‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 32 sur 94 · Ms. e09, f · texte numérisé non relu

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qui lui tint des propos contre l'Eglise ; voulant voir si elle avait devant elle une hérétique manichéenne, elle lui demanda de son côté si elle admettait le mariage; l'autre lui répondit non et la preuve était ainsi faite'. Cétait aussi le moyen qu'employaient ministres cathares et prêtres catholiques pour s'assurer les premiers de la sincérité des conversions, les seconds de la sincérité des abjurations. Le catholique qui en recevant l'initiation du consolamentum promettait de ne jamais se marier, et l'hérétique qui, en rentrant dans le giron de l'Eglise, se mariait ou reprenait la vie conjugale abandonnée, donnaient l'un et l'autre un gage si précis de leurs croyances nouvelles quïl faisait foi devant les tribunaux de l'Inquisition.

Les exemples de ces deux cas sont fréquents dans les procès-verbaux des enquêtes dominicaines. Décidé à recevoir le consolamentum, Guillaume de Raissac avertissait loyalement son beau-père qu'il allait lui renvoyer sa fille ^. Il savait que la dissolution volontaire du mariage était requise pour la réception de l'initiation cathare. Vers 1218, Bernard Pons de Laure étant gravement malade à Roquefèreen-Cabardès, sa femme Bermonde demanda à deux hérétiques de venir lui donner le consolamentum. Mais avant de procéder à cet acte, ceux-ci exigèrent de Bermonde qu'elle renonçât à jamais à son mari ; et ce ne fut qu'après avoir reçu cet engagement qu'ils procédèrent à la cérémonie : « postmo- DUM, consolati fuerunt dictum infirmum ». Revenu

\. DOAT, -20, p. oo.

2. DOAT, 22, p. 70. • Quod dimitteret uxoreni suam et fieret hereticus. »

à la santé, Pons de Laure « abandonna l'hércsie et revint au monde et par la même occasion reprit sa femme, oublieuse elle aussi de sa promesse ». Mais bientôt, ce fut au tour de Bermonde de devenir malade et de demander le consolamentum. Les deux hérétiques qui accoururent à son appel n'agirent pas autrement que les premiers. Avant de commencer leurs rites, ils exigèrent que Pons de Laure renonçât à sa femme ; et après en avoir reçu la promesse formelle, ils la consolèrent : « postmodum, dicti heredci coiisolati furerunt dictam infirmam ^ . »

Au lieu de multiplier les cas de ce genre, fort nombreux dans les registres dcTlnquisition, nous aimons mieux faire en quelque sorte la contre-épreuve en montrant d'anciens hérétiques revenant à la fois à r?]glise et au mariage. Arnalde Frémiac avait été engagée, dès sa jeunesse, dans la secte cathare par son oncle Isarn Bola. Mais plus tard, S. Dominique reçut son abjuration et lui imposa une pénitence <' quousque duceret niaritum », c'est-à-dire jusqu'au jour où par son mariage, elle prouverait, d'une manière péremptoire, la sincérité et la solidité de sa conversion (1211) ^. P. Covinens de Fanjeaux avait été remise aux hérétiques par Pierre Coloma, son frère; regagnée à l'orthodoxie par S. Dominique, « elle abandonna leurs erreurs et se maria -* ». Pendant plus de trois ans, une certaine Bernarda avait vécu dans l'albigéisme ; « mais ensuite, elle prit un mari et eut deux enfants ' » ; et par ces mots, on

4. L'histoire de Pons de Laure et de Bermonde se trouve dans Doat 23, pp. 81-83.

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