PRÉFACE. • XI
losophique qui n'a ni l'abondance théorique du traité ni la sécheresse numérotée du commentaire.
Elle consiste àrelier les espèces, à les éleyerparlagénéralisation an rang d'axiomes, et à déduire de ces axiomes les conséquences jurisprudentielles qui s'y rattachent et que le» citations d'arrêts justifient. On a ainsi, à la fois^ comme en mathématiques, la règle et la preuve. Cette méthode, qui plait aux esprits logiques, a cet avantage qu'une fois trouvée , elle s'applique à toutes les matières , même à celles qui ne sont pas encore nées. Par la fécondation de l'analyse , elle aide et prépare pour la science , les travaux des jurisconsultes, et pour la législation, les travaux des publicistes. Mais elle a aussi ses défauts que je vais rechercher avec tonte bonne foi. Ainsi, pour vouloir trop généraliser, elle tombe dans l'absolu. Elle tire d'un principe des conséquences ou forcées, ou inexactes, ou étrangères. C'est également un autre défaut de mon livre, que l'ampleur des citations explicatives. Il y a quelquefois trop de richesse de jurisprudence , trop de prodigalité d'espèces; trop de détails dans les notes, trop d'abstraction dans la règle ; trop de développé dans l'un , trop de serré dans l'autre. De ces défauts , les uns tiennent à la méthode même et les autres à l'état naissant et encore imparfait de la science.
Je n'ai pas cru, ai— je eu tort? pouvoir ni devoir aller plus vite que le temps, et j'ai préféré les faits aux théories, le positif aux hypothèses et l'exactitude à l'invention. On n'imagine pas en jurisprudence , on applique.
Je le dirai franchement; comme artiste, car il y a de l'art dans tout, même en jurisprudence , je ne suis pas satisfait de ceci, et personne ne connaît mieux que moi en quoi pèche mon livre et ce qui lui manque sous le rapport de l'ordonnance, de l'exécution et de la doctrine , encore bien qu'avec tous ses dé&uts , on puisse le regarder à l'heure où j'écris comme le livre le plus complet et le plus pratique sur l'ensemble des matières contentieuses de l'administration^ et particulièrement sur la compétence.
C'est une bonne fortune pour un auteur d'écrire lorsqu'une science commence à sortir du chaos et à prendre figure , et lorsque les fondemens de ses principes généraux se posent , et cette fortune, je l'ai eue. C'est là, à vrai dire, plus de la moitié du mérite de mon livre.
Rapporteur au conseil d'État des questions les plus nouvelles et les plus épineuses , j'ai eu occasion de creuser dans tous les sens la matière administrative , et d'entendre les hommes les plus
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savans de mon temps. Car ee n'est qu'après vingt années de travaux laborieux , et au moment où j'sdlais en recueillir le prix, que j'ai sacrifié volontairement au puritanisme de mes convictions politiques , mes études favorites , mon existence jusque— là si paisible et mes plus chères amitiés. Je me suis retiré du conseil d'Etat avec la conscience d'avoir, pendant la durée dermes modestes fonctions, rendu quelques services à mon pays, et je me réjouis en pensant que mon livre achèvera de payer la dette que je lui devais. Quels que soient les orages qui, depuis six ans, aient battu ma vie politique, je ne veux pas que la moii.drc trace s'en fasse voir ici , et qu'on puisse me reprocher d'avoir fait autre chose que de la science. Je dis, sans haine et sans &veur, ce qui existe, et j'en donne la raison avec autant d'impartialité que si je vivais dans un autre temps et sous un autre régime. Mais je demande , par réciprocité , qu'on ait pour moi le même égard, et qu'on ne m'impute pas comme miens et comme souscrits de mon assentiment , tous les principes que je pose. J'en demande acte d'avance , parce que je sais qu'il est toujours bon de prendre ses précautions contre la maligne habileté des suppositions. Je déclare, en un mot, que j'ai fait tout simplement un livre d'exposition pratique et positive et non un livre de controverse. Je le déclare tant pour ceux de mes amis qui pourraient trouver que je traite trop bien l'autorité administrative , que pour ceux de mes adversaires qui chercheraient à mettre en contradiction l'honmie politique et l'honune administratif ; choses cependant qui ne sont point inconciliables, car ceux qui aiment le plus la liberté sérieuse et développée , sont ceux qui aiment le plus aussi un pouvoir régulier et fort.
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