Palrologie gréco-latine (Migne, t. XIX, p. 539 et
(3« année de Caligula, 39). « Petrus apostolus, cuin primum Anliochenatn ecclesiam fundasset, Romam mittitur, ibique evangelium prœdicans,XXV annis ejusdem urbis episcopus persévérât. »
(H' année de Néron, CC). « Post Petrum primas Romanam ecclesiam tenuit Linus. »
2. Eusèbe, Histoire ecclésiastique, livre H, cli. 14. " itapanôSai; yoùv èiti TT]; aÙTÎî; IQauSéou Ba<7i>.e(a;, iq Travàyaôo; xai çO.avOpcoTtoxdéTT) Toiv oluiy Tipdvota, TÔv xapTEpôv xal (AeYavTwv à7iO(7T6).ti)v, tôv àpex^
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mière venue de saint Pierre à Rome et son martyre.
Ainsi, malgré leurs divergences parfois assez considérables, Philocalus, Lactance et Eusèbe sont unanimes sur un point : les 25 ans de durée de l'épiscopat de saint Pierre.
Or, ils représentent des traditions différentes et toutes trois fort sérieuses. Philocalus écrivait son Catalogue par ordre du pape Libère ; il y consignait par conséquent la chronologie des papes, telle que l'admettait officiellement l'Église romaine. Né et en tout cas élevé en Afrique, précepteur, à Trêves, des enfants de Constantin, Lactance se faisait l'écho d'une opinion généralement reçue dans tout l'Occident, Enfin Eusèbe de Césarée nous rapporte ce qui s'enseignait en Palestine et en Orient. De leur affirmation, concordant exactement sur ce point, nous pouvons admettre qu'au commencement du iv"^ siècle, c'était une tradition universellement admise dans toutes les chrétientés d'Orient et d'Occident que saint Pierre était venu à Rome et qu'il avait gouverné l'Église pendant vingt-cinq ans.
Or, cette tradition est certainement antérieure à Tan 300. Rédigé définitivement par Philocalus sous le pape Libère (352-356), le Catalogue libérien n'est en réalité qu'une réédition de la chronologie des évêques de Rome qu'avait composée, dès l'an 235, le prêtre romain Hippolyte \ Quant à Eusèbe de Césarée, il dit lui-même avoir écrit son Histoire ecclésiastique d'après un grand nombre de livres qu'il avait réunis dans sa bibliothèque, l'une des plus riches de son temps. Or, il est facile de voir, comme
i. Liber Pontiflcalis, éd. Duchesne, p. ivv.
l'a prouvé M^"" Duchesne *, que pour la chronologie des papes, Eusèbe a utilisé des catalogues de l'Église romaine et la liste des papes que compila, dès la fin du II® siècle, saint Irénée ; et ainsi, il se trouve que Philocalus, Lactance et Eusèbe nous ont rapporté une tradition bien aniérieure à leur époque et remontant certainement, par des documents authentiques et en quelque sorte officiels, au commencement du 111'= siècle, avec saint Hippolyte, écho des traditions romaines, avec saint Irénée, écho des traditions orientales. Force est donc de conclure que déjà vers l'an 200, la chrétienté admettait les « années de Pierre », c'est-à-dire les 25 ans de son pontificat romain.
Nous n'ignorons pas les difficultés historiques que soulève cette chronologie. Eusèbe lui-même a dû s'en douter puisqu'il a varié d'opinion sur la date précise de la venue de l'apôtre à Rome. Dans son Histoire ecclésiastique il n'adopte l'année 41 qu'en s'appuyant sur la légende de Simon le Magicien, que saint Pierre serait venu combattre à Rome ; or, il est généralement admis que cette légende n'a aucun fondement historique. Enfin, dans l'intervalle de ces 25 ans, les Actes des Apôtres nous montrent le Prince des Apôtres prêchant ailleurs que dans la capitale de l'Empire. En 44, il passe à Jérusalem les l'êtes de Pâques; en 50, il préside dans la même ville la réunion des apôtres ; écrivant de Rome, en 61, saint Paul ne le mentionne pas, ce qui serait inexplicable si, cette année-là, saint Pierre s'était trouvé avec lui.
i. Ibidem.
Ces alibis ne suffisent pas pour infirmer la tradition si ancienne et si nette dont saint Hippolyte, Eusèbe, Lactance< et Philocalus sont les témoins, et c'est aller vite en besogne que de déclarer, à la suite de Renan, le système d'Eusèbe « malheureux » et ft inadmissible ». C'est opposer à quatre textes fort anciens et fournis par les plus graves autorités une négation que rien n'appuie; car enfin, qu'importe qu'au cours de ces vingt-cinq ans on trouve saint Pierre à Jérusalem, à Antioche et ailleurs? Du jour où il était entré à Rome, il n'avait pas l'ait vœu de ne jamais en sortir. Si son ministère l'appelait dans n'importe quelle chrétienté, pourquoi n'y serait-il pas allé et pour s'y rendre était-il dans l'impossibilité de conserver le gouvernement de l'Eglise romaine? N'oublions pas que nous sommes aux premières origines du christianisme, c'est-à-dire en un temps de missions; or, quoique chefs d'une Église déterminée, les évêques missionnaires s'interdisent-ils les lointains voyages et les longues absences? Les difficultés soulevées par Renan sont donc tendancieuses et sans aller jusqu'à affirmer rigoureusement les 25 années de pontificat de Pierre, nous pouvons admettre cependant qu'elles s'appuient sur des textes importants, et qu'elles sont d'autant plus vraisemblables que, divergeant sur la manière de les compter, ces textes concordent rigoureusement sur leur nombre.
1. Lactance ne dit pas que saint Pierre ait passé les vingt-cinq ans à Rome. Renan fait remarquer avec raison qu'il semble dire le contraire. H ne faut retenir de son texte que l'aflirmation des vingt-cinq années d'apostolat universel, et la conformité de ce total avec celui que donnent Eusèbe et Pb ocalus.
222 QUESTIONS DHISTOIRE ET D'ARCHEOLOGIE.
Nous passons du domaine des probabilités à celui des certitudes, lorsque nous examinons si saint Pierre est venu à Rome fonder son Église et recevoir le martyre. Ce fait est constamment affirmé, et de la manière la plus nette, par les auteurs les plus anciens. Dès l'an 200 environ ', le prêtre romain Caius s'en servait pour confondre les Montanistes. Aux prétentions de ces hérétiques, il opposait la tradition constante de l'Eglise romaine depuis les enseignements de saint Pierre, son fondateur. Dans le livre qu'il écrivit contre Proclus, chef de la secte des Cataphryges, il parlait ainsi du tombeau « où étaient déposés les corps sacrés des deux apôtres Pierre et Paul » : « Je puis, dit-il, vous montrer les monuments des apôtres. Que vous veniez au Vatican ou sur la voie d'Ostie, vous aurez sous les yeux les monuments des fondateurs de notre Eglise ^. »
En citant ce texte ^, M. Renan a essayé d'en atténuer la portée. « Au commencement du m® siècle, dit-il, on voyait déjà près de Rome deux monuments auxquels on attachait les noms des apôtres Pierre et Paul. L'un était situé au pied de la colline Vaticane : c'était celui de saint Pierre; l'autre sur la voie d'Ostie : c'était celui de saint Paul. On les appelait
1. Caiiis écrivait, nous dit Eusèbe (H. E., H, 25), sous le pontificat de Zéphyrin, « xatà Zecpupïvov Ptojjiatwv yeYOvw; ÈTtîoxoTiov ».
2. Ibidem. « 'Eyw ôè ta tçÔTtoua. twv àTiooTÔXwv z-/u> ôeïÇai. 'Eàv yàp 6e>>ï)(ji;iç àîisXôeïv ètiItov Batixavôv, tî ÈTtlxrjvôûôv e'n ttjv ïîffTtav, eOp-/;(T£t<; xà xpoTrata tûv Taûx-/iv iôpu(7a(i.£vwv xrjv èxxXYifft'av. »