‹ Questions d'histoire sociale et religieuseChapitre 83 sur 83 · L ORGANISATION ECCLÉSIASTIQUE · texte numérisé non relu

L ORGANISATION ECCLÉSIASTIQUE

livrée à toutes les convuitiscs. il se transforme insensiblement en propriété. Ne prolège vraiment que celuilà seul qui possède, et ne possède à la longue que celui qui protège. En entrant dans le régime féodal, l'Eglise devait en avoir les bénéfices, mais aussi en subir les lois: ces liens d'une dépendance qui enserrait tout, hommes et choses, cette confusion de la propriété et des autres formes de la suprématie sociale, souveraineté ou patronnge, cette mainmise du séniorat sur la société religieuse comme sur i activité économique et la fonction de gouvernement. Les églises rurales, prieurés, monastères, évêchés même, devenus la propriété d'un grand, les dignités ecclésiastiques conférées comme des fiefs, le patrimoine, démembré, dilapidé par le seigneur!... certes, l'Eglise se fut dissoute dans cette anarchie, si la l'êvoluiion grégorienne ne l'avait rendue à elle même. Le grand mouvement de renaissance et de réforme qui arracha l'investiture aux princes, émancipa du même coup la propriété. A mesure que s'affirme le caractère public et social de l'Eglise, elle-même formule son droit de posséder et en détermine juridiquement les conditions.

Le patronage survécut à ce mouvement, ou pour mieux dire, ce fut dans ce grand travail de dissociation entre la propriété ecclésiastique et la propriété féodale, qvi'il prit sa forme définitive. Ce fut l'œuvre surtout d'Alexandre III et de ses premiers successeurs d'en dégager la théorie. Du principe fameux que le droit de patronat n'est qu'un 2 droit annexe

au spirituel ;> se dégagent alors toutes les conséquences. Distinction radicale de la propriété et du patronage, de la collation et de la présentation, tels furent les éléments de la théorie nouvelle. Le patronage n'est plus qu'un privilège ecclésiastique, concédé par l'Eglise, justiciable de l'Eglise. Si les corps religieux, églises ou monastères, peuvent garder, par incorporation, les édifices ou les biens ecclésiastiques dans leur domaine, un laïque ne le peut plus. Fondateur, héritier du fondateur, il n'a plus que des droits limités: celui de présenter le desservant, une place d'honneur aux processions ou aux offices, sa sépulture dans la nef, "une pension en cas d'indigence. Assurément, cette évolution du droit va exclure l'aristocratie de lorganisation ecclésiastique; elle ne va pas ramener cependant l'unité. Affaibli entre les mains laïques, le patronage garde toute sa force au profit des dignitaires ecclésiastiques et des communautés. Et par là, il contribue à maintenir une distinction entre les paroisses et à être une limitation très efficace du pouvoir épiscopal.

11 n'y a, en effet, qu'à lire les pouillés que nous possédons, depuis le quinzième siècle, pour nous rendre compte du nombre dcglises ou de chapelles dont le recteur était nommé par xm autre que le chef du diocèse. A Paris, il y a 469 cures ou vicairies perpétuelles: sur ce nombre 215 sont conférées par l'évêque, 254 par des patrons ecclésiastiques, réguliers ou séculiers. Dans la capitale même, l'évèque nomme à 3 cures sur 30; les autres sont à la présentation du

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chapitre, de l'université, des collégiales, des prieurés locaux ou de l'abbaye de Saint-Germain. Même proportion à Grenoble, où sur 515 cures, 221 seulement sont à la collation de l'évèque; à Sens, où sur 698, 268 sont conférées par des patrons; à Lyon, où sur 392 paroisses de France, l'archevêque ne nomme qu'à 21. Ces usages persistent jusqu'à la Révolution. A Chartres, par exemple en 1738, lévèque ne présente qu'à 3 cures sur 20 dans la ville et la banlieue, à 48 sur 711 dans le reste du diocèse. En réalité, quel que ssjj^ le patron, chapitre, abbaye, prieuré, collégiale, municipalité, petit seigneur local, etc., ce droit s'exerce toujours. Par là, une des premières conditions de force pour un gouvernement, celui de choisir ses subordonnes, échappe à 1 épiscopat. Dans la plupart des paroisses, le prêtre ne reçoit de l'évêque que ses pouvoirs; un autre désigne la personne et est maître de la nomination.

L'organisation, la puissance des corps religieux fut enfin un autre trait de ce régime ecclésiastique. Celte forme nouvelle de la vie religieuse ne pouvait apparaître d'ailleurs qu'à son temps, après le diocèse et la paroisse, après même le patronage, et dans des conditions autres que celles faites par l'Empire romain au christianisme. La défiance du pouvoir, les rigueurs d'une législation hostile à la liberté, sinon à l'existence des « corps », l'organisation in-

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dividualiste de la hiérarchie, tout contribuait à enlever aux collectivités religieuses les moyens de se développer. Celles qui s'établissent alors dans notre Gaule ne sont que de simples groupements de laïques, vivant en commun, mais sans statut légal, et sous la tutelle jalouse et étroite de l'évèque. Au début du cinquième siècle il était défendu encore à un prêtre d'en faire partie. Les invasions aui brisèrent l'Empire, émancipèrent les communautés. Dans la poussière sociale, à leur tour, celles-ci se constituent: monastiques au sixième, canoniales au septième, toujours de plus en plus puissantes, de plus en plus libres, véritables forces religieuses à mesure qu'elles devenaient elles-mêmes des forces économiques, foyers de culture et de vie spirituelle, dans un temps où le sacerdoce se corrompt et s'affaiblit.

Au moyen âge, ces organismes privilégiés se multiplient, se développent dans l'Eglise, comme dans la société civile. L'époque des métiers et des communes est aussi la plus belle période des corporations ecclésiastiques; elles s'épanouissent librement, comme une des formes de la vie.

De ces communautés, les unes sont séculières, et. parmi elles, les chapitres cathédraux tiennent le premier rang. Leur organisation s'était dégagée peu à peu de l'aiiclen clergé de l'église épiscopale. Elle fut définitive, quand par la séparation des patrimoines et le privilège reconnu d'élire l'évèque, les chapitres devinrent une véritable corporation. D'un « corps » ■légal, tel que le reconnaît le moyen âge, ils ont tous

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les caractères: la juridiction, avec officiai, prisons, assemblée délibérante, élection de leur chef, officiers, registres et sceaux. Mais leur force économique et morale, leurs privilèges religieux leur assurent un rôle beaucoup plus grand encore dans la hiérarchie ecclésiastique. Ils ont d'abord cette importance que donne le nombre. A Paris, par exemple, nous trouvons 7 dignitaires et 44 chanoines; à Sens, 7 dignitaires et 45 chanoines; à Chartres, 17 dignitaires et 76 clianoines. Même dans les petits évèchés, comme Senlis ou Castres, le nombre des chanoines n'est pas inférieur à 24, comme Tulle ou Sarlat, à 10 ou 15. Mais ils ont aussi le prestige que donnent le savoir et l'argent. Recrutés dans la bourgeoisie ou l'aristocratie locale, les universitaires, les membres du Parlement, ils ont à leur service toutes les influences. Grands propriétaires, ils manient les capitaux comme les hommes, s'intéressent à la culture, organisent la banque et le crédit. Enfin ils sont exempts. Rattachés presque tous au Saint-Siège, ils sont affranchis de l'autorité épiscopale; par suite, ils exercent une juridiction presque souveraine sur leur cloître, leurs terres, leurs membres, leurs officiers, leurs serviteurs. Dans la plupart des cvêcliés, leur autonomie est absolue.

On peut se rendre compte par la composition, les privilèges, les revenus du chapitre de Paris, de la force que présentaient ces organismes religieux sous l'ancien régime. Outre les dignitaires (doj^cn, chantre, sous-chanti'e, pénitencier, chancelier, etc.) et les cha-

noines, 12 clercs des matines, 124 chapelains, 2 clercs marguilliers, puis, dans Paris, le maître et les frères de l'Hôtel-Dieu, 7 chapitres locaux: Saint-Aignan, St.- Jean-du-Rond, Saint-Denis-du-Pas, Saint-Etienne-du- Grès, Saint-Benoît, Sainte-Marie, Saint-Sépulcre; 7 vicairies ou cures, Saint-Denis-des-Prisons, Saiiit-Germain-l'Auxerrois, Saint-Victor, Saint-]\Iarcel, Sainl- Christophore, Saint-Maur, Saint-Martin; dans le diocèse, 18 cures, la surveillance d'un grand nombre d'hôpitaux et écoles; dans la cité, l'immunité du cloître, les taxes perçues sur la vente des vins ou l'entrée des marchandises, puis les prévôtés et terres d'Orly, Andrésy, Conflans, Bagneux, Montmorency, etc., tel est l'ensemble des droits que possède le chapitre de Notre-Dame. Imaginons dans toute la France des organismes analogues, nous pourrons nous rendre compte du contrepoids qu'ils faisaient à la puissance épiscopale. 11 ne manquait plus aux chapitres que le droit de se recruter eux-mêmes. Dans quelques diocèses, comme Le Mans, Grenoble, Lyon, ils réussirent à se le faire reconnaître. Ailleurs, l'évèque seul conféra les prébendes. Ces questions de recrutement, comme de juridiction, donnaient, d'ailleurs, très souvent naissance à des conflits. Au quinzième, au seizième siècle, les chapitres sont en procès continuels avec les évoques et leur autonomie môme fiait par devenir un gros embarras pour lautorité diocésaine et la marche du gouvernement.

Les chapitres n'étaient pas les seules communautés séculières que l'évèque trouvât devant lui. Dans les

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villes comme dans les campagnes, s'étaient fondées une foule de collégiales dont le nombre s'accroît beaucoup à la fin du mojen âge. Au seizième siècle, il y en a près de 400, réparties dans toute la France, dans les cités épiscopales ou de petites villes, comme Provins, Beaujeu, Riom, Montrésor, Jarzé, Dreux, etc. Ce sont des corporations de chanoines, de 3, 5, 9 et 12 membres, ayant à peu près tous les privilèges des chapitres cathédraux, un doyen élu. des officiers, des sceaux, des assemblées, et dont un certain nombre étaient exemptes. Fondés presque tous pur des libéralités particulières des seigneurs ou du roi, ces chapitres restent des corps aristocratiques, très fermés et très étroits. Ils sont une carrière naturelle pour les cadets de famille. Dans que'.c[ues-uns comme Beaujeu, il faut être noble pour y être admis. Chargés d'acquitter surtout des fondations, de célébrer des offices ou des processions, ces corps jouent un rôle important dans les affaires locales, dans l'activité économique d'une région, mais leur rôle dans les affaires générales de l'Eglise est à peu près nul.

Des associations ou <£ fraternités » de prêtres complètent cette organisation collective du clergé séculier. Celles-ci s'étaient créées sous deux formes. Quelques-unes de ces communautés groupaient les clercs attachés à une cathédrale: prêtres habitués, chapelains, enfants de chœur. Les autres unissent tout le clergé d'une paroisse. Dans ces églises anciennes, en effet, le nombre de prêtres ou de clercs était bien plus considérable que de nos jours. Beaucoup de fa-

milles fondaient une chapelle, mais entendaient aussi pourvoir à l'entretien d'un prêtre chargé de la desservir. Il devint tout naturel que ces prêtres, ayant des intérêts communs, se formassent en communauté. Ces groupements sont très fréquents à la fin du moyen âge. Nous les trouvons un peu partout, dans les diocèses du Nord-Ouest et du Centre, surtout Rouen, Le Mans, Chartres, Le Puy, Rodez, Mâcon. Ils comprennent parfois jusqu'à 16, 21 membres. Ils ont une caisse commune, un patrimoine en terres et en rentes. Toutefois ces « fraternités » ne sont plus une corporation. Elles n'ont pas de juridiction ni de sceau; elles se présentent surtout comme des sociétés de défense et de secours, destinées à protéger le petit clergé contre les abus de pouvoir des chapitres ou des évêques, à assurer à ses membres un traitement convenable et une retraite suffisante pour ne pas mourir de faim^

Chapitres, collégiales, fraternités, formaient ainsi dans le clergé séculier une force collective qui tenait en échec les pouvoirs individuels. Mais cette force elle-même n'était pas comparable à l'organisation puissante et redoutable des communautés monastiques. Plaçons-nous à la fin du moyen âge, à la veille de la Réforme. Plus de GOO abbayes bénédictines avec leurs filiales, environ 6 000 prieurés, 60 maisons de chartreux, 139 de célestins, 400 couvents de mendiants (franciscains, dominicains, carmes, auguslins), 5 à 600 commanderies, telle est la part de l'élément régulier dans la vie religieuse de la France. Répartis sur tout

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le territoire, surtout dans le Nord et le Centre, ces couvenls dhommes ou de femmes 'ces derniers beaucoup moins nombreux) formaient un ordre distinct dans l'Eglise. Par leurs privilèges et leur patrimoine, ils ont la puissance économique. Quelques-unes de ces abbayes, Cluny, Saint-Denys, Marmoutiers. Corbic, Fécamp, ont les revenus 'd'un des plus riches archevêchés. Par leur exemption, ils ne dépendent, la plupart, que du pape et deux-mêmes. L'autorité épiscopale expire devant les portes du monastère ou les limites de ses domaines. Rivaux heureux du clergé séculier, ils prétendent enfin s'y faire place. Un grand nombre de paroisses leur sont soumises, où ils confient les cures à leurs moines. Certains de ces ordres, comme les mendiants, disputent même aux curés le ministère ecclésiastique et toute la fin du quinzième siècle est pleine de ces querelles. En réalité, si l'organisation monastique avait été homogène, elle eût absorbé TEglise. Mais pendant toute la période de sa force, elle aussi reste divisée, et la variété que nous avons remarquée dans l'ensemble, se retrouve dans une des plus importantes parties.

Dans cette hiérarchie monastique, voici d'abord tout un groupe, les chanoines réguliers, qui se rapproche des communautés séculières. Créés au onzième siècle, ceux-ci possèdeit quelques-uns des plus grands monastères de France. La règle y est douce : pas de vie ascétique; pas de mense commune; les biens y sont divisés. Et pourtant eux-mêmes, sous l'unité supérieure de la règle de saint Augustin, se partagent en familles di-

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verses. Les uns. comme Saint-Martin, Saint-Victor, Saint-Sernin, Saint-Hilaire, restent autonomes. Prémontré a formé au contraire une association dont il est le chef et dont les membres sont épars dans divers paj's. — Voyons maintenant l'immense famille bénédictine. De ces innombrables abbayes (elles forment les 8/10 de l'institut monastique), la plupart, à la fin du moyen âge, sont encore « autoccphales. » Entre les murs où elle se cloître, la colonie des moines noirs, est isolée et libre. Autour d'elle, rien; au-dessus d'elle, presque toujours un seul pouvoir, le pape; entre toutes enfin, un seul lien, la règle. Mais dès le dixième siècle, à l'organisation individuelle va s'opposer la forme fédérative. Cluny avait donné l'exemple de ces groupements qui unissaient un certain nombre de monastères ou de prieurés à une abbaye-mère. A leur tour, la Chaise-Dieu, le Bec, au onzième siècle, Grammont, Cîteaux. Tiron, au douzième, Chazal-Benoît au quinzième siècle, se constituent sur ce modèle. C'est « la congrégation. » Une fois formée, celle-ci est une véritable république fédérative. Elle a dans l'abbaycmère, son centre, dans l'abbé général, son chef, dans le chapitre, ses assemblées. Elle possède un budget collectif et, hors même de la règle, un ensemble d'ordonnances communes. La papauté eut bien voulu étendre ce système à l'ordre de Saint-Benoît tout entier; elle y songea au quatorzième siècle par la IjuIIo Summi maglstri de Benoît XII (1336^ qui repartit les monastères en dix groupes. Cette réforme ne put réussir. C'est dans cette variété de règles, d'institutions.

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d'usages, qu'apparaît enfin le type unitaire, celui des Ordres, le dernier, le plus fécond, le plus conforme aux principes du gouvernement papal. Frères mineurs o^ frères prêcheurs qui on sont la première création, répondent bien aux idées comme aux besoins de la théocratie, véritable milice avec leurs couvents, leurs provinces, leur supérieur rattachés à Rome, admirables représentants à la fois de l'esprit démocratique et de la centralisation pontificale. Ce système devait devenir le type des créations nouvelles, des Carmes, des Capucins et des Jésuites. 11 ne réussit pas cependant à supprimer la diversité antérieure. Malgré les réformes du dix-septième siècle, tous ces types variés continuent à vivre. Quelques Ordres pariiculiers même, comme Fontevrault, avec leurs monastères doubles d'hommes et de femmes, présentent une structure tout à fait remarquable. Pas plus dans le clergé régulier que séculier, l'unité ne parvint à s'établir.

Yf.E intime de la paroisse, force du patronage, prédominance des corps religieux dans l'organisme ecclésiastique, tels sont donc les traits qui caractérisent l'ancienne Eglise de France. En réalité, dans la structure de l'Eglise comme dans celle de .1 Etat, rien n'est simple, rien n'est uniforme. La liberté a créé partout la variété. Dans le cadre primitif, formé par la communauté épiscopale, toutes ces institutions ont pris naissance, peu à peu, progressivement, œuvre

des intérêts et des idées, produit spontané de la vie chrétienne et de l'histoire. C'est le secret de leur durée comme la raison de leur force, mais ça été aussi une des conséquences de leur principe, poussé à l'extrême, de conduire à l'anarchie. A la fin du moyen âge, à mesure que le pouvoir royal se constitue, que l'unité se fait dans l'Etat, apparaissent dans lEglise les défauts de ce système. L'autonomie excessive provoque les discordes. Trop peu de liens unissent à un chef, ou les uns aux autres, ces corps, ces individus épars; il n'y a plus de gouvernement. Les conciles ont cessé de se réunir. Isolés, sans but commun, entravés dans leur diocèse même par ces pouvoirs indépendants et rivaux, les évêques ont perdu la direction générale de l'Eglise de France. Pourrctablir leur juridiction sur les monastères exempts, ils n'ont plus qu'un moj'en, le plus détestable de tous, le commende. Partout l'autorité morale est impuissante ou méconnue; partout, c'est par des abus qu'elle se manifeste; entre Funité et la liberté a disparu l'équilibre. La meilleure part de l'activité ecclésiastique se perd dans des procès: procès pour la juridiction, procès pour les collations de bénéfices, procès pour la fiscalité, etc.. Les cours judiciaires sont remplies de ces litiges. Aussi bien, le grand mouvement du protestantisme devra-t-il, en partie, sa force à cette faiblesse d'une Eglise li\Tée aux divisions.

Contre ce régime qui fut celui du moyen âge, le seizième et le dix-septième siècle devaient donc marquer une réaction. Ils ne supprimerit pas "les prin-

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cipcs organiques des institutions religieuses; il essayent de leur donner plus d'unité en rendant à la fois, au pouvoir épiscopal plus de force, ù l'Eglise de France tout cntièTe, un centre de gouvernement.

La première de ces réformes fut l'œuvre du concile de Trente. Dans ses 6^, 7«-\ 21e et 21c sessions (janviermars 1517, 16 juillet 1562, 11 novembre 1533), l'assemblée avait publié une série de décrets destinés à restaurer la force du gouvernement ecclésiastique. Réorganisation des conciles provinciaux comme assemblées délibérantes et directrices, obligation à tous les bénéfices d'un diocèse, même les exempts, sauf ceux qui étaient soumis aux chapitres généraux de leur congrégation, de se rendre au synode annuel de révêque, obligation pour l'évèque de visiter chaque année, par lui-même ou son vicaire, les églises de son diocèse, extension du droit de visite à tous les bénéfices, même ceux des réguliers, et nonobstant toutes coutumes anciennes, exemptions et privilèlèges quelconques (s. 21, ch. 3;, les monastères exempts seuls restant soumis à la visite de l'abbé, extension de l'autorité épiscopale sur les réguliers, aucun établissement nouveau ne pouvant s'établir dans un diocèse sans autorisation de l'ordinaire, tous les monastères anciens, non groupés en congrégation et autres que les chefs d ordre, soumis de droit à la juridiction de l'évèque (4 octobre 1563}, telles étaient les mesures les plus importantes prises par le Concile. Sans toucher aux garanties, aux libertés légitimes des corps religieux, cette œuvre réformatrice restaurait

ainsi l'ordre et l'unité dans le gouvernement ecclésiastique. Et telle était la sagesse de ces prescriptions qu'elles ont duré jusqu'à nos jours.

Le second progrès fut également, au seizième siècle, l'établissement d'un organisme central de gouvernement. Il se créa sous une double forme. Il fallait d'abord assurer une représentation de l'Eglise de France. Celle-ci s'établit par les assemblées générales qui commencent à se réunir en 1561. Irrégulières au seizième siècle, dès 1625, ces assemblées se tiennent tous les cinq ans. Le clergé y délibère sur ses grandes affaires temporelles, le vote des contributions ecclésiastiques, décimes, dons gratuits, la répartition et la perception de ses impôts, y nomme son receveur général et ses receveurs particuliers. 11 y adresse aussi des suppliques au roi ou des remontrances. — Mais au sein de cette assemblée apparaît encore un organisme permanent: les deux agents généraux. En 1579, une assemblée générale du clergé en avait régularisé l'institution. Ceux-ci, nommés pour une période de cinq ans^ alternativement par deux provinces ecclésiastiques, restent attachés à la cour. Un recueil de 1767 concernant « l'Agence du clergé > résume ainsi leurs attributions: «Messieurs les agents chargés par état de veiller à l'intérêt général du clergé, 1>ortent le poids de la hiérarchie ecclésiastique. Il est de leur mission de ne laisser porter aucune atteinte à la puissance spirituelle et de conserver précieusement les droits, honneurs, prérogatives, exemptions, immunités et privilèges du premier corps de l'Etat, et

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comme riiitérèt particulier tient à l^iUérèt général, chaque membre de ce corps a le droit d'invoquer leur secouiN... Pour remplir ces fonctions, ils ont toute une administration sous leurs ordres: en premier lieu, le bureau de V Agence général-:, secrétariat général où se recueillent tous les arrêts, édits, règlements relatifs aux affaires ecclésiastiques, où sexpédient les lettres circulaires aux archevêques et évêques, aux sjndics des diocèses. A côté du bureau fonctionne encore un comité consultatif, formé d'avocats du Parlement et de jurisconsultes, qui se réunit tous les quinze jours pour examiner les affaires contentieuses à engager ou à soutenir. Si Ion ajoute à la présidence du Bureau et du Comité, la surveillance de la gestion financière du receveur général et des receveurs diocésains, de la rentrée et de l'emploi des deniers votés, un contrôle d'écritures et de caisse, on peut se rendre compte de l'étendue des pouvoirs exercés par les Agents du cleigé. Leur droit d'assister ,iu ('onseii leur assurait même une influence politique. On comprend avec quelle avidité ces fonctions étaient rcciierchéesj elles conduisaient presque toujours ceux qui les exerçaient aux plus grands honneurs.

Un grand corps, formé de parties distinctes et disparates, mais autonome, se gouvernant lui-même, discutant ses intérêts et organisé pour les défendre, telle nous apparaît donc l'Eglise de France à la veille de la Révolution. Cette organisation fut renversée comme l'ancien régime. A vrai dire, e'Je avait per-

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du sa force. D'une part, tous les éléments de liberté qui, en bas, avaient créé la vie, assemblées de paroisse, organismes monastiques, s'étaient, peu à peu, sous l'influence du régime absolu, anémiés comme toutes les activités libres. D'autre part, asservi par la couronne, depuis le concordat de 1516, le haut clergé avait cessé d'être une des puissances directrices de l'opinion. L'Eglise de France ne représentait p'us qu'une organisation d'ordre et de conservatisme, défendant ses privilèges, ses intérêts, ses droits, incapable, en tant que corps, de diriger l'Etat et de conduire la société. La Constituante put détruire sans peine des institutions qui ne semblaient plus être qu'un vestige du passé.

Mais si la forme des institutions meurt, l'esprt qui les a créées, si longtemps animées et soutenues, peut revivre. Le jour où l'Eglise, cessant d'être régie de haut, par une loi unique, se voit rendue à elle-même, on peut penser que les mêmes besoins, les mêmes idées qui ont fait jadis éclore ces formes variées de son action extérieure, auront la même poussée créatrice. Affranchie de l'Etat, elle est rendue à toute la souplesse de l'histoire. Et il est permis de croire qu'elle reviendra à tout ce qui a fait jadis sa force, cette collaboration des fidèles à l'activité de la paroisse, ces garanties uécessaires et légitimes reconnues à ses ministres, cette variété dorganismes individuels et collectifs, qui ne traduit que les dons divers de l'Esprit, cet'.e science du gouvernement, qui lui rendra son rôle dans la direction des peuples. En sortant des

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cadres rigides où prétendait l'enchaîner lu loi, eu brisant celte armure du Concordat où elle risquait de périr, elle retrouve la vie, s'il est vrai qu'aujourd'hui, comme jadis, comme toujours, la vie ne soit que l'ordre dans hi liberté.

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