LES DEUX COURANTS DU « PARNASSE
Après qu'avec la victoire du romantisme eurent triomphé les moyens empiriques préconisés par Hugo pour la délivrance de Talexandrin, deux courants rythmiques opposés se formèrent. Le groupe jusqu'alors étroitement uni des poètes se divisa, sans qu'ils s'en doutèrent trop euxmêmes, même sans que la critique y ait trop pris garde, dans cette amalgame du « Parnasse » où Ton confondit tant d'aspirations et de natures diverses.
L'un des courants dériva par Alfred de Vigny, et aussi par Théophile Gauthier en la rectitude de sa forme dernière, de Leconte de Lisle ; . — l'autre, de Théodore de Banville.
Si loin qu'aille l'admiration pour la poétique parnassienne, pour sa condensation de l'idée et des effets, elle ne peut atteindre sa rythmique.
Parce que tous étaient ralliés au drapeau flamboyant de la rime, on crut que les poètes se servaient des mêmes armes. Il n'en était rien. Les uns, avec Leconte de Lisle, sentirent le besoin de retremper leur vers dans la pure symétrie classique et c'est ce qui achève d'accuser certaine roideur du caractère parnassien ; les autres avec Banville s'efforcèrent de pousser à leurs dernières conséquences les prémisses de la métrique de Hugo. C'est ainsi (bien que, pour sauver devant la foule le culte de la Poésie elle-même, il semble y avoir eu alliance entre tous) que le combat dure toujours de ceux qui comprennent le rythme comme une parfaite symétrie et de ceux qui l'estiment un vol aux infinis coups d'ailes.
Entre ces deux courants s'est maintenue l'influence de Baudelaire qui recommandait comme plus suggestifs les poèmes courts. — N'est-ce pas que les poèmes courts, en diminuant la prolongation du rythme, diminuent d'autant la monotonie qu'elle implique?
Quoi qu'il en soit, c'est à Théodore de Banville seul, dont on a voulu que les théories aventureuses fussent d'ingénieux paradoxes de nulle portée pratique * — et cela sans aucun fondement, les conséquences profondes au contraire en étant de