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LE MOUVEMENT RÉFORMATEUR : DEUXIÈME PHASE

Conclusion et conséquences suprêmes des théories de Banville : principales théories des novateurs. — La prose et la forme métrique. — Rythmes de prose et vers libres. — Les lai8»es rythmiques de MM. Henri de Régnier et Francis Viélé Griffin. — L'esprit scientifique et les théories nouvelles. — Conclusion.

Les mêmes poètes dont on vient de suivre les incertitudes ne tardèrent pas à s'apercevoir des désaccords qui séparaient leurs œuvres de leurs théories. Alors, comme ces timides brusquement honteux de leur faiblesse, ils fermèrent les yeux et se jetèrent aveuglément aux plus inutiles audaces. C'est ainsi que ce furent ces indécis de la première phase qui, après M"' Marie Krysinska, Arthur Rimbaud, Jules Laforgue et Gustave Kahn, prirent un radical parti, et, d'une nécessaire réforme, logique et féconde, firent une révolution arbitraire, — en considérant le rythme non comme une dépendance du nombre, mais comme une libre part du mouvement infini pouvant prendre vie et forme sans

autre élément constitutif que sa puissance d'impulsion.

On ne s*étonnera pas de l'intransigeante extrémité de cette théorie vague, si Ton se rappelle le point de départ donné par Banville sur le jeu de la césure et les objections qui y ont été opposées. De sa fausse conception de l'alexandrin moderne, de son irrationnelle analyse des variétés rythmiques ternaires, augmentée de ses souhaits de liberté absolue pour le vers de lavenir, on peut admirablement se rendre compte des progressives déductions qui amenèrent les poètes à cette conclusion hasardée.

Du principe général qu'elle formule dérivèrent d'effectives conséquences. On arriva, en bien des cas, à considérer le rythme comme existant :

1** Dans et par la seule totalité indivisible de l'alexandrin ;

2** Dans et par d'ininterrompues successions non ponctuées d'alexandrins indivisibles, — successions déterminées par les seules parités phoniques des rimes ;

3° Dans et par d'infinies successions de syllabes, tantôt dépassant, tantôt ne dépassant pas la longueur des mètres possibles, et seulement limitées par des assonances plus ou moins lointaines.

Ces conséquences étaient fatales et se déduisent

les unes des autres. Théodore de Banville, après n'avoir réussi par sa technique qu*à faire perdre le sens de l'unité sans faire retrouver une variété nouvelle, avait ajouté :

« Osons proclamer la liberté complète... Que l'oreille décide seule... subtilisée par les plus douces caresses de la musique. » Et ces paroles sybillines, corroborées des quelques principes que nous avons analysés, répondaient mal à ce très juste appel : « y auvdiisyouln substituer la science, rinspiratioriy la vie toujours renouvelée et variée à une loi méca-nique et immobile. »

Sur ces déclarations adroitement ravivées refleurit l'espoir des disciples qui dépérissait (ils le sentaient bien), sans la franche rénovation d'un véritable résultat, dans la recherche d'une structure nouvelle de l'alexandrin. Abandonnant le maître à sa forme ancienne, abandonnant même la base d'un vers fondamental, ils crurent rencontrer l'inépuisable richesse d'une mine rythmique en s'efiforçant de réaliser les vœux de Banville en dehors du nombre. Et à ces vœux proclamés leurs échos répondirent :

« Le vers est libte; -r- ce qui ne veut nullement dire que le vieil alexandrin... soit aboli ou instauré ; mais — plus largement — que nul le/or me Jlxe n'est plus considérée comma le moule nécessaire à l'expression de toute pensée poétique; que, désormais comme toujours, mais consciemment

libre cette fois, le poète obéira au rythme personne! auquel il doit d'être, sans que M. de Banville ou tout autre « législateur du Parnasse «aient à intervenir... (Francis Viélé-Griffin^ )

« Considérez que le long repos fixe par quoi le décasyllabe et l'alexandrin sont suspendus les distingue rythmiquement de tous les autres vers français. Or allonger (jusqu'où? La nécessité musicale en décidera en chaque occurrence) V octosyllabe conformément à sa césure muable... Ce dont nous voulons enchanter le rythme, c'est la divine surprise, toujours neuve 1 » [Jean Moréas 2.)

« Chaque sensation, chaque aspect de la représentation se synthétise en strophes^ les apparences un peu semblables^ en des strophes un peu semblables, les sensations adventices en une sorte de récitatif déclamé sur des assonances et des valeurs de consonnes et de voyelles. » (Georges Vanor d'après Gustave Kahn^.)

« ... Ceci nous amène à considérer le vers selon son autre objectif : l'oreille. Ici la théorie n'a pas à intervenir : « Poète est maître chez soi. » [Francis Viélé Grifjin^,)

« La liberté la plus grande : qu'importe le nombre du vers, si le rythme est beau f L'usage de l'alexandrin classique suivant les besoins... » [Henri de Régnier^,)

« Le vers est partout dans la langue où il y a rythme, partout, excepté dans les affiches et à la quatrième page des

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