A. DE MELUN
(2) « En arrêtant sa pensée sur la société et sur ses rapports, on est frappé d'une idée générale qui mérite bien d'être approfonaïc : c'est que presque toutes les institutions civiles ont été faites pour les propriétaires. On est efiFrayé, en ouvrant le code des lois, de n'y découvrir partout que le témoignage de cette vérité. On dirait qu'un petit nombre d'hommes, après s'être partagé la terre, ont fait des lois d'union et do garantie contre la multitude, comme ils auraient mis des abris dans les bois pour se défendre des bêtes sauvages. Cependant, on ose le dire, après avoir établi les lois de propriété, de justice et de liberté, ou n'a presque rien fait encore pour la classe la plus nombreuse des citoyens. Que nous importent vos k>is de propriété? pourraient-ils dire, nous ne possédons rien. Vos lois de justice? nous n'avons rien à défendre. Vos lois de liberté? si nous ne travaillons pas demain, nous mourrons. »
NECKER. Législation et commerce des grains^ cli. 12.
a S'il existait une propriété qu'on dût respecter plus encore que les autres, ce serait celle des hommes qui ne possèdent que leurs bras et leur industrie. Gêner leur travail, c'est leur ôter les moyens de vivre ; un tel vol est un assassinat. »
PBOZ. . ■-
Mais alors que la liberté soit pleine et entière : liberté de réunion et d'association, liberté de la presse et liberté d'enseignement. De vos codes, effacez l'article 1781 (code civil), qui consacre une inégalité monstrueuse ; les articles 414 et 415 (code pénal), qui s'interposent entre le maître et l'ouvrier.
Que la liberté soit sans exceptions, sans limites, et l'humanité, je le garantis, n'aura plus besoin que la loi la protège.
Toujours, en Angleterre, l'action de la liberté a devancé l'action de la loi.
C'est ce que M. Charles Dupin constate en ces termes, dans son rapport sur les projets qui concernent le travail, au Conseil général de l'agriculture, des manufactures et du commerce (Moniteur du 27 avril 1850) :
ce On a vu, nous ne disons pas en France, des cités en- » tières, des cités immenses, Manchester, par exemple, y> frappées dans la santé, dans la longévité deleurpopula- » tion, enchaînées par les machines à la durée toujours » croissante du travail.
« Alors la voix impérieuse de Vhumanité s^est élevée /... »
La grande voix de l'humanité, vous le savez bien, c'est la liberté! C'est pourquoi tant d'efforts ont été faits, en tous temps, pour l'étouffer, toujours sous le prétexte de la modérer.
Mensonge I
La liberté ! — Je ne vous demande rien de plus, notez-le bien; je ne vous demande pas de loi qui limite le nombre des heures de la journée de travail ; je ne vous demande pas de loi qui protège la femme et l'enfant : je ne vous demande pas de loi qui interdise le marchandage ; je ne vous demande pas de loi qui subventionné les associations ouvrières ; je ne vous demande pas de loi qui impose l'égalité du salaire. Pour que le salaire, généralement trop bas, puisse s'élever universellement à son juste niveau, il me suffit que tous les travailleurs soient libres d'abord de se
réunir, et plus tard, après s'être éclairés par la discussion et par l'expérience, de se constituer en corporations. Je crois peu au succès financier des associations, mais je crois beaucoup à la puissance tutélaire des corporations.
Ne vous hâtez pas de dire que ce que je demande est une utopie, car, sachez-le, je ne propose rien qui déjà n'existe, et ne soit éprouvé.
Connaissez-vous le règlement de la Société typographique de Paris, et son tarif des prix de main-d'œuvre, discuté et adopté le 15 novembre 1843, par les délégués, patrons et ouvriers, modifié et adopté à l'unanimité le 2 septembre 1849?
Si vous ne l'avez pas. lu, lisez-le.
Ce règlement et ce tarif prévoient et admettent tous les modes, toutes les conditions de travail, sans y apporter aucun obstacle.
La composition est divisée en huit catégories, comprenant toute la série des caractères susceptibles d'être payés au mille.
Tous cas d'augmentation, langues étrangères, accessoires, mises en pages, fonctions, corrections, changements, sont prévus et réglés.
Quand le travail ne s'exécute pas au mille et aux pièces, il a lieu à la journée; alors il s'appelle conscience.
Le mille d'n (lettre moyenne) se paye, en caractères de la première catégorie, 55 centimes. Le travail en conscience se paye 60 centimes l'heure.
Dans le cas où il est proposé aux sociétaires un travail à des prix ou à des conditions contraires aux dispositions du tarif et du présent règlement (art. 174), ils doivent le refuser.
S'ils sont (c débauchés » (renvoyés) ou seulement menacés de l'être, ils en préviennent immédiatement le comité. (Art. 115.)
Tout sociétaire autorisé à « mettre bas » reçoit une subvention de deux francs par jour de chômage non férié. (Art. 135.)
Toutes les ques'tions relatives au tarif et à la maind'œuvre, ne peuvent être portées que devant le comité et la conférence mixte. (Art. 130.)
Les dispositions de ce règlement sont au nombre de 184 ; toutes sont empreintes du même esprit de prévoyance et d'équité qui a dicté le préambule et l'article 1®", conçus en ces termes :