V. Hugo
Qui du moins — te feraient rougir — devant ta gloire.
Lamartine.
Mais en som — me la voix s'en va — comme d'un cor.
J'ai l'exta— se et j'ai la terreur — d'être choisi.
Ce n est pas — la méchanceté : — c'est la bonté.
D'une joie — extraordinai — re, votre voix.
Paul Verlaine.
Ce rythme est le plus concordant après le ternaire aux éléments parfaitement équirythmiques et semble même d'une harmonie supérieure. On pourrait d'abord expliquer sa concordance en ramenant ses éléments au rapport général de 8 — 4, par conséquent, comme le premier rythme, à des multiples de 2, les plus facilement saisissables. Mais cette explication serait trompeuse : la plupart des vers ont des accents faibles sur la der-
nière syllabe du second élément qui unit surtout les nombres 5 et 4 ; cela donne un rapport général de 3 — 9. Si l'accent faible porte sur le 3, vous n'avez l'octosyllabe que dans la division impaire, et rien ne rappelle à l'oreille, ayant la sensation distincte des trois nombres 3 — 5 — 4 la concordance du nombre 8. Cependant ce rythme se rencontre peut-être plus souvent que le 4 — 4 —4 ; les poètes paraissent se complaire à cette espèce de balancement qu'équilibrent les inégalités mêmes de ses fluctuations. C'est qu'en effet, à défaut d'un rapport mathématique simple, le mouvement mécanique nous offre la preuve de son harmonie pleine et gracieuse.
Tout rythme auditif est assimilable à un rythme visuel correspondant. En observant le vol ou le sautillement des oiseaux, les yeux oscillants des poissons dans un aquarium, nos yeux, quand ce n'est pas l'inconscience des animaux eux-mêmes, mesurent par des intervalles l'infinité des mouvements. Les arrêts plus ou moins multiples entre ces intervalles nous créent alors des sensations de rythmes ; et de ces rythmes, les uns peuvent être binaires et quaternaires comme l'alexandrin traditionnel, les autres ternaires comme tant d'alexandrins fortuitement rénovés. Or, parmi ces derniers rythmes visuels, on remarquera que, d'une harmonie parfaite, sont les plus agréables
ceux dont le premier élément est seulement formé du quart du temps donné et de la distance parcourue, le second d'un peu plus du tiers, et le dernier du tiers. Les ternaires aux parties inégales sont toujours plus concordants lorsque le premier élément est plus court que les autres, et le deuxième plus long, parce qu'ils donnent ainsi une impression de progressivité lente et souveraine ; ce sont des ascensions par poussées ondulantes. Us sont descendants, d'une fin moins assurée, ceux que termine l'élément le plus court; aussi conviennent-ils moins à l'élan naturel. La formule 4 — 5 — 3, adverse de la 3 — 5 — 4, se rencontre avec beaucoup moins de fréquence que celle-ci, bien qu'elle présente des rapports de nombres plus simples par suite d'une accentuation en général forte sur la quatrième syllabe, ce qui laisse l'oreille maîtresse de sentir toute la concordance de l'octosyllabe.
Les mêmes remarques sont à faire au point de vue syntaxique que pour le premier rythme. C'est ainsi qu'il importe fort peu, après le premier élément de trois syllabes, d'avoir un des composés du second élément aussi de trois syllabes, de manière à retrouver le pseudo-sixain de l'ancien hémistiche. Que cet élément soit d'abord formé de deux syllabes dans un vers comme celui-ci:
J'ai l'ex — tase et j'ai | la terreur — d'être choisi,
ce vers ne sera pas inférieur à cet autre:
Grandissons — rajeunis ] sans ces — se et reverdis.
Et cette observation est applicable à toutes les formules.
Formule 4 — 5 — 3
Li palriar — ches at Carlemai — gne apelel.
Voy. de Charlemagne.
Que primerains — voudra les François — enconirer.
Rom. de Fougues.
Sous le maniiel, — le roi met son cief— pour couvrir.
Alexandre.
Li jouvensiaus — ot tout en son cuer — puis ce di.
Brun de la Montaigne.
Combien la Fran— ce doit de la guer — re estre lasse.
Du Bellay.
Quand je suis seul, — je fais au plus bra — ve uu défi.
Les diadè — mes vont sur ma tê — te pleuvant.
Prétendez-vous — garder ce trésor ? — Pourquoi non?
La Fontaine.
On croit enten — dre un Dieu de Tabî — me marcher.
Et le sommeil — de tous les tombeaux, — et la paix.