Paul Pier^on (Wiowieg, éd
à l'histoire, l'histoire à la science. Les lois du rythme sont des lois naturelles comme celles aux-^ quelles obéissent les premiers principes de tout art ; mais l'histoire, qui témoigne de l'évolution d'un art, -montre parfois en quel étroit endiguement les petites règles humaines ont resserré ces lois. Il faut donc les dégager de tout ce qui en a fait perdre l'exacte et large connaissance, et leur redonner la liberté qui, seule, permet la fécondation d'un renouveau. Grammairiens et linguistes s'enferment si bien dans l'histoire, comme en quelque fond de navire, que l'oubli les prend des forces primordiales qui l'animent et l'entraînent. Quant aux esthéticiens, aux philosophes, ils se penchent si désespérément sur les eaux obscures qu'ils finissent par n'avoir plus conscience de l'histoire, tout humaine et limitée, qui les porte. Il faut donc s appliquer aussi à sentir toujours sous ses pieds Tappui un peu restreint, mais solide, qui permet à l'art de se posséder, et qu'a étayé une longue existence antérieure, la logique dune certaine tradition.
- La portée infinie des lois scientifiques doit être contenue au gré des temps et, pour un temps, par la légère et mouvante muraille des lois historiques.
On n'accusera pas de stérilité ces théories I — selon la bonne parole trop facile qui accompagne les haussements d'épaules, les vagues gestes de dédain qu'a toujours provoqués l'inconnu des efficacités lointaines. L'œuvre et la théorie — surtout la théorie de la forme — doivent se corroborer mutuellement ; et il n'est pas d'exemples d'un art renouvelé qui n'ait été préparé, et dans son développement soutenu par quelque théorie puissante.
Si en art l'œuvre compte seule, et seule prouve la nécessité des tentatives originales par le triomphe affirmé de son existence, il est des cas où Tintelligence collective ne s'ouvre et ne s'intéresse qu'à ce dont elle est prévenue. Ce sont les théories énoncées, discutées avant l'apparition de toute œuvre qui font germer de nouvelles aspira-^ tions. Aujourd'hui la part reste maigre de l'héritage d'un passé trop séculaire ; devant les vieilles terres appauvries, devant des patrimoines d'une restauration si difficile, on est inquiet de vivre. Et cependant, loin de désespérer de la fortune à venir, l'homme cherche à se refaire une multiple jeunesse, aussi brillante et du moins plus indépendamment personnelle que l'ancienne ; et les théories appellent les théories : elles se côtoient, elles
s'unissent, elles se heurtent: c'est la confusion des désirs dans l'attente de la conquête !
Toute nouveauté d'art, si elle n'existe que par la preuve de l'œuvre, demande donc aussi l'initiation précise d'une étude préparatoire. Et il importe, dans la mêlée des théories qui se combattent, avec pourtant des communes tendances, d'éclairer toute forme nouvelle; il importe d'en démontrer la nécessité, d'en assurer et d'en expliquer les vraies origines esthétiques.