‹ Questions d'histoire et d' archéologie chrétienneChapitre 93 sur 94 · Op. cit., pp · texte numérisé non relu

Op. cit., pp

Enfin, l'année tout entière finit par former un vrai cycle liturgique gravitant autour des deux grandes solennités chrétiennes de Noël et de Pâques. L'une et l'autre furent marquées par un temps de préparation. Avant Pâques, ce fut le Carême, précédé lui-même de trois semaines d'attente, pendant lequel les pécheurs accomplissaient leur pénitence. C'était aussi la période de recueillement où les catéchumènes recevaient le dernier complément de leur initiation chrétienne, apprenaient le Pater et le Credo, et se préparaient, par des examens et des prières, au grand baptême de Pâques. La semaine qui précédait le dimanche de la résurrection, la grande semaine, était tout entière occupée par la méditation de la Passion et la dernière initiation des catéchumènes; ses moments les plus solennels étaient l'adoration de la croix, le vendredi saint et les cérémonies du baptême pascal, qui se célébraient dans le nuit du samedi au dimanche. Enfin, le jour de Pâques clôturait cette longue période de pénitence, de méditation et de prière. Les pénitents avaient reçu l'absolution le jeudi saint, les catéchumènes venaient d'être baptisés, le Christ était ressuscité; en l'honneur de ces trois mystères, l'Église entonnait un triple Alléluia. Dans ses chants et ses prières, elle confondait la naissance à la vie chrétienne de ses nouveaux enfants, la résurrection des pécheurs à la vie spirituelle, et le triomphe du Christ sur la mort et le péché.

La fête de Noël eut aussi son temps de préparation, l'Avent, qui représente la longue période de siècles précédant la venue du Messie, et prépare l'humanité rachetée à l'avènement définitif du Christ.

« Cette période liturgique a une porte quiouvresurlepas.se, l'autre sur l'avenir; d'un côté, pour perspective, les milliers d'années pendant lesquelles l'humanité attendait son Rédenip* tenr; de l'autre, les siècles qui s'écouleront jusqu'à l'heure du dernier, cataclysme. •

Pour rendre ces images grandioses, la liturgie a trouvé des chants d'une poésie épique. C'est, par exemple, le magnifique répons qui se chante aux Matines du premier dimanche de l'Avent :

En regardant de loin, je vois la puissance de Dieu qui vient, et une nuée qui couvre toute la terre.

Allez au-devant de Lui, et dites : « Dis-nous si tu es Celui qui doit régner sur le peuple d'Israël. ■>

Qui que vous soyez, habitants de la terre et fils des hommes, riches ou pauvres, allez au-devant de Lui, et dites :

« Toi qui régis Israël, écoute! Toi qui conduis Joseph comme une brebis, dis-nous si tu es Celui-là. »

Ouvrez vos portes, ouvrez-vous, portes éternelles, et le Roi de gloire entrera, Celui qui doit régner sur le peuple d'Israël.

C'est le même cri dappel qui revient sans cesse :

liorale, cœli, desuper, et nubes pluant Juslum ! Aperialur tei^ra et germinet Salvalorem!

Après cette longue période d'attente, l'Église célèbre Noël. Dès la plus haute antiquité, cette fête revêtait une grande solennité. A Rome, le Pape disait trois messes stationales, l'une à Sainte-Marie-Majeure; l'autre, au Palais des Césars, sur le Palatin; la troisième, à Saint-Pierre. Dans l'Église gallicane, on répétait, pendant la nuit de Noël, le baptême de Pâques : en même. temps que l'on fêtait la naissance du Christ et l'annonce de la Rédemption, n'était-il

pas naturel de célébrer la naissance des catéchumènes à la vie spirituelle? C'est pendant cette nuit de la Nativité que Clovis reçut le baptême à Reims, des mains de saint Rémi. L'office de cette solennité a été marqué d'un caractère tout particulier de grandeur et de poésie.

Les deux fêtes de Pâques et de Noël se prolongèrent bientôt pendant plusieurs semaines. « Additionnez toutes vos fêtes, disait Tertullien aux païens, vous n'arriverez pas au cinquantenaire de la Pentecôte. » C'est qu'en effet les sept semaines du temps pascal, de Pâques à la Pentecôte, « étaient considérées primitivement comme une seule fête, fête joyeuse, toute pleine de l'allégresse de la résurrection et du triomphe du Christ. Les litanies majeures du 26 avril et les Rogations... étaient des jours de pénitence et de jeûne, qui contrastaient avec la joie du temps pascal ». De même, le temps de Noël se prolongea pendant quarante jours, jusqu'à la fête de la Purification, le 2 février. Enfin, pour relier Pâques à Noël, une série d'offices du dimanche se groupèrent, de la Pentecôte à l'Avent, autour des grandes fêtes de saint Jean-Baptiste, de saint Laurent et de saint Michel. Le cycle férial était complet; l'année tout entière était consacrée au culte de Dieu. Les siècles suivants n'eurent plus qu'à compléter cette œuvre liturgique, en célébrant par des fêtes plus nombreuses la vie et les perfections du Christ.

Presque en même temps, se développa dans l'Eglise le culte des saints, et le cours de l'année fut ainsi marqué d'une nouvelle série d'offices. La Sainte Vierge était déjà honorée pendant le temps de Noël,

car il était impossible de la séparer de son divin Fils et du mystère de l'Incarnation. A mesure que grandit le culte de la Vierge, surtout lorsque le concile d'Ephèse lui eut décerné le glorieux titre de Mère de Dieu, les fêtes de Marie se multiplièrent. Ce furent tout d'abord l'Annonciation (25 mars) et la Conception (8 décembre) ; puis, la Nativité (8 septembre) et l'Assomption; plus tard, la Visitation (2 juillet) et la Présentation (21 novembre) ; enfin, toutes celles qu'une dévotion plus moderne a imaginées pour célébrer ses vertus et ses attributs. Pour toutes ces solennités, l'Eglise a emprunté à la Bible de magnifiques pages qui exaltent le rôle prédestiné de Marie dans le plan de la Rédemption. Aux livres de V Ecclésiastique et des Proverbes elle a demandé la leçon de la messe ; c'est la magnifique description de la sagesse divine qu'elle a appliquée à la Sainte Vierge :

« Au commencement et avant les siècles, j'ai été créée, et, dans les siècles suivants, je ne mourrai pas. J'ai été fortifiée clans Sion, je me suis reposée dans la cité sainte, et dans Jérusalem est ma puissance.

Le Seigneur m'a possédée au commencement de ses voies, avant qu'il ne créât toutes choses, au commencement. Dès l'éternité, j'ai été préparée, depuis les temps anciens, a^ant que la terre ne fût.

Les abîmes n'étaient pas encore, et déjà j'étais conçue; le sources des eaux n'avaient pas encore jailli; les montagne avec leurs lourdes masses, ne s'étaient par encore soulevées ; avant les montagnes, j'étais enfantée.

Il n'avait pas encore fait la terre et les fleurs et posé les gonds de la terre. Quand il préparait les cieux, j'étais là. »

Au Cantique des Cantiques l'Eglise a demandé ses images les plus poétiques pour célébrer la mater-

nité et la pureté de Marie, et elle en a composé les antiennes et les répons de l'office.

« Je suis la fleur des champs et le lis de la vallée.

Mon bien-aimé m'appelle : Lève-toi, viens, mon amie, ma colombe; car l'hiver a passé, la pluie a cessé. Les (leurs ont apparu sur notre terre... la voix de la colombe s'est fait entendre.

Tu es toute belle, ma bien-aimée, et il n'y a en toi aucune tache. »

Enfin, elle a composé elle-même des répons, des hymnes et des proses d'une inspiration pénétrante ; il suffît de citer le Stabat.

Le culte des martyrs remonte, comme celui des saints, aux orig-ines chrétiennes. Dès les premiers siècles, chaque Eglise avait coutume de célébrer par la synaxe liturgique (messe) l'anniversaire de la mort de ses martyrs [natale) ; et, le plus souvent, c'était sur le tombeau même du saint qu'avait lieu le divin sacrifice. C'est ainsi qu'après sa mort, dès le ii* siècle, saint Polycarpe, disciple de saint Jean, fut l'objet d'un culte de la part des fidèles de Smyrne. Chaque Eglise prit l'habitude de mentionner, au Canon de la messe, ses martyrs les plus illustres, pour leur demander leur intercession. Bientôt, un office spécial fut consacré à célébrer leur gloire. Rédigé pour l'un d'eux, il fut ensuite appliqué à tous ; c'est ce que nous appelons aujourd'hui le Commun des Martijrs.

L'Ancien et le Nouveau Testament en fournirent la matière; dans les paroles mêmes du Christ, dans les psaumes, dans le livre de la Sagesse, l'Eglise trouva des passages qui s'appliquaient avec une réalité

saisissante aux martyrs, aux douleurs qui avaient précédé leur mort, à la gloire qui l'avait suivie. Tantôt, Dieu lui-même, dans de belles antiennes, promet à ses confesseurs la béatitude :

«« Celui qui m'aura confessé devant les liomnies, je le confesserai devant mon Père.

Celui qui me suit ne inarche pas dans les ténèbres, mais il aura toujoure la lumière de la vie.

Que celui qui me sert me suive, et où je suis, là est mon ministre.

Celui qui hait sa vie en ce monde, la garde pour la vie éternelle. »

Tantôt, c'est le livre de la Sagesse qui, à la messe des martyrs, célèbre leur immortalité et leur puissance, en les opposant à leurs souffrances d'un jour.

« Leur sortie du monde a paru le comble du malheur, et leur séparation d'avec nous une ruine entière ; cependant, ils sont en paix. Dans le temps où ils souffraient leurs tourments devant les hommes, ils avaient une pleine espérance dans l'immortalité. Leur affliction a été légère, leur récompense sera grande, parce que Dieu les a éprouvés et les a trouvés dignes de Lui. 11 les a éprouvés comme l'or dans la fournaise. Il les a reçus comme des victimes qui se sont sacrifiées en holocauste... Ils jugeront les nations, ils domineront sur les peuples, et le Seigneur régnera sur eux éternellement. »

Tantôt, ce sont les martyrs eux-mêmes qui chantent leur délivrance, dans un graduel d'une merveilleuse poésie.

« Notre âme a été délivrée, comme le passereau, du filet de l'oiseleur. Le filet a été rompu, et nous avons été délivrés; notre secours est dans le nom du Seigneur, qui a fait le ciel et la terre. »

Tantôt, enfin, c'est l'assemblée des fidèles qui glorifie ses saints, ou crie vers le Seigneur contre leurs persécuteurs, pour lui demander de venger le sang des justes... Nous assistions dernièrement à un office solennel en l'honneur des premiers martyrs qui sont tombés sur la terre d'Indo-Chine, et que l'Eglise vient de béatifier. Le séminaire qui le célébrait était celui où ils avaient fait leurs premiers pas dans la cléricature ; c'était une famille qui glorifiait l'un des siens, et l'on chantait :

« Alléluia! Alléluia! L'éclatante armée des martyrs chante vos louanges, Seigneur! Alléluia! »

Mais, auparavant, dès le début de l'office, on avait maudit cette barbarie asiatique, qui avait jeté dans les fers et tué, dans les tourments les plus raffinés, les apôtres de la vérité et de la charité, détruit les églises du Dieu saint et transformé en déserts les chrétientés florissantes.

« Que les gémissements des captifs montent jusqu'à vous, Seigneur, rendez le septuple à nos oppresseurs, vengez le sang de vos saints qu'ils ont répandu. 0 Dieu, les païens ont envahi votre héritage, ils ont profané votre saint temple, ils ont fait de Jérusalem un monceau de ruines. » (Inlroït de la messe).

Et ces paroles évoquaient à notre esprit les scènes atroces de Chine, les chrétiens bloqués dans les légations, en tête à tête avec la pensée d'une mort affreuse, les évêques, les missionnaires, les religieuses massacrés, les églises détruites, les chrétientés désolées ! Et ce cri de vengeance de nos vieux livres nous semblait être celui que pousse, à travers toute l'Europe, la conscience des peuples civilisés ;

tant il est vrai que, vénérable par son antiquité, notre liturgie rend avec une puissance toujours nouvelle les sentiments de Thumanité !

Dès le m'' siècle, on vénérait déjà des saints qui n'avaient pas subi le martyre. Des évêques, de pieux fidèles eurent, après leur mort, leur place dans les diptyques de chaque église; leur natale fut célébré avec celui des martyrs. Pour ces saints, on réserva plus tard l'appellation de confesseurs, synonyme primitivement du mot martyr. Pour eux, on emprunta aux Écritures les passages qui célèbrent les justes ou qui glorifient nos ancêtres et nos maîtres dans la foi.

•• Louons ces hommes glorieux qui sont nos pères dans leur génération, lit-on à la messe de leur office. Le juste veillera dès l'aurore pour le Seigneur qui l'a créé, et il priera en présence du Très-Haut. Il ouvrira sa bouche pour la prière, et implorera la clémence de Dieu pour ses péchés... »

Et ailleurs :

« Rappelez-vous vos chefs, qui vous ont annoncé la parole de Dieu, méditez sur l'issue de leur vie, et imitez leur foi... Obéissez à ceux qui sont à votre tète, et soj-ez-leur soumis, car ils veillent, sachant qu'ils sont responsables de vos âmes. »

S'il s'agit d'un pontife, l'assemblée chrétienne chante en lui les grandeurs du sacerdoce :

« Le Seigneur a fait avec lui une alliance de paix, il l'a établi prince de son peuple, afin qu'il possède à jamais la dignité de son sacei'doce. {Introït).

Le Seigneur l'a juré et il ne rétractera pas son serment. Vous êtes prêtre à jamais selon l'ordre de Melchisédech. Alléluia! Le Seigneur l'a aimé et orné; il lui a donné un vêtement de gloire. Alléluia! »

S'il s'agit d'un docteur, on chante sa science et ses enseignements.

" Le Seigneur lui a ouvert la bouche, au milieu de l'assemblée clos fidèles, il l'a rempli de l'esprit de sagesse et d'intelligence, il lui a donné un vêtement de gloire. {Introït).

La bouche du juste annoncera la sagesse, et sa langue publiera la justice. La loi de son Dieu est dans son cœur, ses pas ne seront pas chancelants. >■■

S'il s'agit d'un simple confesseur, on loue sa justice et sa fidélité.

« Le juste fleurira comme le palmier, il croîtra dans la maison du Seigneur, comme le cèdre du Liban. {Graduel).

Heureux celui qui supporte la tentation, parce qu'après l'épreuve il recevra la couronne de vie.

Heureux l'homme qui craint le Seigneur et se complaît dans sa loi. Alléluia! Le juste croîtra coaune le lis, il fleurira éternellement devant le Seigneur. »

Enfin, les vierges et les saintes femmes trouvèrent aussi place dans les offices de la liturgie. On chanta leur épithalame avec Dieu, l'époux de leurs âmes, et pour cela, on emprunta aux livres de Salomon leurs images les plus gracieuses. La vierge chrétienne, dans la béatitude céleste, c'est une reine assise à côté du Roi éternel, épris de sa beauté :

« La reine s'est assise à votre droite, en vêtements tissus d'or, couverte de broderies.

Écoutez, ma fille; voyez et pz'êtez l'oreille ; le roi sera épris de votre beauté; car il est le Seigneur votre Dieu, et on l'adorera. »

C'est la vierge prudente de l'Évangile, qui a veillé et entretenu l'huile de sa lampe, pour attendre l'E-

poux (Evangile de l'office). C'est une perle précieuse que le divin marchand a découverte et qu'il a achetée à grand prix pour son trésor (Antienne).

A côté de ces offices généraux que l'Eglise applique aux diverses catégories de bienheureux, et qui forment le commun des saints, la liturgie en a imaginé de plus précis pour célébrer chacun de ses plus grands saints. Les leçons et les chants sont merveilleusement choisis pour louer d'une manière toute particulière les vertus du serviteur de Dieu, et mettre en lumière son rôle dans le plan de la Providence.

Dans le cycle de la Rédemption, saint Jean-Eaptiste tient une place importante : sa naissance a été annoncée par un ange et s'est produite dans des circonstances extraordinaires qui en marquaient le caractère prédestiné. Sa vie a été un long cri annonçant le Messie ; il l'a révélé au peuple juif par le baptême du Jourdain, il l'a forcé en quelque sorte à se manifester en le faisant interroger par ses disciples; il a prêché le baptême et la pénitence qui devaient occuper une si grande place dans la religion du Christ; enfin il est mort sous le glaive d'IIérode pour avoir proclamé devant ce tyran les droits de la conscience, devant cet homme dissolu les lois de la morale éternelle. C'est encore un prophète de l'Ancienne Loi, et dans les litanies des saints, il représente les patriarches et les prophètes. C'est le grand Précurseur, mais c'est déjà un martyr. Tout cela se retrouve dans l'office de sa Nativité (24 juin). L'évangile de la messe, les antiennes et Ihymne des vêpres racontent sa naissance, la guérison de Zacharie et les joies mystiques de la Visitation. Le prophète Isaïe a écrit une page splendide sur la vocation d'Israël,

le grand peuple précurseur; la liturgie l'a appliquée à saint Jean-Baptiste, en la faisant lire à sa messe.

« Écoutez, îles, et vous, peuples éloignés, prêtez l'oreille. Le Seigneur m'a appelé dès le sein de ma mère, il s'est souvenu de mon nom lorsque j'étais encore dans ses entrailles. Il a rendu ma parole perçante comme une épée, il m'a protégé sous l'ombre de sa main et il m'a mis en réserve comme une flèche de choix ; il m'a tenu cach(» dans son carquois, et m'a dit : Israël, tu es mon serviteur, et je me confierai en toi! »

Cette prédestination du prophète est encore chantée au graduel.

« Je t'ai connu avant de te former dans les entrailles de ta mère; je t'ai sanctifié. Le Seigneur a étendu sa main, il a touché ma bouche et m'a parlé. »

Enfin elle est célébrée, en termes magnifiques, dans le cantique prophétique que Zacharie composa à la naissance de son fils et que l'Eglise se plaît à répéter en cette fête [Alléluia et communion de la messe, antienne 5 des vêpres).

« Enfant, tu seras appelé le Prophète du Très-Haut, tu marcheras devant le Seigneur pour préparer ses voies. »

Et l'office se termine par l'éloge que le Christ luimôme fit de son précurseur.

« L'enfant qui nous est né est plus qu'un prophète; c'est de lui que le Seigneur a dit : Parmi les enfants des femmes, il n'y en a pas eu de plus gi-and que Jean-Baptiste. »

C'est sur ce modèle que sont composés les Propres des saints, et nous trouverions de nouvelles beautés liturgiques si nous analysions l'office de n'importe lequel d'entre eux.

A l'origine, les fêtes des saints étaient rares, chaque église ne célébrant que les siens ; mais bientôt, lorsque les compilations martyrologiques eurent été terminées vers le ix^ siècle, et que la centralisation romaine eut fait des progrès, le calendrier se peupla des saints dont le culte avait été adopté par l'Eglise universelle. Aujourd'hui, le culte des saints occupe l'année entière, car il n'est pas de jour que l'Église n'ait consacré à l'un de ses bienheureux, nous invitant ainsi à contempler dans ces exemplaires désormais immortels les diverses perfections chrétiennes, et mettant sous nos yeux des pages sans cesse variées de son histoire.

Mais le catholicisme n'a pas seulement sanctifié l'humanité régénérée en la conviant chaque jour, presque à chaque heure, à la prière, au culte de Dieu et de ses saints, il a voulu aussi pénétrer la vie de chacun de nous. Comme une compagne fidèle qui nous prend à la naissance et veille sur nous jusqu'au tombeau, la liturgie a prévu les actes importants de notre existence : elle a fixé les rites, les bénédictions et les prières qui doivent les sanctifier. Le chrétien est à peine né que l'Eglise le réclame pour l'élever par le baptême à la dignité d'enfant de Dieu. Sa raison commence-t-elle à s'ouvrir à des pensées personnelles : elle complète son initiation par les solennités de la première communion et de la confirmation. Tombe-t-il sur le chemin de la vie, sous les atteintes du mal et des passions : elle le relève par la péni-

tence. Veut-il fonder une famille : elle bénit et consolide le nouveau foyer par les cérémonies du mariage et par ses rites symboliques. Ces actes revêtent un caractère divin, sont pénétrés d'une grandeur surhumaine et imprégnés de la plus touchante poésie.

C'est surtout devant le problème de la souffrance et de la mort que l'Église a multiplié les enseignements et les beautés de la liturgie. Ne sait-elle pas en effet que le sacrifice est la condition même de l'humanité et de ses destinées?

« L'homme, né de la femme, vit peu de temps, et sa vie est remplie de beaucoup de misères. Comme la fleur, il germe et il est foulé aux pieds; il fuit comme l'ombre et ne demeure jamais dans le même état. {Job) »

Aussi, dans ses prières, l'Eglise fait-elle sans cesse mention des affligés et des malades; pour eux, elle implore le secours divin et la délivrance des maux spirituels et temporels.

« Prions Dieu le Père tout-puissant, est-il dit dans l'une des grandes supplications du vendredi-saint, afin qu'il guérisse le monde de toutes ses erreurs, réconforte les malades, chasse la famine, ouvre les prisons, fasse tomber les liens des captifs, accorde aux voyageurs le retour, aux infirmes la santé, aux navigateurs le port du salut. »

Lorsque, malgré les prières, la maladie ou la mort ont visité une demeure, l'Eglise les y suit pour les conjurer ouïes sanctifier. Dès la plus haute antiquité, elle insère dans son missel une messe spéciale pro infirmis, elle établit l'habitude de faire porter la communion aux malades parles diacres; enfin, elle compose les belles prières, si consolantes, de l'Extrême-Onc-

tion. La tristesse s'est emparée de la maison avec le mal; elle plane sur le lit du malade et sur ceux qui l'entourent, et voilà qu'en entrant le prêtre fait entendre un salut plein d'espérance et même de joie :

« Que l'éternelle félicité, la divine prospérité, la joie sereine, la charité féconde, la santé perpétuelle entrent avec nous dans cette maison. Que les anges de la paix y soient présents, que toute mauvaise discorde en soit chassée. »

Les membres sont anéantis par la douleur : le prêtre les consacre pour l'éternité par les huiles saintes, que l'évêque a solennellement bénites le jeudi saint; et il prononce sur chacun d'eux une parole de pardon et d'espérance ! Enfin, lorsque l'agonie est commencée et que les forces de la mort livrent leur dernier assaut, au moment où l'àme va paraître devant son souverain Juge, l'Eglise dit les prières de la recommandation de l'âme. Elle appelle au chevet du moribond les bienheureux de l'Ancien et du Nouveau Testament, depuis Abel le Juste jusqu'aux saints qui ont consacré au soulagement des malades leur vie mortelle, saint Jean de Dieu et saint Camille de Lellis; et, lorsque les anges et les saints du Paradis ont été invoqués, elle recommande le mourant à Dieu lui-même en des prières sublimes :

« Partez de ce monde, âme chrétienne, au nom de Dieu le Père tout-puissant, qui vous a créée; au nom de Jésus-Christ, fils du Dieu vivant, qui a souffert pour vous; au nom de l'Espri^Saint qui est descendu sur vous... Que votre demeure soit aujourd'hui dans la paix, et votre habitation dans la sainte Sion!...

Je vous recommande à Dieu tout-puissant, mon très cher frère, et je vous remets entre les mains de Celui dont vous êtes la créature, afin qu'après avoir payé par votre mort le tri-

but de l'humanité, vous retourniez à votre auteur, qui vous avait formé du limon de la terre. Lorsque votre âme sortira de votre corps, que la glorieuse cohorte des anges aille au-devant de vous; que le sénat des apôtres chargés de juger accoure..., que le Christ vous délivre des tourments, lui qui a été crucifié pour vous,... que le Christ, fils du Dieu vivant, vous place dans les prairies toujours verdoyantes de son Paradis, et que ce Pasteur véritable vous reconnaisse comme sa brebis. Qu'il vous absolve de tous vos péchés, et vous mette à sa droite, au milieu de ses élus. Puissiez-vous voir votre Rédempteur face à face, et toujours près de lui, contempler la vérité qui se manifeste aux yeux des bienheureux. Ainsi placé au milieu des milices saintes, puissiez-vous jouir éternellement de la douceur de la contemplation divine. Amen. »

Lorsque la mort a terminé son œuvre, l'Église multiplie encore les beautés de sa liturgie. Pour ce corps que la corruption attend, elle entrevoit le grand mystère de la résurrection, les scènes redoutables du jugement, les peines terribles de l'enfer ou les joies ineffables du Paradis. Ce sont ces grandes pensées qui donnent un caractère de majesté tout particulier à l'office des morts. Ce cadavre inerte et déjà décomposé est appelé à ressusciter, voilà pourquoi l'Eglise le conduit devant les autels et à sa dernière demeure en une procession solennelle, l'entoure de lumières et lui donne comme aux choses consacrées les honneurs de l'encens. A la brutale destruction qu'on a sous les yeux, elle oppose la pensée de l'immortalité. Pour la messe de funérailles, elle emprunte à saint Paul l'épître qui affirme le dogme de la résurrection; à Jésus-Christ lui-même, elle demande l'Evangile qui le pose de la manière la plus indiscutable. Ce sont les consolations divines qu'elle offre aux croyants.

Mais en même temps l'heure de la mort est une heure d'épouvante, parce que c'est celle du jugement. Afin que nous sachions le comprendre, l'Eglise emprunte pour ses vigiles des morts les paroles amères que Job adressa au Seigneur :

« Pourquoi me cachez-vous votre visage et pourquoi me croyez-vous votre ennemi? Vous faites éclater votre puissance contre une feuille que le vent emporte et vous poursuivez une paille sèche, car vous écrivez contre moi des arrêts sévères, et vous voulez me consumer pour les péchés de ma jeunesse... Vous avez mis mes pieds dans les ceps, vous avez inspecté tous mes sentiers, vous avez surveillé les traces de mes pas. »

C'est cette attente pleine d'angoisse de l'âme devant son juge qu'a voulu exprimer l'auteur du Dieu irae, dans ses strophes tour à tour épouvantées et suppliantes; le même sentiment inspire les prières pressantes de la messe et les répons des nocturnes.

« Seigneur, qui avez ressuscité Lazare déjà en pourriture, donnez-leur le repos et le pardon, vous qui viendrez un jour juger par le feu les vivants et les morts.

Seigneur, quand vous viendrez juger la terre, où me cacherai-je loin de votre visage irrité? car j'ai beaucoup péché dans ma vie. Mes fautes me font peur et je rougis devant vous ; quand vous viendrez juger, ne me condamnez pas!

Souvenez-vous de moi, ô mon Dieu, car ma vie n'est qu'un souffle qui passe; dérobez-moi aux regards des hommes.

Du fond de l'abîme, j'ai crié vers vous, Seigneur! Seigneur, écoutez ma voix !

Hélas! Seigneur, que je vous ai offensé pendant ma vie, que ferai-je, malheureux? où fuirai-je sinon vers vous, ô mon Dieu? Ayez pitié de moi quand vous viendrez au dernier jour. Mon àme est dans un trouble extrême; Seigneur, secourez-la! »

Mais bientôt la confiance dans les miséricordes di-

vines l'emporte sur la crainte, et c'est par un cri d'espérance que se termine l'office des morts. Les derniers répons des matines nous montrent Jésus brisant les portes d'airain de l'enfer et délivrant les âmes des justes. A la fin des laudes, on chante ces paroles consolantes :

« J'ai entendu une voix du ciel me dire : Heureux les morts qui meurent dans le Seigneur ! »

et surtout les paroles du Christ lui-même qui sont un gage de félicité éternelle :

« Je suis la résurrection et la vie ; celui qui croit en moi, même après sa mort, vivra ; celui qui vit et qui croit en moi ne mourra jamais.

C'est presque en un chant de triomphe que le corps est porté au cimetière ; les cieux s'ouvrent sur lui, et l'Eglise nous montre les chœurs des anges et des saints venant à sa rencontre.

« Que les anges vous conduisent au Paradis, qu'à votre arrivée les martyrs vous reçoivent dans la sainte cité de Jérusalem. Que le chœur des anges vous accueille, et que vous puissiez jouir du repos éternel avec Lazare qui fut pauvre dans sa vie. »

Et ainsi, ce sont les espérances éternelles, c'est comme un avant-goùt du paradis que la liturgie laisse aux vivants pour les consoler de la disparition des morts.

Depuis les pages magnifiques de la Genèse qui racontent la Création, les Livres saints ont célébré

la nature. Dans ses merveilles, ils ont vu l'œuvre du Créateur; dans ses lois éternelles, ils ont reconnu la pensée même de Dieu. Il leur a semblé que, du sein des objets inanimés, une hymne de reconnaissance et d'amour montait sans cesse vers l'Auteur de toutes choses. Dans ses psaumes, David célèbre « la grande voix des eaux », les « élévations de la mer en furie », il nous montre le Seigneur « faisant tomber la neige comme des flocons de laine et répandant les frimas comme la poussière sur la surface de la terre » (Psaume cxlvii). Enfin, dans un psaume célèbre que l'Eglise chante à l'office des Laudes, il invite toutes les créatures, depuis le soleil, la lune et les étoiles, jusqu'aux rois de la terre, aux vieillards et aux jeunes filles, à louer le Seigneur, se laissant aller à l'inspiration mystique qui devait, dans la suite des temps, dicter à saint François d'Assise son hymne au soleil.

Ce sentiment de la nature, si puissant dans l'Ancien Testament, s'accentue et se spiritualise encore avec le Nouveau. Le monde n'est pas seulement l'œuvre de Dieu, c'est encore un voile mystérieux, un décor d'une grandeur sublime, derrière lequel il se cache; à nous de l'y découvrir par la force de notre méditation et de notre piété. Dès lors, la nature nous apparaît comme un immense livre symbolique, dont l'explication suprême se trouve en Dieu ; en l'étudiant, nous nous élevons insensiblement des choses visibles à la contemplation et à l'amour du monde invisible. Dans son épître aux Romains (i, 20), saint Paul a exprimé d'une manière très nette cette pensée : « Depuis la création du monde, dit- il, les attributs invisibles de Dieu sont manifestés par les choses créées. »

Dès lors, l'Eglise a fait entrer la nature tout entière dans le culte qu'elle rend à Dieu.

Tout d'abord, elle la place, par des cérémonies spéciales, sous la protection de l'Auteur de toutes choses. Dans les litanies majeures (fête de saint Marc, 25 avril), elle demande à la divine Providence de conjurer tous les fléaux, la foudre, les tempêtes, les tremblements de terre, la peste et la famine, de donner et de conserver les fruits de la terre. Saint Mamert, évêque de Vienne, s'inspira de cette antique prière, lorsque au v® siècle il institua les litanies mineures (Rogations). Depuis plus de treize siècles, chaque année, pendant les trois jours qui précèdent l'Ascension, des processions parcourent les campa^ gnes, on récite les litanies des saints pour que les fruits de la terre soient sous leur garde, on s'arrête dans quelque sanctuaire rustique, ou simplement devant une croix de pierre ou de bois, et l'on chante la messe de la station. Dans certains pays, les différentes récoltes déterminent des cérémonies analogues : en Italie, on a la pieuse coutume de célébrer en pleins champs, pendant la nuit de la Saint- Jean, la messe de la moisson, pour remercier Dieu des récoltes que l'on va enlever; dans plusieurs régions de la France, et en particulier dans le Midi, on place les animaux sous la protection du ciel ; le jour de la Saint-Roch (16 août), on les range en longues files, au milieu desquelles passe la procession et le prêtre les bénit. Le rituel prévoit toutes sortes d'autres bénédictions de telle sorte que la nature entière soit sanctifiée, et que le peuple chrétien ait sans cesse présente l'idée de la Providence.

Il y a des espaces et des objets que l'Eglise as-

socie plus spécialement au culte et pour lesquels la liturgie multiplie ses cérémonies et ses prières. Dieu est partout, la nature entière est son temple; les Livres saints nous le rappellent lorsqu'ils font dire à Dieu :

« Le ciel est mon siège et la terre est l'escabeau de mes pieds. Quelle maison m'édifierez-vous? Quel sera le lieu de mon habitation? Ma main n'a-t-elle pas créé toutes choses? •

Cependant, il a fallu construire des édifices pour la célébration des divins mystères et pour les assemblées liturgiques : les églises sont particulièrement les maisons de la prière, les temples de Dieu; elles lui sont spécialement consacrées. De là les rites symboliques de la dédicace qui confèrent comme un baptême à cette portion de la nature qui va servir de demeure de prédilection au Très-Haut. Après la consécration de l'évêque, l'Eglise est devenue la propriété toute spéciale de Dieu, la croix oblique qui a été tracée sur son emplacement, étant « symbole de prise de possession ». Purifiée par le sel et l'eau, la et le vin, elle est devenue comme l'image du dès lors la liturgie l'assimilera à la sainte cité isalem, « la Jérusalem nouvelle descendant du [née comme l'épouse qui est parée pour son (ofîice de la Dédicace), et chaque année, une lennelle rappellera le jour où le Seigneur est [rendre possession de son temple, [demeures des morts ont, elles aussi, un carac- ^ieux, car elles conservent un dépôt que Dieu indera au jour de la résurrection. Aussi l'Eisacre-t-elle tout particulièrement les champs )os. Elle y élève une croix pour opposer au poi-

gnant spectacle de la mort terrestre le signe de la Rédemption; elle répand l'eau bénite pour chasser les esprits impurs; enfin, après avoir rappelé dans ses prières la brièveté de la vie et la fragilité de l'homme « dont les jours sont comme la fumée « , elle proclame l'éternité de Dieu, sa miséricorde et la foi en la résurrection :

<■ Toi, Seigneur, tu demeures éternellement. Au commencement tu as créé la terre, et les cieux sont l'œuvre de tes mains, ils périront; mais toi, tu resteras... les morts A-ont être ensevelis ici, suivant la condition de la chair ; accordeleur, par l'espérance de la résurrection, de reposer dans la miséricorde de la Rédemption, toi qui viendras juger les vivants et les morts et le monde parle feu. »

L'Eglise a emprunté aux éléments la matière de ses sacrements ; c'est avec l'eau et le sel, symboles de l'expiation et de la purification, qu'elle confère le Baptême. C'est avec l'huile, symbole de douceur et d'apaisement, qu'elle administre les sacrements de l'Ordre et de l'Extrême-Onction. La cendre, qui représente la douleur et la contrition, est le signe de la Pénitence; enfin, le pain et le vin sont les espèces mêmes de l'Eucharistie. Le feu et la lumière jouent aussi un grand rôle dans les cérémonies du culte, ils symbolisent la gloire divine, de même que la fumée de l'encens représente la bonne odeur de la prière qui monte vers Dieu.

Avant d'assigner aux éléments leur emploi liturgique, l'Eglise les consacre par des bénédictions solennelles ; le plus souvent c'est par une collecte précédée d'une Préface. C'est ainsi que s'opère, pendant l'office du samedi-saint, au seuil des solennités pas-

cales, la consécration du feu et l'encens. Après avoir allumé le cierge pascal, le diacre entonne le chant de VExultet qui célèbre en termes magnifiques le symbolisme du feu. « C'est un poème liturgique animé d'un beau souffle lyrique et remarquable par la sobriété de la forme et la richesse de la doctrine. » Il débute ainsi :

« Que la troupe angélique tressaille dans le ciel, que les divins mystères se célèbrent avec allégresse, et que la trompette sacrée publie la victoire du grand roi! Que la terre se réjouisse, illuminée des rayons d'une telle gloire, que l'éclat du monarque éternel qui resplendit sur elle l'avertisse que l'univers entier est délivré des ténèbres qui le couvraient ! Que l'Église notre mère, environnée des clartés de cette brillante lumière, se réjouisse aussi, et que ce temple retentisse de la grande joie du peuple fidèle. »

Puis il célèbre la colonne du feu qui éclaira les Israélites au milieu de la nuit, et sa pensée s'élève d'un élan mystique vers la lumière éternelle de la Rédemption : « cette étoile qui n'a pas de couchant, et qui, se levant des lieux sombres, est venue répandre sur le genre humain sa lumière sereine ».

Après la consécration du feu par le diacre, c'est l'eau qui est bénite solennellement par l'évèque ou le prêtre,

« Sois sanctifiée par la parole de Dieu, onde céleste; sois sanctifiée, eau foulée par les pas du Christ ; pressée par les montagnes, tu n'es pas prisonnière; brisée sur les rochers, tu te reformes aussitôt; répandue sur la terre, tu n'es point anéantie. C'est toi qui soutiens la terre', tu portes les mon-

\. Ces paroles sont l'écho de l'ancienne croyance d'après laquelle le monde était porté par les eaux.

tagnes et n'en es point écrasée, tu es contenue dans les profondeurs du ciel; répandue partout, tu laves toutes choses et n'es lavée par rien. »

C'est encore par une Préface solennelle que le jeudi-saint l'évêque consacre les huiles qui serviront aux catéchumènes, aux prêtres et aux malades. Le rituel prévoit des consécrations plus simples : telles sont celles des différents objets qui doivent servir au ministère de l'autel ; mais les exemples que nous avons cités suffisent à montrer avec quel soin l'Eglise associe la nature entière au culte divin.

Le sacrifice de la Messe est le centre de toute la liturgie. C'est la cérémonie la plus auguste du culte chrétien; c'est vers elle que convergent toutes les autres pratiques religieuses ; c'est par elle que la vie chrétienne s'alimente, que l'homme se sanctifie, que la nature est consacrée. Les Matines sont la vigile de prières qui servait, dans les premiers temps, de préparation à la célébration des saints mystères ; les autres heures de l'office canonial en sont la prolongation. C'est par le sacrifice de la messe que les dimanches et les fêtes sont solennisés ; c'est au cours de la messe que les ordres sacrés sont conférés, que les églises sont dédiées. C'est par la messe que les suffrages des saints sont demandés et que les morts sont recommandés à la miséricorde divine. Dans son Livre de la prière antique, dom Cabrol a étudié, avec la science d'un érudit et la piété d'un religieux, la signification des prières de la messe; il en a souligné la beauté poétique, la grandeur morale, l'intense piété. Il en a montré l'antiquité en reconstituant une messe à Rome au commencement du iii« siècle (chap. vu), prouvant ainsi, à l'encontre

des négations protestantes, l'origine apostolique du saint Sacrifice.

A vrai dire, c'est la liturgie chrétienne tout entière qui a ce parfum de vénérable antiquité, et dom Cabrol l'a bien compris lorsqu'il l'a appelée le Livre de la prière antique. Par elle nous touchons aux premières origines du christianisme, y retrouvant cette foi solide, cette piété profonde, cette poésie intense dont l'Évangile est la source ; par elle nous remontons à l'âge héroïque du christianisme, aux apôtres qui avaient appris du Seigneur lui-même la science de la prière. Lorsqu'on l'a étudiée, lorsqu'on s'en est pénétré, comme on déplore les mièvreries et les fadeurs que de petites dévotions modernes voudraient substituer à la grande prière antique !

LA RÉPRESSION DE L'HÉRÉSIE AU MOYEN AGE

Position de la question. — L'Église s'est reconnu le droit de punir l'hérésie. — Dure répression. — Raisons de cette pratique. — La civilisation du moyen âge et l'unité de la foi: — Le manichéisme au moyen âge. — Ses doctrines. — Les Cathares et leurs doctrines antisociales. — Les Vaudois et leurs négations sociales. — Les fraticelli du xu-* siècle. — Wicklef et Jean Huss. — Caractère antisocial de toutes ces hérésies. — Elles ne sont pas spéculatives, mais poussent à la révolte et déchaînent la guerre civile. — Imprévoyance et légèreté des seigneurs qui les favorisaient. — La répression était une mesure de défense sociale autant que religieuse

Le problème de la vie et de la destinée. — Le suicide et l'Endura. — Le nirvana. — Négation de l'enfer et du purgatoire. — La métempsycose. — Négation de la résurrection des corps. — Morale chrétienne et morale

cathare. — Morale individuelle. — L'abstinence cathare. — Fidélité absolue à la secte. — Morale sociale. — Négation du mariage. — Libertinage préférable au mariage. — Chasteté rigoureuse des Parfaits. — La saignée. — Suppression de la famille. — Doctrines anarchistes. — Prohibition du serment. — Suppression des sanctions sociales. — Catharisme, crime social. 47

LE CONSOLAMENTUM OU INITIATION CATHARE

L'initiation cathare. — Le Saint-Esprit cathare. — Le Consolamenlum, baptême du S.-Esprit; — Le catéchuménat chrétien et Vabslinentia cathare. — La tradition du Symbole et du Pater. — Uabrenuntiatio. — Le baptême de l'eau et la consignatio. — L'allocution préliminaire. — Le Consolamentum et le sacrement de Pénitence. — L'imposition des mains et du livre. — Le Consolamenlum et le sacrement de l'Ordre. — La vêture et le baiser de paix. — Le Consolamentum et les sacrements des mourants. — Conclusion 9!^

s. DOMINIQUE A-T-IL COPIÉ S. FRANÇOIS ?

Thèse de M. Paul Sabatier. — Pauvreté de l'évêque d'Osma et de ses compagnons, moyen d'apostolat. — Témoignages de l'enquête de Bologne sur la pauvreté de S. Dominique. — S. Dominique refuse des donations, pour maintenir la pauvreté. — Témoignage de Foulque, évêque de Toulouse. — Donations faites spécialement aux rehgieuses de Prouille. — S. Dominique et S. François inspirés séparément par le même idéal de pauvreté évangélique 151

Johannes Baptista de Rossi, Romanus. — Culture classique et archéologie profane. — Les origines de l'archéologie chrétienne. — Méthode féconde de M. de Rossi. — Ses premières fouilles aux Catacombes. — Ses principales découvertes. — L'épigraphie chrétienne et M. de Rossi. — L'art chrétien primitif interprété par M. de Rossi. — Le Bulletin d'archéologie chrétienne. — Études archéologiques sur Rome au moyen âge. — Chrétien solide, savant indépendant. — Son caractère 167

Page 1