‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 2)Chapitre 20 sur 78 · ENFANCE ET ADOLESCENCE · texte numérisé non relu

ENFANCE ET ADOLESCENCE

§ 1®^. Tours pour les enfants trouvés.

Rétablissement des tours que, dans une bonne intention^

on avait voidu supprimer : voilà par où vous commencez I voilà ce que vous proposez ! Voilà avec quelle légèreté vous effleurez la question sociale la plus grave et la plus délicate que je connaisse; car celle des libérés, si délicate et si grave, ne vient qu'après la question des enfants trouvés. Ces deux questions sont les deux pôles de cette société dont la misère est Paxe, de cette société dont le mouvement vous paraît, à vous, régulier et conforme aux grandes lois de Phumanité, de cette société que je ne croirai sérieusement en voie de progrès que lorsqu'elle ne renfermera plus dans son sein ni enfants trouvés ni libérés.

L'établissement des Enfants-Trouvés date de 787, époque à laquelle un archiprêtre nommé Datheus fonda en ces termes le premier hospice d'enfants trouvés vi

a Une vie molle et sensuelle égare souvent les hommes. » On commet un adultère , on n'ose pas en produire les » fruits dans le public, et on leur donne la mort... Sans » baptême, on envoie ces enfants en enfer... On ne verrait » pas ces horreurs, s'il y avait un asile où on pût cacher la » honte de l'adultère... Mais on jette ces petits enfants dans » les cloaques, dans les fumiers, dans les fleuves, et on » commet autant de meurtres qu'il y a d'enfants nés d'un » commerce illicite.

» En conséquence, moi, Datheus, pour le salut de mon » âme et de mes concitoyens, j'ordonne qu'on fasse de la ^ maison que j'ai achetée et qui est contiguë à l'église, un » hospice pour les enfants trouvés. Je veux qu'aussitôt T> qu'un enfant sera exposé dans l'église, il soit reçu par le » préposé, placé dans l'hospice et confié à la garde et aux » soins des nourrices qui seront payées pour cela... Qu'on » donne jusqu'à huit ans un métier quelconque à ces en- » fants, et lorsqu'ils seront parvenus à cet âge, qu'ils soient » Hbres et dégagés de toute servitude, ayant le droit d'aller » et de demeurer où il leur plaira. »

Les enfants trouvés, exposfes dans les rues de Paris, étaient autrefois ou portés à l'église métropolitaine et recueillis par

la charité publique, ou cédés à des pauvres qui s'en servaient pour exciter la pitié et accroître leui's aumônes , ou ventdus aux Bohémiens , qui les sacrifiaient quelquefois , diton, dans des opérations criminelles. Le prix ordinaire d'un enfant était de vingt sous.

Divers décrets royaux, au quinzième siècle, mirent ces enfants à la charge des seigneurs haut-justiciers ; mais c'est dans le milieu du dix-septième siècle seulement qu'à la voix de saint Vincent de Paul un établissement spécial fut ouvert à ces enfants. Le premier procès-verbal de réception d'un enfant trouvé à l'hospice porte la date du 7 novembre 1639.

On a , depuis lors, le nombre exact, par années, des enfants que la misère , la honte ou i'inconduite ont fait abandonner par leurs mères, et que la charité publique a recueillis à Paris. Ce chiffre s'élève pour deux siècles , de 1640 à 1840, au chiffre total de 623,012, savoir :

De 1648 à 1739 : 132^230 enfants.

De 1740 à 1839 : 490,782 -

En voici la nomenclature de cinq en cinq ans, et par dizaine d'années :

? Î5Îm ^11 ( - Pour dix ans, de 1640 à 1649, 3,053 En 1645 288 )

En 1650 393 En 1655 326

de 1650 à 1659, 3,683

HZ Z\ - «ie 1660 à 1669, 4,565

EnJ675 m\ - de 1670 à 1679, 6,880

En S 9^1 - de 1680 à 1689, 10,275

En 1690 1,504/ ^ .„„„v...«a «4 .«,«

En 1695 1,767 1 " de 1690 à 1699, 21,150

En 1700 1,738 /

En 1705 i;709i " de 1700 à 1709, 17,866

En 1710 En 1715 En 1720 En 1745 En 1750 En 1755 En 1760 En 1765 En 1770 En 1775 En 1780 En 1785 En 1790 En 1795 En 1800 En 1805 En 1810 En 1815 En 1820 En 1825 En 1830 En 1835 En 1840 En 1845

- Pour dix ans, de 1710 à 1719, 17,398

- de 1720 à 1729

- de 1730 à 1739

- de 1740 à 1749

— de 1750 à 1759

de 1760 à 1769

- de 1770 à 1779

- de 1780 à 1789

- de 1790 à 1799

- de 1800 à 1809

de 1810 à 1819

- de 1820 à 1829

- de 1830 à 1839

—Pour cinq ans, de 1840 à 1845

On voit par ce tableau que le nombre des enfants abandonnés pendant le dix-septième siècle va toujours en augmentant de 1640 à 1699; qu'à partir de cette époque il diminue pendant le tiers du siècle suivant, de 1700 à 1729;- et qu'enfin il reprend un mouvement ascensionnel jusqu'en 1779, pour redescendre ensuite jusqu'au moment actuel.

En comparant un siècle entier, de 1740 à 1839, on trouve que la moitié du dix-neuvième siècle a produit un nombre

moins considérable d'abandons que la moitié finale du dixhuitième siècle, près d'un dixième de moins, et, comme particularité remarquable, que c'est à la période révolutionnaire, de 1790 à 1799, que l'on doit le plus petit nombre d'abandons d'enfants.

La même remarque est applicable à la période décennale de 1830 à 1839, si on la compare aux périodes d'égale durée de la restauration, de 1810 à 1819 et de 1820 à 1829.

Maintenant, si l'on veut faire le rapprochement du nombre des abandons à la population de Paris à diverses époques, on trouvera d'après les chiffres officiels :

1® Pour toute la durée du règne de Louis XIV, pendant 80 ans, de 1640 à 1719, un total de 84,870 abandons d'enfants, ou 1,061 par année sur une population moyenne de 500,000 âmes; proportion : 0.21 centièmes pour 100;

2® Pour un nombre égal d'années du dix-huitième siècle, de 1720 à 1799, un total de 345,876 abandons, ou 4,323 par année sur une population moyenne de 575,000 âmes; proportion : 0.75 centièmes pour 100 ;

3° Enfin, pendant les 40 dernières années du dix-neuvième siècle, le nombre total des abandons sera de 192,266 enfants, ou 4,806 par année sur une population moyenne de 792,000 âmes ; proportion : 0.62 centièmes pour 100.

D'où cette conclusion que le siècle de Louis XV et de la régence est celui qui a été le plus fatal aux Enfants-Trouvés. Preuve surabondante, il est vrai, de la licence de cette époque, mais preuve irrécusable aussi de l'amélioration des mœurs de notre temps.

Les enfaris trouvés sont ceux qui, nés de père et mère inconnus, ont été trouvés exposés dans un lieu quelconque, ou portés dans les hospices destinés à les recevoir.

Les enfants abandonnés sont ceux qui, nés de père et mère connus et d'abord élevés par eux ou par d'autres personnes à leur décharge, sont ensuite délaissés sans qu'on sache ce que les père et mère sont devenus, ou sans qu'on puisse recourir à eux. « Depuis la création des Enfants- » Trouvés,» —dit M. de Watteville, l'écrivain le plus comm. 8

114 tSIiO.

pètent sur cette matière, — a le nombre de ces infortunés » s'est ACCRU d'année en année dans les établissements » hospitaJiers chargés de les recevoir... Depuis huit ans en- » viron, le nombre des abandons ou expositions d'enfants » est resté à peu près stationnaire, après avoir subi une » assez forte réduction, j)ar suite^ soit de la fermeture dun » grand nombre de tours, soit d^ exécution de la mesure du » déplacement, soit enfin par une plus grande sévérité ap- » portée dans Vadmission de ces enfants par les diverses » autorités qui surveillent et dirigent cette partie de Vad- » ministration publique. »

En 1784, d'après M. Necker (1), le nombre des enfants trouvés était en France de 40,000.

Le nombre des enfants trouvés âgés de moins de 12 ans était :

En 1819, de . 99,346

En 1825, de 117,305

En 1830, de 118,073

En 1833, de 129,699

Le gouvernement , effrayé de la rapidité de cette augmentation continue, invita les préfets et les conseils généraux à prendre des mesures pour arrêter cet accroissement de dépenses. Ce fut alors, en 1834, qu'on opéra le déplacement des enfants successivement dans 60 départements, et 185 hospices dépositaires avec tours furent supprimés dans l'espace de cinq ans. Ces mesures eurent pour résultat de réduire le nombre des enfants trouvés , qui , en 1838, ne s'élevait plus qu'à 95,624, chiffre inférieur à celui de 1819, quoique la population se fût considérablement accrue pendant cet intervalle.

Les départements où ii y a le moins d'enfants trouvés sont ceux où il nhj a jamais eu de tours. De ce nombre,

(1) « L'abus des hospices d'enfants trouvés grossit chaque jour ; le peuple s'habitue à voir, dans ces établissements, des maisons d'éducation pour ses enfants ; le mal va toujours croissant; ses progrès embarrasseront un jour le gouvernement^ car le remède est difficile. »

NECKEB. 1785.

sont : la Haute-Saône, les Vosges, Seine-et-Marne, Seineet-Oise, Haut-Rhin, Meurthe et Moselle. C'est là un fait contre lequel tous les discours de M. de Lamartine, si éloquents qu'ils fussent, sont venus échouer.

Que proposez-vous donc, vous, qui d'ordinaire avez pour les faits un culte qui tient presque de la superstition ? En réalité, ce que vous proposez, c'est de renverser la digue qui, de 1833 à 1838, en cinq ans, a non seulement arrêté court la progression des enfants trouvés, mais encore en a fait tomber le chiffre de 129,000 à 95,000; c'est de rétablir les tours qui ont été fermés.

En 1833, la proportion était d'un enfant trouvé sur 248 habitants; en 1845, elle n'était plus que de 1 enfant sur 353 individus. La différence de chiffre entre ces deux années est de plus de 30,000, malgré une augmentation de près de deux millions d'habitants.

Augmenter de 30,000 le nombre des enfants trouvés : voilà donc le remède que vous avez trouvé et que vous conseillez, vous, un ancien président du conseil des ministres, vous, l'un des chefs de la majorité, et le rapporteur de la Commission de Vassistance et de la prévoyance publique !

S'il ne s'agissait que d'une dépense plus large et d'un crédit moins limité à ouvrir au budget de l'État, peut-être auriez-vous sur moi l'avantage des apparences de la générosité; mais la question des enfants trouvés n'est pas aussi simple que pourrait le croire celui qui ne s'est pas rendu exactement compte du rapport qui existe entre le nombre des naissances et le chiffre des décès.

La vie moyenne des enfants trouvés est de quatre ans.

En comparant les décès des enfants trouvés, soit avec leur nombre total, soit avec celui des expositions, on constate ce résultat qu'il en meurt 51/2 sur 7 de 1 jour à 12 ans, ou 78 0/0 environ, et que la mortalité de ces enfants est de 50 0/0 dans la première année de leur existence, tandis que d'après la loi de la mortalité en France, publiée par le Bureau des longitudes, il meurt 24 enfants sur 100 dans la première année de la naissance.

116 tS&O.

La mortalité étant de 50 0/0 dans la première année, augmenter de 30,000 le nombre des enfants trouvés, c'est donc augmenter indirectement le noK)bre des décès de toute la différence qui existe entre le chiffre de la mortalité des enfants légitimes et le chiffre de la mortalité des, enfants trouvés , c'est-à-dire de plus de 15,000 , quand il est prouvé par tous les documents les plus irrécusables que la suppression des tours et hospices dépositaires est sans influence appréciable sur l'accroissement du nombre des infanticides. Votre humanité est donc de l'huihamtô à contre-sens, puisqu'elle a ce double effet :

Premièrement, d'accroître considérablement le nombre des enfants trouvés;

Deuxièmement, d'augmenter dans une proportion non moins considérable le chiffre de la mortalité relative.

Comment cette mortalité relative ne serait-elle pas con— sidérablement augmentée, lorsque ces malheureux enfants trouvés, qui, pour réparer les souffrances et les privations qu'ils ont endurées, pour la plupart, dans le sein de leur mère, auraient, à leur naissance, besoin de tant de soins, en reçoivent si peu I

C'est la triste vérité qui résulte des témoignages qui vont suivre :

BENJAMIN DELESSERT .' « On a OU OU vuc, dit-ou, dc sauver » avant tout la vie des enfants; on s'est étrangement trom- » pé, car le résultat a été diamétralement opposé à ce but. » On parle de sauver la vie de ces enfants, et c'est précî- » sèment sous ce rapport que le système actuel est déplo- » rable. Il est prouvé que la mortalité des enfants trouvés » est deux fois plus forte que celle des autres enfants ; sur » 35,000 enfants abandonnés chaque année, le tiers au » moins meurt avant la première année, et un autre tiers » avant l'âge de douze ans : voilà donc 10,000 enfants qui, » chaque année, trouvent la mort parce qu'on les a aban- » donnés, et qui auraient été sauvés si l'on n'en avait pas » favorisé et facilité l'abandon.

» Depuis le funeste décret de 1811, qui a ordonné la créa- » tion de tours dans chaque arrondissement, le nombre des » enfants trouvés a augmenté d'une manière effrayante. » On en comptait, en 1809, 69,000 âgés de moins de douze » ans et à la charge de l'État; actuellement (1837), il y en » a 130,000. L'accroissement se trouve presque du double, » tandis que la population ne s'est accrue que d'un hui- » tième. Il existe en ce moment en France près de un » million d'enfants trouvés, et, si l'on ne se hâte de prendre » des mesures pour arrêter le mal , on peut prévoir l'é- » poque où leur nombre excédera la moitié de la popula- » tion ; et quels dangers ne présentent pas pour la so- » ciété des êtres qui n'ont ni famille, ni propriété, ni état « civil!

» On a depuis longtemps reconnu, dans les pays voisins, » les inconvénients d'hospices ainsi ouverts aux enfants » trouvés. Ces établissements, qui excitent à l'abandon des » enfants, augmentent la corruption des mœurs et causent » la mort de tant d'infortunées créatures ! En Allemagne, » en Suisse, en Hollande, en Angleterre, il n'en existe pas. » A Londres, sur i, 000 naissances, on ne compte que 26 » enfants naturels.

» A Paris, sur 1,000 naissances, il y a 316 enfants na- » turels. Il y en a donc douze fois plus à Paris qu'à Londres.

5) 5,000 enfants sont abandonnés chaque année à Paris, » et 1,000 seulement à Londres ; et cependant, en France, » malgré nos hospices d'enfants trouvés, le nombre des in- » fanticides est deux fois plus grand qu*en Angleterre (1). »

A. DE WATTEVILLE : (( On a beaucoup écrit sur les enfants » trouvés; il y a pour ainsi dire tout une bibliothèque d'ou- » vrages inspirés par le désir d'améliorer leur sort ou par » celui d'alléger le fardeau dont ils accablent les départe- » ments. Considérations historiques, morales, financières, » ont afflué de toutes parts, sans jeter, il faut le dire, une » vive lumière sur cette question, et sans la faire avancer

(1) Chambre des députés» 31 mai l'dSd.

» d'un pas, soit sous le rapport des améliorations, soit sous » celui des économies.

» C'est, permettez-moi de le dire, monsieur le ministre, » par une inspection qui, en quinze années, a embrassé la » presque totalité de la France ; c'est en organisant moiy> même, à Lyon, à Bordeaux, le service des enfants trouvés, » que j'ai pu acquérir les connaissances positives et re- » cueillir les renseignements épars dont je me suis efforcé » de renfermer la substance dans ee rapport, je ne mets

» POINT EN AVANT DE SYSTÈME, JE ME CONTENTE D'eXPOSER LES » FAITS.

» Le nombre des enfants trouvés âgés demoins de 42 ans » est de 123,394, dont la dépense, pour frais de mois de » nourrice et de pension, a été, en 1843, de'6,707,8219 fr. Dans » cette somme ne sont pas compris les frais de layette et de D vètures payés par les hospices dépositaires.

» Le nombre des enfants trouvés âgés de plus de 12 ans » est complètement inconnu. Les départements n'ayant plus » pour les enfants de cet âge de pension à payer, on cesse » de s'occuper d'eux, et l'on ne sait, en général, ce qu'ils » deviennent.

» Le nombre annuel des expositions ou abandons d'en- » fants est d'environ 34,000 dont les trois cinquièmes à peu » près périssent dans la première année de leur existence.

» Quelle est la véritable cause du plus ou moins grand » nombre d'enfants trouvés ? A notre avis, c'est la misère. » Les recherches suivantes nous ont amené à cette opinion :

» La France est divisée en 86 départements : 35 forment » les frontières, 51 sont au centre. Les départements fron- )) tières sont en général plus riches que les départements )) du centre. Leur position topographique est favorable au » commerce, les étrangers y abondent, les grandes fabri- » ques s'y établissent. Enfin, à l'exception de Paris et de » Lyon, les départements du centre ne possèdent aucun » grand foyer de population ; tandis que les départements » frontières comptent Marseille, Bordeaux, Rouen, Lille, » Strasbourg, Mulhausen, Brest, Toulon, Besançon, Toxir

» louse, etc., etc. Les 51 premiers n'ont que 18,636,532 ha- » bitants, les 35 derniers 15,638,313; eh bien ! les départe- » ments frontières ne comptent que 1 enfant trouvé sur » 360 habitants, alors que les 51 départements du centre » ont 1 de ces enfants sur 233 habitants : un tiers en plus » d'enfants trouvés pour un cinquième en plus dans la po- » pulation.

» Nous avons aussi recherché quelle différence pouvait » exister, quant au nombre des enfants trouvés, entre les » départements réputés riches ou pauvres, agricoles ou » manufacturiers, maritimes ou traversés par des chaînes » de montagnes, etc. Voici les résultats obtenus :

Départ, qui ont de fortes garnisons 1 enfant trouvé sur 560 hab.

Départ, traversés par des

chaînes de montagne .

Départ, agricoles

Départ, manufacturiers .

Départ, réputés religieux

Départ, vinicoles

Départ, maritimes. . . .

Départ, réputés pauvres.

» C'est toujours la misère qui donne le plus grand nom-

» BRE d'enfants TROUVÉS.

» La réduction du nombre des tours d'exposition est une » mesure utile, qui n'a produit aucun accident fâcheux. » Nous sommes partisan de cette mesure dans certaines » limites; mais, tout en reconnaissant l'utilité de cette » mesure, nous sommes loin de croire à son efficacité ab- » solue. Ce qu'il faut, avant tout, ce sont des institutions. » Créer des fonds sur lesquels les mères pauvres seront se- » courues sans parcimonie^ comme aussi sans prodigalité ; » propager les crèches qui offrent à la première enfance un » asile propice : voilà, selon nous, les moyens d'arrêter ou » de rendre moins fréquent l'abandon des enfants. La sup- » pression des tours d'exposition^ le déplacement des enfants y

» sont des palliatifs et ne sont pas des remèdes.CPest en s^at- » taquant aux causes qu'on détruira les effets,

» Haute-Saône, 1 enfant trouvé sur 5,607. — Ce départe- » ment n'a jamais eu de tours, et, comme il a très peu d'eny) fants trouvés à sa charge, il n^a été pris aucune mesure » pour en diminuer le nombre.

» En Belgique, la commission nommée pour donner son » avis sur Porganisation du service des enfants trouvés, a été » d'avis, à Punanimité, de supprimer les tours.

» En général, les administrations d'hospices dépositaires » exécutent fort mal le décret de 1811, relatif à la fourni- » ture des layettes et des vê turcs. Plus de la moitié de ces » administrations ne donnent aucun vêtement à leurs mal- » heureux pupilles. Les quinze seizièmes de la seconde » moitié donnent une layette et deux ou trois vêtures très » incomplètes. Il nhj a guère qu^un seizième qui pourvoie y> un peu convenablement aux besoins des enfants confiés à » leurs soiîis^ car l'administration des hospices de Paris, y> qui, sous ce rapport, est la plus généreuse, ne donne » qu'une layette et sept vêlures, ce qui est très insuffisant » pour douze mois (1).

» Il faut le dire, le manque de soins dans leur enfance^ soit >) à Vhospice^ soit en nourrice^ contribue beaucoup encore h )) les rendre chétifs et débiles. Aussi, très peu parmi les » garçons peuvent avoir Vhonneur de servir leur pays ^ lors- » qu^ Vâge les appelle sous les drapeaux,

» II résulte des rapports des préfets et des rapports des » inspecteurs généraux des établissements de bienfaisance » qui ont visité tous les départements, et ce, à plusieurs

(l) Même observation dans un rapport subséquent :

a Le décret du 19 janvier 1811 a mis à la cnarge des administrations hospitalières, dépositaires d'enfants troiivés, la fourniture des layettes et vêtures destinés à ces infortunés. Cette obligation est assez mal remplie, il faut le dire, et plusieurs de ces administrations se dispensent complètement d'accomplir ce devoir. La dépense relative à ces fournitures s*est élevée, en 1847, à la somme de 753,054 francs 06 cent., et, comme le nombre des enfants trouvés a été en moyenne, pendant la même année, de 98,964, il en résulte ce fait que la dépense moyenne de chaque enfant, pour frais de layette et de vêture, a été de 9 francs 60 cent., ce qui est très insuffisant. x>

» reprises, que la tutelle des enfants tî^ouvés confiés aux » commissions administratives des hospices dépositaires, en y> vertu de la loi du 15 pluviôse an XIII, est généralement y>' très négligée, » Celte tutelle est bien exercée dans 20 déparle-

» ments 20

» Elle y est à moitié exercée dans 5

» Complètement abandonnée (Jans 61

» On ignore en général ce que deviennent les trois quarts

y> des enfants trouvés une fois qu'ils ont atteint leur trei-

^> zième année, c'est-à-dire au moment où les départements

» cessent de payer la faible allocation allouée aux patrons

» qui les ont élevés jusqu'à cet âge.

• » Très peu d'enfants trouvés savent lire, encore moins

y> écrire.

y> On remarque que ceux qui se livrent aux arts indus- » triels tournent généralement assez mal, et finissent par » devenir de très mauvais sujets.

» Les filles sont plus difficiles à placer que les garçons ; » la gravide majorité d^ entre elles se livrent à la prostitution, » J'ai pu constater, dans soixante villes de France, villes » situées sur les divers points du territoire, que le nombre » des filles, enfants trouvés, placées dans les maisons de » prostitution, est toujours égal au cinquième du chiffre » des malheureuses qui composent ce triste personnel.

» Le nombre des enfants trouvés à la charge des cin- T) quante-deux départements qui viennent en aide aux filles-

» mères est de 44,916 sur 18,866,030 habitants ; soit 1 en- » fantsur 420 individus. Le nombre des naissances est, » dans ces mêmes départements, de 541,788 individus, et » celui des expositions de 11,021 ou 1 exposition sur 49 nais- » sances; tandis que, dans les trente-quatre départements » qui ne donnent pas de secours aux filles-mères, le nom- » bre des enfants trouvés est de 51,872 pour 15,328,845 ha- » bitants, soit 1 enfant sur 296 personnes. Le nombre des

122 tS&O.

» naissances est de 450,245, celui des expositions de 14,218, » soit 1 exposition sur 32 naissances (1).

TALDRUCHE i (( Lorsqu'cn mars dernier, j'ai eu l'honneur » messieurs, de vous rendre compte des résultats obtenus » pendant les mois qui ont suivi les changements apportés » dans les admissions, c'est-à-dire de novembre 1837 au » 1®' mars 1838, je vous ai fait connaître que la mortalité » qui était année moyenne^ à Vhospice des Enfants-Trouvés^ » de plus de 1 sur 5, n^avait été, pour les enfants conservés » ou mis en nourrice par leurs mères, que de i sur 14,

» Pour compléter ces renseignements et obtenir des ob- » servations plus certaines, en opérant sur un plus grand » nombre d'individus, j'ai fait visiter à domicile toutes les » femmes accouchées du 1®' novembre au 1®' août 1838, » que l'administration avait aidées à conserver leurs en- » fants en leur accordant des secours, et il a été constaté, » par cette investigation, que, parmi ces enfants, il n'y » avait qu'un décès sur 5 1/4.

» Le rapprochement est frappant : à l'hospice plus de » 1 décès sur 3 enfants ; en dehors de l'hospice, 1 sur 5 1/4 » pour les enfants conservés par leurs mères ; cette der- » nière proportion est à peu près celle de la mortalité des » enfants dans la ville, et même dans toute la France, pour » la première année de la vie.

» Les visiteurs ont remarqué que les enfants nourris par » leur mère se portent très bien. La misère, ou au moins la » gêne de la famille , ne paraît pas avoir exercé de fà- » cheuses influences sur la santé de ces enfants. Je serais » heureux de pouvoir en dire autant de nos enfants de f'ftos- » pice placés à la campagne; fen ai trouvé quelques-uns » en bon état; mais, il faut Vavouer, c'est le plus petit

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