CE QUE VOUS PROPOSEZ
I. ENTANCB BT ADOLESOEMCE. — Enfants trouvés. — Crèches et Salles d'asile. — Bareaux de nourrices. — Apprentissage. — Fixation des heures de travail. — Prisons et Colonies pénitentiaires. — aoe mur. -^ Droit au travail. — Établissements de crédit. - Colonisation. — Abolition de la mendicité. — Amélioration des logements. — Sociétés de secours mutuels. — vieillesse. — Caisses d'épargne. — Caisses des retraites. — Hôpitaux et Hospices.
Un océan nous sépare.
Vous croyez encore au vieux monde.
106 tSiM.
Je crois au monde nouveau.
Vous regardez la Société, création de THomme.
Je regarde PHùmanité, création de Dieu.
Vous étudiez le passé.
J^étudie l'avenir.
Vous invoquez la fatalité.
Pinvoque la science.
Vous concevez l'ordre par l'autorité.
Je conçois l'ordre par la liberté.
Vous avez foi dans la compression : l'erreur vous effraie.
J'ai foi dans l'expansion : la vérité me rassure.
Vous provoquez les révolutions en repoussant les réformes.
Je provoque les réformes afin de prévenir les révolutions.
Vous érigez en borne le progrès accompli.
Je n'assigne aucune limite au progrès continu.
Vous voyez l'écueil où je vois le port.
Je vois le port où vous voyez l'écueil.
Vous placez le travail au faîte et la propriété k la base.
Je place le travail à la base et la propriété au faîte.
La Minorité, vous l'appelez faussement Majorité, et la Majorité vous la nommez Minorité.
La Minorité, je l'appelle exactement Minorité, et la Majorité je la nomme Majorité.
Vous faites passer le riche avant le pauvre.
Je fais passer le pauvre avant le riche.
Vous considérez « la misère comme la condition inévitable » de Vhomme dans le plan général des choses. »
Je considère la misère comme la dernière convulsion d'une société dont le génie de l'homme a marqué le terme prochain.
Vous proclamez qu'il doit y avoir une bienfaisance publique comme il y a une bienfaisance privée.
Je proclame que le temps approche où il n'y aura plus ni bienfaisance privée ni bienfaisance publique.
Vous vantez l'assistance, vous punissez la mendicité.
Je vante l'assurance et j'étends la mutualité.
Vous confondez l'aumône avec la prévoyance.
Je ne confonds pas la prévoyance avec l'aumône.
Vous passez à côté des principes pour vous arrêter à des expédients.
Je passe à côté des expédients pour m'arréter à des principes.
Vous donnez le nom d'impossible à ce que je trouve simple, et ce qui vous paraît possible, à vous, me paratt, à moi, chimérique. Aussi n'est-il aucun point sur lequel nous tombions d'accord.
Tout votre rapport, permettez-moi de vous le dire, est une longue et païenne déification de l'impuissance.
Votre conclusion est un autel élevé à l'optimisme.
a Après avoir, — ce sont vos expressions, — passé en re- » vue l'organisation sociale toute entière, après avoir par- » couru la longue et douloureuse chaîne des misères hu- » maines, pour chercher les moyens légitimes et efficaces » de secourir le peuple et d'améliorer son sort, après avoir T> entrepris de tracer partout la limite entre le vrai et le » faux, le possible et l'impossible ; » — que proposez-vous?
' En bloc, vous proposez de maintenir l'organisation sociale telle qu'elle existe, et les motifs sur lesquels vous vous fondez sont les suivants : « Heureusement pour l'humanité, » mais malheureusement pour notre orgueil, entre toutes » les créations imaginables, les plus importantes ont de- » vancé l'âge présent. Ce qui est bon, incontestable, » l'ancienne société inspirée par son cœur et par la reli- » gion l'avait imaginé, ou dans les anciens temps, ou dans » les temps les plus récents. Pas un jour elle ne s'était ar- » rélée. Ce que la société ancienne ou contemporaine a » laissé à faire est justement ce qui est douteux, probléma- » tique, contestable, et c'est par ce motif que cela reste à » faire ; car on a couru tout d'abord à ce qui était simple, » naturel, incontestablement bon et utile, »
'ÙL.':^:-..
108 tSWI.
En détail, vous proposez :
POUR l'enfance ET l'àdolesgenge :
« De rétablir les tours que, dans une bonne intention, on » avait voulu supprimer ;
» D'apporter quelques améliorations aux salles d'asile ;
» De faire exécuter la loi qui défend d'abuser des forces » des enfants dans les manufactures ;
» De réformer le système de l'emprisonnement pour les » jeunes détenus ;
» De s'occuper de l'apprentissage.
POUR l'âge mur :
» De distribuer autrement les travaux de l'État, de les » ralentir pendant que l'industrie prospère pour les déve- » lopper quand elle chôme ;
» D'encourager la colonisation, particulièrement au point » de vue du soulagement des classes pauvres et souf- » frantes;
» De s'occuper de créer partout des établissements dans » lesquels le mendiant volontaire ou forcé puisse trouver » un emploi pour ses bras, un asile pour ses infirmités ;
» D'améliorer les logements, soit par de nouvelles dispo- » sitions de police qui obligent les propriétaires de ioge- » ments d'ouvriers à des mesures d'assainissement indis- » pensables et peu coûteuses, soit par la reconstruction de » certains quartiers populeux dans les villes ;
» De régler par une nouvelle loi le régime des sociétés de » secours mutuels.
pour la vieillesse :
» De maintenir telles qu'elles existent les caisses d'é- » pargne;
» De se défier des caisses de retraite, et de n'admettre » sous aucune forme le principe de la reteiîue obligatoire, » même celui d'une subvention de l'État ;
» De ne pas étendre le nombre des hospices, mais d'em-
» ployer les nouvelles ressources disponibles à des secours » distribués à domicile. »
Telles sont, après dix mois, — dites-vous, -— d'actifs travaux, de laborieuses recherches et de méditations profondes, les conclusions de la Commission de trente membres qui vous a choisi pour son rapporteur.
A quoi ces conclusions aboutissent-elles ?
Elles aboutissent à ce que vous repoussez :
Pour Penfance, — au communisme ;
Pour Page mûr, — au droit au travail ;
Pour la vieillesse, — au droit à l'assistance.
Ce que vous repoussez fièrement en principe, vous l'acceptez humblement en fait.
Ce n'est pas du socialisme, non ; c'est de l'empirisme.
Le courage de votre insensibilité vous a manqué.
C'est la peur qui, en vous, simule la charité.
Une ligne va vous peindre : Vous êtes Malthus déguisé en saint Vincent de Paul.
Mais fussiez-vous animé des mêmes sentiments de charité chrétienne qui guidèrent le pieux aumônier de Marguerite de Valois dans Pinstitution des Sœurs de Charité, dans l'Établissement des Enfants-Trouvés, dans la fondation de l'hospice du nom de Jésus et de l'hôpital de la Salpétrière ; fussiez-vous, enfin, ce que vous n'êtes pas, saint Vincent de Paul en personne, que vos conclusions n'en seraient pas moins ineffaçablement frappées au coin de l'Impuissance, attestée par une expérience de deux siècles et par une multitude d'efforts aussi louables qu'ils ont été stériles.
C'est ce que j'ai à démontrer, et c'est ce que je vais faire, en suivant exactement l'ordre que vous-même avez adopté dans votre rapport.