LE PORTRAIT
O bénie ! ô vive lumière, dont l'émoi
Surpris au vol d'un tressaillement, vint pour moi,
Sur cette feuille, à ton pur contact préparée,
Fixer la forme exquise entre toutes, sacrée !
Bien grâce à toi que je possède sur mon cœur
Le talisman qui fait du plus faible un vainqueur !
Ombre ravie à la lumière universelle,
La chère image est ma lumière à moi, parcelle
Du grand foyer d'amour, du soleil triomphal,
Radieuse, que je porte comme un fanal.
— Surgissent les deuils : qu'on dresse doubles barrières !
Et sous tous mes pas qu'on creuse des fondrières !
Par devant la nuit de ma course, court et luit
La clarté qui prévoit l'embûche de la nuit !
Surgissez aussi, les Eves des faux beaux Rêves,
Multiples formes d'une attirance si brève,
Qui voilez de votre mensonge tant de mort :
Comme l'astre, en le trop grand faste de son or,
Parfois dérobe aux yeux les splendeurs qu'il éclaire,
Le fanal où j'ai concentré ma foi solaire
Eclaire trop pour que mon cœur puisse vous voir !
Brûlez donc, les plus chers joyaux de mon avoir, Noirs éclats de ses yeux et pourpres de ses lèvres, Votre chaleur brusque a fondu les froides fièvres, Qui m» peignaient dans l'attente de la beauté, — vous, primes ^clairs de mon éternité !...