LES « RYTHMES TERNAIRES
Analyse erronée des ternaires ^ par Th. de Banville. — Leur harmonie. — Enuméraiions analytiques des principaux rythmes ternaires. — A Formules concordantes. — B. Formules discordantes. — La valeur des rythmes ne dépend pas de la mesure. — Différences entre la mesure et le rythme.
Ce sont les divisions exactes ou les divers fractionnements de Talexandrin, résultats de la vie naturelle révoltée contre Tordre mécanique d'une césure immuable, qui ont donné naissance à ce qu'on a appelé des rythmes ternaires^.
Becq de Fouquières,tout en paraissant ignorer leur évolution historique, a le premier dénombré et analysé les rythmes ternaires, alors que ses prédécesseurs théoriciens de Técole romantique avaient proclamé la liberté de Talexandrin sans parvenir à quelque précision. Ainsi Wilhem Tenint et après lui Théodore de Banville établissent « que
1. Nous préférons ce terme à celai de trimètres dont oa s^est servi quelquefois, trlmètre impliquanl une égalité de mesures que le ternaire 4-4-4 justifierait seul.
le vers alexandrin admet douze combinaisons différentes, en partant du vers qui a sa césure après la première syllabe pour arriver au vers qui a sa césure après la onzième syllabe. Cela revient à dire qu'en réalité la césure peut être plagiée après n'importe quelle syllabe^ ».
Or c'est d'une inexactitude flagrante.
Sitôt que se produit une césure en dehors de celle résultant de la division binaire 6 et 6, et qui fasse disparaître cette dernière complètement^ il se produit toujours une autre césure correspond dante dans la plus longue partie restante de l- alexandrin ; et les deux césures sont dépendantes l'une de l'autre. Valexandrin se trouve donc divisé en trois parties égales ou inégales et peut posséder non point « une césure variable après n'importe quelle syllabe », mais deux césures mobiles correspondantes.
Le vers ne sera presque jamais rythmique lorsqu'une des deux césures ne sera pas sensible.
Néanmoins il n'est pas nécessaire que les deux césures aient la même force. L'alexandrin ainsi construit est soutenu tantôt par deux césures fortes^ tantôt par une faible et une forte ^ ou par une forte et une faible. Wilhem Tenint avait dit très justement : « Dans les anciens prosodistes, les vers de huit, de