BA8T1AT
bacs, les sucres et Jes cafés, perçu, comme aux Étais-Unis, non sur le poids, mais sur la valeu7\ les salaires d'un grand nombre de travailleurs seraient par le fait positivement augmentés puisqu'ils pourraient se nourrir, se vêtir et se chauffer à meilleur marché. Alors, ils consommeraient en plus grande quantité des objets qu'ils ne consomment qu'en quantités insuffisantes ; alors, ils consommeraient des objets qu'ils ne consomment pas. La douane sans douaniers, ce serait la liberté de consommation^ liberté qui n'existe encore qu'à l'état d'exception et de privilège (1).
La liberté de consommation est garottée par un régime douanier qui a pour objet non de protéger le travail^ mais
(1) « Les deux tiers des tilateurs de Rouen uc gaguent pas assez ponr se procurer le strict nécessaire.
» Daus les vallées de TAlsace, les ouvriers ne mangent de viande et ne boivent de vin que deux ibis par mois, lo jour et le lendemain de la paye. Quand la ré^colte des pommas de terre vient à manquer ou seulement à être mauvaise, si la charité les abandonnait, ils seraient en proie à une horrible famine. »
D' YILLEBMÉ.
« Il y a des femmes, à Lille, qui ne mangent pour toute nourritare que 2 kilog. de pain noir par semaine, et elles sont si maigres, que leur corps est presque diaphane. Il y a des enfants qui naissent seulement pour mourir d'une longue agonie.
)) Il y a en France des villes où, sur 23,000 enfants qui naissent, on iiaix sauve que 300. Leurs parents couchent sur de la cendre, dans des caves, et se nourrissent d'épi uchures ramassées dans la boue des mes. . » L'usage de la viande en France tend à devenir un privilège ; on laisse s'affaiblir la population laborieuse. Qu'on y prenne garde! C'est ainsi que les races humaines s'altèrent et que les nations s'amoindrissent. »
A. BLANQui. Des Closses laborieuses en France.
« Eu France, le salaire est plus que suffisant pour l'ouvrier qni se conduit et travaille bien *, mais il n'en est pas de même pour les femmes, du moins dans les villes ; les travaux pubh'cs ne leur profitent pas, et les machines remplacent plus facilement leur industrie que celle des hommes; enfin, leur travail se transporte aisément dans les prisons, les hôpitaux, les couvents, les boudoirs, et même à l'étranger; ajoutons que les ouvrières ne se coalisent pas. La femme est faible, condamnée aux soins du ménnge, à la gestation, à l'allaitement. Une ouvrière qui vit seule à Paris dépense au moins 420 francs par an. Il faut y joindre au moins 30 francs pour les cas fortuits, et une petite somme POur l'épargne. Un gain annuel de 450 francs suppose un salaire de l franc 50 centimes par diacnn des trois cents jours de travail ; si elle dépensait tout, elle ne conserverait rien, ni pour les cas de chômage, de maladie, ni pour la vieillesse. Au lieu de gagner ce qu'il lui faudrait bien rigoureusement pour vivre, mdmo en n'épargnant rien pour l'avenir, elle n'a pas toujours 75 centimes de salaire quotidien. C'est ce qui explique le nomoré effrayant des unions illicites : un ouvrier n'épouse pas la malheureuse qui gagno au plus U
LA DOUANE SANS DOUANIERS. im
de proléger ia propriété. Est-ce donc que la propriété a plus de droits que le travail à la sollicitude de l'État? Estce donc que la liberté de consommation a moins de droits que la liberté de production ? Est-ce que Tune est inséparable de l'autre ? Est-ce que le travailleur peut consommer sans produire ? Est-ce qu'il peut produire sans consommer ? Est-ce que créer ou maintenir des barrières fiscales qui l'empêchent de consommer ce qui serait nécessaire à la plénitude de sa force et à la conservation de sa santé, ce n'est pas aboutir par une autre voie à l'incapacité de travail que punit Tarlicle 309 du cçde pénal ? Nest-il de coups et de blessures que d'une seule sorte? Les lésions internes, celles qui ne sont pas apparentes, celles qu'on ne voit pas, celles qu'on néglige le plus longtemps ne sont-elles pas plus graves que les lésions externes qu'on voit ? « Demandez à la » plante ce qu'elle consomme, et vous saurez ce qui lui est » nécessaire, » dit M. Boussingault ; je demande si le travailleur a la liberté de consommer ce qu'il serait nécessaire qu'il consommât (I) ?
moitié de sa vie. .. Aussi voit-on à Paris un enfant illégitime sur trois miissances, un enfant abandonné sur vingt naissances, 'et le quart des Parisiens naître a rhôpîtul. »