‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 2 sur 92 · HOMMAGE · texte numérisé non relu

HOMMAGE

de cette prime étude par le Servant qu'elle a élu.

4 Depuis quelques années, il ne se produit point

cc> d'étude sur les poètes sans qu'y soient déve-^ loppées des considérations sur le rythme. Ce n'est pas qu'auparavant on crût possible d'analyser des œuvres poétiques sans mettre en lumière le caractère rythmique général par où s'accusent d'abord les dissemblances ; mais de toutes les parties que comporte la forme de la poésie versifiée, c'était certainement le rythme qui provoquait le moins scrupuleux examen. Aujourd'hui, au contraire, il semble qu'on comprenne mieux son rôle prépondérant dans toutes les manifestations du langage, et en particulier dans les vers on s'est

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mieux rendu compte de son influence sur Toriginalité même de la pensée.

La critique d'ailleurs n'a fait que constater par ses analyses les préoccupations de tous les poètes contemporains ; elle n'a pu aussi que partager leurs incertitudes, ou appuyer leurs convictions. Car les uns considèrent l'évolution du rythme parachevée par le vers dit romantique ; les autres s'efforcent, par des tentatives nouvelles, d'atteindre au rythme idéal qu'ils ne rencontrent pas, en obéissant aux seules lois qu'a le plus magnifiquement appliquées Victor Hugo.

- Il existe donc dans la poésie française une question du rythme.

Par la théorie l'élucider, par la mise en œuvre

la résoudre, telle est notre ambition, tel notre espoir.

Nous allons étudier ainsi :

I. — Qu'est-ce qui légitime des préoccupations de renouvellement dans le rythme poétique;

II. — Gomment la rénovation romantique n'a pas achevé l'évolution rythmique ;

III. — En quoi consistent les tentatives contemporaines, et ce qu'elles ont ajouté à l'évolution rythmique sans la compléter ;

IV. — De quelle manière Ton pourrait atteindre à l'idéal rythmique par une progression naturelle, et cela sans l'apport d'aucun principe étranger au génie de la langue comme au domaine de l'art qui nous occupe, — dans le sens d'une certaine tradition.

C'est bien expressément, et par opposition à la fantaisie succincte de tant de notes prosodiques, qui par-ci par-là s'élèvent, en laissant prise à nombre d'arguments scientifiques et historiques non objectivés, que nous avons donné à notre étude une architecture rigoureuse.. Mais sa construction et les échafaudages techniques ont été restreints autant que possible. S'ils ne comportent pas toute l'étendue qu'on aurait pu attendre du sujet, c'est qu'ir importait seulement de se hâter au but principal, au couronnement de l'évolution. Notre préoccupation a été surtout bornée aux originalités des figures du mouvement; elle s'est privée de l'intérêt d'analyser à fond tous les phénomènes de la durée. C'est volontairement aussi qu'a été négligé le secours des versifications étrangères, car nous désirions tenir de notre seul patrimoine

national, dont les anglo-saxonnes et les germa* niques comme les romanes sont du reste tributaires, l'appui nécessaire à toute transformation.

Aussi bien, ces déploiements nous eussent conduit trop loin ; et, ne demandant à la science que d'être utile à l'art, l'on peut oser l'espoir d'avoir mieux à faire.

Tout ce qui manque ici, on le trouvera dans des ouvrages pour lesquels nous ne craignons pas de proclamer notre reconnaissance : le Traité général de Versification française de Becq de Fouquières ^, dont certaines parties sont loin d'être à dédaigner; le Vers français ancien et moderne àe Tobler -^ et les ouvrages de nos plus éminents médiévistes ; enfin la Métrique naturelle du langage 3, cette œuvre originale et peu connue, qui, quoique excessive, jette une lumière nouvelle sur les rythmes et leur physiologie.

Un côté de cette étude doit nous être une préoccupation particulière : ne pas sacrifier la science

t. Charpentier, éd., 1879.

2. Traduit de l^allt^mand par Karl Breul et Léopold Sudre, avec une préface de Gaston Paris (Wiewieg, éd.), 1885.

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