F. ARAGO
« Indépendamment du travail trop long et au-dessus de leurs forces, que les enfants ont à supporter dans les ateliers, ils sont encore excédés par les fatigues qu'ils endurent deux fois par jour pour regagner leur domicile, qui est quelquefois à une distance d'une à deux lieues des manufactures. Outre cela, ils doivent supporter assez souvent la pluie, le vent, la neige et toutes les intempéries des saisons.
» C'est surtout à Mulhouse que ce surcroît de souffrance et de misère irappe les ouvriers des deux sexes et leurs enfants, car cette ville, malgré son prodigieux accroissement, ne peut loger tous ceux qu'elle appelle «dans ses fabriques. Aussi, est-ce un spectacle fait pour attendrir le cœur même d'un industriel, que celui de ces malheureux ouvriers couverts de haillons, pieds nus, hâves, maigres et rachitiaues, gagnant en foule leurs ateliers, et portant sous le bras le morceau ae pain qui doit les nourrir jusqu'au Bok.
» Un fait extraordinaire frappe tous les yeux en voyant ces malheureux enfants traverser les campagnes pour se rendre à leur ouvrage : leur raine maigre, hâve, leur extérieur chétif et malingre, contrastent avec le teint fleuri et l'air de santé des enfants des cantons ruraux qui touchent les villes.
» Si on réunit toutes les tables de mortalité, par professions, pour en faire une générale, on trouve qu'à tous les âges de la vie la mortalité est plus consioérable à Mulhouse qu'elle ne l'est dans le reste de la France, dans la Belgique, l'Allemagne, la Suisse et presque^dans toutes les villes de l'Angleterre. C'est au point qu'à Mulhouse, d'après la manière d'évaluer la vie probable, la moitié des enfants n'accomplit pas l'âge de huit ans, tandis que le même nombre atteint Page de vingt à vingt-cinq ans dans les pays précités. La moyenne, pour le département du Bas-Rhin, est treize ans et demi, c'est-à-dire que la moitié des enfants accomplit ce nombre d'années.
» Les lois, selon M. de Nccker et plusieurs autres grands publicistesi
dustrie un préjudice passager ; mais elle serait pour Tagriculture une prime indirecte qui retiendrait et attirerait dans les communes rurales les familles nombreuses.
La gestion d'une ferme ou d'un domaine, c'est encore de l'administration domestique ; c'est le ménage élargi, car la mère, pour y pourvoir, n'a pas besoin de se séparer de ses , enfants ; elle peut aller de leur berceau à l'étable, et revenir de l'étable à leur berceau ; dès qu'ils grandissent, ils l'aident, sans que ce concours nuise au développement de leurs forces et à la conservation de leur santé. Rarement, dans la famille agricole, un grand nombre d'enfants est une
n'ont consacré jusqu'à ce jour que les droits des propriétaires : il eit temps qu'elles établissent aussi ceux de cette classe si nombreuse et si intéressante qui n'a pour toute ressource que ses bras, et dont rexistencfl repose sur le travail le plus long et le plus dur. Le sort des ilotes de notrt société, si fière de sa civilisation, n'est pas moins digne dMntérêt que celai des nègres des colonies, et il faut espérer qu'ils auront, eux aussi, an jour, leur droit des gens, qui ne permettra plus aux aventuriers de rindustri* de les entraîner dans leurs entreprises hasardées, pour les abandonner en» suite à la misère. Déjà, il faut le dire à notre honte, un pays qae noas appelons barbnre nous a devancés vers ce noble but depuis plusieurs années. Ainsi, depuis 1R35, le gouvernement russe a pris, en faveur dm ouvriers des manufactures, des mesures bienveillantes et qui doivent fairtt rougir les nations civilisées qui vantent la douceur de leurs mœars.
» Les puissances continentales, la France et l'Angleterre à leur tête, se sont entendues pour l'abolition delà traite des noirs, elles n'ont pas reculé devant des sacrifices énormes : entretien de flottes, existence et fortune des colonies compromises, etc., elles ont bravé des snsceptibilitéii nationales qui ont failli amener la guerre; eh bien ! pourquoi ne s'entendraientelles pas pour abolir l'exploitation des enfants dans les fabriques? Leur sort est certes tout aussi digne de pitié et nous touche de bien plus près que celui des nègres. On n'a qu'à lire, pour s*en convaincre, le tabufta douloureux qu'ont tracé de leurs fatigues excessives, de leurs misères, de leurs privations et de leur efl^rayante mortalité tous ceux qui les ont vus de près. £t quels seraient les sacrifices? Une légère élévation du prix des produits qui ne pourrait être que momentanée; car la mécanique, si fertile en inventions, ne tarderait p>ts à remplacer avantageusement le travul des enfants. D'autre part, quels seraient les avantages ? Ils sont faciles à comprendre et ne tarderaient pas à se faire sentir. Une population inteUipente, vigoureuse et rangée, remplacerait la population abrutie, radiitiqnc, dépravée, atrophiée des fabriques ; la pureté des mœurs chasserait devant elle les habitudes honteuses et les vices hideux ^ni se propagent dans les ateliers ; le développement intellectuel favoriserait les reformes et l'introduction des mécanismes nouveaux ; la société, enfin, ne serait plus épouvantée par les soulèvements, aujourd'hui si fréquents, de ces masses de malheureux ouvriers qui demandent du pain et du travail. Ce ne serait pas l'âge d'or, mais l'ère d'un bien-être réel et durable. »
Aj>erçu 8vr la condition des classes ouvrières et critiqué êi
Voucrage de M. Burel^ svr la misère des classts laborkiMÊ,
1844- Par le prince D. S.
charge ; c'est la preuve qu'il est facile de les utiliser de bonne heure, et qu'ils coûtent peu à élever.
Une autre proposition que je considérerais également comme importante à adopter, ce serait celle qui, au lieu de baser le salaire sur la journée de travail, mesure arbitraire, le baserait toujours sur l'heure du travail, mesure absolue.
La journée de travail peut varier, selon les professions et selon les saisons, de 8 à 14 heures; mais, en toutes saisons, et pour toutes les professions, l'heure se compose invariablement de 60 minutes.
Lorsqu'au lieu de prendre l'heure on prend la journée pour unité de travail^ il arrive que, sans s'en rendre compte, on accroît encore les causes de chômage, déjà trop nombreuses par elles-mêmes. Quelques mots suffiront pour faire ressortir l'importance d'un changement qui tend d'ailleurs à s'opérer, de lui-même et à s'universaliser : en hiver, la journée, pour la plupart des états manuels, est de deux heures plus courte qu'en été, ce qui équivaut, à salaire égal, à une augmentation indirecte d'un cinquième sur le prix. Je suppose un charpentier payé à raison de 4 francs par jour, travaillant 10 heures en été et 8 heures seulement en hiver : 4 francs à raison de 10 heures, c'est 40 centimes l'heure ; 4 francs à raison de 8 heures, c'est 50 centimes l'heure ; aussi qu'arrive-t-il ? — Il arrive que les travaux qu'on pourrait très bien exécuter à couvert à la fin de l'automne et pendant l'hiver, sont souvent ajournés au retour du printemps et de l'été, ce qui n'arriverait pas ou ce qui arriverait plus rarement si ces travaux étaient payés à l'heure. Ne vaudrait-il pas mieux, je le demande, que l'ojuvrier travaillât à raison de 40 centimes l'heure, en hiver, ne fût-ce que six heures, plutôt que de ne pas travailler du tout, par suite de cette différence d'un cinquième dans le prix que je viens de signaler? Ce ne serait pas le seul avantage qu'offrirait Vheure au lieu de la journée^ admise universellement pour umté. L'heure-unité de travail se prête à toutes les combinaisons de l'industrie, à toutes les exigences de la nécessité, à tous les ménagements de la H-
berté (1) ; de plus, elle se lie parfaitement à Vidée de la Caisse de retraites, fondée moyennant la retenue d'uN centime pae
HEURE DE TRATAIL (2).
Je proposerais donc de rédiger ainsi cette seconde et simple mesure :
§ II. — Vheure-unité de travail.
(( Dans tous les cas où le prix du travail est fixé à la jour- » née , il sera fixé à Pheure. »
Après cette disposition pourrait venir celle qui instituerait en ces termes sommaires la Caisse générale de retraites:
§ III. — Caisse générale de retraites.
« Il est créé, avec la garantie et sous la direction de l'État, » une caisse générale de retraites ou rentes viagères pour la » vieillesse.
» Le capital de ces rentes viagères sera formé par les verse- » ments successifs des déposants.
» Ces versements successifs étant calculés à raison de 1 » centime par heure de travail, de 10 heures par jour et de » 25 jours par mois, pourront avoir lieu par simples multiples » de 21 francs 50 centimes.
» Sauf les cas prévus dHnfirmités et dHhcapadtés de tror » vail contractées dans V exercice de la fonction^ le droit à là » pension de retraite ne s'ouvrira qu'après le versement inté- » gral de la somme de 900 francs, représentant 90,000 heures; » ou trente années de travail.
^ Le versement intégral pourra être anticipé au gré desdé- » posants, et même, s'ils le veulent, opéré en une seule fois; » mais il n'aura pas pour effet d'avancer l'entrée en jouissance
» de la pension de retraite, fixée à cinquante, cinquante-cinq » et soixante ans, au choix des déposants. » Les déposants que l'interruption de travail ou toute autre
(1) Voir dans ce volume le Droit au travail, page 63.
[2) Voir d»ps ce volume le Droit du travail^ page 251.
D cause aurait empêchés d'effectuer leur versement, soit pen- » dant un mois, soit pendant une année entière, pourront, le » mois suivant ou l'année suivante, opérer les versements en » retard, sauf à tenir compte de l'intérêt dû à la Caisse de re- » traites, comme si ces versements avaient eu régulièrement » lieu.
» La somme de 900 francs est considérée comme l'unité de » capital de chaque rente viagère; toutefois, les déposants » qui voudraient s'assurer pour leur vieillesse une plus forte » pension de retraite, pourront cumuler sur leurs têtes, pour » en jouir aux époques ci-dessus fixées de cinquante, cin- » quante-cinq ou soixante an§, autant d'inscriptions de rentes » viagères qu'ils auront versé de fois la somme de 900 francs.
» En conséquence de la disposition qui précède, et afin que » désormais il n'y ait plus qu'une seule Caisse générale de re- » traites, la même pour tous, sans différence aucune entre les » salariés de l'État et les salariés de l'industrie, toutes les » caisses de retraites actuellement existantes à l'effet d'assu- » rer des pensions aux fonctionnaires publics opéreront leur » liquidation, mais eu tenant compte des droits acquis sous » l'empire des lois et conventions antérieures à ce jour.
» La Caisse générale de retraites sera également chargée y> du service des pensions militaires.
» Tout soldat qui justifiera de 90,000 heures de service sous » les drapeaux, et de cinquante ans d'âge, aura droit à la y> même pension de retraite que s'il avait successivement » opéré le versement intégral de la somme-unité fixée à » 900 francs.
» Au décès du déposant, avant ou après l'ouverture de la » pension, le capital sera remboursé à ses héritiers sans inté- » rets y). Si l'Etat succède, le capital fait retour à la Caisse y> générale de retraites.
» Les rentes sont incessibles et insaissisables.
(1) « L'obligation de rendre le capital successivement déposé ne change pas d'une manière bien notable le montant de la pension. Elle équivaut k peu près à 1 0/0 de différence dans l'intérêt. »
BENOI8T d'aZT.
Bapport sur la création dL^vne Çaiste génétaU de retraites.
y> Le versement fait antérieurement au mariage reste pro- » pre à celui qui l'a fait.
)) Le versement fait pendant le mariage par l'un des deux » conjoints profite séparément à chacun d'eux par moitié. Co- » pendant, en cas de séparation de biens ou de séparation de » corps, le versement postérieur profite séparément à celui » des deux époux qui l'a fait.
» Il sera remis à chaque déposant un livret sur lequel se- » ront inscrits les versements par lui effectués, et les rentes » viagères correspondantes. »
Etc., etc.
Je ne rédige point ici des statuts; je pose seulement des bases afin de rendre ma pensée plus précise et plus claire. Vous remarquerez qu'en tout et toujours je i^i'applique à chercher l'unité et à trouver une loi générale, universelle, absolue, qui s'accomplisse dans l'ordre de la société comnui s'accomplit toute loi dans l'ordre de la nature.
C'est le seul moyen de tout simplifier.
L'unité est le but vers lequel sciences et arts mènent individus et nations. Qui s'en éloigne marche au rebours de son temps et du progrès.
Dans ma pensée, tout s'enchaîne :
Par l'interdiction d'employer les femmes et les enfants dans les ateliers, usines, fabriques et manufactures, en même temps que je favorise l'agriculture, je rends aux populations que la guerre et la misère ont abâtardies la possibilité de se régénérer.
Par l'interdiction d'admettre les enfants au-dessous de seize ans dans les ateliers, usines, fabriques et manufactures, je crée la certitude qu'ils auront tous le temps d'acquérir par l'instruction le moyen de s'élever à la condition d'hommes vraiment libres, c'est-à-dire justes et éclairés.
Par cette double interdiction, j'arrête l'abaissement indéfini des salaires, et je donne à la consommation une impulsion que nulle part elle n'aura jamais eue.
Par le perfectionnement universel de toutes les voies de communication et de transport, arriyera naturellement Vvr
L'ABOLlTIOfJ DE LA MISÈRE. 349
nîté d'impôt; à son tour, l'unité d'impôt conduira, sans effort, à l'unité de salaire.
Unité de salaire et égalité de salaire, je le répète, soni deux termes qui n'ont rien de commun.
L'égalité de salaire implique entre travailleurs l'inégalité de force ou d'aptitude ; l'unité de salaire suppose, au contraire, entre eux l'égalité absolue de conditions.
Par l'égalité de salaire, on entend que deux ouvriers d'une • même fabrique ou d'une même ville, quoique d'habileté inégale, toucheront par jour ou par heure la même paye; par l'unité de salaire, j'entends seulement que deux ouvriers d'habileté moyenne toucheront la même paye, par jour ou par heure, quoique l'un exerce sa profession à Paris, et l'autre à Limoges ou à Londres.
En effet, si les prix des objets de consommation tendent partout à se niveler, s'il n'y a plus de raison pour que le pain soit plus cher à Londres qu'à Paris, la viande plus chère à Paris qu'à Limoges, le vin plus cher à Limoges qu'aux environs d'Orléans, pourquoi, à force et à aptitudes égales, les salaires seraient-ils inégaux?
Si les octrois étaient abolis à l'entrée de Paris, si l'unité d'impôt était établie en France, quel motif y aurait-il de payer le maçon, le charpentier, le menuisier, le serrurier, etc., plus cher à Paris que dans la plus petite ville de France ?— Absolument aucun. Même le logement, je m'en suis rendu compte, ne coûterait pas plus cher.
Ne vous risquez donc pas à dire que l'unité de salaire est une idée fausse, une utopie, car naturellement, et par la seule force des choses, l'unité de salaire tend à s'établir d'elle-même.
Ce sera par l'unité de salaire et l'unité d'impôt que s'accomplira entre tous les peuples la réciprocité des échanges, vers lesquels tout vous pousse ; et par la liberté du commerce, cette abolition, ou tout au moins celte transformation de la guerre, la réduction des budgets et le bien-être universel.
Dans la première moitié de ce siècle, combien ai-je déjà
vu résoudre de problèmes qui avaient été réputés insolubles I Avant que la seconde moitié de ce siècle tire à sa fin, je ne désespère point de voir le bien-être universel se traduire successivement, dans toute l'Europe, par les chiffires suivants, successivement et généralement adoptés :
20 centimes, taux minimum de l'heure du travail, et, transitoi7^ement^ taux légal du salaire ;
Dix heures de travail par jour;
Trois cents jours de travail par an ;
Premier prélèvement journalier de 5 centimes, à litre de secours mutuels contre les risques de chômage et de maladie ;
Deuxième prélèvement d'un centime par heure de travail, soit un décime par jour (1), soit 2 francs 50 centimes par mois, soit 30 francs par an, composant le versement successif du capital de 900 francs, nécessaire à la formation, sans aliénation des fonds déposés, d'une pension viagère constituant le droit au repos, justement acquis après quatre-vingtdix mille heures de travail effectif.
(1) « La loi qui crée, sous la garantie do TKtat, une caisse de retraitet ou rentes viagères pour la vieillesse, a été promulguée le 18 juin 1850. Cependant, dans la majeure partîe ^es ateliers, il semblerait que cette institution n'existe pas.
» Un moyen qui provoque et encourage les dépôts m*a paru tellement indispensable, que, croyant n'encourir de blâme fondé do la part de qui que ce soit, j'ose prendre l'initiative de ce moyen et en solliciter Tadoption auprès de tous les patrons.
» Bien que persuadé qu'en fondant Tinstitution de l& Caiise des retraiUt' telle qu'elle est, le législateur a fait ce qu'il devait et pouvait faire, je ne puis néanmoins me défendre de quelques doutes sur l'efficacité de cetta institution, si la société ne la seconde par sa participation.
» J'ai lieu de craindre qu'une portion considérable d'ouvriers ne dépose pas spontanément.
» Convaincu de l'impossibilité dans laquelle doit se trouver le plu
grand nombre, de l'inaptitude de quelques-uns, et profondément pénétré e l'absolue nécessité, pour la classe ouvrière en général, d'avoir la perspective d'une vieillesse à l'abri de la misère, j'ai proposé à mes oavrien, et ils ont accepté avec empressement, de leur retenir cinq centuoes par jour de travail, à la condition que je doublerai cette somme et que j'en ferai moi-même le dépôt pour leur compte. La participation de f ouvrier à Vavmir du patron exige la réciprocité. L'homme qui, par son travail, a contribné à la fortune de son semblable, ne doit pas être rejeté comme un instmment hors de service quand la vieillesse l'atteint et les forces l'abandon^ nent.
» Depuis l'établissement du décime par jour que j'ai adopté, je m*
Aussitôt le droit au repos ainsi constitué de la manière la plus juste et la plus simple : par une pension de retraite acquise à tous les travailleurs, au moyen du versement successif ou de la retenue journalière du décime d'assurance, on verrait les asiles réservés à la vieillesse se multiplier sous toutes les formes, dans les villes et dans les campagnes, et offrir à l'envi toutes les économies et tous les avantages que l'existence en commun pourra réaliser. Ce ne seraient pas des établissements publics, ce seraient des établissements privés, conséquemment variés à l'infini et constamment stimulés par l'aiguillon de la concurrence et l'esprit de progrès.
Je vous le demande en terminant :
Quoi de plus simple, quoi de plus juste que ce que je propose !
C'est le travailleur qui assure sa vieillesse contre la misère, comme l'armateur assure son navire contre le naufrage.
marque eur le visage de mes ouvriers une satisfaction d^esprit et de cœur que je ne leur avais vue que bien rarement. Je n'exagère pas en disant qne, sans plus d'eiforts, ils fout 5 0/0 de plus de besogne... pour cinq centimes de plus!...
• Ia nécessité de conserver leur santé dans le but de prolonger LEUR existence agit déjà sur eux ; ils ne veulent pas être dupes en déposant pour les survivants.
• Bien que leurs rapports avec moi aient toujours été convenabIeS| je les trouve meilleurs encore de forme et de langage.
» Grâce à cet agent puissant de moralisation, à cette participation réciproque de l'ouvrier a la fortune du patron et du patron au bien-être de l'ouvrier, toutes les réformes auxquelles la France aspire s'accompliraient sans secousite, sans révolutions, sans effusion de sang, par la toutepuissance du calme. Le vide se ferait autour des agitateurs.
» Pour peu que cette idée fût propagée par la publicité, dans moins d*un an les ouvriers feraient de son adoption une condition aux patrons avant d'entrer en atelier.
» Le patron, employant de 100 à 1,000 ouvriers, ne peut pas arffuer de l'augmentation de ses frais généraux. Le nombre d'ouvriers justifie la quantité d'affaires. 5 centimes employés ainsi en rapportent plus de 10. L'ouvrier peut faire gi-ëve de 25 centimes, et conserver, en les obtenant, une implacable rancnne. Aveugle :f:erait le patron qui, ayant 100 ouvriers,
r référera courir la chance de ne rien faire plutôt que de ne gagner que H, 000 francs au lieu de 20,000 francs.
» H. RINGAUT aîné, fabricant de couleurs,
» Paris, rue Grango-aux-Belles, 55. »
l'HL-..
C'est l'épargne collective élevée à la hauteur d'une science exacte.
C'est la prévoyance individuelle reléguant parmi les erreurs du passé l'assistance publique, de même que la liberlé y a relégué l'esclavage, sans lequel cependant les plus grands esprits de l'antiquité (1) ne croyaient pas que le monde pût durer et marcher.
C'est le travailleur ne demandant rien qu'à lui-même et qu'à lui seul ; car celui qui travaille, sachez-le bien, ne coûte aux autres rien à nourrir.
Ce n'est plus la société qui dégrève et affranchit le travailleur ; non, c'est le travailleur qui affranchit et dégrève la société.
Il ne lui demande rien et lui donne tout.
Lui donnant tout et ne lui demandant rien, est-il juste que ce soit lui, le véritable souverain, de droit et de fait, exerçant une puissance multipliée, en France, par vingt millions de bras, qui paye l'impôt ?
Non.
Donc, l'impôt ne doit plus être qu'une assurance générale proportionnelle à la valeur et spéciale proportionnelle au risque des objets déclarés.
Assurance I — Toute la question de l'abolition de la misère par l'élévation du salaire se résume dans ce mot.
En effet, qui dit :