BLANQUI
A M. BLANQUI
Sur le point de clore le débat qui s'est élevé entre nous, je ne crois pas inutile de rappeler comment il s'est ouvert.
J'avais reçu une lettre de vous dans laquelle vous me disiez : « Comment la Presse^ qui se montre si éclairée a l'é-
» gard des réfomies entreprises par sir Robert Peel, s'obs- » tine-t-elle à prêter son appui au vieux système de pro- » tection dont la France sera débarrassée avant dix ans ; » comment la Presse est-elle encore si arriérée sur ce point, » elle si avancée sur tout le reste ? »
Au lieu de vous répondre par la poste Je vous ai répondu par la Presse^ ou plutôt j'ai voulu que la Presse vous répondit elle-même, qu'elle fît publiquement son examen de conscience, afin que ses lecteurs fussent juges de ce qu'il pouvait y avoir de fondé dans votre blâme, afin surtout que les lumières de la discussion l'aidassent à sortir de l'erreur, s'il était vrai qu'elle fît fausse voie, s'il était vrai qu'elle eût le tort et le malheur d'être arriérée sur une question où tous les intérêts de la France sont en jeu, où toutes ses forces sont en mouvement.
Le public sait maintenant à quoi s'en tenir sur le degré d'importance du dissentii^ent qui subsiste entre nous. Votre drapeau est celui de la liberté absolue^ le mien est celui de la liberté progressive ; mais, ce que vous ne craignez pas de demander, vous n'osez pas le vouloir! Qu'êtes-vous donc en réalité, sinon un partisan déguisé de la liberté progressive, qui se cache sous les dehors d'un partisan déclaré de la liberté absolue ? Quant à moi, j'aime mieux porter bravement un^ drapeau vieux, aux couleurs ternies, que timidement un drapeau, neuf aux tranchantes couleurs.
Nier est facile, plus facile que de discuter et de prouver.
« Non, dites- vous, les blés de la mer Noire ne viendront » pas ruiner ceux de la Beauce, car les blés sont très en- » combrants, et les frais de transport ne permettraient pas » plus d'en faire venir d'Odessa à Chartres, qu'ils ne per- » mettent aux Beaucerons d'en envoyer à Marseille. »
Répondre ainsi, permettez-moi de vous le dire, ce n'est pas répondre sérieusement ; c'est échapper à l'étreinte de l'argument par la subtilité du trait.
Est-ce que la Beauce a le privilège exclusif de fournir de blé toute la France? Est-ce que les départements du Midi,
que Marseille pourrait facilement approvisionner, ne produisent pas (le céréales ? Parce que la houille de Newcastle rendue à Chartres y serait trop chère, s'ensuivrait-îl implicitement qu'il en fût de même pour Rouen, Nantes, Rochefort, Bordeaux, etc. ; s'ensuivrait-il que la suppression que vous demandez du droit dont les houilles anglaises sont frappées ne portât aucun préjudice à un grand nombre de nos exploitations Jiouillères? Vous dites que a les blessant » très encombrants, » est-ce que les houilles, qui, à volume ou à poids égal, représentent une valeur moindre que les blés, sont plus faciles à transporter ? Il faudrait cependant être conséquent. De deux choses Tune : ou votre objection contre l'importation des blés de la mer Noire et de la Méditarranée est fondée, ou elle ne l'est pas. Si elle n'est pas fondée, mon argument subsiste ; si elle est fondée, elle l'est surtout pour les houilles anglaises et belges, auxquelles, d'après vous, il suffirait d'ouvrir l'accès de nos frontières pour que nos manufactures, affranchies de l'énorme tribut que prélève sur elle la houille française sous le nom de droit protecteur, voient aussitôt s'inaugurer une ère toute * nouvelle de prospérité.
Je passe rapidement et ne fais qu'effleurer ici les points sur lesquels vous avez insisté de nouveau, car je ne veux pas abuser de l'attention que ce débat a été assez heureux, grâce à vous, pour attirer sur moi.
« Non, ajoutez-vous, les laines étrangères n'envahiront » pas notre marché, parce que nos populations rurales ne » suffisent pas aux besoins de nos manufactures. » La question n'est pas si simple qu'il vous plaît de la faire, car la question d'insuffisance se complique d'une question de prix. Ouvrez nos marchés aux laines de l'Allemagne, de l'Espagne et de la Russie, évidemment ce seront elles qui régleront le cours ; donc il faudra, ou qu'à qualité égale nous donnions les nôtres à l'acheteur au même prix, ou bien que nous renoncions à celle branche importante et productive de commerce, à moins qu'en abaissant le droit d'entrée sur les laines, le gouvernement ne fixe une quantité maximum que
l'importation ne pourrait excéder, ainsi que cela s'est pratiqué pour les fils belges, qui ne jouissent du droit exceptionnel de 12 0/0 que jusqu'à concurrence de 2 millions de kilogrammes.
Non-seulement je persiste à prétendre que la France peut produire toutes les laines nécessaires à sa consommation et au développement de ses manufactures et de son commerce, mais j'ajoute qu'elle le doit et qu'il le faut, à moins qu'elle ne veuille renoncer à l'espérance de voir faire à son agriculture des progrès qui ne soient pas seulement de rares exceptions.
« Non, dites-vous encore, les usines métallurgiques » étrangères ne ruineraient pas les nôtres, car la demande » de leurs produits s'accroît tous les jours, avec la prospé- » rite générale. » Est-ce donc là une raison pour se hâter d'empêcher que cette prospérité générale n'accroisse encore le nombre et l'importance de nos usines ? Pourquoi ne pas laisser à la concurrence intérieure le temps d'achever son œuvre? C'est à elle qu'il appartient de nous mettre en état de lutter contre la concurrence extérieure. L'une est à l'autre une initiation nécessaire qu'il ne faut ni retarder ni brusquer. Direz-vous que la concurrence que nous nous faisons tous à nous-mêmes les uns aux autres, en toutes choses n'est pas assez active, et qu'elle a besoin d'être stimulée? Mais, en vérité, si une plainte était fondée, ne serait-ce pas plutôt celle qui s'élève de toutes parts contre les excès de la concurrence, excès dans lesquels un grand nombre de publicistes s'accordent à voir un mal dont il leur paraît urgent de chercher le remède? Or, il ne faut pas donner aux mots un autre sens que celui qu'ils ont en réalité. Qu'est-ce, après tout, que la liberté du commerce, que la liberté absolue des échanges ? C'est la concurrence illimitée, c'est la concurrence élevée à sa plus haute puissance, dans un temps où déjà l'on trou ve que la concurrence limitée, que la concurrence resserrée dans le cercle de nos frontières est excessive, et livre impitoyablement les classes ouvrières à toutes les rigueurs de l'aveugle et sourd despo-
496 tsâe.
lisme de cet inexorable lyi'an qui s'appelJe le Bon Marché.
Je reconnais avec vous que les barrières de la douane, à demi renversées déjà par la contrebande, cette héroïne dont vous aimez à chanter les hauts faits, finiront par ne plus opposer qu'une digue impuissante à c^ flot des peuples que feront déborder les uns chez les autres et les perfectionnements de la navigation à vapeur et l'universalité des chemins de fer se reliant tous entre eux ; mais n'est-ce pas une raison de plus pour attendre patiemment ce jour immanquable et ne pas précipiter le cours des choses quand il est déjà si rapide ? Alors que nous nous hâterions d'échanger des tapis ras d'Aubusson contre ces tapis veloutés de Smyrne, que vous avez contemplés en Orient avec des yeux d'envie, où serait le progrès signalé que nous aurions fait, l'important problème que nous aurions résolu?
11 ne faut pas s'abuser, ce n'est pas la liberté plus ou moins absolue des échanges, ce n'est pas la liberté du commerce qui est la grande question de l'avenir : c'est la difficulté de faire vivre pacifiquemeni, sous le régime de la concurrence, la classe ouvrière, de jour en jour plus éclairée, plus compacte, plus profondément pénétrée du sentiment de ses droits et de la conviction de sa force numérique ; c'est la difficulté d'associer l'intelligence, le tra-
vail et le capital, de toile sorte que le bon accord règne entre eux ! Si louables qu'elles soient en elles-mêmes, c'est à peine si les réformes de sir Robert Peel auront la puissance de retarder do quelques mois les rapides et efirayants progrès du paupérisme en Angleterre. Cependant, c'est vous qui le constatez, les couteaux n'y sont pas chers et les chemises y sont à bon marché. Le bon marché n'est donc pas tout ?
Mais en voilà assez sur la question de la liberté du commerce et sur les prohibitions, transition dont vous vous servez dans votre lettre pour déclarer que vous ne partagez pas toutes mes opinions en matière d'impôts ; transition dont je m'empare à mon tour pour aborder ce sujet, que je ne ferai qu'effleuror rapidement.
1)K LA LIBKKTE DU COMMKRCK. 497
Vous (liles :
(c L'impôt (\s( une bonne chose quand on en fait un usage » utile. »
Nul dissentiment entre nous sur ce point; car il y a longtemps que j'ai imprimé que Pimpôt c'est l'association sous sa forme la plus simple et la plus puissante.
Vous ajoutez en vous adressant h moi :
« Vous voulez réduire les impôts qu'on paye à l'État ; » moi je voudrais supprimer ceux qu'on paye à certains » particuliers ; je ne trouve jamais l'État trop riche, je » trouve les monopoleurs toujours trop payés, surtout » quand c'est nous qui les payons. »
Encore une fois, je ne saurais accepter cette distinction. Comment un esprit aussi éclairé que le vôtre peut-il donc persister dans une erreur aussi manifeste que celle dont je croyais avoir fait pleinement justice, et qui consiste à prétendre que les prohibitions de la douane, que les droits qu'elle prélève sont des impôts payés par le consommateur à des particuliers, à des monopoleurs "? Cela serait vrai s'il s'agissait d'un pays où la concurrence intérieure ne s'exerr çAt pas dans toute sa liberté ; mais cela est évidemment faux quand cela s'applique au régime du rabais sous lequel vivent notre industrie et notre commerce. Pour rendre cette rectification plus facile à comprendre, je m'empare au hasard d'un des exemples cités par vous, et je pose à tous les gens de bonne foi cette question : En quoi la prohibition maintenue sur la coutellerie profite-t-elle aux couteliers et leur assure-t-elle un monopole ? Est-ce que parmi eux ce n'est pas h qui fabriquera au prix de revient le moins élevé, et se contentera du bénéfice le plus faible? Est-ce que ce n'est pas le plus habile qui fait la loi è ses rivaux, et règle le cours aussi bien quand il s'agit de couteaux que lorsqu'il s'agit de soieries ou de toute autre industrie s'exerçant h l'écart de toute immixtion de notre tarif de douanes? Je ne dis pas que toutes les prohibitions soient nécessaires, je ne dis pas qu'il n'y ait pas de droits protecteurs qui m. n
soient exagérés ou mal assis ; mais je dis et je démontre qu'exagérés ou non, le fabricant n'y gagne ni plus ni moins, car ce qui règle le taux de ses bénéfices, ce n'est pas la douane, c'est la concurrence. Même à l'abri de la prohibition, qui ne le protège que contre la concurrence extérieure, il n'en est pas moins tenu de se contenter du bénéfice le plus réduit.
Vous confondez deux choses qui sont distinctes : vous croyez que proléger par la prohibition et par l'élévation des droits une industrie qu'un pays veut s'approprier, naturaliser, nationaliser, c'est protéger implicitement ceux qui l'exercent ; vous vous trompez, et, ce qui le prouve, c'est qu'il est infiniment rare que les premiers qui s'y adonnent n'achètent pas leur expérience au prix de leur ruine. Ce qu'il vous plaît d'appeler si improprement le Monopole n'a pas fait moins de victimes que la Concurrence. Que d'immenses capitaux, vous ne le pouvez nier , les premières filatures, les premières sucreries de betteraves, les premières exploitations houillères, les premiers établissements métallurgiques d'une grande importance, etc., ont commencé par engloutir! Serait-il vrai que maintenant ces établissements fissent des bénéfices trop considérables, qu'ils levassent, comme vous le dites, un impôt sur le consommateur, j'en doute ; mais cela fût-il, que je n'en concevrais encore aucune crainte sérieuse, attendu que tout bénéfice exagéré a pour effet d'appeler la concurrence, comme les cimes élevées ont la vertu d'attirer la foudre.
Je ne saurais donc admettre qu'il y ait en France des (( impôts payés à des particulie7^s ; » ces prétendus impôts n'existent que dans votre imagination ; je ne connais d'autres impôts que ceux qu'encaisse le trésor public. « VÉtal « n'est jamais trop riche^ » dites-vous ; je suis de votre avis, mais cela ne m'empêche pas de penser que, sans percevoir moins, il pourrait dépenser mieux, et qu'il est plus d'un impôt dont il n'y aurait qu'à améliorer l'assiette et qu'à alléger le poids pour en augmenter le produit.
En fait d'impôts les moins lourds sont les meilleurs, au
double point de vue du Trésor et du contribuable; c'est ma conviction profonde, et c'est avec empressement que je saisis toutes les occasions d'essayer de la faire passer dans l'esprit de ceux qui nous gouvernent.
La France peut-elle suffire largement, honorablement à toutes ses dépenses nécessaires, utiles, s'élevassent-elles annuellement à deux milliards, sans exiger de l'impôt plus qu'il ne doit donner, sans porter atteinte à son caractère, tel que Sully l'a défini en ces tenues : L'impôt ne devrait être « que la mise apportée par chaque individu dans la vie » civile pour avoir part h ses bienfaits; elle devrait être » proportionnée aux avantages qu'en retire le contribuable » et prélevée sur ses bénéfices ; elle ne doit, en aucun cas, » entraver la liberté nécessaire au succès de son in- » dustrie? »
Je le crois fermement. L'impôt est-il ce qu'il doit être ? Je ne le crois pas.
Un jour, l'impôt brisera la coque étroite dans laquelle la fiscalité le tient captif; un jour, l'impôt s'élèvera au rang qu'il doit occuper parmi les cultures les plus fécondes, parmi les sciences les moins douteuses. Ce jour-là, l'impôt, base presque unique sur laquelle repose notre société, aura changé les rapports politiques de peuple à gouvernement ; bien des frottements, bien des résistances, qui ont lieu aujourd'hui, auront alors disparu. De l'impôt tel qu'il se perçoit à l'impôt tel que je le pressens, il y a toute la distance qui existait entre l'eau bouillante avant que l'idée d'en utiliser la force ne vînt à l'esprit de l'homme, et la vapeur qui, depuis que ses lois ont été découvertes par les Papin^ les Savary, les Newcomen, les Watt et les Fulton, transporte sur un chemin de fer des milliers de voyageurs et des fardeaux fabuleux avec une vitesse de quarante à cent vingt kilomètres à l'heure, ou fait mouvoii* un steamer avec une force telle, que cette force défie tous les vents contraires, et qu'on va maintenant du Havre à New-York en moins de quinze jours I On cherche bien loin et bien haut les réformes sociales et politiques; les plus importantes sont
toutes contenues dans Fimpôt. Qu'on les y cherche, on les y trouvera. Telle est ma foi dans les perfectionnements dont l'impôt me paraît susceptible, que je le crois appelé dans l'avenir à revêtir une forme nouvelle, analogue à celle des primes d'assurance contre les risques d'incendie, de grêle, de naufrage, les cas de mort ou de survie, dont le payement a lieu volontairement. Que faudrait-il pour qu'il en fût ainsi de l'impôt? Il faudrait, purement et simplement, qu'il fût toujours l'exacte représentation, la juste rémunération d'un service rendu ou d'une garantie donnée. Eh bien, estil donc impossible et chimérique de concevoir un système d'impôts assis de telle sorte que le contribuable, quand il délie sa bourse, ne le fasse jamais qu'avec la satisfaction d'avoir reçu un avantage équivalant au moins à l'argent qu'il vient de débourser? Quand vous le voudrez, je vous montrerai un projet de police dHmpôt que j'ai rédigé, qui met le budget à la portée de tous les contribuables, en fait autant de contrôleurs des recettes et des dépenses de l'État : ce projet vous fera comprendre d'un seul coup d'œil toute ma pensée. Il serait trop long d'entreprendre de l'expliquer ici, môme sommairement ; mais vous me trouverez toujours prêt à débattre avec vous toutes les questions qui se rattachent au principe et à l'assiette de l'impôt.
J'aurais encore beaucoup de choses à dire sur plusieurs parties de votre réponse ; je suis obligé de les laisser sans réfutation, car le temps me presse et l'espace me manque. Un dernier mot seulement avant de finir, sur le vœu par lequel se termine votre lettre, vœu auquel je m'associe étroitement. Oui, certes! le monarque qui, après la révolution de 1830, n'a pas désespéré de la paix du monde, a eu là une grande pensée, une noble confiance en lui-même, dont il a déjà mérité de recueillir la récompense. Cette pensée honorera son règne ; mais de quelle gloire ne l'eût-elle pas couvert, si elle avait été aussi habilement traduite que sagement conçue ; si le roi qui nous gouverne avait été assez heureux pour rencontrer dans son conseil , comme Louis XIV, un Colbert qui la comprît et la fécondât! La
paix partout et toujours ! voilà la pensée ; voilà le système I la paix à tout prix ! voilà la traduction, traduction infidèle et triviale d'une haute et noble pensée ; voilà Pexpédient ! Aussi est-il à craindre qu'au lieu d'être l'inauguration d'un système, la paix dont l'Europe continue à jouir ne soit que la prolongation d'une trêve.
L'économiste peut très bien ne pas faire entrer cette prévision dans ses calculs, mais le publiciste ne saurait, sans manquer de prudence, se dispenser d'en lenir compte. Peut-être même ne faut-il attribuer qu'à cette diversité des points de vue où nos méditations nous ont placés l'un et l'autre les dissentiments plus apparents que réels de cette discussion, qui, si elle a jeté quelque éclat, le doit tout entier à la vivacité de votre esprit et à l'autorité de votre nom.
Le Courrier du Bas-HInn publie une lettre de M. ^bermann, le célèbre imprimeur-typographe, qui lui écrit :
« Londres, 32 juin 1851 .
tt Les étoffes, si variées et si riches de nos grandes roai- » sons du Haut-Rhin, rivalisent avantageusement avec ce « que TAngleterre et rAlleniagnc ont produit de mieux )> dans ce genre. La supériorité des dessins, du bon goût, » qui règne dans ces articles est incontestable, et les tissus )» ne sont inférieurs n aucune autre fabrication de laine et » de coton. J'en dirai autant de nos draps de Bischwiller et )> de la Robertsau, dont la qualité surpasse tout ce que » l'Angleterre sait faire ; sous le rapportées machines même,' ^» nous iVacons rien à lui envier dans cette partie.
» Mais il faut dire que les Anglais produisent proportionn nellement à bien meilleur marché que nous, et cela pro- -» vient surtout de Pinteiligentc protection du gouvernement » britannique, qui, bien pénétré de cette grande idée que » Pindustrie forme la richesse principale d'un pays avec » l'agriculture, à aboli tout impôt sur les matièibs pu- » MiÈREs. II n'exige pas comme chez nous que l'industrid » paye jusqu'à 20 0/0 de droits d'entrée sur les matières pr»* » mières indispensables à toute manufacture qui emplde » la laine, et 15 0/0 sur les cotons que nous ne produiso&s
» pas. En Angleterre, la fiscalité n^entrave, ne tue pas IHn- » dustiie, La répartition des impôts y est mieux comprise, » mieux appliquée qu'en France. Les grandes fortunes sup^ » portent les plus lourdes charges ; Vindustrie ne paye que » très peu, et le pauvre rien du tout,
» Ajoutez àceJa que le fer et la houille, ces deux puissants » leviers de l'industrie, sont en Angleterre à des prix exces- » sivement bas. J'ignore la différence du prix du fer (1); » mais on m'a assuré dans le Lancashire, où se trouvent les )) grandes fabriques anglaises, que la houille, qui coûte » chez nous de 1 fr. 50 c. à 2 fr. les 100 kilogr., n'y coûte » que 35 à 40 c. C'est que là le sol est tout imprégné de » houille et on n'a pour ainsi dire qu'à se baisser pour en » recueillir. Ce sont là certes des avantages que nous n'au- » rons jamais. Mais lorsqu'on le voudra sérieusement, on » pourra néanmoins beaucoup faire pour alléger ce fardeau » qui pèse sur notre industrie, en facihtant tous les moyens » de communication avec les pays les plus voisins qui pro- » duisent la houille, en abaissant les tarifs de la navigation » et des chemins de fer.
» Eh bien I malgré ces avantages matériels dont jouit )) l'Angleterre, fat l'intime conviction que nous pourrions » parvenir à lutter avantageusement sur les marchés étran^ » gers, si Von accordait à notre industrie Ventrée libre sur » h territoire français des matières premières. La différence
(1) a II est facile de se rendre compte approximativement de la somme que Vcnsemble de nos ateliers des champs et des villes a payée depuis la paix, par suite do la protection extrême qui a maintenu dans la fabrication du fer des modes surannées ou des conditions impossibles. De 1814 à 1818, les relevés officiels portent à environ 6 millions de tonnes de 1,000 kilogr. la production totale du fer en France. Le droit sur le gros fer a été, de 1814 à 1822, de 165 fr. par tonne, de beaucoup plus sur la tôle et les fers de petit calibre. C'était énorme; on trouva que ce n'était pas assez. De 1822 à 1836, le droit a été pour les fers au charbon de terre, les seuls dont la concurrence pût être efficace, de 275 fr.; de 1836 jusqu'à ce jour, il est resté à 200 fr.; pour la tôle et les petits calibres, il e.-.t plus que doublé. On est au-dessous de la vérité en estimant que, par l'efiTet du tarif, le fer s'est vendu chez nous en moyenne, de 1814 à 1848, 200 fr. par tonne de plus que sur le marché général. Un enchérisscment de 200 fr. par tonne, sur 6 millions de tonnes, fait 1,200,000,000 francs. Le système est donc extrêmement onéreux. »
MICHEL CHETILIEB.
» du prix du combustible serait à peu près balancée par le » plus bas prix de notre main-d'œuvre^ et la supériorité » réelle de nos produits industriels les ferait toujours pré- » férer.
» Outre les tissus, nous occupons encore un rang distin- » gué par la fabrication de la grosse quincaillerie, et des » outils en fer et en acier. Les nôtres ne le cèdent en rien » aux meilleurs produits de Birmingham et de Sheffield.
» Il en est de même de l'imprimerie et de la lithographie ; » et, si l'on voit des établissements plus grands, plus impor- » tants qu'a Paris, c'est que le cercle des affaires s'étend là » sur une échelle beaucoup plus vaste qu'en France ; mais » nous pouvons dire hardiment qu'ils ne font pas mieux que )) nous et que dans cette partie nos prix sont beaucoup plus » avantageux pour le consommateur.
» Dans les industries vaiiées, l'Alsace a aussi une série » d'articles dont elle peut être fière à juste titre.
» Le total des exposants du Bas-Rhin est de dix-neuf, et » tout le monde a remarqué la grande diversité de nos pro- » duits, la perfection qui distingue la plupart d'entre eux.
» En résumé, l'exposition de Londres est certes l'œuvre « la plus belle, la plus gigantesque qu'on ait pu concevoir, » et la manière dont elle a réussi doit nous faire d'autant ï) plus vivement regretter que l'idée première, qui en est » due à M. Thouret, ministre du commerce en 1848, sofis le » gouvernement provisoire, n'ait pu être réalisée en France. » C'était une conception toute française, digne du caractère » et de la grandeur de notre nation, et dont nos habiles voi- » sins d'outre mer ont su profiter avec un merveilleux )) bonheur.
» (i. SILBERMANN. »
Otte lettre est une réponse indirecte et non suspecte au discours de M. Thiers, prononcé le 27 juin 1851.
D. Pourquoi les Anglais fabriquent-ils h meilleur marché que les Français?
R. Parce que les Anglais ont aboli tout impôt sur les matières picmières : parce que la fiscalité n'entrave, ne tue
pas iindustrie ; parce que les grandes fortunes supportent les plus lourdes charges; parce que l'industrie ne paye que très peu, et le pauvre lien du tout.
Que cette réponse de M. Silbermannse grave dans la mémoire de tous les travailleurs qui, après le discours de M. Thiers et le silence de M. Léon Faucher, ne sauraient plus hésiter entre la liberté dû commerce et l'arbitraire du pouvoir. Il faut rendre justice h M. Léon Faucher ; jamais il ne servit mieux la cause de la réciprocité des échanges, qu'en gardant le silence après le discours de M. Thiers.
TRA.NSlTIOTf fiCOlfOaiQLB).
• Noa> devons nous rabattre dtftormaia iiir la libra navigation des mers et Ventiért liberté Sun échange unirerselm »•
«AroLÉox, k Sainte Hélëne,13Jiiin 18lf.
u Kmpêcher l'agriculture d'échanger sesigraiiia contre des fers ou des charlwns étrangera, pour qu'une classe de producteurs retire un prix plua élevé de u fi^ bricatiiin, ce n*est pas Ik seulement une queetion tTé' eonomie politique, c'en encore une queêtion de droit ; et la Justice a son rôle k Jouer dans la aituattoa d'nn tel problème. »
EDOUARD LABOCLATX.
Histoire des Légielatione eomj^arée*.
« Que l'égalité dans les condltiona de production, c*Mta dire dans les prix de revient, s'établisse; que noua ne soyons plus enchaînés dans des obstacles inrlnclblea, tels que la difHeulté des transports, la rareté on la fclblefse des capitaux, des contributicnos plus lourdes, et la France se hâtera de rencontrer l'Angleterre anr le ter^ rain qu'elle choisit aujourd'hui.
» L'impi'>t, qui est en France, par habitant, d» 40 francs, est en Hanovre de 9 francs ; l'hectare, qui paje en France 27 francs 50 centimes, paye en EqMigiie • francs 50 centimes ; la viande, qui se vend en mojenne 74 centimes le kilogramme k Munich, se rend 1 flnuM 10 centimes k Strasbourg. »
e DS UMAX&AC.
Assemblée législative. Rapport. Mai IBSi.
Le moyen de résoudre le problème de la douane sans DOUANIERS (1), c'est de réduire Finnombrable nomenclature (ïui porte le litre de Tarif des douanes à ces trois articles :
Tabacs ;
'l) QUESTIONS FlHASiclkRES. T. I. Uê Proils de douane. P. X71.
Sucres ;
Cafés.
Objets qu'on peut appeler, ceux-ci de libre consommation^ par opposition au sel qui est de consommation forcée.
Or, le budget de 1853, évalue ainsi qu'il suit le produit de ces trois articles :
TABACS : Brut, 127,000,000 Ir.; net. . . . 93,320,700 fr.
( Colon, françaises. 24,400,000 ) SUCRES . I Etrangers bruts. . 16,000,000 [ 75,050,000
( Indigène 34,650,000 )