Ms. 609, f 161 V
4. DoAT, 22, p. 1. . Bernardam, uxorem quondam Poncii, que fuit
veut dire qu'elle abjura ses anciennes erreurs. Vers 1229, vivaient à Narbonne deux sœurs, Ray monde et Florence; originaires du Mas-Saintes-Puelles, elles avaient quitté leur pays pour vivre plus librement dans l'hérésie; Raymonde avait, en même temps, abandonné son mari qui était resté au Mas. Arrêtées par le baile archiépiscopal, elles comparurent devant l'officialité diocésaine. Le dominicain Ferrier, « qui exerçait les fonctions d'inquisiteur au nom de l'archevêque », reçut leur abjuration, les fit mettre en liberté, les ramena dans leur pays et « rendit Raymonde à son mari », « et reddidit eani viro suo ' ». Tolsanus Bertrand racontait aux inquisiteurs de 1245 une histoire semblable qui, quinze ans auparavant, était arrivée à sa mère Guillelmine Gleize. « Elle fut hérétique pendant trois ans à Auriac ; convertie ensuite à la foi catholique, elle reprit son mari. Elle vécut encore plus de huit ans avec lui, et quand il mourut, elle alla habiter avec son fils dans sa maison des Cassés -. »
Libertinage préférable au mariage. — Dans leur aversion pour le mariage, les hérétiques allaient jusqu'à déclarer que le libertinage lui était préférable
lierctica per 1res annos et amplius; sed postea accepit virum et habuit inde infantes duos. » L'expression sed poslea indique bien que, dans la pensée du témoin qui fait cette déposition, il y avait contradiction entre la pratique de l'iiérésie, d'une part, le mariage et la maternité, de l'autre.
1. Ms. 609, f" -23, déposition de Raymonde en 124."; : « Reconciliavit dictam testem et rlorenliam, sororem ejus, et frater Ferrarius venit tune cum ea teste usque ad Mansum et reconciliavit eam eireddidit eam viro suo apud Mansum ethabuit litteras dicte reconciliationis... et sunt XVI anni ». Déposition de Florence [ibid., f» ii) : « reconciliavit ipsam et Raimondam sororem et dimiserunt cas ire et tune idem fr. Ferrarius ivit cumRaimunda, sorore sua, usque ad Mansum et reddidit viro suo ».
■2. Ibid,, f" 2-23.
et qu'il était plus grave « facere ciun uxore sua quain ciim alia muliere ' ». Ce n'était pas là une boutade; car ils donnaient de cette opinion une raison tout à fait conforme avec leurs principes. Il peut arriver souvent, disaient-ils, que Ton ait honte de son inconduite; dans ce cas, si on s'y livre, on le fait en cachette. Il est dès lors toujours possible qu'on s'en repente et que l'on cesse; et ainsi presque toujours le libertinage est caché et passager. Ce qu'il y a au contraire de particulièrement grave dans l'état de mariage, c'est qu'on n'en a pas honte et qu'on ne songe pas à s'en retirer, parce qu'on ne se doute même pas du mal qui s'y commet « quia mogis publiée et sine verecundia peccatum fiebat^ ».
C'est là ce qui explique la condescendance vraiment étrange que les Parfaits montraient pour les désordres de leurs adhérents. Ils faisaient eux-mêmes profession déclarée de chasteté perpétuelle, fuyaient avec horreur les moindres occasions d'impureté; et cependant, ils admettaient dans leur société les concubines des croyants et les faisaient participer à leurs rites les plus sacrés, même lorsqu'elles n'avaient aucune intention de s'amender. Les croyants euxmêmes n'avaient aucun scrupule de conserver leurs maîtresses, tout en acceptant l'influence des Parfaits. Guillelma Campanha était, au su de tout le monde, la concubine d'Arnaud Maistre et cependant Parfaites et Parfaits descendaient chez elle quand ils passaient au Mas-Saintes-Puelles ^ ; ils prenaient