Enq, sur VÈvol, litl, — Éeho du 14 mars
2. Enq. surVÉvol, UU. — Écho du 1" juillet, Lelire de M. G. Kaba.
destruction; ils donnent des armes excellentes aux ennemis de la métrique.
A notre époque, surtout depuis la fin du romantisme, et depuis raffermissement des lois fondamentales de la science moderne, de hauts penseurs, non point seulement des utilitaires absolus, mais de fins artistes, tel un Renan *, nient, pour l'élargissement de l'art même en poésie, l'excellence du vers.
Ce n'est pas au nom de la raison qu'ils le rejettent, au nom de la sincérité de la pensée. Ils ne reprennent point la thèse bornée du xvni* siècle où, contre les vers, Lamotte-Houdard s'écriait: « C'est à toi, seule. Eloquence libre et indépendante, c'est à toi de m'affranchir d'un esclavage si injurieux pour la raison. » A cette époque Duclos disait encore : « Ces vers sont beaux comme ' '* de la prose ! » Et Beaumarchais, un peu plus Ttard : tTi'^ / ^ « Plus de vers ! arrière le compas de la césure et ^él
l'affectation de la rime ! » C'est dans le même esprit
1. Et beaucoup d*autres âmes de poètes, comme M. Melchior de Vogué, et la plupart des romanciers, les anciens et les jeunes dont la pensée est exprimée en cette phrase de M. J.-H, Rosny : « Au surplus ces instrumentations seront de plus en plus secondaires dans des races de plus en plus intellectuelles possédant une haute musique effective et des arts plastiques merveilleux. » — Reoue indépen," danle, crit. lilt., juin 1889.
que de ops JQiurs Alexandre Dumas fils ^ écrit (préface du Bijou de la Reine) : « Tu te Contenteras de la prose. Elle seule dira bien ce que tu as à dire. Elle sied mieux maintenant que la form^ rimée aux mœurs, aux passions, à l'esprit, aux coufunies de ton temps. » Nos philosophes esthéticiens ont depuis longtemps compris que la prose peut, aussi bien que les vers, enchaîner la pensée. Que de phrases où les plus grands prosateurs ont sacrifié la sincérité primitive aux fascinations de la plus vieille rhétorique ! Puis ils savent combien il est enfantin^ sous prétexte de chemin de fer, d'électricité ou d'habit noir, de faire fi d'une forme d'art quelconque et de la croire dépendante des mœurs ou des modes d'un temps. Ils savent au contraire trouver vtile la musique^poétique du langage, la poésie pour la poésie, et ils Taiment comme toute expression de la beauté, comme une nécessité suprême de tous les âges.
Seulement c'est au nom même de la poésie, au nom de toutes les possibles combinaisons musicales du langage qu'ils proscrivent toutes les formes des vers, tous les systèmes. Ils les regardent comme un vain effort de patience chinoise, comme un reste de vanité d'enfance, en une humanité trop mûrie pour se complaire encore longtemps dans les j^ux d'une harmonie étroite ; ils proclament à bref délai la déchéance définitive du vers, que remplaceront
les glus amples richesses harmoniques, les infinies combinaisons rythmiques /za/e/;W?^.5 de la prose. — ^ Rappelons-nous queles poètes s'étaient déjà rendus complices des détracteurs de la forme métrique : M.09 primitifs en en faisant un bloc de fer massif, et pour des siècles inerte, nos derniers aînés en tirant de ce bloc un petit automate à la Vaucanson qui, plus disloqué que nature, singeait une prose de sçiute-ruisseau. Les novateurs actuels, tout en partant d'un point opposé, s'apprêtent parleurs dernières théories antiscientifiques à imiter l'inconséquence de leurs devanciers, à servir d'appuis aux
prosateurs-poètes.
Un des importants problèmes esthétique» de l'heure présente est donc de savoir comment se doit soutenir la forme métrique au-dessus de la prose, — qui peut à son gré devenir métrique et rythmique, s'enrichir de ressources soi-disant infinies ; comment l'art des vers doit rester l'art par excellence de la poésie, un art spécial comme la peinture et la sculpture et aussi distinct de la prose que la musique. A cette phrase de Carlyle : « Lsk forme métrique estliïTapachronisme, le vers est une chose du passé, » Guyau a scientifiquement et
trioiîiphalement Répondu. On n'a donc pas à y revenir *.* Il a eu le seul tort, capital, il est vrai, devant