‹ Questions de mon temps, 1835 à 1856 (volume 3)Chapitre 1 sur 96 · PARIS · texte numérisé non relu

PARIS

SERRIERE, IMPRIMEUR-LIBRAIRE

123, RCB MOSTILàXTBX, 123

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UNI\ riSlTY

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QUESTIONS POLITIQUES

IStKMobt* 1840.

Le rui, pour Ia cioqujèinc his, a miracuIeusumcDl encore aujourd'hui tvha|>|H.- à une imuvt^tlu teulative d'us^assioat. Ce suir â six lioures. au uiooivnt où il trnveisait le quai {Miur se rcndn- ii Saiiil-Cluud. un cmip du feu a été tire sur lui pur un h imnii- Age d'environ (renie ans, ([ui s'était api>ïle nun loin du Cinps-d<'-g;irde (jui est siluè à reilréinili' de la tenasM; du l):iiil de I'imu. preM|u'en face le puni de la Ckimlire des dé pu le s. L'assassin n'avait uiiib doute cliuisi cette |»iMtiiiii que parce «lu'd elail infornx^ que le roi ne passe jamais devaiil un |>i>!>tc sans tnctlrc lu Ifile a la . poTlii-rc de la viiîinre et -sdui-r. Le n>i, qui occupait le devant, s'est enipressi- d'avertir pur un ïi^ne qu'il n'avait pas été atteint. La voilure a continue sa ruute ^ur Sainl-Cloud •ans s'iirriier.

On «j 'uie. mais c'est une versinn dont l'exariitudo ne nms est [las garantie, que l'anne de ce mmvcl Alibaud aurait éclate ilans sa ntaiu et lui aurait empiirie plusieurs doigts. Ce qui est certain. c'<'>t'que la ptucc uù il a Aie arrêt*; était lactiêc du »ang. L'arme d-ot il s'est servi, si l'on en Juge par la baguette, doit ùirc uuc carabine ou uu pistolet d'arçon. Le meurtner a ête arrtte ; il a avutié sou crime.

4 iS4#.

Cet attentat nous désespère et nous humilie sans nous surprendre. Comment n'en serait-il pas ainsi, lorsque le roi est tous les matins désigné à la fureur des partis, nonseulement par les journaux qui se sont donné pour tâche de détruire ce que la Charte de 1830 a fondé, mais encore par les journaux qui appuient le plus vivement le ministère ?

Ce nouveau coup de feu va retentir au loin I Puisse-t-il être un salutaire et dernier avertissement qui fasse réfléchir tout ce qu'il y a, en France, d'esprits honnêtes et faibles qui se précipitent aveuglément au devant de la guerre et de l'anarchie, en croyant n'obéir qu'à des inspirations de nationalité et de liberté ! Malheureusement, nous devons le dire dans notre sincérité, c'est moins une espérance qu'un vœu que nous exprimons, car précipitée dans une voie funeste par les journaux radicaux, légitimistes et ministériels, l'opinion publique égarée est déjà loin du sommet et près de l'abîme ; elle n'entend plus les cris qui l'avertissent, elle n'écoute plus que ceux qui la poussent.

17 octobre 1840.

Le Siècle et le CowTter français ne veulent pas permettre que nous usions envers eux de la liberté qu'ils se donnent avec le National, Ils sont furieux qu'en apprenant Taitentat de Darmès, nous ayons dit : a Comment n'en » serait-il pas ainsi, lorsque le roi est tous les malins 1 désigné à la fureur des partis, non-seulement par les » journaux qui se sont donné pour tâche de détruire ce » que la Charte de 1830 a fondé , mais encore par les jour- » naux qui appuient le plus vivement le ministère? »

Quand nous avons écrit ces paroles, ce n'est pas une polémique indigente et banale qui nous les a dictées, mais une conviction profonde et sincère. Oui, nous p<;nsons que les journaux qui ont porté à la royauté de 1830 les plus funestes atteintes, qui ont déchaîné contre elle le plus de dé-*

fiances et de haines, ce ne sont pas encore tant les jour-^ naux qui l'ont attaquée ouvertement, que ceux qui Pont accusée hypocritement; ce ne sont pas encore tant ceux qui travaillent violemment à la destruction du gouveme*ment représentatif, que ceux qui en demandent perfide* ment « la sincérité, »

Si vous n'aviez jamais attaqué que les ministres qui se sont succédé depuis 1830, MM. Laffitte, Casimir Périer, Thiers, Mole; si vous n'aviez jamais fait remonter plus haut que leur tète la responsabilité de leurs actes, nous n'aurions rien- à vous dire, car vous auriez à nous répondre que ce que vous avez fait contre M. Mole nous le faisons à notre tour contre M. Thiers ; mais il n'en a point été ainsi : entre l'opposition subversive que vous avez faite et l'opposition constitutionnelle que nous faisons, il y a l'épaisseur d'une révolution. Nous conviendrons, si vous le voulez, que nous attaquons M. Thiers avec acharnement, même avec injustice; mais aussi vous conviendrez que nous ne rendons que lui seul responsable de ses actes et de ses fautes, et qu'il est un reproche que nous ne lui avons jamais adressé, c'est celui d'être l'instrument d'une politique qui ne fût pas la sienne ou la vôtre. Nous nous en prenons à ses idées et à sa personne, mais nous ne nous en prenons pas à nos institutions et a la couronne. Si vous n'aviez jamais outrepassé les. limites de cette opposition, peut-être la balle d'un assassin eût-elle visé la poitrine d'un des ministres du 13 mars, du 11 octobre, du 6 septembre ou du 15 avril; mais il ne fût pas venu à la pensée de Fieschi, d'Alibaud, de Meunier, de Darmès, de tuer le roi. Vous l'avez si souvent appelé la « pensée immuable^ » qu'un fanatique a bien pu le nommer sans éclater de rire : a Le plus grand tyran des » temps anciens et modernes, (1) »

Nos clameurs, dites-vous, n'ont d'autre objet qu'un changement de ministère, d'autre but que de préparer la restauration de M. Mole. Encore une fois, nous vous le répé-

(1) loterrogatoîro do Diirmi>9.

6 iS4i.

tons, quand vous dites cela, vous en imposez à vos lecteurs, et vous leur en imposez sciemment, car aujourd'hui vous n'en êtes plus à ignorer que pour le rédacteur d'un journal influent, qui n'as])ire pas h ^Ire conseiHer d'État, préfet, receveur-général , référendaire h la cour des comptes , membre du conseil de l'instruction publique, qui n'ambitionne aucune fonction rétribuée, qui a une plus nol)le ambition, celle de faire triompher des idées, il n'y a pas de tâche plus délicate, plus ingrate (jue celle qui consiste à soutenir un ministère composé de ses amis politi(|ues, à s'occuper sans relc^che de pallier leurs fautes, d'apaiser leurs rivalités, de stimuler leur activité, de faire enfin qu'ils fassent quoi .que ce soit qui pe se borne point h une circulaire, et qui laisse une trace de leur passyge aux affaires ! Aujourd'hui vous devez bien savoir qu'une telle mission est toute d'abnégation, et qu'on la redoute plus qu'on ne la recherche quand on l'a remplie une fois, et qu'on a vu de quelle volonté puissante et opiniâtre il faut qu'un ministre soit doué, pour vaincre les obstacles de toute nature qui se liguent contre toute amélioration, contre toute réforme !

15 mai 1841.

Les faits que met à jour le rapport de la commission de la Chambre des pairs chargée d'instruire dans l'affaire de Pattentat Darmès contre la personne du roi, portent avec eux de trop graves enseignements. p(.ur que l'étendue de cet important document , et les frais d'un supplément , soient des motifs devant lesquels nous puissions nous airôter. La publicité a ses dev.Mrs.

Il faut que tout ce <pii. en France, a un cœur droit avec un esprit faux, une conscience honnête avec une imagination ardente, facile h surprendre, facile a exalter, facile «i égarer par les mots d(* progrès et d(* liberté, connaisse h fond et la moralité des h(»mmes cpii se déclarent les ennemis de la royauté, et la valeur 'des principes qu'ils préten-

dent mettre à la place de ceux qui servent d'assises à nos institutions.

II faut que tous ceux d'entre nous dont l'esprit de parti n'a pas encore entièrement corrompu le jugement, sachent ce que préparent dans l'ombre ces prétendus apôtres de la liberté qui déclarent sérieusement qu'ils ne sont pas des Xanatiques exploités, et qui proclament non moins sérieusement le roi Louis-Pliilippe le plus grand des tyrans.

11 est bon qu'ils jugent l'œuvre sur ses moyens d'exécution et d'accomplissement.

Il est bon qu'ils sachent à quoi s'en tenir sur le profond savoir et le génie fécond des hommes les plus avancés du parti républicain.

Il est bon qu'ils mesurent, non pas ce que la liberté aurait à gagner, mais tout ce qu'elle aurait à perdre au triomphe des principes qui ont été solennellement adoptés et proclamés à Londres le 14 septembre 1840, après discussion, par la Société démocratique française.

Il est bon qu'ils voient comment ceux qui se plaignent que la liberté de la presse ne soit qu'un monopole, entendent qu'elle serait exercée le jour où le pouvoir serait tombé assez bas pour être accessible à leurs mains teintes de sang.

Il est bon qu'ils voient comment ces grands économistes entendent la liberté de l'industrie et résolvent le double problème de la concurrence et de l'organisation du travail.

Il est bon qu'ils voient comment ces grands professeurs de l'humanité entendent la liberté de renseignement et ménagent l'autorité du père sur ses enfants.

Il est bon qu'ils voient comment ces grands financiers entendent le crédit public, fondé, non plus sur la confiance, mais sur la séquestration et la violence.

n est bon enfin qu'ils voient comment ces grands défenseurs du genre humain conçoivent la fraternité universelle, en faisant répandre par la France le sang de tous les peuples sous le prétexte de les délivrer de la tyrannie de tous les rois.

Nous publions donc un supplément où nous passons ra-

pidement sur la partie du rapport qui est relative à Darmès et à ses deux complices, mais où nous avons réuni tous les renseignements précieux que la commission de la Chambre des pairs a mis sept mois à recueillir, et qui font exactement connaître Inorganisation, les principes et le but des sociétés secrètes au milieu desquelles il a été constaté que vivaient les accusés. Cette partie du rapport mérite toute l'attention de nos lecteurs. Ce qui importe, en effet, ce n'est pas que Dar^nès soit condamné à mort et que sa tète tombe sous la main du bourreau, c'est que les principes qui lui ont mis une carabine à la main pour tirer sur le roi soient bien connus: c'est que tout ce qui ne veut ni échafaud, ni confiscation, ni meurtre, ni vol, se fasse une juste idée de l'ardeur avec laquelle le parti révolutionnaire poursuit contre la société son travail souterrain, pendant que nous disputons sans fin sur des mots sans valeur ; pendant que nous nous divisons, chaque jour un peu plus, sur des questions qui n'ont pas même une importance secondaire, et qui sont oubliées une heure après que le scrutin les a vidées; pendant que nous ne sommes occupés que de renverser ministère sur ministère ; pendant que nous nous assourdissons au vain bruit que nous faisons ; pendant enfin que nous nous attaquons les uns les autres au lieu'de nous réunir tous dans la pensée d'un péril commun, auquel la tète «t la fortune d'aucun de nous n'échapperaient, puisqu'il suffirait, pour être atteint, d'être accusé d'appartenir à t une famille ayant participé aux actes gouvernementaux » depuis 4795 (1). »

Ce qui importe, c'est que tout père qui a un enfant, tout individu qui possède un champ, tout homme laborieux qui dépense moins qu'il ne gagne, tout électeur qui sait lire, aient dans les mains la charte démocratique de 1839, promulguée à Londres, car elle est le commentaire le plus décisif et l'apologie la moins suspecte qui se puissent jamais faire de la Charte de 1830.

(1) Textuel. Voir le paragraphe IB du Manireste de Londres.

Ce qui imporic enfin , r'psl que tous reux qui so plaignenl aver un reslp de bonne foi du n^gime oppressif ci honteux sous lequel nous .-ivons te mallieur de vivre, soient écliiirés sur le lieiiiii et glorieux régime que nous préparent res vendeurs cl rt' pé itéra le ui-s do la Sdeit^té, qui préludent nu régieide par le vol (1); régime vers lequel tout nous pousse : et l'abus iiue nous fnisons du sysli>me repr^sen- Intif : H la faîlilesse d'un pouvoir iirimobile ; et In pré!>oni|>tion d'unjournnlisme i(,'norni)t: et l'audacieuse activité de tout ce qui l'st intrigant ; et la eoupalile apathie do tout ce qui est honnête ; et l'orgueil fatal lie i|Uf'tqiies hommes qui ont mis U-ur point d'honneur, non dans l'application de leurs prinei|H>s, mais <lans le tiinniphe de leurs prétentions, qui tiius vouluiit le même portefeuille, s'exeluent ainsi par une puérile et funeste rivalilé qui les abaisse au lieu de les élever.

Voj ri d»iH' sur quelle jwiHe vous fies, voyez donc quelle force Vous entraîne, quel fil vous i-etienl '.

-J3 .laL-eiiioiT IWl.

La cour des piiirs a rendu son an et. Puisse-t'il eomplétor. pour les elass4-s lal>orieus4>s. les enseignements qui sont sortis des dellal^!

Si ia rondanmation pronimeeo rmilre l'aeeust* l)u|ioty 'pn'\enu de rùmplicitè moralf ■ ne l'a ete que par des motir% exelusi veille m piiÎM's ilans les faits de (a eau.w et daiLS la cjuviiliou profonde de sa eulpabililé. nous u'aviin.s qu'à l'enn-tlislRT avec n-spert ; car si L respect «tt dû a la chose jUKev, r'est a^MIrl■ule■ll lorsqu'elle a eu pour juges dejt liommeA d'autant de c inscience et de

.riiiHi >|Ur llATaiè' i-it wrivà au crinia > tranr*

■ >■ friniuf cl Im ■ p*rdu> dan* •!«• inix 4» fnlrir S.OOn fianc. k » mère, trciwillu d* !■ ■ri. FI <in'U W > bantooKmcat dli»i[rfi.

10 tSA«.

savoir que MM. le cliancelier Pasquier, le duc de Broglie, le comte Mole, les Irois anciens gardes des sceaux, MM. Barthe, Mérilhou el Persil, MM. le président comte Porlalis, le président comte de Baslard, le président baron Zangiacomi, le président Boyer. le président baron Séguier. MM. Bérenger. Rossi, etc.; mais si, au contraire, la condamnation a été déterminée [)ar des considérations plus politiques que judiciaires, par (]et> raisons d'Klat tirées, soit des excès de la presse radicale, soit des dangers auxquels l'organisation des sociétés secrètes expose nos institutions, soit enfin de la nécessité de frapper un coup (jui impressionne vivement les esprits, et rende de la force au sens moral affaibli, —quel que grand que soit le respect que commandent les noms énn'nents que nous venons de citer, quelque douleur que nous épro!ivîons à nous séparer, en celle circonstance, de la pairie, qui nous a toujours trouvés les premiers à la défendre jontre to!ites les allaques injustes, — nous ne manquerons pas aux grands principes que nous avons constammclit professés; nous saurons avoir, même contre elle, le courage de notre opinion: nous persisterons aujourdMun' comme hier à soutenir que s'il est une vérité immuable, sacrée, tutélaire. cVsl que la politique ne doit jamais intervenir dans les décisions de la justice. La société a d'autre moyen de se défendre; quand elle croit n'avoir plus que celui-ci pour se sauver, elle est perdue !

30 juillet 1«46.

Deux attentais en moins de quatre mois' Tun le 16 avril 1846, l'autre le 29 juillet !

Ce dernier, commis hier dans le jardin des Tuileries, contre la jiersonne du roi, est Pacte d'un insensé. L'homme qui en est l'auteur échappe h l'indignation par le mépiis. On ne peut expliquer celte entreprise sauvage que |)ar la raison qu'il en a donnée lui-même : il était las de la \ie, et, décidé a en finir, il a préféré un dénoûment tragique et écla-

tant à un suicide obscur et ignoré. Cette explication serait une nouvelle preuve qu'avec des misérables do celle espèce il y a peiit-êlre danger à entourer de formes trop solennelles les jugements qui ont pour résultat de les retrancher du sein «le la société: Le désir de jouer un rôle est quelquefois si vif pour certaines natures dépravées, qu elles acceptent, faute d'autres, le rôle le plus infâme et le plus odieux. Un mauvais sujet perdu de honte et de débauche, réduit à terminer au fond de la Seine une vie inutile à tous et oné-reuse à lui-même, peut se laisser tenter par cette abominable célébrité (ju'on s'applique trop généralement à faire aux meurtriers qui tirent sur le roi. Peut-être vaudrait-il mieux qu'un châtiment prompt, vulgaire, dépourvu de tout appareil préalable, leur enlevât jusqu'à la détestable satisfaction qu'ils ambitionnent. C'est ainsi que les choses se passent en Angleterre et en Allemagne, et le retour de ces affreuses tentatives y est beaucoup muins fréquent que chez nous. ^ •

Mais la cour des pairs est déjà saisie ; nous ne pousserons pas plus loin des réflexions qui ne sauraient désormais empêcher Tinstruction de ^livre sa marche accoutumée. C'est dire assez que nous ne chercherons en aucune manière à nous faire d'un attentat odieux une arme électorale. Non, l'ardeur de la lutte ne nous fera jamais sortir des bornes de la modération et de la justice. Nous nous sentons assez forts contre ceux (|ue nous combattons sans avoir à recourir à de pareils moyens d'attaque. Il y a trois mois, au moment de l'attentat du 16 avril, nous avons prolesté contre la tactique de ceux qui n'y ont vu qu'un supplément à leur polémique. On ne nous verra point faire pour notre compte ce que nous avons blâmé chez les autres. Et d'ailleurs avonsnous besoin de les imiter? Le parti conservateur, précLsément parce qu'il a une force réelle, peut mieux que tout autre se dispenser de chercher la victoire dans des expédients étrangers à ses principes. Le pays, par des roanifes- . iations non équivoques, a montré qu'il comprenait ces principes et qu'il s'y associait chaque jour davantage. Le pays.

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pour en être complètement satisfait, ne leur demande qu'un peu plus de fécondité, et tout annonce, tant de la part du gouvernement que de la majorité qui va sortir de Fume électorale, une résolution formelle de faire produire aux principes conservateurs tout ce qu'ils peuvent produire pour l'amélioration matérielle et morale de la société. Ce n'est pas quand les élections se font sous de pareils auspices qu'il peut y avoir utilité à réveiller de vieilles passions, ou à exploiter contre l'opposition un événement auquel , nous en sommes convaincus , toutes ses nuances, même les plus extrêmes, sont complètement étrangères. Pour nous, telle sera notre règle de conduite. L'attentat d'hier ne changera rien à notre langage. Nous ne chercherons pas à arracher à la peur électorale des votes que nous attendons avec confiance de la raison publique, et qui n'auront de valeur sérieuse qu'en émanant d'elle. L'attentat d'hier est assurément déplorable sous tous les rapports : il est déplorable parce qu'il renouvelle, au milieu même des acclamations d'une fête, les angoisses de la famille royale déjà si souvent éprouvée; il est déplorable, parce qu'il donne la mesure de la perversité qui a pénétré chez des individus à côté desquels nous vivons tous; il est déplorable, parce qu'il peut ranimer et entretenir encore en Europe ces préventions qui ont tant paralysé l'action extérieure de notre poKfique. Mais il est surtout déplorable, au point de vue de la lutte actuelle, en ce qu'il peut fournir k l'opposition battue un moyen d'expliquer sa défaite. Il est évident qu'à l'heure qu'il est, tous les résultats de la bataille électorale sont incommut*d)!es. Les débats sont clos devant le public, et si la sentence n'est pas encore prononcée, on peut dire du moins qu'aucun incident étranger n'en saurait changer le caractère, Cependant, tenez ceci pour certain : si, comme tout l'indique, l'opposition est vaincue, elle ne manquera pas d'attribuer cet échec à la contrainte morale que l'attentat des Tuileries aura exercée sur l'esprit des électeurs effrayés. Elle soutiendra que le pistolet de l'assassin a seul fait pencher la balance contre

elle, et qu'il n'y a pas eu ce que les Anglais appellent fair trial. L'opposition aura tort : elle se prévaudra d'une circonstance qui n'aura évidemment rien changé au fond des choses; elle exploitera h sa façon un événement qui devrait rester en dehors de tous nos débats. Mais il n'en est pas moins \Tai qu'aux yeux de bien des gens crédules, elle aura l'air d'une victime immolée, plutôt que d'un athlète terrassé.

6 octobre 1843.

Jamais Popposition parlementaire ne parut plus faible qu'en ce moment ; c'est un fail qui frappe tous les regards et qui ne trouve plus un seul contradicteur; ce fait a-t-il pour cause Pavénement de la a gi*ande politique » qui nous avait été annoncée, les efforts heureux d'une habile et vigoureuse administration, animée de la ferme volonté du bien, ardente à poursuivre tous les abus, à réaliser toutes les améliorations? — C'est ce que nous n'oserions pas affirmer; c'est ce qu'il nous est difficilcde croire lorsque nous jetons les yeux autour de nous et que nous voyons comment se font de toutes parts les affaires du pays : sans idées, sans conscience, sans dévoûment . sans esprit de suite ; ce qui fait la force du gouvernement , c'est la faiblesse de l'opposition : mais ce qui fait la faiblesse de Topposition, ce n'est certes pas la force du gouvernement; quoi qu'il en soit, la faiblesse de Topposititui n'en existe pas moins ; voici à quelles causes l'attribue M. de Lamartine :

« Quel est aujourd'hui le mal de la France? Quelle est la » cause de cet engourdissement pendant lequel on sape la V conscience publique par la corruption, pendant qu'on » élève des forteresses autour du siège de la représenta-

» tiont Pourquoi sommes-nous minorité? Pourquoi gémis- > sons-nous sans agir, et nous laissons-nous traîner sans « lutte à la suite d-une réaction illibérale d'autant plus » dangereuse qu'elle est plus insensible et plus douce, * et qu'au lieu de violenter le pays, elle l'achèle et elle » le vend ? Pourquoi marchons-nous évidemment en sens » inverse des grands buts que deux révolutions énergi- » ques avaient posés dans nos espérances ? A quoi bon le » dire? tout le monde le sait. Ce n'est pas que les amis du D développement du progrès, de l'accomplissement des » idées libérales, soient en petit nombre en France : c'est » qu'ils sont désunis ; c'est qu'au lieu de s'associer par ce » qu'ils ont de commun , et de marcber en corps et en » masse, avec un seul mot d'ordre et une seule volonté, » vers des buts successifs et que tous veulent atteindre, ils » se divisent et ils marchent séparés sous cinq ou six petits » drapeaux, dont les uns disent trop, dont les autres disent » trop peu, dont plusieurs ne disent rien du tout; et que, » se présentant ainsi à des combats partiels et non combi- » nés contre une majorité compacte, ils donnent la victoire » à la discipline et à l'unité. Oui, voilà le mal. Mais la gfa- » vite croissante du péril et la multitude des défaites doi- « vent enfin aj)prendre à l'opposition où est sa force et son » salut : — Kalliement et unité! voilà les deux gages do » son triomphe futur. Le pays se ralliera à elle quand il » verra qu'elle se rallie elle-même à quelque chose. »

Nous cn»yons que M. deLamarline se trompe, qu'il prend l'effet pour la cause, quand il attribue la faiblesse de l'op- {>osition à la désunion et au fractionnement qu'il lui reproche. L'opposition n'est pas faible parce qu'elle est désunie ; mais elle est désunie parce qu'elle est faible. Elle est faible parce qu'il n'y a [las un sentiment qu'elle n'exagère, pas un princip<* qu'elle ne fausse, pas un intérêt qu'elle n'alarme, pas une basse passion qu'elle ne flatte, pas un homme modéré qu'elle ne blesse par d'injurieux soupçons. Elle est désunie parce qu'elle ne sait pas ce qu'elle veut ; elle n'a pas de volonté parce qu'elle n'a pas d'idées, pn a-l-alle jamais

16 tSAS.

montré une seule 'qui fût juste, large, féconde? Elle vit comme le pouvoir... d'expédients.

Si elle n'avait pas exagéré à tout propos le sentiment de l'honneur national, si elle ne l'avait pas fait dégénérer trop souvent en susceptibilités mesquines, en défiances injustes contre l'Europe, pour en faire successivement contre tous les ministères un thème banal d'accusation ; si elle avait pris la peine d'étudier les véritables intérêts de la France et du continent, l'histoire et l'avenir, elle n'eût pas commis, il y a deux ans, l'irréparable faute de voter les fortifications dont elle demande aujourd'hui la démolition ; inconséquence que le pays juge sévèrement. Elle se fût convaincue que, dans cette grande ère de concurrence industrielle et commerciale que trente années de paix ont ouverte, la France n'avait plus dans le monde d'autre rivale et d'autre ennemie à craindre que l'Angleterre, d'autre empire à partager que l'empire des mers ; elle n'eût pas accusé le ministère renversé par la coalition de ne s'être pas montré « gardien » assez fidèle do l'alliance anglaise. »

Lord Falmerston conclut en 1840 un traité que l'opposition, toujours fidèle à ses habitudes d'exagération, qualifie d'outrage ; que fait l'opposition pour se venger de lord Palmei'ston ? Vote-t-elle trois cent millions pour accroître nos forces maritimes, et améliorer nos ports? Non, elle vote d'enthousiasme ti'ois cent millions (Ij pour augmenter le nombre de nos régiments de cavalerie et fortifier Paris !

Toujours inconséquente, l'opposition déclame contre l'énormité des budgets, chicane misérablement sur toutes les petites dépenses et vote sans difficulté toutes les grosses. Une armée qui, de 1830 à 1841, a coûté à l'Était, en douze années, 3,975,253,913 francs, formant une moyenne annuelle de 331 ,271, 159 francs, ce qui représente par jour le chiffre de 907,5^ francs, lui parait une chose toute simple, et elle inclinerait plutôt à trouver notre efTectif trop faible que trop considérable. Pourquoi entretenir à si grands frais une

(i; Loit du 3 avril ^t dn 25 jniii 1841.

telle armée? Dans quel but? De quel système politique cet état militaire est-il Pexpression? Que veut la France? Quels sont ses alliés naturels, quels sont ses ennemis pro* bables ? N'a-t-ellc donc pas de dépenses plus utiles et plus urgentes, un meilleur emploi à faire de la richesse publique ? Voilà des questions sur lesquelles Popposilion n'a Jamais sommé le gouvernement de s'expliquer, et auxquelles cependant il eût été assez embarrassé de répondre. Toutes les attaques dé l'opposition sont toujours personnelles ; elle s'en prend aux choses à cause des hommes, au lieu de s'en prendre aux hommes à cause des choses ; or, le pays, qui l'a vu renverser vingt ministères en douze ans sans qu'il en résultât aucune réforme, aucunp amélioration, ne croit plus en elle. A-t-il tort ? De là l'état de discrédit et d'impuissance dans lequel elle est tombée.

Est-il possible aussi d'être plus dénuée que l'opposition de sens politique, de tact et de connaissance du cœur humain? Que fail-elle? Que devrait-elle faire? Elle devrait, avant tout, s'imposer la loi de respecter dans le gouvernement les principes de son existence, et de n'attaquer que ses actes ; encore pour les attaquer devrait-elle attendre patiemment le moment où la raison et la conscience publique seraient d'accord avec elle pour les improuver, où le pouvoir se serait mis dans l'impossibilité de les défendre, où elle aurait pleinement sur lui l'avantage de celui qui sait sur celui qui ignore, de celui qui critique sur celui qui exécute, de celui qui signale l'erreur sur celui qui s'est trompé. Que fait-elle? — Au lieu de se contenir, de ne rien donner à la passion et au hasard , de différer de frapper plutôt que de frapper à faux, il n*y a pas un prétexte d'attaque qu'elle ne saisisse inconsidérément, pas une méchante intrigue dans laquelle elle ne laisse une plume de son aile, pas une sotte manœuvre que le premier venu ne la trouve prèle à exécuter; aussi, sur di^ batailles qu'elle livre étourdiment, en perd-elle neuf, couvrant ainsi par le nombre de ses défaites les fautes du pouvoir, et le consolidant d'autant plus fermement qu'elle fait plus d'efforts pour

rébranler. Au Jieu de se borner à une critique habile et mesurée des actes du gouvernement, afin d'éclairer la majorité et de la modifier insensiblement, c'est l'existence même de la majorité qu'elle met violemment en question en demandant l'extension du nombre des incompatibilités et l'adjonction des capacités, la réforme parlementaire et la réforme électorale. Qu'ensuite l'opposition s'étonne d'être en minorité dans la Chambre et dans les collèges électoraux, il faut convenir que c'est de sa part un excès de naïveté, plus encore qu'un excès de présomption. Lorsqu'elle demande à la Chambre élective de se décimer ellemême, lorsqu'elle demande à cent cinquante fonctionnaires publics de voter leur expulsion de l'enceinte parlementaire, lorsqu'elle demande au corps électoral d'étendre le privilège dont le payement du cens le fait jouir, que fait-elle ? Elle fait juste le contraire de ce qu'il serait sensé de faire. Elle rend au ministère le service de l'obliger de monter à la tribune pour défendre l'indépendance de la Chambre mise en suspicion, la situation des fonctionnaires publics menacée, la sincérité de la représentation nationale attaquée. Elle lui fournit ainsi l'occasion de s'acquérir de nouveaux titres à la reconnaissance de la majorité, au dévoûment des fonctionnaires-députés, à la confiance du corps électoral, enfin de resserrer plus étroitement les liens de la majorité. Un tel contresens ne pouvait échapper à l'esprit clairvoyant de M. Thiers, lorsqu'il passa dans les rangs de l'opposition : aussi a-t-on vu le peu de cas qu'il aflectait de faire de toutes les propositions de réforme électorale ou parlementaire, et le sort qu'il leur réservait dans les bureaux de la Chambre, où il chargeait ses amis de les enterrer. Non moins clairvoyant. M. Guizot ayant repris sa place à la tête du parti conservateur, dut adopter la tactique contraire; par cela même qu'il était de l'intérêt de M. Thiers de faire tous ses efl*orls pour empêcher qu'on portât à la tribune des propositions dont la discussion et le rejet ne pouvaient avoir pour effet que d'amoindrir l'opposition et de grossir la majorité, il était de l'intérêt de

M. Guizot d'en faire auloriser la lecture par les bureaux, et de les faire prendre en considéralion par la Chambre, afin de se ménager ainsi une facile et «éclatante victoire personnelle en faisant repousser ces propositions par les centres unanimes, flanqués d'un certain nombre de fonctionnaires de la gauche, qui votent avec eux au scrutin secret. Tel est Paveuglement de l'opposition, qu'il se pourrait qu'elle ne se fût jamais rendu compte de cette double manœuvre, exécutée en sens contraire par deux anciens alliés devenus rivaux, tacticiens consommés dignes l'un de l'autre ! Ainsi s'explique, par le défaut de sens politique, de tact et de connaissance du cœur humain, pourquoi l'opposition qui a renversé tant de ministères n'a jamais pu prendre la place d'aucun d'eux, pourquoi elle est toujours restée minorité dans la Chambre et dans le pays, bien que, selon l'expression de H, de Lamartine, les amis du développement, du progrès et de l'accomplissement des idées libérales y soient en majorité.

a Ralliement et unité, — s'écrie-t-il en parlant de l'op- » position, — voilà les deux gages de son triomphe futur. .» Le pays se ralliera à elle quand il verra qu'elle se rallie » à quelque chose.» Sera-ce la réforme parlementaire? Elle n'est possible que par le concours de la majorité, et ni la majorité ni M. de Lamartine n'en veulent. Sera-ce la réforme électorale ? Elle n'est possible qu'avec l'assentiment de la Chambre, et ni la Chambre élective ni le corps ^électoral ne la désirent ; le pays lui-môme paraît ne s'en soucier aucunement. On voit donc que la gauche et le centre gauche n'ont plus de terrain sur lequel ils puissent édifier ; à peine s'il leur en reste assez pour combattre ; le sol ferme leur manque ; il n'y a pas de terrain libéral. Aussi M. Thiers, jugeant comme nous cette position impossible à défendre, inutile h garder, n'eut-il rien de plus pressé, en 1840, que de la faire abandonner au parti dont il venait de partager le commandement avec M. Barrot, et que de transporter sur un terrain nouveau sa base d'opéra tionis. L'observation était juste, mais le terrain fut mal choisi. M. Thiers, qui a

beaucoup d^esprit, a peu (Pimagination; il n'imagina rien de mieux que de refaire, en ISlû, ce qu'avait fait en 1830 M. Mauguin, de surexciter Tamour-propre national, de réveiller les défiances de la France contre TEurope, et celles de l'Europe contre la France. On n'oubliera pas de longtemps quelle fut la triste fin du ministère du 1'''' mars 1840; nous pouvons donc nous dispenser de le rappeler. L'opposition a fait des mots de liberté publique et de dignité nationale un tel abus, qu'elle les a presque déconsidérés, et que lorsqu'elle les prononce, on ne l'écoute plus qu'avec indifférence et incrédulité. Sa voix se perd dans le vide et n'a plus d'écho. Que lui reste-t-il donc à tenter? — Il lui reste à tenter ce qu'elle n'aura pas très certainement le bon sens d'entreprendre.

Reconnaissant que le terrain lui manque, si elle était sensée, elle s'établirait franchement sur celui de ses adversaires; elle leur dirait : vous voulez l'ordre et la paix, nous les voulons aussi, mais nous voulons que l'un et l'autre portent leui*s fruits; nous voulons que vous en profitiez pour effacer dans Tesprit des gouvernements les dernières traces de leurs préventions contre nous, et pour allier étroitement la France avec tous les peuples qui ont les mêmes intérêts que les nôtres ; nous voulons que vous en profitiez pour mettre un terme à cet étaJl de paix armée si dispendieux, qui écrase les populations et détourne l'impôt de son Ut; nous voulons que vous en profitiez pour exécuter avec unité et Candeur tous les grands travaux qui doivent avoir pour effet d'abaisser le prix des principaux objets de consommation, de faire descendre le bien-être, et avec le bienêtre l'instruction et la moralisation dans les classes laborieuses; nous voulons que vous en profiliez pour nous mettre le plus tôt possible en étal de soutenir sans crainte la concurrence étrangère et l'épreuve de la liberté commerciale; nous voulons que vous en profitiez pour vous occuper sérieusement de mettre la science à la place de la routine qui administre et de l'empirisme qui gouverne ; nous voulons que vous en profitiez pour résoudre avec en-

LOPPOSITION SYSTÉMATIQUE. «

!«<nil)lc loiiU's li's imporliinles <|u<>sltons que vous ajournei ou que vous ne tranchez qu'isolément ; nous voulons enfin que vous prulilicz do 1» pnix pour la rendre inébranlable, glorieuse et prolilnblo a l.i liberlÉ des peuples dont nous av<ins inijuiêlé les gouvernemenls ombrageux par nos fréqiienU-s révululiuns et nos lenlalives depropngiinde.

Celte voie seniit la seule par laquelle l'opposition, conduite |>iir M. de Lamnriine, pourrait peut-être encora érhappiT iiu diserédil qui la poursuit et rallier h elle le pays qui est faligué de payer nnnuellemenl, en pure perte, 3-ïO millions pour l'entrelien d une armée dont l'efTectif ne se jusiifie par aucun syslèmc politique, armée qui serait trop faillie eontre l'Kurope coalisi'e, et qui esl trop consîdéfiilite relativement aux services qu'elle est appelée à rendre. Mais eelte voie que nous venons de lui indiquer, nous sommes bien sili-s que l'iipposilion ne la suivra pas, car celte voie est large et toute droite.

Le S(>r/r. que mitre article sur les véritables causes du iltMTédii dans liigucl est ti>ml>ée l'upposition, jutrall avoir blessi- |inj fondement nu rieur, trouve ]>lus facile de nous wruMT d'iniiinstM|uencc que de nmis léfutei'.

l.eSirc/' prétend que ni>u> avons demandé i; que le droit de siilTrage suit accorde à tous les conlribual)les Agés de vint;t-ciiii| ans. Nier que ■ In Franrr. protégée par la divi- » sionde h propriclc Uiiu-ii-ri-. soU si fitibif qu'elle nf fiuisw » supporter, jimi tomber Hnm Imiarebif, une lui électorale > nouvelle, celle lui iiccurihM-olle a tout citoyen ilgè de » vin|{I-eiii'|iins.insi't'il sur le ntlede rime des <|ua[rccon- » Iribiilions cl en etnt eCeriire mn Imltelùi. le droit de con- • ccjiirir a rdcctiou do repn-sentaiits de son pays, » de binne fii. esl-ie la proposer une ri'fonni" éle<'lonilc, surir Voirlinkl* intitaW : lki Miiruric&TSCBB.

tout (|uniHl (HVH lignes ont pour commentaire non équivoque crllo» qui pn^(*Nlont ? Affirmer que « de part et d'autre,

• gouvornrnioni ot opposition, s^exagèrent, celui-Jà le dan-

• gor, oollr-ci Tavantago de rerlaines réformes politiques; » aflirmor que le sit/frage univenel ne rendrait pas la 9 France plus libre et ne donnerait pas à la représentation » nationale plus (T&lat et des membres plus éclairés, plus » indt^pendants, « est-ce Jb, en vérité, confesser la même foi poll(i<|Mo <pio Topposition? Entre celle négation et celle affimiation, oii donc est l'inconséquence? L'opinion que nouîi avoU!* iNniisc sur le dmil universel de suffrage est celle que luius avons tiïuj(ïui*s professée en toutes circonstances et rn tout temps. Non, nous ne croyons pas que la France unit [)lup faible <pic la Belgique et que TËspagne, où tout rnnlrihuahlo est h |mmi pn\s ciiurteur. Oui, nous croyonsque ce fpic suiipJHlcnl (h\s licux |Miys, elle le pourrait à plus forte raison supporter sans tomber dans Panarchie; mais entre cotte conviction pixifonde que nous avons, et Pespérancc illusoire iprune n'*fonne élei*torale résoudrait tous les pn»blèmes de liberté, d'onin», de pmgrès et de gouvernement, il y a toute la distance qui sépare les opinions de la Presse de celles du Siècle, du National ou de la Gazette de France. Nous croyons, par exemple, que si la loi municipale votée en 1831 était à fairt\ elle serait conçue ai^ourd'hur dans un esprit tout différent. Telle quelle est, cependant, le pays s'en accommode, et il en souffrirait peu, si l'administration des prt'»fcts et des sous-préfets était ce qu'elle devrait, ce rpiVllc piMil éln\ Il faut que iÏQS lois politiques •oient bien mauvaises pour être dangereuses, dans un pays où l'administration publique est bonne.

Les lois électorales, quelque radi(*ales ou restrictives qu'on les imagine, n ont pas la vertu de suppléer les hommes supérieurs là où ils n'existent pas. Les gouvernements ou les partis qui croient qu'il n'y a qu'à changer certaines lois politiques, pour voir rê.s)udre au.ssilùl les difficultés contre lesquelles ils luttent, tombent les uns et les autres dans une erreur qui a toute la profondeur d'un

abîme : C'Cst cette erreur qui a perdu la Restauration ; c'est Ja même erreur qui a discrédité l'opposition. Les institutions, si parfaites qu'on les imagine, ne peuvent pas plus se passer du concours de l'homme que les plus puissantes machines; celles-là mêmes qui sont douées de la force de mille chevaux ont encore besoin de lui pour être mises en mouvement. Un seul homme comme Napoléon (que le Siècle nous pardonne cette hérésie I) a plus de valeur à nos yeux que les cinq ou six cents lois que nos deux Chambres ont votées depuis qu'il a cessé de" régner sur la France. Ce n'est pas à dire, cependant, que nous ne fassions aucun cas des formes constitutionnelles ; loin de là : nous ne sommes nullement de Pavis de ceux qui les considèrent comme un affaiblissement du pouvoir royal et monarchique ; nous les considérons, au contraire, comme des arcs-boutants qui ajoutent à sa force. La royauté est plus puissante en Angleterre et en France, où l'impôt, pour être perçu, a besoin d'être volé, qu'elle ne l'est en Aulriche, en Russie ou en Turquie, dans quelque gouvernement absolu que ce soit, où l'impôt n'a pas besoin d'être voté pour êlre perçu. Qui pourrait mettre en balance le droit de disposer plus ou moins arbitrairement de la liberté, de la fortune, et même de la vie de quelques sujets, avec la faculté de lever annuellement, sans résistance, quinze cents millions d'impôts, et de pouvoir emprunter presque indéfiniment?

Or, le crédit public n'existe en réalité que là où le bon vouloir des rois a fait place au vote d'une représentation nationale. Personne n'est plus que nous sincèrement dévoué à la forme du gouvernement qui nous régit, mais nous ne le sommes point en ultra ; nous ne lui demandons que ce qu'elle comporte, et rien au-delà. A notre avis, c'est en abuser que de s'en servir pour remettre sans cesse en question ce qui a été décidé, pour faire tout dégénérer en discussions oiseuses, on interminables luttes de tribune, en vains tournois oratoires. Nous voudrions qu'on agit plus et mieux et qu'on dissertât moins ; nous pensons qu'il y a des propositions dont l'adoption serait plus urgente et plus utile

queccllcdeiaréformeclectoraleoupaiiemeutaire; nous pensons que le lendemain du jour où ces deux propositions, ou même toules au 1res plus radicales, auraient reçu la sanction législative, les chefs de l'opposition n'en deviendraient pas pour cela miraculeusement des hommes d'État consommés ; la Chambre des députés n'en aurait ni plus de lumières ni plus d'indépendance, peut-être moins encore; le pays enfin n'en serait pas mieux gouverné. Et c'est sans doute parce que le pays partage avec nous cette conviction que toute proposition de réformes politiques le trouve si froid, si indifférent, et qu'il pèse d'un poids si léger sur le corps électoral. Quittez Paris, allez dans les départements, visitez les communes, consultez leurs habit<mts, rendez-vous compte de ce qui les intéresse, de ce qui les occupe, de ce qui les agile, et, si vous n'êtes pas aveugles, vous verrez que ce dont ils se soucient le moins, c'est d'une réforme électorale ; (jue ce dont ils s'occupent le plus, c'est d'abord de l'impAl qu'ils payent, c'est ensuite de leurs chemins et de leurs rout(»s, c'est de savoir à quelle distance passera d'eux le c jnal ou le chemin de fer projeté ; c'est enfin de la réparation de leurs églises presque partout en ruines, de l'agrandissement de leurs hospices tous les jours de plus en plus insuffisants, de la construction de leurs mairies et de leurs maisons d'école ; pénétrez au sein des familles, regardez bien, et vous veixez de quel poids douloureux pèse sur elles la loi qui fait du service militaire une obligation civile h laquelle n'échappe que l'infirme et celui que la fortune ou le sort a favorisé. Ah ! quelles bénédictions recueilleraient le gouvernement et le ministre qui, revenant au système (le la loi de 1818, et le perfectionnant, substitueraient au régime des appels relui des enrôlements volontaires, n'enlèveraient plus le fils à ses parents au moment où son travail va les payer de leui's soins, le paysan à sa charrue, laisseraient sans interru[)tiun poursuivie leur profession ceux qui en ont une, et en donneraient une à ceux qui n'en ont pas ou qui sont à charge à leurs familles ! Mettez aux voix dans toutes les communes de France votre proposition

L'OPPOSITION SYSTÉMATIQUE. 2o

de réforme électorale et noire proposition de rendre volontaire le service militaire par suite d'une nouvelle et facile constitution de l'armée, et vous verrez si c'est de nouveaux droits politiques que les populations sont avides!

Donnez à cette multitude de petits propriétaires qui n'ont qu'une pensée, celle d'agrandir leur champ, d'arrondir leur domaine, et qui s'imposent volontairement les privations les plus dures afin de pouvoir payer les intérêts des sommes que chaque acquisition qu'ils font les contraint d'emprunter, donnez-leur les moyens de se libérer plus facilement, prêtez-leur à un taux moins onéreux en associant le crédit public au crédit individuel, et si ce n'est pas dans celle voie nouvelle que sont la popularité, la force et la richesse, nous aurons tort et vous aurez raison. Aujourd'hui celle classe si nombreuse épargne et ne consomme pas ; réformez le régime hypothécaire; de l'impôt faites la base de l'emprunt et la garantie du prôl, el celle classe, sans discontinuer d'épargner, consommera. Vous aurez découvert un peuple nouveau de consommateui's,qui, en môme temps qu'il donnera à votre industrie el à votre commerce un essor nouveau, viendra encore accroître le produit de vos divers impôts.

Cent millions , c'est le moins que, dans nos idées , on puisse et doive réduire sur les dépenses du budget de la guerre, tout en élevant la solde de nos officiers et améliorant la solde du soldat. Ce qu'on pourrait faire avec celte somme annuelle, bien employée, serait immense !.

Il ya des impôts qui ont le triple inconvénient d'être improductifs, vexaloires, illibéraux; on pourrait les supprimer.

Il y a des déparlemenls qui supportent proportionnellement des charg(»s trop lourdes ; la péréquation qu'ils sollicitent impatiemment pourrait s'opérer par voie de dégrèvement.

Il y a des fondions publiques qui sont insuffisamment rétribuées; on pourrait élever les Irailemenls aussi haut que cela serait nécessaire pour acquérir le droit de choisir le meilleur pei*sonnel possil)le.

Il y a plusieurs applications écuuomiques dont il serait utile de tenter Tessai : on pourrait l'entreprendre.

L'instruction primaire pourrait être assimilée à la religion et à la justice, dont l'État supporte les frais, etc., etc.

Si nous revenons si souvent sur ce dernier point, c'est qu'à nos yeux la préface de toute bonne loi électorale est une bonne loi sur l'instruction populaire.

Que \e Siècle se raille de nos idées, qu'il les appelle des a utopies, » nous ne raillons pas les siennes, pour une excellente raison que nous croyons superflu d'expliquer. Ce que nous tenons à prouver, non pas h ses lecteurs, mais aux nôtres, c'est que, lorsque nous poussons le dédain pour les prétendues réformes qui composent le programme de l'opposition jusqu'à les considérer comme fort peu dangereuses, jusqu'à admettre les plus radicales comme presque insignifiantes, loin d'être en contradiction avec nous-mêmes, nous restons parfaitement conséquents avec tous nos antécédents et tous nos principes.

Mais que nos amis, à leur tour, ne nous accusent pas d'imprudence.. L'expérience n'cst-elle pas pour nous ? L'expérience n'est-elle pas toujours venue décevoir les espérances que l'opposition, avait mises dans celles de ses propositions qu'elle a pu faire adopter? Par exemple, la loi qui a soumis à la réélection les députés promus à des fonctions publiques salariées, n*a-t-i»lle pas, de l'aveu même de l'opposition, trompé son attente ? Avoir le crédit de se faire nommer à un poste important, n'est-ce pas, aujouixl^hui, le plus sûr moyen de s'afTennir dans son collège et de conquérir l'inamovibilité électorale ?

Voici notre conclusion, dût-elle encore nous attirer les injures du Siècle :

Il ne faut pas laisser les hommes d'opposition s'emparer du pouvoir, parce que c'est un dépôt qu'on ne retrouve plus intact dans leurs mains, le jour où Ton veut le faire passer è d'autres moins faibles ou plus habiles: mais il ne faut pas non plus prendre trop d'ombrage des vieilles idées libérales : ce sont des bulles de savon suspendues à un tuyau de

paille. Un peu d'air les gonfle ; mais le plus léger contact les crève, il n'en reste rien. Elles n'existent que par le vide. Un pays vaut ce que vaut une bonne administration ; un peuple vaut ce que valent les hommes qui le gouvernent.

9 octobre 1B43.

L'article dans lequel nous avons montré quelles étaient les véritables causes de la faiblesse et de la division de l'opposition a vivement ému ses divers organes.

Que l'opposition doive préparer les voies de l'avenir, ce n'est certes pas nous qui lui avons jamais contesté et qui lui contesterons ce droit. Ce que nous avons dit et ce que nous allons encore répéter, c'est que la réforme électorale et la réforme parlementaire ne sont pas les voies de l'avenir, mais les ornières du passé, des ornières à travers champs, labourant l'espace et n'aboutissant à aucun but. L'opposition, en les suivant, se condamne à de vains efforts ei à l'immobilité ! En effet, depuis douze ans qu'elle sue sang et eau pour faire avancer le gouvernement et le pays, leur a-t-elle fait faire un seul pas en avant dans la direction où elle aurait voulu les conduire? Toutes ces propositions, et nous ne parlons pas de celles mort-nées, mais seulement des plus robustes, ne sont-elles pas venues successivement expirer de langueur et d'étisie, au pied de la tribune, désavouées par leurs propres auteurs, sans même en excepter celle h laquelle, dans la session dernière, M. Odilon Barrot ne craignit pas d'attacher son nom? Ses amis, si nous avons bonne mémoire, ne furent-ils pas les premiers à en décliner la solidarité, h dire de cette proposition qu'elle avait été trop légèrement ébauchée, qu'elle manquait de maturité? La lecture n'en fut pas même autorisée. Qu'est-ce que c'est donc qu'un parti à qui dix années ne suffisent point pour donner à ce qu'il appelle « ses » idées, » un peu de précision, et qui, dès^ qu'il veut faire acte de virilité, n'aboutit qu'à faire preuve d'impuissance?

«8 tM3.

La grand erreur de l'opposition dynastique, dont on peut dire avec vérité que M. Odilcn Barrot est moins le chef que le grand sacrificateur, c'est d'avoir confondu deux époques qui n'avaient rien de commun. Jusqu'où peut conduire un anachronisme! L'opposition stMioil encore à cette époque de la restauration où une minorité imperceptible pouvait s'écrier qu'elle avait derrière elle la nation tout entière. Erreur, illusion! Désabuser r(»pposition, lui dire la vérité, ce sera lui rendre service»; nous la disons bien au gouvernement, pourquoi djnc ne la dirions-nous pas à l'opposition, avec une égale liberté, avec une égale bonne foi? L'opposition est-elle donc infaillible ou privilégiée, et là où flotte son drapeau, le droit de discussion ne peut-il pénétrer et doit-il reculer? Non. nous ne sommes plus au temps qu'on rappelle; ce temps est passé, il ne re\iendra pas. La révolution de 1830 a placé sur le tréne une dynastie nouvelle; effacé le préambule et l'article XIV de la charte octroyée ; repris le drapeau de l'empire; aboli l'hérédité de la pairie ; abaissé à 500 fr. au lieu de 1,000, et à 30 ans au lieu de 40 le cens et l'Age des éligibles ; abaissé h 200 fr. au lieu de 500, et à 25 ans au lieu de 30 le cens et l'Age des électeurs; reconnu à la Chambre des députés le droit de nommer son président, et aux électeurs le droit d'élire les présidents de leurs collèges; étendu aux deux Chambres le droit d'initiative, dont le roi jouissait exclusivement; soumis à la réélection les députés- promus à des fondions publiques; supprimé l'article qui déclarait la religitai catholique la religion de l'Ktat; interdit le rétablissement de la censure ; restitué au jury le jugement des délils de la presse et des délits polilijjues; donné aux connnunes et aux départements une représentation si large qu'on pourrait lui reprocher d'admetlre trop facilement lignorance,etc.,etc. Voilà ce que l'opposiliona le tort d'oublier! Et ce tort fait <|u'elle s'attache à demander de vaines réformes politiques dont le pays ne se soucie nullement, au lieu d'insister pour obtenir d'utiles réformes économiques, fiscales et administratives, après lesqnoqes aspirent tous

les contribuables, réforines qui donneraient à la France, à son apiculture, à son industrie, à son commerce, à son crédit et par suite k sa politique extérieure une vie nouvelle , une force décuple ! Parler de défendre encore la Charte comme au temps de M. de Villèle, quand personne ne songe à l'attaquer, c'est se jeter dans l'absurde et le ridicule, c'est donner l'explication du discrédit dans lequel les exagérations de l'opposition Pont fait tomber. Nous avons dit que le vieux terrain libéral n'existait plus ; tout le démontre. La Chambre des députés doit se renouveler intégralement tous les'cinq ans. Or, jamais, depuis 1830, le gouvernement n'a attendu qu'une législature eût accompli son terme ; il l'a toujours devancé, usant de son droit de dissolution, en usant presque jusqu'à l'abus. Cinq élections générales ont eu lieu en douze ans ! Si Je pays, appelé si souvent à se prononcer et à exercer ses droits politiques, avait réellement souhaité une réforme électorale, croyez-vous qu'ayant lant d'occasions d'en manifester le désir, il n'en eût pas saisi au moins une ? La réforme électorale, depuis si longtemps qu'elle est prônée par tous les journaux de l'opposition, a-l-elle gagné un pouce de terrain dans les collèges électoraux, conquis un suffrage de plus dans les deux Chambres? Il faut«étre aveugle pour ne pas voir que ce n'est pas sur ce point que se portent les préoccupations du pays ; il ne se plaint pas que la liberté et Tégalité lui manquent ; s'il se plaignait, ce serait plutôt du contraire. Où il souffre, c'est dans sa dignité, c'est dans son activité. Au dehors et au dedans, les affaires sont mai conduites; il le sait et il le sent. Les hommes qui le gouvernent pensent trop rarement à lui, trop souvent à eux; il le voit. Ce besoin nnpérieux, insatiable, de rendre le peuple, dont on tient les destinées dans sa main, plus grand, plus heureux, plus illustre, ce besoin d'associer son nom au sien dans l'histoire, ce besoin de tous les instants qui fait seul les grands ministres, qui les assiège, les tourmente, les inspire et change pour eux en voluptés les fatigues et les veilles, ce besoin, il est clair qu'ils ne le rcssen-

tent pas! La passion du bien public ne se révèle pas plus en eux que le génie des grandes choses ! De là cette langueur du pays. Ce qui manque à la France, c'est la certitude que le langage qu'on lui fait tenir est toujours digne d'elle, noble et conciliant, ferme et généreux, que de graves intérêts ne sont jamais sacrifiés à de petites considérations; ce qui manque h la France, c'est une administration zélée, intelligente, active, qui contrôle tout et n'entrave rien, que stimulent les efforts et les prodiges de l'industrie, qui rivalise avec elle d'activité et d'imagination, et ë chaque produit nouveau ouvre un nouveau débouché ; ce qui manque enfin à la France, c'est une opposition qui ne soit pas au dessous de sa tâche et moins capable encore que les ministres qu'elle attaque. L'opposition fût-elle plus nombreuse et parfaitement unie, qu'elle ne serait pas plus forte, car, encore une fois, ce n'est pas parce qu'elle est divisée qu'elle est faible, c'est parce qu'elle est caduque. Si tous ses coups portent à faux, si toutes ses idées se dissipent en vain bruit, si aucun de ses chefs n'a plus d'écho dans le pays, n'en cherchez pas ailleurs la cause.

16 août 1844.

L'opposition, la nuance d'opposition du moins que le Siècle représente dans la presse périodique, abandonne décidément les errements de 1831. Elle accepte défînitivement les faits accomplis; elle renonce à disputer la rive gauche du Rhin à l'Allemagne ; elle y renonce « pour le présent et pour Vavenir, » et, convaincue enfin que notre ennemi véritable et nos véritables intérôLs sont d'un autre côté, elle demande que ce sujet de haine et de querelle « disparaisse à jamais » entre l'Allemagne et nous.

Nous prenons acte de cette déclaration, qui est d'une saine politique ; puisse la gauche s'y montrer fidèle ! Ses déclamations belliqueuses, en im ^'*^'Ar* "Riirope continentale,

ont trop longtemps servi les desseins de l'Angleterre. Il est sage d'y renoncer.

Puisse l'Allemagne, de son côté, ajouter foi à ces paroles et se convaincre enfin qu'il n'y a plus en France d'autre parti de la propagande et de la guerre que l'imperceptible minorité radicale ! Puisse-t-elle comprendre aussi que tous les intérêts sont communs entre elle ot la France ! Le jour où les convictions pénétreront dans tous les esprits en Europe, deux grands résultats seront obtenus. L'Europe, libre des préoccupations qui la portent h consacrer la plus belle part de ses ressources à se garantir de dangers imaginaires, pourra développer toutes les sources de sa prospérité intérieure, et l'Angleterre, privée de l'appui que donnent à sa politique lefS préventions réciproques qu'elle sait entretenir parmi les peuples du continent, pourra commencer à trembler pour la durée de cette prépondérance sans base qu'elle a su conquérir au préjudice de tous.

C'est une situation étrange, en effet; mais voilé cinquante ans qu'elle dure, voilà cinquante ans que l'Angleterre fonde l'édifice de cette grandeur devant laquelle semblent s'incliner aujourd'hui tous les peuples, sur les mésintelligences qu'elle sait susciter entre eux. Elle a si bien mis en garde l'Europe contre la France et la France contre l'Europe, si bien persuadé à» la France que l'Europe en voulait à ses libertés, à l'Europe que la France, avide de conquêtes et possédée d'un indomptable besoin de propager ses idées par les armes, menaçait ses nationalités et ses pouvoirs, que la France et l'Europe, toujours armées, toujours en défiance l'une contre l'autre, n'ont pas eu de préoccupation plus vive, et ont laissé l'Angleterre accomplir sans obstacle ce vaste système d'accaparement qui Ta rendue maîtresse de toutes les mers.

Et cependant, il y a quinze ans, la France et l'Europe n'étaient pas loin de s'entendre. Les événemens de 1830 eux-mêmes n'eussent pas suffi pour arrêter entre elles le rétablissement de la confiance. L'Europe le montra bien quand, renonçant à son système de propagande monarchi-

que cl soumettant à des cousidérat ions d'un ordre supérieur ses engagements de la siunte-allianee, elle accepta ies faits accomplis et salua de son assentiment la nouvelle constitution et la nouvelle dynastie. Qui fit donc renaître une défiance qu\m lel ébranlement n'avait pas suffi pour susciter dans la politi<]ue européenne? 11 ne faut pas se le dissimuler, ce fut la poliliciue «lue le Siècle abandonne aujourd'hui, la politique de lopposition de 1831. Cette politique fit entendre de nouveau le cri de pn>p«)gande et de guerre, elle menaça rEuro^H», elle réclama à grands cris la rive gauche du Rhin et le rap^n»! des faits accomplis ; elle rétablit la défianct\ en un mot. et aU état de choses, ces préventions réciproques, dont elle s )IIicite ai^ourd'hui Tabandon.

Il en résulta, ce que nous avons vu. que la politique de la France se trouva subonlonnée h la politique de TAngleterre. Il en n»sulla encore, ce que nous voyons aujourd'hui, que Talliance intime entre la France et l'Angleterre, en dehors des circonstances et des intérêts passagers qui ont pu la faire naître, étant contraiiv à la nature des choses, elle se brise, malgré les efforts des gouvernements, par la résistance individuelle des ix^uples. et. d'un autre côté cependant, les préventions de rEun)pe sub;^istant toujours, et la Fronce ne voulant pas se ivsoudre à Tisolement, la France se trouve n*poussée dans cette alliance aussi contraire à ses sympathies nationales qu'à ses intérêts et à sa grandeur.

Une seule circonstance peut latfranchir entièrement de cette alliance, c'est le rétablissement de la confiance entre elle et l'Europe, c'est l'akiissi'ment de cette barrière de préventions et de haines «jue la |K>liU«|ue de l'Angleterre a su lui opposer. Au^si voyons-nous avec une satisfaction vive et sincère tout ce t|ui [)eul préparer ce résultat si désirable. CVst à ce titre que la cKvlaration faite p;ir le Siecle.au nom de l'ancienne opposition de 1831. nou> a paru mériter d'être signalée.

23 juillet 184().

Nier que M. de Lamartine eût aucune popularité avant qu'il rompît, en 1842, avec le parti conservateur, dont il fut un moment Tun des chefs, le chef presque unique dans la Chambre des dépu tés (MM. le comte MoIé et le comte de Montalivet appartenant Tun et Pautre à la Chambre des pairs} , c'est audacieusement supprimer de sa carrière parlementaire plusieurs de ses plus beaux discours, des discours qui furent des actes, entre autres celui qu'il prononça le 10 janvier 1839 (1) ; c'est supprimer de sa vie politique les admirables articles datés de Mâcon, 1839, sur la reconstitu-^ tion des 221 ; ceux non moins admirables, également datés de Mècon, 1840, qui furent les premiers et les plus rudes coups portés au ministère du 1**" mars, lequel aurait présenté ce spectacle sans exemple d'un cabinet soutenu par tous les journaux sans exception, si la Presse, résistant seule à cet entnitnement, n'avait manqué ë cette unanimité; c'est oublier l'effet immense que produisirent ces articles, c'est oublier le service plus immense encore qu'ils rendirent au pays inquiet, à la paix compromise, à la liberté menacée.

Nous en appelons à tous les souvenirs, à tous les partis, et nous leur demandons si cet instant ne fut pas celui où

(l) Ce discours se terminait ainsi :

« Je me n!sume et je di* : Si les adversaires du cab'net nous présentaient un projrramme conforme h ces fçrandi principes de progrès social anxqueh je faisais allusion tout h. Thcnrc, si vous étiez des hommes nouveaux, je voterais avec vous ; maii tniit quUl ne s'agira tfue de renverser den hommes iom toucher aux choses^ et que de nititier aveuglémont je ne sais quel» mnrclit'*!» «imoniaques dont nous ne connaissions pas même k'S clauiten pour le pay*, je continuerai à voter, dans les questions de caMnot, pour les miuistres de l'amnistie et de lu paix, contre les ministres énigmutiques dont les uns ont un pied dans le compte rendu, les autres dans le^ lois do septembnf, et dont Talliance nu-pectc et antipailiique ne permet à mon MVB que deux n'-sultats funestes qu'il vous était donné seuVs d'accomplir à la fois : la dégradation du pouvoir et la déception certaine de la lil>erté.

• Ne voua y trompini pas, je ne me po!»e ici le défenseur et le pauégyrifte d'aucun cabinet; JR Hv. vois i*AS les hommes, mais JE vois une CRISE SANS DÉNonMBKT ET SANS ISSUE; rV^f p!u9 quunraMnelyC^ettunê tifuation du payé qwe jt rient défendre. »

34 tSM.

H. de Lamartine parut à la fois le plus puissant et le plus populaire ?

Le plus populaire^ car il s'était montré le plus courageux; le plus puissant^ car, au lieu de se borner à refuser avec désintéressement le portefeuille ou Pambassade qui lui fut offert, à son choix, le 28 octobre 1840, il n'aurait eu qu'à s'opposer à ce que le cabinet du 29 octobre se formât pour qu'il ne vécût pas et qu'il s en constituât un autre, dont ni M. Guizot ni M. Thiers n'eussent fait partie.

M. de Lamartine, au pouvoir avec M. le comte Mole, après les deux essais du ministère du 12 mai 1839 et du l*'' mars 1840, c'était une politique nouvelle, c'était une politique sympathique à toutes les idées élevées, généreuses ; c'était une politique de paix et de progrès en même temps que d'ordre et de liberté ; M. de Lamartine dans l'opposition, en opposition avec M. Thiers et M. Barrot, c'est l'opposition divisée, c'est l'opposilion affaiblie, c'est l'opposition déconsidérée, c'est le progrès retardé î Voilà la belle œuvre qu'ont faite ces bas racoleurs de la gauche, (jui, profitant de ce qu'il y avait des dissidences entre la m«'îjorité et l'illustre député de Mâcon, n'ont pas eu de cesse qu'ils ne {^eussent fait glisser sur la pente de l'opposition, d'où il est si diflicile de remonter.

Et quand il serait vrai, ce qui ne Test pas, qu'il ne tînt qu'à M. de Lamartine « de rallier par sa parole et son » exemple tous les esprits désintéressés, tous les cœurs hon- » nétes, à la bannière de Vopposition véritable, » que représenteraient réunis tous les esprits désintéressés, tous les cœurs honnêtes de l'opposition? La minorité pai'lementaire, c'est-à-diro l'impuissance légale.

Quand on a des convi(*tions profondes, une haute ambition, un immense talent, quand on sent en soi une grande mission à rempUr, quand le progrès n'est pas un nom donné à un ballon enflé d'air servant à porter l'orateur ou l'écrivain par-delà les nuages, quand c'est un mot qui résume des idées arrêtées, avides de réalisation, impatientes de

triompher de leurs négateurs, ce n'est pas au devant de la minorité qu'on va, c'est au devant de la majorité.

L'une des supériorités de M. Guizot, c'est d'avoir compris cette vérité que la force était là où était la majorité.

La majorité a parfois ses exigences; elle ne s'acquiert pas toujours sans prétendre qu'on lui fasse quelques sacrifices ; mais les sacrifices que sait lui faire un homme supérieur ne sont jamais que temporaires, et pour deux concessions qu'elle a obtenues de lui, il en est cent qu'il obtient d'elle.

Le jour où M. de Lamartine a cédé à l'importunité plus qu'à l'entraînement de vos conseils, le jour où il a quitté la tète des 221 pour prendre la file de l'opposition, ce jour-là, nous le lui avons dit, comme aujourd'hui nous vous le répétons, ce jour-là, ce n'est pas la cause de la majorité qu'il a désertée, c'est la cause du progrès. La porte du pouvoir était entr'ouverte au progrès, M. de Lamartine la lui a fermée. Qui la lui ouvrira maintenant si nous ne réussissons pas à obtenir que ce soit M. Guizot? Mais nous l'espérons, nous voulons l'espérer, ce sera celui-ci, et ce qui sera la gloire de son esprit, la durée de son ministère, sera le châtiment de votre erreur, la faiblesse de votre opposition.

Chacun son goût : vous vous complaisez dans la minorité, demeurez avec elle ; nous avons, nous, le travers de préférer la majorité ; ne soyez pas intolérants et pardonnez-nous cette faiblesse ; seulement, nous voulons que la msijorité représente tous les grands intérêts du pays, tous ses besoin^ légitimes, toutes ses idées généreuses, toutes ses tendances élevées.

8 août 1846.

L'opposition a si bien la conscience de son impuissance, elle a une telle frayeur d'être mise en demeure d'appliquer ce qu'il lui plaît d'appeler «ses principes et ses îcfees, »qu*à peine les scnitins étaient-ils dépouillés, elle s'est empressée de proclamer sa défaite et le triomphe du ministère, presque de les exagérer I

36 tS4«.

Ceux qui, comme nous, connaissent Topposition, Font vue de près, l'ont atlenlivcment étudiée dans ses chefs, dans ses soldats, dans ses discours, dans ses actes, dans ses manœuvres, dans ses journaux, dans ses brochures, dans ses livres, savent qu'à part quelcincs ambitieux subalternes, impatients, ceux-ci par besoin, ceux-là par cupidité, d'être mis en possession des places qu'ils convoitent, ce que l'opposition de gauche redoutait le plus, c'était la victoire, c^était une deuxième édition du ministère du l^^'mars 1840. EUe respire ! Nous ne voudrions pas affirmer ([ue M. Thiers lui-même ne partageât pas les défiances dont il est l'objet. S'il ne les partageait pas, pourquoi donc aurait-il prononcé à la tribune ces discours dont rien ne lui imposait la nécessité, et qui paraissaient n'avoir d'autre but que d'éloigner le jour encore trop prochain de son retour aux affaires, tout en se donnant la satisfaction de meurtrir au visage d'anciens collègues devenus ses successeurs ? •

Nous comprenons parfaitement ces craintes et ces défiances de l'opposition, car elle a dû prévoir l'hypothèse où le ministère serait vaincu dans les élections, et se poser cette formidable question : — Majorité, que ferons-nous?

La réforme électorale ? Mais nous sommes cinq ou six groupes dont pas un n'est content de ce que l'autre propose. Qui nous mettra d'accord?

La réforme parlementaire? Mais nous n'avons rien trouvé de mieux que la proposition adoptive de M. de Rémusat, dont nous avons été les premiers à reconnaître les imperfections, les contre-sens, et à déclarer cjue c'était moins une proposition qu'un « cadre. » Qui nous donnera la solution?

La réforme universUaire ? Mais la liberté de l'enseignement, au travers de laquelle nous apercevons la concurrence du clergé; le retour des corporations religieuses, est un danger contre lequel la liberté de la presse, l'esprit du siècle, toutes nos institutions, ne suffisent pas à nous rassurer. Qui parmi nous saura concilier les droits de PÉtat avec ceux des familles?

La réforme commerciale ? Mais Ja liberté des échanges complc à peine quelques partisans dans nos rangs, et le système de la protection n'a pas de défenseur plus déclaré que M. Thiers. Gomment l'entreprendre?

La réforme budgétaire ? Mais quand nous aurons rogné quelques traitements, retranché çà etih quelques dépenses mal justifiées, réduit l'intérêt des rentes 5 et 4 1/2 0/0, fait avec grande peine, cl non âans soulever beaucoup de clameurs, quinze à vingt millions d'économies sur quinze cents millions de dépenses, le contribuable s'en trou vera-t-il sensiblement allégé ?

La réforme de Varmée ? Mais nous ne saurions vouloir que la France réduise son effectif, car nous n'avons rien eu de plus pressé que de l'augmenter en 1840 ; et, quant h la loi de recrutement, si nous la changions, ce ne serait pas pour faire du service militaire une carrière publique, maïs pour en faire une obligation civile plus stricte encore; <*e serait pour étendre cet impôt en abolissant les remplaçants, diminuant le nombre d'années passées sous les drapeaux et augmentant le chiffre des contingents. Loin de trouver là des économies, n'y aurait-il pas lieu plutôt do prévoir un surcroît de dépenses ?

Que faire donc? Que faire?

Changer la définition de l'attentat, modifier la loi sur les annonces judiciaires ? Mais, si nous ne faisons que cela, que pensera-t-on, que dira-t-on de nous ? Admettons même <iue nous élargissions le cercle des incompatibilités, que nous rétablissions dans la loi de 1831 la disposition relative à l'adjonction des capacités, que nous fassions voler par les deux Chambres la réduction de l'intérôl des rentes 5 et 4 1/2 0/0 ; cette œuvre accomplie, la France en sera-t-elle l)eaucoup plus éclairée, plus riche, plus puissante, plus redoutée, plus considérée? Serons-nous fondés à dire que notis Pavons fait entrer dans les voies d'une politique nouvelle ? Aurons-nous abordé une seule des grandes questions de l'avenir ?

Ainsi, dans la plus favorable hypothèse, dans celle où

38 tS4«.

nous garderions le pouvoir assez longtemps pour tenir cette fois les promesses que le ministère du l*'' mars sut si bien éluder par l'ajournement, nous aurons donné la mesure de notre stérilité, mis ë nu notre indigence, voilà tout I Ne vaut-il pas mieux cent fois rester opposition, crier à l'abaissement de la France, à la corruption du temps, à Pinhabileté du pouvoir ? N^est-ce pas plus facile et moins chanceux ?

Voilà ce que ne dit pas, mais ce que pense l'opposition.

Nous sommes obligés de convenir que c'est raisonner sagement; mais, tout en faisant cet aveu, il est un doute dont nous croyons devoir l'accompagner.

Ainsi que nous Pavions prévu et annoncé, il est bien vrai que le parti conservateur a vu augmenter le nombre de ses membres. Mais de ce que la dissolution a pro6té au parti conservateur, s'ensuil-il explicitement que le ministère ne doit plus avoir aucun souci de sa majorité, et que son existence, après Pépreuve des élections, est plus assurée qu'elle ne Pétait avant? — C'est une conséquence que, pour notre compte , nous ne saurions admettre comme rigoureuse.

Nous cix)yons que si le parti conservateur re\ientplus nombreux, il revient aussi plus exigeant, et que les oon^ quêtes qu'il a faites se composent surtout d'esprits éclairés, fermement résolus à prendre très au sérieux ces mots ineffaçables de M. Guizot à ses électeurs : « toutes les politi-

» QUE8T0US PBOlBTTKOIfTLEPBOGRÈS; LA POLITIQUE CONSBRTJk-

1 TiicB SEULE VOUS LE DONNEE A, commc elle a seule pu réussir » d vous donner l'ordre et la paix.yi Gfe ne serait pas en vain que ces paroles fécx)ndesdemeureraient stériles, ce ne serait pas en vain que ces paroles faciles à convertir en vérités se transformeraient en mensonges ; si le ministre qui les a prononcées pouvait oublier qu'elles l'engagent solennellement, il se trouverait certes dans In majorité assez de députés indignés pour déplacer cette majorité, et dans la presse unjoumal qui ne demanderait pas mieux que de leur servir de signe de ralliement ; mais comment croire

que M. le ministre des affaires étrangères, appelé prochainement à la présidence du conseil, oublie ce dont il ne saurait cesser de se souvenir sans se désavouer lui-même, sans déchoir, sans compromettre l'existence de son ministère, et sans détendre le lien de sa majorité? Cela n'est pas >Taisemblable.

Le rôle de l'opposition est d'endormir le ministère sur sa couche de lauriers ; le nôtre, au contraire, est de le tenir éveillé et de l'avertir saris cesse que la senteur enivrante qu'exhalent les lauriers est mortelle pendant le sommeil. Le chiffre des députés nouvellement élus s'élève à 117. Il y a dans ce nombre considérable de députés nouveaux, en admettant même que les désignations qui ont été publiées soient toutes exactes, une trop grande inconnue à dégager, pour qu'un ministre clairvoyant se laisse bercer sans défiance par ses adversaires, chantant avec transport leur défaite et son triomphe.

Le ministère,* en raison surtout de l'adoption du vote public dont l'épreuve n'a pas encore été faite au début d'une législature, doit prévoir que, soit qu'ils aient cédé aux exigences du corps électoral, soit qu'ils n'aient fait qu'exprimer leurs convictions, les candidats coniservateurs^ qui se sont donné à eux-mêmes le surnom de progressistes, tiendront à le justifier.

Non, le mot de progrès, écrit dans toutes les professions de foi, sorti des plus éloquentes bouches, ce mot au son duquel viennent de toutes parts de se faire les élections, n'aura pas été un vain mot, un mot vide de sens, échappant par le vague à l'application.

Les conservateurs intelligents, dont on a bien voulu dire que nous étions l'organe, sauront le définir, se concerter et s'entendre, afin que l'immobiUté ne puisse pas se faire, de la difficulté de les mettre d'accord, un prétexte pour écbap-. per è sa condamnation.

Ift septembre 1844.

Notre opinion sur roecupalion de TAIgérien'a pas changé; nous croyons que le milliard, au moins, qu'elle coûte déjà à la France aurait été plus profitable à notre grandeur, à notre force, si au lieu de servir à étendre notre domination, il avait été employé à améliorer nos ports, à les fortifier, à perfectionner notre navigation intérieure, à compléter tout notre système de voies de communication et de transport. Nous sommes de ceux qui n'ont dans les idées de colonisation qu'une confiance infiniment restreinte, et qui pensent qu'avec le peu de suite dans les desseins qui est le caractère et le défaut de la France, elle doit moins s'attacher à comiuérir des territoires pour les coloniser, qu'à découvrir des consommateurs pour les approvisionner. Avant de songer à porter au loin le progrès agricole, commençons donc par nous occuper un peu plus de notre sol et par lui faire produire les améliorati^ms dont il est susceptible. Ne commencerons-nous donc jamais une seule fois par le commencement ? — La colonisation est la ressource que la providence réserve aux États pour l'époque où ils auront un excès dépopulation. Or, la France n'en est pas là ; sa population pourrait doubler, que ni le territoire, ni le travail ne lui man-

queraient encore. La colonisation à l'extérieur est ce qui marque le dernier âge des nations avant qu'elles tombent de la grandeur dans la décadence, extrémité fatale à laquelle aucune ne saurait se flatter d'échapper. La maxime : qui trop embrasse mal étreint, n'est pas moins vraie alors qu'elle s'applique aux peuples qu'aloi's qu'elle s'applique aux individus. Nous, ne saurions trop nous garder de la prétention d'entreprendre trop de choses h la fois. Attendons que nous en ayons achevé une pour en commencer une autre; cette voie n'est pas seulement la plus sûre, c'est aussi la plus courte. Occupons-nous de donner à notre agriculture, à notre industrie, à notre commerce tout le développement qu'ils comportent, et de longtemps cette tâche suffira h l'emploi exclusif de toute notre activité. Pour cela, supprimons toutes dépenses- inutiles ou inopportimes, et portons toutes nos ressources sur l'achèvement et le perfectionnement de nos voies de communication et de transport; c'est là ce que nous avons d'abord à faire de plus pressé, de plus utile ; ensuite notre intention devra se fixer sur notre marine, et se porter sur les marchés lointains ; plus tard viendra le moment de s'occuper de colonisation à IVxtérieur. D'ici là, le temps ne nous manquera pas de donner à nos idées sur ce dernier sujet la maturité dont elles manquent. Quant aux expériences que nous tentons à Alger, nous craignons fort qu'elles ne soient infructueuses, et qu'elles ne servent qu'à justifier Texpression de « boulet aux pieds » dont nous nous sommes servis, et qui parait avoir si vivement blessé ceux qui ne vont au fond d'aucune des quejflions qu'ils traitent. Puissions-nous nous être servis d'une expression fausse et mal fcmdée! Nous posons la question dans ces termes : Que ferons-nous do l'Algérie, si nous ne parvenons pas à la coloniser et à la mettre, en cas de guerre, en état de s'approvisionner et de se défendre par elle-même? Nous résignerons-nous à y entretenir à perpétuité 80,000 hommes? Or, la guerre éclatant, de deux choses Tune : si nous les y laissons, nous nous privons de 80,000 soldats aguerris, c'est un incontestable affaiblissement : si nous les

rappelons, notre colonie reste sans défenseurs ; nous risquons de perdre, sans combat, en un moment, le fruit de tant de sacrifices ; c'est un danger certain.

Le Maroc nous a déclaré la guerre, et TAIgérie est demeurée en paix ; c'est là une épreuve décisive dont on ne saurait méconnaître lïmporUuice ; cette épreuve ne change pas nos convictions sur le fond de la question de colonisation, mais elle dissipe les doutes qui ne nous faisaient accueillir qu'avec une extrême réserve les bulletins si multipliés ei les rapports si prolixes de l'armée d'Afrique. C'est donc avec empressement que nous venons aujourd'hui rendre aux efforts de M. le maréchal Bugeaud la justice qu'ils méritent. Plus ce témoignage public aura été tardif de notre pari et plus, nous le croyons, il aura de prix à ses yeux, car moins on pourra le soupçonner de complaisance et de banalité. Le pouvoir de louer est le privilège de ceux qui n'ont pas l'art de flatter.

20 septembre 1844.

Rien de plus facile que de reprocher aux chambres législatives leur parcimonie ; mais supposez qu'elles votassent un, cinq, dix, vingt millions par an pour la colonisation de l'Afrique, que feriez-vous de cet argent? Comment l'emploieriez-vous? Voilà ce qu'il faudrait préalablement savoir et ce que nous demanderions à connaître.

Nous avons lu à peu près tout ce qui a été publié sur les moyens de colonisation militaire ou civile de l'Algérie, et, nous devons le dire, c'est surtout cette lecture, entreprise par nous plutôt dans un esprit favorable que contraire aux idées et aux tentatives de colonisation, qui nous a donné la défiance dont nous avons fait l'aveu.

Voyez donc ce que proiluisent les encouragements et les subventions que votent les chambres, sur la proposition du gouvernement, en faveur de l'agriculture, des lettres et des arts! Quelle raison avez-vous de croire que des encourage-

ments qui sont stériles, lorsqu'ils sont dispensés sous nos yeux et sous le contrôle d'une presse vigilante, auraient en Algérie une efficacité qu'ils n'ont pas en France? Nous sommes impuissants h faire sortir de sa routine l'agriculture de nos départements, à devancer la marche du temps, et nous n'aurions qu'è semer de l'argent en Algérie pour y recueillir de l'or! 11 faudrait que nous vissions. ce miracle pour y croire. Tout ce qui a besoin de la serre-chaude pour porter des fruits coûte cher et vaut peu. La colonisation ne fait pas exception à celle règle. Plus qu'aucune autre entreprise humaine, au contraire, la colonisation a besoin de la maturité du t^mps, car elle a à lutter contre une grande difficulté, celle de trouver des hommes capables, moraux et patients. Les Français qui s'éloignent de la mère-patrie sont rarement de ce nombre. Ils ne vont, communément, chercher la for-»tune au loin que parce qu'ils n'ont su réussir chez eux dans aucune carrière, faute d'aptitude, de prudence et de persévérance, que pour chercher l'oubli d'une faute ou la réparation d'un désastre. Ce sont le plus souvent des caractères entreprenants, mais dont le fond est l'insoumission, la paresse et la mobilité ; des gens enfin qui comptent plus sur le hasard que sur eux-mêmes. Or, il n'en est pas de plus antipathiques à la colonisation, alors surtout qu'il s'agit de terres à mettre en culture, et que l'esclavage est un instrument qui leur manque.

Il ne faut donc pas nous faire d'illusion sur les progrès de la colonisation en Algérie; lisseront infiniment lents, soit que les chambres législatives accordent, soit qu'elles n'accordent pas les fonds qu'on demande^ et qu'elles ne sauraient d'ailleurs voter qu'au préjudice de nos grands travaux publics en cours d'exécution.

4 octobre 1845.

On sait ce que l'Algérie coûte déjà ât la France : huit cent miliioos et cent mille hommes, perte qui s'augmente cha*

(fue année de cenl millions et de quinze mille soldats tués dans les expéditions ou morts dans les hôpitaux.

Il n'est donc pas de question dont il soit plus important et plus urgent de s'occuper.

Elle intéresse tous les ctmtribuables, toutes les familles ; il y va dé l'honncîur de notre drapeau et de notre pavillon; il y va peut-^tre de Pavenir du pays!

Voilà quinze ans que la (piestion est à Tétude; /uste la durée du consulat et de Tempire î N'est-ce donc pas assez? Ou Ton doit savoir aujourd'hui à quoi s'en tenir, ou il faut reijoncer à le savoir jamais. Si le gouvernement flotte encore dans l'incertitude et l'ignorance, à coup sûr, ce n'est pas le rapport d'un commissaire ou d'une commission qui l'en tirera. Ce ne sont pas les rapports, les documents de toute nature cpii manquent au gouvernement ; un rapport de plus ne fera point faire un seul pas en avant à la question ; il ne sera qu'un prétexte pour retarder, pendant un an encore, IVxamen et le débat; or, il faut, de toute nécessité, quVlle se vide à la tribune dans la session prochaine.

La presse doit s'unir jjour empêcher un nouvel ajournement, et mettre le gouvernement dans l'obligation de terminer une affaire qui ne saurait traîner plus longtemps sans compromettre gravement la dignité et la sécurité nationales.

M. le maréchal Bugeaud avait réussi à accréditer celle erreur qu'il faudrait faire pendant longtemps de grands sacrifices en honmies et en argent pour dominer les Arabes, attendu, disait-il, <]ue la population indigène comptait 8miilions d'àmcîi et de G à 700 mille guerriers bien armés et héroïquement déterminés à s'ojiposer à notre domination et à la colonisation.

Oc cette erreur, il a\ail tiiv les conséquences suivantes :

Nécessité de maintenir en Algérie un gouvernement militaire y perpétuant la guerre.

Nécessité de circonscrire la colonisation dans des zones extrêmement étroites.

Né<îessité, enfin, de pr-'^r ''^ Français non militaires des

L'ALGERIE. i5

bienfaits d'une administration régulière, et d'une justice inamovible, tant que les Arabes ne seraient pas soumis.

Mais le gouvernement sait maintenant à quoi s'en tenir à cet égard ; il sait que le territoire de FAlgérie se compose de deux parties distinctes : 1® le Tell (Tellus^ pays de céréales), qui est une zone de cent myriamètres de longueur sur douze de largeur, comprise entre le littoral et le Sahara ; 2** le Sahara algénen, pays de$ oasis, ayant à peu près 2,240 myriamètres carrés de surface. Il sait que sur cette immense surface, égale aux deux tiers de celle de la France, il n'existe pas deux millions et demi d'habitants. Donc, il n'y a plus lieu de continuer à dépenser près de cent millions de francs par an pour exterminer les restes d'une population arabe reconnue impuissante ; le temps est venu de fonder et d'appeler en Algérie une population française et européenne, qui s'élève progi'essivement de cinq à six millions d'habitants. Or, quel est le mode le plus avantageux pour attirer promptement en Algérie cette population française et européenne? Là est^oute la question.

18 octobre 1845.

En 1842, M. le général Bugoaud, dans une brochure intitulée : L'ALGÉRIE : — Des moyens d'utiliser et de conserver cette conquête, écrjvait : « Si l'on veut faire les choses avec » toute sécurité pour la possession et avec la rapidité dési- » rable pour le progrès des travaux, il faudra réellement » 80,000 hommes.

» Le gouvernement, les Chambres, "le public, vont se ré- » crier, sans doute, sur l'énormité de ce chiffre, je m'y at- » tends et jt» m'y expose. J'ignore Tari de tromper le pays » ou de caresser ses erreurs; j'aime mieux heurter ses illu- » sions et lui dire sans ménagement les conditions du suc- » ces de son entreprise (pie de le livrer dans l'avenir h des » mécomptes désastreux. »

A cette époque, M. le général Bugeaud, « pour faire les

46 tSâft.

» choses avec toute sécurité, » demandait donc qu'on hii donnât le commandement de 80,000 hommes ; or, non-seulement on lui a donné les 80,000 hommes qu'il avait demandés, mais encore on a successivement élevé ce nombre de 56,000 à 87,000, lequel va même être porté à 99,000 hommes. Eh bien ! en sommes-nous beaucoup plus avancés ? Quel progrès durable la domination et la colonisation ontelles fait en Afrique depuis trois ans ? Chaque année, ne nous faut-il pas recommencer infruclueusemept une expétion nouvelle, après laquelle on ne manque jamais de s'exclamer que c'en est fait de la puissance d'Abd-el-Kader, que cette fois il est bien vaincu et ne saurait se relever?

Ou sait ce qu'il y a de vrai dans ces cris de triomphe ; on vient de l'apprendre assez cruellement.

Le 15 janvier 1840, M. le général Bugeaud, au bruit des murmures de la Chambre, s'écriait à la tribune : a On ne fait » pas la guerre avec des sentiments de philanthropie. > Nommé l'année suivante, en 1841, au gouvernement génénéral de l'Algérie, il n'a pas épargné, en effet, les razzias, il n'a reculé devant aucune des extrémités les plus cruelles de la guerre. Eh bien I qu'a produit ce système de carnage et d'intimidation sur l'esprit des Arabes ? A-t-^if produit la crainte et la soumission, ou l'exaspération et les représailles? L'incendie à peine éteint des grottes du Dahra a-t-il empêché l'insurrection des Chourfa, qui a coûté la vie au brave lieutenant-colonel Bcrthier ; a-t-il empêché le massacre de Djamma-Ghazaouat, où quatre cent cinquante soldats français, conduits par le colonel Montagnac, sont morts en héros, formant « un groupe immobile entouré d'Arabes » et tombant sous leur feu comme un vieux mur (1) ? »

Votre système, pouvons-nous répondre à M. le maréchal Bugeaud, duc d'isly, a eu le temps de se produire ; il s'est produit en toute liberté ; tout ce que vous avez demandé en hommes et en argent, tout ce qui avait été refusé à vos pré-

(1) Expressions d*an carabinier. Rapport du chef d*état-major de Mar^ tinprej.

décesseurs vous a été largement accordé ; rien ne vous a été obstacle ; tout vous a été concours ; vous eussiez gagné des batailles pareilles à celles qui ont illustré les temps de la république et de l'empire que l'État ne vous eût pas plus magnifiquement récompensé ; partout, l'an dernier, à votre retour en France, on vous a dressé des arcs de triomphe et donné des banquets, môme à Paris ; si votre système n'a pas produit d'autres résultats que d'exiger de nous des sacrifices sans terme, que de donner à l'Europe le secret de notre faiblesse, que d'ajourner indéfiniment la solution de la question de la colonisation, qu'en faut-il penser ? N'en faut-il pa§ conclure que ce système n'est pas bon, qu'il y a aveuglement à persévérer dans une voie évidemment fausse, et qu'il est temps, grandement temps, de songer à en ouvrir une autre ? — C'est ce que nous avons essayé de faire en insistant sur l'urgente et impérieuse nécessité de modifier enfin la guerre telle qu'elle se fait en Algérie, et d'augmenter notre cavalerie dans des proportions considérables. Les railleries d'un général contre un écrivain ne nous arrêteront pas, et nous le prouvons en ouvrant nos colonnes à des idées qui ont sur les vôtres l'avantage de n'avoir pas été condamnées par une expérience de quatre années !

La cavalerie de l'armée d'Afrique se compose de quatre régiments de chasseurs d'Afrique, d'un régiment de marche envoyé il y a dix-huit mois en Algérie à propos des opérations sur la frontière du Maroc, de trois régiments de spahis et de goums arabes.

Chaque régiment de chasseurs d'Afrique peut mettre en route au plus 600 chevaux valides :

soit 2,400 chevaux.

Le régimentde marche, au plus. . . 500

Total de la cavalerie française. . . . 2,900 chevaux.

Quant aux spahis et aux goums, on ne saurait les comparer à la cavalerie française ; bien que les premiers soient commandés par d'excellents officiers français, on n'obtiendra jamais des Arabes une charge à fond comme on peut

rallencln» de 1«t cavalerie française ; conséquemment, bien (jue ces cavaliers arabes forment un total de 3,000 à 3,300 cavaliers, on ne peut les compter sérieusement comme cavalerie. Une excellente (opération à faire serait de les démonter et de les désarmer en leur remboursant largement le prix de ce qu'on leur prendrait, puis d'envoyer de France 5.500 cavaliers à pied, (|u on incorporerait dans les rêgimenls dt» spahis et qu'on monterait avec ces chevaux; alors la (ravalerie française serait portée tout d'un coup à 5,400 chevaux valides et disponibles.

Mais o.iOO chevaux ne seraient pas suffisants; c'est au chiflre de £0,000 ch<»vaux, dont 3.000 de gendarmerie, qu'il serait nécessaire de porter notre cavalerie: c'est donc encore li,000 chevaux environ (pii nous mamjuent.

Toutefois, avant de poursuivre cette argumentation, il convient de lui donner plus de poids, de citer les ])assages des récents rapports arrivés d'Africïue, dans lesquels nos généraux commencent h sentir vivenient l'absence de la cavalerie et a apprécier tous les services qu'elle peut ren- ' dre. M. le lieutenant-général de Lamoricière, dans son rapport du l**" octobre 18io, dit : « Au moment de terminer » cette lettre, je reçois de Mostaganem un rapport du géné- ^ rai Bourjolly. Il y a eu une rencontre fort heureuse avec » les cavaliers des tribus récemment passées sous les dra- » peaux de Bou-Maza. Il leur a pris 100 chevaux et tué 150 » honmies. I^e colonel Tartas a conduit cette charge brîl- » lante. >^

Qu'eût été le résultat de cette affaire, sans cavalerie? Parfaitement nul. On eût combattu sur place sans rien prendre ; et quel n'eût pas été l'nnportance de cette affaire si on eûl eu 1.000 chevaux à lancer contre l'ennemi? Sa perte totale eût élé certaine: B )U-Maza eûl été pris.

Dans un rapport i\u i'S septend)re dernier, M. le général Cavaignac s'exprime vi\ ces termes : a Le 22 septembre, le » camp fut établi au fond d'une vallée, dans une position » assez convenable, mais dominée à l'ouest par une suej> cession dt» collines dont la plus éloignée, couronnée par

» le village des Ouled-Zéeri, était occupée par 3 ou 400 » Kabyles... Cette position devait être enlevée ; une colonne » d^altaque, composée des voltigeurs et carabiniers du 15® » léger, des grenadiers du 41®, sous les ordres de M. le co- » lonel Chadevsson ; de 120 chevaux du 2^ chasseurs et du » 2® hussards, commandés par M. le colonel Trembley, fut » chargée de cette opération.

» L'infanterie, si elle eût été seule, aurait eu beaucoup à » souffrir en gravissant péniblement une pente assez élevée. • Lancée au galop sous une vive fusillade, la cavalerie, par » la décision de son mouvement, força V ennemi à se rejeter » sur le revers opposé, où il fut poursuivi avec vigueur.., » Rien n'arrêta nos cavaliers qui, sabrant ceux qu'ils pu- » renl atteindre, rejetèrent ces montagnards au fond de » ravins profonds ou sur des crêtes inabordables. »

Quand nos colonnes d'infanterie sont trop faibles, elles sont sacrifiées; quand elles sont fortes, elles passent au travers des populations sans pouvoir éloigner les combattants ennemis au-delh de la portée ilu fusil. Détruisenf-elles les maisons, les troupeaux, les arbres fruitiers, elles ne font qu'exaspérer les Kabyles et provoquer do cruelles représailles.

Ainsi, nulle part on n'obtient de succès décisifs avec de l'infanterie attelée à ses convois, et la cavalerie fractionnée en parcelles très faibles ne sert qu'à diminxierles pertes de notre infanterie, sans que la cavalerie elle-même puisse obtenir aucun succès décisif; car, en raison de l'exiguïté du nombre, elle ne saurait prudemment s'éloigner à plusd'une lieue des colonnes.

Actuellement, que l'on suppose dans la province d'Oran 50,000 hommes d'infanterie divisés en dix colonnes de 5,000 hommes chacune, et que l'on mette en présence de ces colonnes Abd-el-Kader avec seulement 2,000 chevaux; n'estil pas évident qu'il pourra sans cesse passer entre ces colonnes, pénétrer dans le cœur du pays, se cacher dans les montagnes, et, partout esquivant notre présence, forcer les Kabyles è combattre contre nous, si déjà ils n'y étaient

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disposés par la guerre de destruction qui les a si impolitiqueinent rangés sous les ordres de l'émir? Où en serait aujourd'hui M. le maréchal Bugeaud si le gouvernement lui avait accordé les 12,000 hommes qu'il demandait pour aller châtier les Kabyles du Jurjura ?

22 octobre 1845.

Si nos idées ne sont pas justes, M. le maréchal Bugeaud a un moyen infaillible de nous en convaincre; c'est au moyen de l'application des siennes d'assurer la pacification et la colonisation de l'Algérie.

Qui nous a fait douter que les siennes fussent bonnes? Qui nous a amenés à en accueillir de différentes ? C'est que tous les ans nous voyons s'accroître la somme des sacrifices que la possession de TAlgérie fait peser sur nous, sans voir faire un pas en avant à la questien d'occupation et de pacification par la colonisation.

A cela on nous répond : La colonisation d'un territoire aussi étendu que Test celui de l'Algérie n'est pas l'œu\Te d'un jour. Oui, sans doute, répliquons-nous, et Tobjection serait fondée si Toccupation de l'Algérie par la France datait d'hier, mais elle date de 18^30. Elle date de quinze ans ; or, le Consulat et TEmpire, qui ont vu s'accomplir tant de merveilles, se résoudre tant de questions, se gagner tant de batailles, n'ont duré quecpiinze années. Dans ces quinze années, en Algérie, qu'a-l-on fait? — On n'a même pas réussi à en finir avec Abd-el-Kader, et cependant nous nous souvenons qu'en 1841, M. le maréchal Bugeaud, la veille de son départ pour TAfritiue, nous disait : a II faut en finir » avec Abd-el-Kader; rf(ï/î5 trois mois f en aurai fini avec » lui. » En a-l-on fini, en finira-t-on avec lui? Quoi qu'en ait pu dire le Journal des Débats, il est à craindre qu'on ne soit pas plus heureux ou plus habile dans l'avenir, môme avec un effectif augmenté de 12,000 hommes, qu'on ne l'a été dans le passé. Quel progrès a fait la colonisation ?

Nous voyons bien le nombre de ce qu'il plaît d'appeler « les colons » s'augmenter dans la proportion où s'augmente le chiffre de notre armée ; mais rien de plus. En conscience, 80,(KyO artisans, marchands , spéculateurs de toutes conditions, de tous pays, de tous Afees. se traînant h la suite d'une armée de 100,000 hommes, et vivant à ses dépens, est-ce là ce qu'on peut appeler colonisation, après quinze années d'occupation?

Si les moyens employés jusqu'à ce jour n'ont abouti à aucun résultat durable, de l'aveu de tous ceux qui viennent de visiter nos possessions d'Afrique ; si la guerre, dès qu'on la croit éteinte, ne fait que couver pour se rallumer; si les tribus, dès qu'on les croit soumises, ne nous tendent la main cju'afin de se préparer plus sûrement à nous trahir ; si la colonisation n'attire à elle de malheureux émigrants que pour les voir s'éloigner de TAIgérie peu de mois après plus malheureux qu'ils n'y étaient venus, qu'en faut-il conclure? N'en faut-il pas conclure qu'il y a au moins lieu de chercher un mode de pacification et de colonisation plus efficace? Certes, nous aurions pu nous borner à constater le mal sans nous inquiéter du remède ; rien ne nous obligeait, rien ne nous oblige à sortir des limites de la critique, à faire acte d'initiative ; nous sommes la presse, nous ne sommes pas le gouvernement ; pourquoi donc, en sortant de ce rôle étroit, n'avons-nous pas craint de niîus exposer aux représailles et aux railleries de M. le maréchal gouverneurgénéral de l'Algérie? — Nous ail >ns le dire. Osl que la question est trop grave pour (|ue nous ne fassions pas al>négation complète de tout sentiment personnel; c'est que si on ne se liAte de la trancher, il est à craindre que nous n'ayons chaque année dépensé cent millions, et envoyé à la mort vingt mille Français, la fleur de notre population, que pour aboutir à nous v.»ir enlever l'Algérie au premier différend toujours sur le point d'éclater, quoi qu'on fasse, et bien qu'on cède, entre la France et l'Angleterre. — N'est-ce pas ainsi que le port d'Anvers a cessé de nous appartenir après que nous y avons eu dépensé des sommes considéra-

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blés pour l'améliorer ? Nous ne saurions le répéter assez souvent, l'occupation de l'Algérie, telle qu'elle a lieu, grevant nos finances, affaiblissant notre armée, est plus qu'un sacrifice pour la France, c'est un danger, un danger véritable que l'homme d'État netloit pas perdre un seul instant de vue. Telle est, à nos yeux, la gravité de ce danger que nous n'hésitons pas à dire, quoi qu'il nous en coûte, que mieux vaudrait, même après avoir arrosé cette terre de tant de sang précieux, et en avoir acheté la possession au prix d'un milliard, évacuer l'Algérie (lue de persister à nous y maintenir, si la colonisation ne doit pas faire des progrès assez rapides pour mettre d'ici à peu d'années les colons en état de se suffire à eux-mêmes, non-seulement dans le cas où ils continueraient d'être inquiétés par la population indigène, mais encore dans le cas où tous les rapports seraient interceptés par une escadre britannique entre les deux rives de la Méditerranée, entre Bone et Toulon, Marseille et Alger.

Nous connaissons toutes les ressources de notre pays ; ce qui nous effraie, ce n'est pas la grandeur des sacrifices que l'Algérie lui a déjà imposés, qu'elle menace de lui imposer encore, c'est Ja crainte de leur inutilité/, c'est la crainte de voir un jour une armée française de cent mille hommes, notre brave armée d'Afrique, réduite parla faim, par le défaut de subsistances, à l'impuissance de comballre, à la nécessité de mettre bas les armes ! 11 ne faut pas se bercer dans une dangereuse illusion, le jour où le pavillon britan* nique flotterait en vucdes forts d'Alger, de Bone, d'Oran, etc., pour nous en interdire l'entrée, ce jour-là verrait accourir et se lever contre nous toute la population arabe et kabyle, hommes, femmes, enfants, vieillards, grossie d'une grande partie dos forces du Maroc. C'est pourquoi nous ne nous lasserons pas de répéter qu'on doit se hâter d'adopter un autre mode de domination que celui qui élernise la guerre en Afrique, et un autre système de colonisation que celui qui ne peut se soutenir et se développer qu'à Tombre d'une armée dont on est contraint d'auq^niente»' cha<[ue année l'ef-

forlif <lo dix mille liommps. Cet effeutir, qwi élaJt de 56,000 liommi's on IWO. est niRintcnant do 100,000 hommes, et ne suffit p.'is cncurc, car M. le mart'chal Bugenud, dans sa cireulniiv du 14 wli>Iire I81Ô. dniéc à bord du Panama, et aiircssi'i- il MM. les gén('r:ui\ l'I officiers supi^rleurs eomnianrhiDl les provinces, les subdivisions el les cercles, déclare '|iie u cfl effectif, i/uoi'iue nombreux, tie Vest pas en- » rore nasez pour faire far? à la fois à tous les dangers sur-

* remis ou il suneiiir. " Dans cette vole, où nous arréteroiis-n>ius dune ?

Se piisiT H'ile fpiestion, la |wser aui niîni.strcs qui nous f[ouveriieut. proviHjuer sur elle les im-<lita1ions du pays, voilii ce nue vous apiicIcE i de riiosliU'lô passionnée qui,

• srnis prétexte des chiiscs, ne puui'suit que les liomuies! » Puunjuoi diinc poui'suivrions-nous M. le inartH-hal Bu-

geaud ? — Di'jjiilé, il siéfre sur !,■■« niOmes lianes que nous ; . ri apj)iu'tienl aii\ mêmes npiniiins : avant <[u'il ne partit pour preri<fre piisses>iiin du piuvenieiiieiil d'AIffer, des lions élmils de iuntiance et d'aniilié nous unissaient à lui; ces liens ne se s.>nt pas rompus h In suite d'aucun service m direct ni indin'rl que nous ayons eu ii lui demander et qu'il n'ait ]>u lions n-ndre; ils se sont détendus de notre côté, pjinc (pie.voyaiit M. le général Bu(;eaud jiersistorà s'égarer dan^ la uiénie voie oii s'étaient jxTilus ses pi'fdêcesseurs, nous ne jHMivintLs lui eimliiiucr plus longtemps notre concours sans ipie ec eoncmirs fit peser sur nous une solidarité qu'un patriotisme éi-lain- nous intoiilit d'accepter: parce qui' les intérêts di- notre pays passent avant ceux de nus amitiés: parce que nous no saurions (;arder le silence quand one conviction prufumle nous presse de le rompre.

PnTonisiT l'cmplii de la cavalerie, diles-voiis, ce n'est pas avriir un systéiiK'. .VsMirétnont : aussi n'avons-nous jamais préleiulu que raiigineiitalioii du cliifTre de notre cavalerie, en Afri'pie. fut un système, mais simplement un moyeu plus efficace de protéfrer les tribus qui nous sont soumises, nu moins en apparence, contre tes attaques de l'émir cl de ses lieulenaols. el de tirer parti de ces victoires

54 tS4ft.

sans nombre que nous remportons sans cesse, mais qui Jamais ne décident rien. Voici ce que nous avons dit et ce que nous répétons : Puisqu'avec des forces aussi considérables que celles dont vous disposez, vous n'avez pu, depuis quatre ans, en finir avec Abd-el-Kader, el le mettre, du moins, hors d'étal de vous inquiéter, il faut bien que ce mode de faire la guerre, qui est le vôtre, el que l'expérience a condamné, ne soit pas le bon; essayez-en donc d'un autre basé sur une nouvelle proportion des armes.

Mais, ajoutez-vous : « Pour faire un civet, il faut un lié- » vre. Pour former de la cavalerie, il faut des chevaux. » CVst là une de ces vérités qui attestant, de votre part, une rare sagacité ; mais où cette sagacité commence ii être en défiiut, c'est lorsqu'il ne vous vient pas h la pensée qu'avec de l'argent on se procure des chevaux.

El (|uand \mis aurez celle cavalerie, reprenez-vous, comment la ferez-vous vivre ? -- Comment Abd-el-Kader, vous demanderons-nous à notre tour, fait-il vivre la sienne ? Là où la cavalerie de l'éniir aura vécu, la Vôtre n'aura qu'à prendre sa place pour y vivre non moins bien.

Toutes vos (îbjections sont de celle force et de la m^e difficulté à réfuter: aussi ne nous arrêterons-nous pas plus longuement à les discuter.

Nous nous résumons :

A Vinfanterie y — la défense du littoral :

A la cavalerie, — la conquête el la pacification du pays:

A Vadoption de nos institutions et de nos lois, — la colonisation, parce cjue, .sans garanties contre l'arbitraire, point de capitaux ; sans capitaux, point de travailleurs, et sans travailleurs, point de colonisation. Les États-Unis l'ont bien compris : il y a à peine un an qu'ils ont admis l'Orégon à jouir du bénéfice de leurs institutions, et déjà la population coloniale de cette vaste contrée est sur le point d'atteindre le chiffre fwù pour obtenir le droit dVnvoyer un député au Congrès.

Telles sont les idées hors de l'application desquelles nous ne voyons que sacrifices el danger dans la conservation de

nos possessions d'Afrique. Puissions-nous nous tromper ; puissent les événements et l'avenir donner raison à celles de M. le maréchal Bugeaud ; puisse-t-il en finir avec Abdel-Kader, et meltre, d'ici h peu d'années, l'Algérie en position de se suffire à elle-même ! Ce jour-lè, s'il arrive, il ne nous en coulera rien de reconnaître notre erreur et la supériorité de so;i expérience ; notre patriotisme sera trop heureux d'un tel aveu pour que notre amour-propre en soit blessé.

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