‹ Questions de métrique: Le rythme poétiqueChapitre 38 sur 92 · Loc. cil.j ch. V, p · texte numérisé non relu

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une gêne oppressive, ils étaient cependant un soutien. Il lui aurait fallu donner à son libéré la force et les moyens d'être libre ; mais il ne sut pas lui assurer une liberté. Et le vieux rythme, après les plus constants efforts pour se soutenir en quelque indépendance, reprit trop souvent ses chaînes des mains de son faux libérateur.

Nous n'oublions pas que Victor Hugo a fourni nombre d'exemples exacts de rythmes ternaires, presque introuvables dans les œuvres antérieures ; que çà et là, par conséquent, doivent surgir d'inattendues sensations nouvelles. Peu importe que le poète ait voulu ou non ces rythmes originaux : il suffit que l'élan de son génie les ait rencontrés ; que le temps d'arrêt, avant le mot reporté au-delà de l'hémistiche, ne soit pas toujours possible dans une succession d'alexandrins composés en vue de ce genre d'effet ; que cela oblige le lecteur, malgré l'apparence officielle de la césure, à s'arrêter plus loin, à la fin du second élément rythmique de la division ternaire.

Bien que les rythmes ainsi compris ne se présentent pas dans les œuvres romantiques avec une suffisante complaisance, ils forment dans le tissu poétique de courts dessins particuliers et changeants; ils y semblent, à la

vérité, des accidents, mais des accidents heureux, auquel on doit comme une impression d'allégeance après la fatigue du monotone ensemble. Ainsi, dans Tépître de Musset sur la Paresse dont nous avons cité quelques vers, cette fin ;

...Et quel plaisir de voir sans masque ni lisières,

 travers le chaos de nos folles misères,

Courir en souriant tes beaux vers ingénus,

Tantôt légers, — tantôt boi^ewa?, — toujours pieds nus !

L'efifet n'est-il pas charmant de ce trimètre terminatif? Malheureusement il ne se reproduit pas souvent sous des formes similaires ou analogues. Si dans Hugo les ternaires sont à cent ce qu'est dix, dans Musset ils sont à cent ce qu'est deux, et dans Lamartine ce qu'est un demi. Il résulte de ces proportions approximatives que les rythmes ternaires disséminés de loin en loin dans le courant d'un poème ne peuvent en rien amoindrir, d'une façon durable, l'intensité de monotonie amenée par la persistance des hémistiches égaux, ne changent rien à la totalité de l'impression.

En effet, de même que les diverses nuances dont se distingue chacun des hexasyllabes qui composent l'alexandrin sont absorbées, comme nous l'avons remarqué, par les martellements équirythmiques du sixième et du douzième temps, de

même les quelques ternaires accidentels, après: avoir un instant frappé Coreilley la laissent sous r impression du rythme le plus répété qui est le classique K

Le romantisme n'a donc pas clos révolution rythmique de Talexandrin, qui, à ce point de son histoire, s'est retrouvé en général fidèle à ses plus strictes origines. Cette dernière variation de notre mètre fondamental n'a fait que rendre coutumières et consacrer en habitudes les nombreuses petites variétés qui s'étaient manifestées dès le passé le plus lointain. — Quant aux germes rythmiques nouveaux que depuis le Roma?i d Alexandre un bon souffle de nature semait, toujours moins rares, de poèmes en poèmes, le vers romantique n'en connut pas vraiment la forte expansion. Maître, après tant de siècles, d'une langue et d'une syn-

1. M. Faguet, dans son étude si pénétrante sur Hugo, lui fuit justement un mérite de cette obstinée conservation : « Une coupe destinée à produire un effet particulier n*a cette puissance qu'à la condition qu'elle soit exceptionnelle, et elle ne paraîtra telle que si Tauteur, au cours ordinaire de son œuvre, commence par bien remettre la coupe traditionnelle dans Poreille du lenteur. » — Nous nous permettrons d'observer qu'il sulût pour la puissance d'un effet particulier qu'il soit précédé et suivi de plusieurs effets semblables d'un autre caractère, mais non de la répétition continue de la même forme dans le reste du poème, dans toute la suUe d«8 poèmes.

taxe plus sûres et plus libres, il en recueillit seulement, par ce développement même, de plus riches dépôts, — infructueux encore.

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