital et tout le travail, de façon à ce qu'il n'y ait plus ni exploitation, ni vente, ni profit. La coopération, dis-je, n'est pas le moyen — ou elle ne peut être qu'un des moyens — si les coopératives apportent leur concours au Socialisme mililanl. Oui, les coopératives ne valent que pour battre monnaie, i)Our fournir des armes et des munitions au parti de la classe ouvrière. Ce n'est pas le parti qui doit aider les coopératives, ce sont les coopératives qui ont le devoir strict de soutenir matériellement le parti, de toutes leurs forces.
«La coopérative auxiliairedu parti», c'est ainsi que nous avons toujours conçu le problème, et c'est ainsi ([ue toujours nous avons travaillé à sa solution. Et puisqu'on parlait ce matin avec une sorte de mépris de nos campagnes d'alors, nous comparant à des chasseurs de miroir aux alouettes, je répondrai que nous n'avons jamais rien lait miroiter aux yeux des travailleur^^ quine tut de bonnes et vivantes réalités. C'est nous, les socialistes, qui avons, dans le Nord, pris 1 initiative du mouvement coopératif ; c'est moi qui. avec Camelinat et un camarade élu des Bouches-du-Rhône, en i885, suis allé à Roubaix créer la première coopérative socialiste, VAçenir du Purli ouvrier. Non pas qu'il n'existât déjà d'autres coopératives, mais patronales ou cléricales, celles-là. Et on y éteignait tout esprit de classe chez les ouvriers qui en faisaient partie, et qui n'y trouvaient qu'un avantage matériel pour eux et leurs familles. Nous leur avons dit : venez à la coopérative socialiste, qui ne sera pas seulement i)our vous un magasin à meilleur marché, mais de la poudre et des balles pour vos luttes de tous les jours, grèves ou élections, vous fournissant de la sorte un nouveau moyen, d affranchissement. Et rappelant cette vieille parole d'Esope : «La langue, c'est à la fois ce qu'il y a de meilleur, et ce
qu'il y a de pire », je disais : la coopérative, c'est ce qu'il y a de pire, si elle tend seulement à abaisser le prix de la vie, au bénéfice du i)alronat ; mais c'est ce qu'il y a de meilleur, si elle doit constituer autant de citadelles pour le parti et lui apporter des ressources nouvelles pour la bataille en vue de la libération finale. (Applaudissements.) Voilà, camarades, ce qui nous distingue d'autres camarades pensant dilTéremment. Mais j'ajoute que si on nous démontrait que nous avons tort, que la coopération en soi est le socialisme en marche., oh! combien de choses jusqu'à présent ont représenté le socialisme en marche, qui n'étaient simplement qu'une façon de le faire oublier aux travailleurs, alors qu'en dehors de lui, ils n'ont rien à espérer ! Oui, si l'on me démontrait qu'il y a là réellement un embryon qui ne demande qu'à être développé, la société de demain en germe dans la société d'aujourd'hui, il est certain que je renoncerais à mes angoisses pour saluer à l'horizon la lumière nouvelle apportée au prolétariat. Mais, juscjuà présent, on ne m'a jamaisopposé un seul argument . Et force m'est alors de redire que la coopérative telle qu'elle fonctionne actuellement n'a rien de commun avec le Socialisme; que si elle ne contribue pas de ses deniers aux luttes que la classe ouvrière est appelée à soutenir, elle peut être et est le plus souvent une diversion, si ce n'est pas un obstacle au recrutement et au développement socialistes : une diversion, parce que — vous ne sauriez le nier — quand des travailleurs d'élite consacrant leur intelligence à une coopérative, qu'ils n'ont en tête que des opérations commerciales (comment lui amener une clientèle, comment en assurer la prospérité et le dévelop|)ement), il n'y a ni place, dans ces cerveaux ainsi occupés, pour l'idée socialiste, ni temps pour l'éducation socialiste des masses, auxquelles on ne répétera jamais assez qu'il n'y a qu'un moyen de s'alfranchir : c'est en prenant le pouvoir politique, et, en reprenant, à 1 aide de ce pouvoir, la propriété capitaliste, imlusti'ielle et commerciale. Comme je l'écrivais un |our, la moutarde coopérative à débiter absorbe les meilleurs, ceux i[ui pourraient rendre à la propagande des services incalculables et qui, enfermés, confisqués, paralysés
par une œuvre nécessairemonl eommoreial»*, deviennent au contraire des pertes scciies pour le prolétariat aux luttes duquel ils ont été arrachés. {Applrtud.) CunmvixdGs, dans le domaine industriel ou usinier, la coopération n'apporte rienau mouvement socialiste que les IbndsquClle peut verser, quand ce sont des coopératives socialistes.
Mais il est un autre domaine, où la coo|tération peut jouer un grand et utile rôle : c'est celui des (campagnes. Ah! l'idée socialiste, l'idée d'une société possédant ses moyens de production, les mettant en valeur socialement, et répartissant entre tous ses membres les produits du travail commun, dans les villes industrielles, c'est l'usine qui se charge d'inculquer cette idée libératrice aux travailleurs, c'est l'usine, avec le travail en commun, qui di-esse devant les cerveaux ouvriers la nécessité de la société collectiviste ou communiste. Pas besoin, par suite de l'école de la coopération : le communisme de l'atelier suffît. Mais dans les campagnes, c'est autre chose; là, nous avons des petits propriétaires dispersés, cultivant individuellement leur lopin de terre, qui sont bien exploités sous des formes diverses par le capitalisme, mais qu'aucune action ou association commune ne relie, ne soude les uns aux autres. La coopération se présente pour créer ce lien, cet intérêt commun. Une coojtérative qui réunit ooo vignerons, les sort de leur individualisme, les initie au travail en commun, leur a|)i»renii la solidarité ; elle ne prépare pas, comme quelques uns l'ont prétendu, la coopération ou la socialisation du sol, qui sera l'œuvre de la société nouvelle ; non, mais elle prépare le cerveau autrefois individualiste du paysan à cette société dans laquelle liudividualisuie de la pro|)riélé aura pu disi^Avaîive. {Applaiidisseinents.) La coo[)ération a ici une portée véritablement socialiste, pai-ce qu'elle a une portée d éducation. Mais n'alléguez pas que, dans les villes, elle aurait une portée du même genre, ou je vous répéterai que c'est l'usine, l'exploitation en commun, qui en créant des collectivités ouvrières est la meilleure école de collectivisme, en leur montrant la société collectiviste non seulement ijossiblè.mais nécessaire à la libération humaine.
Si je me suis aussi étendu, c'est qu'il ma paru indis-
pensable, si souffrant que je sois, que certaines choses soient dites. Mais je termine, et voici ma conclusion : Des coopératives présentes, ou elles ont été pénétrées par les socialistes, ou elles ont été fondées par eux. Dans celles où ils ont pénétré, ils doivent faire prévaloir l'idée, le parti qu'ils représentent. Dans celles qu'ils ont fondées, ils doivent porter à son maximum la collaboration matérielle donnée à l'idée et au parti. J'espère, en tout cas, qu'il ne se trouvera pas dans ce Congrès un seul camarade pour reprocher aux coopératives du Nord de s'être mises comiue elles l'ont fait au service du Socialisme ! Ce serait trop épouvantable que des socialistes fissent écho, contre nos coopératives, avec nos pires ennemis patronaux ! Ce que ne leur pardonnent pas les Motte et autres grands patrons du Nord, ce qu'ils leur jettent à la face, comme une injure, c'est d'être les vaches à lait des révolutionnaires ! Et vous reprendriez ce langage, ici ! {Applaiidissenients .)'^on,\o\x9,ne voudrez pas désarmer les nôtres là-bas, de concert et avec les armes des piliers du patronat. Vous laisserez les coopérateurs du Nord continuer à faire leur devoir de socialistes. Si vous saviez comme c'est beau dans les réunions générales, où l'homme, la femme et l'enfant sont là ! ils ne viennent pas seulement pour un trop-[)erçu à loucher, ils viennent pour connaître l'usage qui aura été fait de la part de ce trop-perçu qu'ils ont abandonné au parti, à l'avenir collectiviste, à l'allranchissement général de l'humanité ! Il faudrait que vous puissiez assister à une séance générale de l'Union de Lille, par exemple ; je vous allirme qu'alors l'on n'entendrait pas sortir de la bouche d'un seul de nos orateurs des paroles comme celles que j'ai eu la douleur d'entendre ce matin, visant précisément ces coopératives du Nord qui sont à la tête, ne l'oubliez pas, de tout le mouvement coopératif français. Est-ce que vous avez à Paris des coo[)ératives comme les nôtres, pourvoyant à toutes les batailles, avec leurs caisses de grève, de chômage, etc ? Je suis très heureux de saluer les coopératives de la Seine, mais n'oubliez pas que ce sont vos aîné(^sde là-bas qui vous ont donné l'exemple, que vous devriez bien suivre jusqu'au bout. (Appl.)